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Charles-André Julien, Le Maroc face aux impérialismes, 1415-1956

[compte-rendu]

Année 1980 35-3-4 pp. 822-823
Fait partie d'un numéro thématique : Recherches sur l'Islam : histoire et anthropologie

Valensi Lucette. Charles-André Julien, Le Maroc face aux impérialismes, 1415-1956. In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 35ᵉ année, N. 3-4, 1980. pp. 822-823.

www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1980_num_35_3_282670_t1_0822_0000_001

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Charles-André Julien, Le Maroc face aux impéria Usines, 1415-1956, Paris, Éditions J. A., 1978, 550 p., in-8°. A quatre-vingt neuf ans, Charles- André Julien reste l'historien du Maghreb le plus remarquable, le plus fécond, le plus vigoureux. Depuis ses premiers travaux au lendemain de la première guerre mondiale, il n'a jamais lâché la plume. Sa grande Histoire de l'Afrique du Nord voit le jour en pleine Algérie du Centenaire et fait immédiatement scandale et autorité. Revue par C. Courtois et R. Le Tourneau en 1951, elle est toujours l'ouvrage de référence essentiel pour tout chercheur, tout enseignant qui veut s'initier à l'histoire du Maghreb. On doit aussi à C.-A. Julien, pour ne citer que les livres majeurs publiés après sa retraite de la Sorbonně, Y Histoire de l'Algérie contemporaine (1964), L'Afrique du Nord en marche (1 972), édition revue et mise à jour d'une précieuse étude parue d'abord en 1952, et enfin Le Maroc face aux impéria- lismes, en 1 978. Et on n'évoquera pas ici les articles, les mémoires et les collections d'essais que l'auteur a publiés simultanément. La bibliographie qui accompagnait le premier volume de son Histoire de l'Algérie contemporaine fait partie des usuels de la Bibliothèque nationale à Paris : c'est dire le degré de perfection qu'atteignent les références de C.-A. Julien. Son Maroc face aux impérialismes se signale par la même ampleur de l'information et la même qualité

de la bibliographie. Rien de ce qui porte sur le Maghreb n'est étranger à C.-A. Julien qui a tout lu, tout dépouillé (y compris des archives qu'il est le seul à connaître) et tout repensé. Le livre couvre six siècles de l'histoire du Maroc. C'est en effet au xve siècle, avec l'installation des Portugais sur le littoral, que l'auteur cherche les racines du mouvement de résistance que le pays n'a jamais cessé d'opposer à la pression étrangère. Mais, comme on s'y attendait, après cette large fresque qui tient lieu d'introduction, et les premiers chapitres qui décrivent « l'affrontement des impérialismes » pour s'emparer d'un pays aux abois, l'essentiel de l'étude porte sur la période coloniale et s'ouvre par une « interprétation de la nature du protectorat » établi par la France en 1912. L'idée maîtresse est la suivante: la France n'était pas gouvernée et le protectorat était ingouvernable. Celui-ci ne pouvait pas être autre chose qu'un régime d'administration directe — sans le contrôle du Parlement, qui gênait en Algérie. Cette interprétation conduit à un réquisitoire sans pitié du système et de ses agents. Eirik Labonne, ce visionnaire lucide, en sort indemne ; contre le maréchal Juin ou le général Guillaume, en revanche, C.-A. Julien utilise toutes les armes, y compris celles de la petite histoire. Du Maroc de Lyautey au rétablissement de la souveraineté marocaine et de l'unité territoriale, l'auteur tient solidement les fils de l'intrigue et nous la fait suivre dans ses moindres détours : à Paris, où s'élabore la politique coloniale ; à la Résidence générale, où elle n'est pas appliquée ; au palais du sultan, où l'on voit se forger la personnalité de Si Mohammed, futur Mohammed V, le symbole et l'artisan de la résistance nationale, et enfin dans les différentes couches et les divers éléments de la société marocaine. Personne n'écrira plus l'histoire comme le fait C.-A. Julien. Il a le goût du portrait et l'art du récit comme du dialogue. Son livre est tour à tour histoire épique, roman policier (« un truand à l'abri de tout danger », p. 393 ; « un sac d'embrouilles », p. 448), essai de sociologie politique. Prati-

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