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Du temps et des vendanges
27/08/2009
Le temps des vendanges est une parenthèse réjouissante au sein d’une rentrée assez généralement désespérante. Il suffit d’ouvrir votre journal pour en prendre la mesure : certes, en page 8 du Progrès, édition Ouest lyonnais et Val-de-Saône, vous découvrez cinq colonnes sur une manifestation agricole mobilisant 175 tracteurs attendus à Bellecour le mardi 25 août, dont trois consacrées aux problèmes de circulation que cette manifestation va engendrer dans Lyon... mais la quasi-totalité de la page 10 est consacrée à l’espoir de la vendange à venir, « La cuvée 2009 des Coteaux du lyonnais s’annonce mémorable » ou encore « 2009 un millésime tout à fait exceptionnel qui fera oublier 2008 »...En temps de crise économique, alors que nul n’est certain que les prochaines cuvées trouveront acheteur, il n’est question que de l’exceptionnelle santé du raisin, de la précocité d’une récolte merveilleusement sucrée, dont le volume modeste - gage de rareté - est plein de promesses. Drôle de temps que celui des vendanges...

Zoom sur celles -emblématiques - du Beaujolais.



Sommaire

-  L’alchimie du ban des vendanges
-  L’économie des vendanges
-  Une brève histoire du temps
-  Des temps forts
-  Bibliographie

L’alchimie du ban des vendanges

Doc : Missel franciscain, 78.1 ko, 150x99

Missel franciscain

© BML cote Ms 514

(JPEG, 78.1 ko)

Le ban des vendanges est un arrêté préfectoral fixant la date officielle du premier jour des vendanges. La vendange a lieu traditionnellement entre 100 et 110 jours après la floraison, en fonction des cépages, mais la date est fixée dans chaque département sur conseil des organisations de producteurs, de la DDA et de l’INAO à partir de prélèvements et de contrôles de maturité. Même si ces « 100 jours » ne sont qu’une estimation, ils permettent cependant à chaque exploitant de programmer le grand chantier des vendanges et la préparation du chai de vinification. Le ban des vendanges des appellations beaujolais et beaujolais-villages blanc a été fixé au 27 août 2009, avec dérogation au 24 août pour les parcelles les plus précoces. Les crémants n’ont pas (plus) de ban officiel.

Doc : Breviari d’amor, 84.4 ko, 150x100

Breviari d’amor

Matfre Ermengaud

© BML cote Ms 1351

(JPEG, 84.4 ko)

Instauré au Moyen-Age, le ban avait pour but de permettre le contrôle du volume de la vendange soumise aux prélèvements seigneuriaux et ecclésiastiques (dîme). A la fin août, le représentant local de l’autorité féodale convoquait l’assemblée de la communauté d’habitants et fixait, selon l’avis « d’experts en maturité des raisins », la date d’ouverture des vendanges. Des gardes-vignes (bangards ou messiers) multipliaient les rondes pour dissuader les contrevenants... D’apparence contraignante, le ban des vendanges était mieux toléré que les autres banalités ou droits féodaux. Il instaurait une forme d’égalité et permettait l’entraide entre voisins. Il assurait la protection des vignes contre le vol, les dégradations et le grapillage, qui n’était toléré qu’après la fermeture du ban. (1).

Doc : Chanson des vendanges, 125.4 ko, 115x150

Chanson des vendanges

Irénée Bergé

© BML Fonds Orgeret

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La Révolution va abolir ce droit féodal (loi du 28 septembre 1791), en laissant le droit de réglementer au conseil communal pour « toutes vignes non closes ». Cette disposition fut abrogée en 1885 mais la plupart des maires continuèrent d’intervenir sur la date de début des vendanges. Malgré diverses oppositions de principe... le ban des vendanges fut rétabli par la loi de 1940 puis du 21 octobre 1946.... Il prend alors une dimension plus folklorique que technique.(2)

Comment fixe-t-on le ban ?

Depuis 1979, la réglementation européenne oblige chaque AOC à fournir à l’administration un « inventaire de maturité », scientifique, pour fixer le ban. L’expérience a rapidement montré les possibilités et les limites du système. Faire un diagnostic méthodique de la maturation des raisins d’une zone viticole est très utile pour prévoir et organiser les meilleures vendanges possibles. Par contre, fixer une date, voire même 2 ou 3 dates, semble une gageure, car il existe un décalage d’environ 3 semaines entre les zones les plus précoces et les plus tardives. Trop fréquemment, la date du ban des vendanges « administratif » optimal pour telle situation précoce risque d’être perçue comme une incitation à commencer pour tous les vignobles, sans respecter leurs différences qui sont heureusement de plus en plus prises en compte au niveau de chaque parcelle de vigne.(2). Le ban s’assortit donc aujourd’hui de toutes les dérogations nécessaires à la qualité.

Le réseau Beaujolais-maturation est composé de 199 parcelles de gamay et de 35 parcelles de chardonnay. Les prélèvements (20 grappes) sont réalisés de manière bénévole, deux fois par semaine, les lundis et jeudis matins, par les viticulteurs, à partir de 25% de véraison (voir ce terme ci-dessous), soit, cette année, depuis le 30 juillet. Les raisins sont alors pesés, sentis, pressés et analysés (degré, acidité totale, pH) dans l’un des 36 centres de maturation (cuvages particuliers ou caves coopératives). En complément de ce réseau vignoble, 15 parcelles sont suivies par les laboratoires Sicarex Beaujolais afin de compléter les résultats par des analyses demandant un équipement particulier : acides tartrique et malique, potassium, azote ammoniacal, potentiel anthocyane permettant de déterminer un indice de couleur. (3)

Doc : Vendanges à la une, 66.5 ko, 114x150

Vendanges à la une

27/08/2009

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Doc : Vendanges à la une, 65.4 ko, 105x150

Vendanges à la une

27/08/2009

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Plusieurs critères interviennent dans la détermination des dates des vendanges et c’est leur combinaison qui constitue le meilleur outil d’aide à la décision :

****la véraison : c’est la première étape de maturation qui se signale par un changement de fermeté de la baie (qui se ramollit) et de couleur ; elle survient environ 60 jours après la floraison. Le 17 août les parcelles de gamay étaient entre 84% et 100% de véraison. L’homogénéité de la maturation des grains au moment de la vendange est un facteur de qualité.

****le degré probable : il est mesuré avec un réfractomètre à main, qui sert à estimer la concentration de sucre des moûts de raisin et convertit cette concentration en degré d’alcool probable. Un prélèvement de quelques gouttes dans un échantillon représentatif de la parcelle, à 20° d’ambiance, suffit (4). Au 17 août, ce degré probable était entre 10,2° et 7,9° en fonction des parcelles. Avec une montée quotidienne en degré de 0,36° à 0,32°, les vendanges seront étalées sur trois semaines à partir du 24 août, la vendange du primeur commençant quelques jours avant celle des vins de garde. D’ordinaire, le ban des vendanges est fixé au jour ou 30% des parcelles arrivent au stade de 10,5° à condition que 15 à 25% des parcelles affichent une acidité inférieure à 6. Cette année, les viticulteurs visent 30% des parcelles à 11°. Pour les beaujolais blancs, ce sera 12°.(3)

****l’acidité : elle atteint son plus haut niveau à la véraison, puis baisse tandis que le sucre augmente. Le raisin contient trois acides principaux : l’acide tartrique, l’acide malique, l’acide citrique, et de nombreux acides secondaires. La plupart des pays exprime cette acidité en grammes d’acide tartrique par litre. En France, l’acidité est exprimée en grammes d’acide sulfurique (H2SO4 ) par litre alors que cet acide en est pratiquement absent. Elle varie d’environ 2,8-3,0 à 5-7 g par litre. L’essentiel sur la relation acidité-qualité gustative a été établi vers 1945-1955 par J. Ribéreau-Gayon et E. Peynaud pour expliquer l’équilibre gustatif puis la vinification des vins rouge de Bordeaux.... Les grands millésimes, de grande maturité et acidité modérée, sont les plus aptes à une longue vie. Les vins trop acides sèchent et durcissent avec l’âge... L’acidité raisonnablement basse demeure un objectif général pour les grands vins ; une acidité plus élevée facilite la conservation en cas d’hygiène précaire...(2). Mais une acidité trop faible rend le vin « plat ». L’acidité visée pour le beaujolais 2009 est de 5,5 g. Au 17 août, elle était de 7,7 g avec une évolution journalière de -0,25g. (3)

****l’indice de maturité technologique, soit le rapport sucre/acidité, qui augmente en cours de maturation et dont on connait, par cépage, la valeur idéale : un taux d’alcool probable de 11° pour la récolte 2009 correspond à 188 g de sucre au litre soit un rapport S/A de 34,18. En Bourgogne, la valeur de cet indice peut varier de 22 à 55 selon les années, les cépages et le terroir... Cependant cette méthode a aussi ses limites car cet indice est basé sur le dosage des sucres et de l’acidité totale du jus de la pulpe sans tenir compte du contenu cellulaire des pellicules et il n’y a pas toujours de lien direct entre cet indice S/A et la maturité phénolique. Par ailleurs, on sait que la montée des sucres et la perte d’acidité sont des phénomènes qui ne sont pas absolument liés. Utilisé par de nombreux viticulteurs et techniciens, cet indice est un bon outil d’aide à la décision si l’on tient compte de ses limites.(5)

****la maturité phénolique pour les raisins rouges : les composés phénoliques, que sont les matières colorantes (anthocyanes) et les tanins augmentent en cours de maturation, passent par un maximum à maturité, puis diminuent...les tanins des pépins deviennent de moins en moins extractibles, ce qui est favorable à la qualité car il s’agit de tanins dures et astringents. Au contraire, les anthocyanes et les tanins des pellicules deviennent de plus facilement extractibles à l’approche de la maturité... le suivi des anthocyanes est suffisant pour caractériser cette maturité phénolique.(5)

Doc : Vendanges à Morgon, 103.5 ko, 150x100

Vendanges à Morgon

Quinones Marcos

© BML Fonds Lyon Figaro

12/09/2001

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Doc : Vendanges à Morgon, 87.1 ko, 150x100

Vendanges à Morgon

Quinones Marcos

© BML Fonds Lyon Figaro

12/09/2001

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****le pH : le « potentiel hydrogène ». Le pH des moûts et vins varie de 3 à 4. Le pH bas favorise l’action du SO2 , réduit l’activité des bactéries, favorise la manifestation de la coloration rouge des anthocyanes...(2). Au 17 août, le pH des vins du beaujolais atteint 3,03 avec une augmentation journalière de +0,02 unités.

****le poids moyen du raisin  : ce poids augmente de la véraison jusqu’à l’état de maturité autour duquel il devient stationnaire pendant plusieurs jours. Ensuite, le poids du raisin tend à diminuer faiblement mais régulièrement par perte d’eau au niveau de la rafle et de la baie si l’année est sèche.(5). Depuis jeudi 13 aout, le poids des baies est stable mais la sécheresse entraine un phénomène de concentration selon le réseau Sicarex.

****le goût de la pellicule et de la pulpe, de plus en plus sucrées et fruitées.

****l’état sanitaire : s’il est mauvais (grêle, attaque de mildiou, vers, pourriture grise...) le viticulteur a tout intérêt à effectuer la vendange avant maturation complète.

NB. La rafle est la grappe sur laquelle s’attachent les grains.

Vendanges au cœur de Lyon

Depuis 1987, la colline de la Croix-Rousse est jumelée avec celle de Montmartre au sein de l’association des Communes libres de France dont la mission est de préserver et sauvegarder le patrimoine architectural et culturel de leurs quartiers. Comme Montmartre, la commune libre de la Croix-Rousse - la République des Canuts - a sa vigne, dont la 21e vendange, fixée bien moins scientifiquement que ses grandes sœurs beaujolaises, aura lieu le 12 septembre prochain (départ du défilé en musique à 14h30 de la place de la Croix-Rousse).

Doc : Vendanges de la Croix-, 237.3 ko, 102x150

Vendanges de la Croix-Rousse

Claude Essertel

© BML Fonds Lyon Figaro

16/09/1989

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La vigne du Clos des Canuts, est située au parc de la Cerisaie, rue Chazière. Les 300 ceps de gamay portent une plaque aux noms de leurs illustres parrains ou marraines, personnalités lyonnaises, habilités avec leur « remplaçant » à jouer du sécateur ce jour-là. La vendange sera pressée le 19 septembre, de 9 h à 12 h, avec dégustation immédiate de ce « paradis ».

Le « paradis » ou « bernache », ou encore « vin bourru » est soutiré de la cuve avant la fin de la fermentation. Il est « doux », renferme du sucre non transformé (d’où sa faible teneur en alcool), dégage du gaz carbonique et contient des matières en suspension, d’où son nom. Il est à consommer avec modération car très laxatif, et parce qu’il est traité à l’anhydride sulfureux est susceptible de causer de furieuses migraines...

L’économie des vendanges

Quelques données sur les exploitations en Beaujolais

Les cépages du Beaujolais, sont à 98% du gamay noir à jus blanc, le reste est planté de pinot et de chardonnay. Sur les 40 000 hectares de gamay français, 20 000 vont au beaujolais. Le gamay a la réputation de préférer les terrains granitiques et de donner des vins de qualité à condition que le rendement ne soit pas excessif.

Selon le dernier recensement agricole daté de 2000 et publié dans  Agreste Rhône-Alpes, les Beaujolais et Beaujolais-Villages représentent 15 600 hectares, 2 402 exploitations d’une moyenne de 11 hectares de surface agricole dont 6,1 en vigne. Trois sur quatre sont dites professionnelles. Le statut d’exploitation individuelle est prédominant et la main d’œuvre à 90% familiale... sauf au temps des vendanges ou 85% font appel à des saisonniers, en moyenne 16 par exploitation en 2000, soit 33 000 en 2000. La production avoisine les 854 000 hectolitres et ce beaujolais arrive en tête des vins AOC de Rhône-Alpes.

Les 10 appellations communales ou crus, reconnus entre 1937 et 1988, représentent seulement 5 500 hectares pour 1 051 exploitations d’une taille moyenne de 7 hectares, dont 6,1 en vigne. Un peu moins familiales, elles ont embauché 19 000 saisonniers en 2000, soit 19 par exploitation. La production est de 368 000 hectolitres en 2000, soit la troisième de la région, dont 84% sont vinifiés en cave particulière.

Un recrutement 2009 qui ne connait pas la crise

Le 28 juillet, le Pôle emploi et l’Union viticole du Beaujolais (UVB) avait organisé avec succès un speed-dating entre viticulteurs et candidats vendangeurs à l’espace Double Mixte de Villeurbanne, sur le campus de l’Université Lyon I. A partir du 26 août, les pôles emplois de Belleville-sur-Saône et de Villefranche-sur-Saône installent des bungalows devant les gares pour recruter les vendangeurs : des coupeurs qui avancent en rang, en position courbée pour couper le raisin à la serpette ou au sécateur ; des porteurs, généralement mieux payés de 5% à 15% mais qui doivent porter des hottes de 30 à 40 kg ; et aussi des aides-cuisiniers, des conducteurs de tracteurs...Un vendangeur ramasse en moyenne chaque jour 500 kg de raisin.
-  Tour d’horizon des recrutements des vendangeurs en Rhône-Alpes, 6 août 2009

Doc : Vendanges dans les, 29.9 ko, 150x111

Vendanges dans les années 90

Claude Essertel

© BML Fonds Lyon Figaro

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Le salaire minimum est de 8,82 euros brut, pour un coupeur et 9,13 euros pour un porteur ou aide-vinificateur, avec logement gratuit. La rémunération à la journée varie d’une quinzaine d’euros en fonction de l’offre (ou pas) d’une restauration à la ferme. Le « contrat vendanges » est un contrat particulier de travaille saisonnier, utilisable depuis 2002, renouvelable, dont la durée totale ne peut excéder 2 mois dans l’année civile. Il peut être conclu pendant les congés payés d’un salarié du privé ou du public.(6)

47 000 à 50 000 vendangeurs pour 2 600 viticulteurs du Beaujolais en 2009... 20 000 postes « à la grande journée » (c’est-à-dire ni logés, ni nourris) ont été signalés au Pôle Emploi de Rhône-Alpes, mais certains petits viticulteurs recrutent directement. L’hébergement à la ferme n’est donc pas obligatoirement acquis. Il est d’ailleurs menacé en raison du durcissement des normes d’accueil et d’hébergement, issues de secours, dispositifs anti-incendie, dans un contexte de hausse des surfaces moyennes d’exploitation et donc du nombre de vendangeurs à loger. Les vendanges vont-elles devenir un « boulot » comme un autre, sans soirées festives ?(6)Le 27 août, jour d’ouverture du ban, il manquait encore de vendangeurs à la grande journée.

Doc : Dortoir Quinones (...), 84.5 ko, 145x150

Dortoir

Quinones Marcos

© BML Fonds Lyon Figaro

22/02/1987

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L’Anpe-vendanges à Belleville-sur-Saône reconnaît que les viticulteurs ne rencontrent pas de difficultés à trouver des vendangeurs, contrairement à 2007, avant la crise. La précocité des vendanges intéresse les étudiants et la montée du chômage fait croitre les demandes. Des retraités, des salariés, des titulaires du RSA se proposent. Le profil du vendangeur 2009 sera probablement sensiblement que celui de 2008 : 82% français, une moyenne d’âge de 32 ans, 64% d’hommes, et parmi les étrangers une nette domination des Polonais (2733) et des Turcs (1468). Les vendanges attirent aussi les saisonniers étrangers. Selon une estimation du journal Le Monde du 5 août dernier, 13 500 Espagnols viendraient cette année vendanger en France, crise oblige, soit une augmentation de 12,5% par rapport à l’an dernier. Les Roumains et les Bulgares ne sont pas encore autorisés à venir travailler en France.

Les temps modernes

Les vendanges manuelles coûtent beaucoup plus cher que les vendanges mécaniques, mais elles permettent le plus souvent de réaliser une sélection plus fine de la vendange (élimination des grappes souillées, malades, des feuilles et des corps étrangers) et de préserver l’intégrité des grains. La première machine à vendanger est apparue en 1971. Plusieurs systèmes de récolte ont été proposés, c’est le secouage latéral qui s’est généralisé. Les baies sont séparées du pédoncule grâce à une énergie mécanique appliquée alternativement par l’intermédiaire d’un ensemble de fléaux ou secoueurs. Les grains de raisins tombent sur des écailles escamotables ou des godets qui assurent l’étanchéité au niveau des ceps ; le transfert jusqu’à une benne de stockage est réalisé par une noria de godets.(5)

L’emploi de machines à vendanger (voir aussi l’article de Wikipedia implique certaines contraintes en terme de mode de palissage, de taille, d’entretien du sol : les machines sont lourdes et doivent passer même si le sol est humide, c’est pourquoi le désherbage chimique ou l’enherbement sont préférés pour assurer une meilleure portance, de disposition des rangs, de pente... La vendange mécanique se présente sous forme semi-liquide avec des grains entiers, des grains éclatés, du moût et divers débris, feuilles, pétioles et corps étrangers. Le transport doit donc être rapide, les débris éliminés manuellement. On constate souvent une augmentation en fer, calcium, potassium, les vins sont généralement plus colorés et moins riches en tanins. A la dégustation, on ne trouve pas de différence significative entre les vins de vendanges mécaniques et les autres.(5)

Doc : Manuel de viticulture, 57.5 ko, 104x150

Manuel de viticulture

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La vinification beaujolaise classique est une macération semi-carbonique par macération de vendange entière, puis pressurage et fin de fermentation à température maîtrisée. Ce mode opératoire est exigé en primeur. Pour les autres vins, la vendange mécanique est autorisée mais cette technique est limitée et contrôlée, encore au stade expérimental. Elle répond à un cahier des charges strict qui liste les machines agrées par l’INAO, définit les critères techniques (hauteur des bacs à vendange, matière inerte). . La vigne doit être palissée, la cuverie doit être équipée d’un système de tri de la vendange et de régulations des températures de fermentation. Depuis 2004, l’INAO reconduit cette expérimentation sur 50 hectares. Chaque viticulteur candidat à l’expérimentation doit en faire la demande auprès de l’Union des vignerons du Beaujolais. Des contrôles sont effectués pour vérifier l’adaptation de la vigne à la récolte mécanique. 95% de la vendange est aujourd’hui encore manuelle...(7)

Une brève histoire du temps

De l’influence du temps sur la date des vendanges et plus encore

Le climat du Beaujolais est contrasté avec des écarts très importants entre l’hiver et l’été, soit de -20° à +38°. Après un premier trimestre froid (inférieur de 1,4° par rapport aux normales), le second trimestre a été chaud, soit +2,1°. Excepté 2003, la moyenne des températures de mars à juillet est la plus élevée depuis 1968, avec une insolation excédentaire de 91 heures. Une brève du journal 20 minutes du 28 août 2009 signale une des conséquences immédiates de ces températures élevées : à Morgon, Chenas et Moulin-à-vent, les viticulteurs expérimentent cette année la vendange en nocturne, à 4 h du matin, permettant de mieux contrôler le degré d’alcool, car si les raisins sont ramassés lorsqu’il fait frais, plutôt que sous 30-35°, ils ne seront pas confits par la chaleur et n’auront pas besoin d’être refroidis.

Quelle est l’influence du réchauffement climatique sur la vigne, au-delà de catastrophes naturelles ponctuelles, telle la grêle s’abattant sur le vignoble beaujolais en 2008 et détruisant un quart à un tiers de la récolte ?

On commence à le mesurer. Les vendanges sont plus précoces, les vignes produisent plus (trop), les vins sont plus alcoolisés (trop). La maturation se fait mieux et la qualité des millésimes s’améliore, y compris dans les vignobles plus en hauteur. Mais les constats suscitent ici déjà quelques inquiétudes : sur la possible baisse de typicité des crus, ou encore sur le déficit en acidité et le vieillissement prématuré des vins (blancs surtout) constatés pour plusieurs vignobles. Par ailleurs on remarque que l’augmentation des températures et celle de la teneur en CO2 ont un impact sensible sur la diversité et le développement des flores microbiennes et mycologiques de la vigne, de même que le réchauffement climatique pourrait expliquer la remontée progressive vers le nord de certaines maladies et de leurs insectes vecteurs jusque dans des vignobles septentrionaux (Bourgogne, Champagne, Alsace) jusqu’alors épargnés.(8) Un autre problème est celui des pluies intenses qui érode des terrains souvent pentus.

Les vignobles les plus menacés par le réchauffement climatique sont ceux du pourtour de la Méditerranée, de la Californie, Afrique du sud et Australie. Des mutations importantes auraient lieu dans les zones septentrionales : extension de la latitude des vignobles, modification des pratiques culturales avec obligation d’avoir recours à l’irrigation, nouveaux cépages remplaçant les anciens (syrah en Bourgogne au lieu du gamay) (8)...Faudra-t-il bientôt désalcooliser le beaujolais, comme c’est déjà le cas pour le vin de Californie dans la Napa Valley ? Dans une hypothèse d’un réchauffement de +4° à +5°, les vignes vont-elles migrer de 500 km au nord vers 2100 et à quand le Beaujolais suédois ?

Les professionnels de la filière viticole s’allient aux chercheurs pour en appeler à la mobilisation individuelle et collective : Joël Rochard propose plusieurs pistes pour réduire les gaz à effet de serre dans les vignes : récupérer et valoriser les bois de taille et des charpentes ; récupérer le CO2 libéré par la fermentation ; limiter les interventions sur les parcelles pour diminuer la consommation de carburant et réduire la consommation de produits phytosanitaires ; utiliser les biocarburants ; alléger le poids des bouteilles pour économiser le verre....

De la date des vendanges, témoins du temps

Doc : La vendange Bouzonnet-, 197.5 ko, 150x118

La vendange

Bouzonnet-Stella, Claudine

© BML cote F17BOU005375

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Floraison, véraison et maturation sont trois étapes-témoins pour les chercheurs en climatologie. Dans le prolongement de l’Histoire humaine et comparée du climat établie par Emmanuel Le Roy Ladurie (9), professeur honoraire au Collège de France, des chercheurs du CNRS, du CEA et de l’INRA ont reconstitué le climat de la Bourgogne depuis 1370 à partir des dates de vendange du pinot noir, cépage roi de la région. Ils complètent ainsi les données sur l’évolution récente du climat. Leurs travaux sont publiés dans la revue Nature du 18 novembre 2004... Les dates de vendange offrent ainsi le potentiel de reconstituer finement les variations de température des derniers siècles dans de nombreuses régions d’Europe et du Moyen Orient. Elles compléteraient ainsi de façon importante les bases de données climatiques existantes et permettraient d’obtenir des informations sur les variations régionales du climat au cours du dernier millénaire.(10)

Des temps forts

-  1928

Doc : Vendanges, 162.7 ko, 150x131

Vendanges

Le Progrès illustré

10/10/1900

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L’histoire du vin de beaujolais est relatée brièvement par Bruno Benoit dans un article du  Dictionnaire historique de Lyon. Le vin de Beaujolais reste un vin local jusqu’à l’entre-deux-guerres où il devient le vin de Guignol et de Gnafron. Léon Daudet, en 1928, est l’auteur de cette phrase célèbre « Il coule à Lyon un troisième fleuve, le beaujolais, qui n’est jamais limoneux ni à sec », qui sera reprise par ses promoteurs.
-  Sur l’histoire du vin, voir aussi un précédent article intitulé A boire et à débattre en terre beaujolaise !.

-  1985

Dans un article paru dans la Revue des œnologues, Gilbert Garnier retrace le parcours juridique du beaujolais nouveau : lorsque les vins du beaujolais accèdent à l’AOC, ils sont soumis au déblocage au 15 décembre. Le député-maire Edouard Herriot, le sénateur Justin Godard et le député du Beaujolais Jean Laborde obtiennent par une note administrative du 13 novembre 1951 l’autorisation d’un déblocage anticipé, flottant, puis fixé au 15 novembre en 1967, enfin le 3e jeudi de novembre en 1985. (11) Gilbert Garnier est aussi l’auteur de  L’étonnante histoire du Beaujolais nouveau. Dans ces temps de crise économique (-14% pour le vins rouges cette année) et de tentation pour les grandes surfaces de ne pas acheter afin de vider les stocks, le Nouveau est gagnant : pas de conservation = pas de stock...

-  1998

Séduisant Paris, puis l’Europe, les Etats-Unis, le Japon, ses tonneaux sont symboliquement roulés sur la Grande Muraille de Chine en 1998.

-  2012

Après le Japon, la saga du beaujolais s’inscrit en Chine... On en parlait déjà en 2006 (cf A boire et à débattre en terre beaujolaise !, mais ce marché semble davantage accessible depuis que le numéro un du vin français Castel a acheté le négociant Selles, spécialisé dans le beaujolais et les côtes du Rhône. Alors que la demande diminue en France, en Europe et aux Etats-Unis, Castel voit dans la Chine un futur Eldorado : selon Vitisphere, les ventes de Castel en Chine auraient progressé de 115% entre 2007 et 2008, et de 243% sur les 7 premiers mois de 2009. En 2012, la Chine serait le 7e consommateur mondial de vin.

Bibliographie

Doc : Les mots de la vigne, 114.4 ko, 123x150

Les mots de la vigne

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(1)  Les mots de la vigne et du vin de Gilbert Garrier. Le paradoxe n’est qu’apparent : dans notre France hexagonale, convertie à la culture de la vigne et à la consommation du vin depuis plus de deux millénaires, on boit de moins en moins de vin, mais on en parle de plus en plus. Pour étancher cette soif légitime de connaissances, il convenait de mettre sous forme de dictionnaire cette si longue histoire de la culture des vignes et des usages du vin. Des vignerons et des buveurs de l’Antiquité aux viticulteurs et aux œnologues actuels, douze chapitres (dont un consacré aux vendanges) conduisent le lecteur de cep en cuve, de cuve en cave....

Doc : Dictionnaire, 62.7 ko, 102x150

Dictionnaire

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(2)  Le dictionnaire de la vigne et du vin de Jacques Blouin.. Une approche technique, viticole, vinicole, historique, géographique, économique et gustative pour un ouvrage destiné » aux professionnels, aux étudiants et aux amateurs de vin.

(3)« Le ban des vendanges fixé au 27 août », « Beaucoup de candidatures », « Suivi de la maturation au 17 août dans le Beaujolais », in  L’information agricole du Rhône.

(4)  Œnologie et crus des vins.

Doc : Oenologie et crus, 81.1 ko, 104x150

Oenologie et crus

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Ouvrage complet sur la connaissance des vins, des divers processus de fabrication de la vigne à la bouteille, de la consommation et des métiers autour du vin.

(5)  Manuel de viticulture d’Alain Reynier, 10e édition. Outil de terrain, ce manuel professionnel fait le lien entre science, technique et pratique en rassemblant, d’une part, les connaissances requises pour effectuer des choix raisonnés et, d’autre part, des informations pratiques indispensables à la réalisation des travaux de plantation, de conduite du vignoble ou de protection phytosanitaire.

(6)  Le Patriote. Vendanges 2009, ce qu’il faut savoir.. Supplément au numéro 729 du 13 août 2009

(7) « Récolte mécanique : essai pour les beaujolais-villages et les crus du Beaujolais, in  L’information agricole du Rhône du 30 juillet 2009.

(8) Revue des oenologues et des techniques vitivinicoles et œnologiques. « Le réchauffement climatique et ses impacts sur les vignobles », Jocelyne Pérard, Jean-Pierre Chabin, Malika Madelin ; « Viticulture et effet de serre », sous la direction de Joël Rochard, : 1ère partie, mécanismes et enjeux », publié dans le n°125 d’octobre 2007 ; 2ème partie, « Quantification et pistes de réduction des émissions de gaz à effet de serre », publié dans le n°126, janvier 2008.

(9)Histoire humaine et comparée du climat d’ Emmanuel Le Roy Ladurie :  Tome 1 : Canicules et glaciers( XIIIe-XVIIIe siècles ). ;  Tome 2 : Disettes et révolutions 1740-1860. ;

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Histoire du climat, T3

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 Tome 3 : Le réchauffement de 1860 à nos jours. Emmanuel Le Roy Ladurie, dans ce dernier volume de l’Histoire humaine et comparée du climat, étudie cette phase de réchauffement, dont l’actualité médiatique s’est emparée sans toujours la situer suffisamment dans son contexte de longue durée. Il utilise, à des fins descriptives, les observations thermométriques et pluviométriques, mais aussi toutes les informations relatives aux moissons et aux vendanges. à l’élevage et au tourisme, qui donnent la mesure et le rythme du changement climatique en cours. Au terme de cette big history multicontinentale, les perspectives ne sont pas rassurantes : le très vif réchauffement constaté depuis 1980 pourrait bientôt poser des problèmes extrêmement difficiles à l’humanité...

(10)Les dates de vendanges, un indicateur du climat passé

(11)La Revue des œnologues consacre 6 articles à l’histoire du vin dans un dossier intitulé Boire le vin dans les villes, dont l’auteur est Gilbert Garnier, professeur d’histoire contemporaine à l’Université Lyon II : « Boire le vin à Lugdunum », n°126 ; « Le vin dans la ville médiévale », n°127 ; « Boire le vin en ville au XVIIIe siècle, n°128 ; « Le vin de l’ouvrier », n°129 ; « Le vin bourgeois », n°130 ; « La grande soif saisonnière du beaujolais nouveau », n°131.



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