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Article publié le : jeudi 18 mars 2010 à 20:04 - Dernière modification le : mercredi 24 mars 2010 à 10:42

Salsigne, une pollution sans répit

Collines artificielles constituées du minerai traité dans l'Unité de la Combe du Saut. Il fallait 1000 tonnes de minerai brut pour extraire 2,5 kg d'or.
Collines artificielles constituées du minerai traité dans l'Unité de la Combe du Saut. Il fallait 1000 tonnes de minerai brut pour extraire 2,5 kg d'or.
M.Benchelah

Par Mehdi Benchelah

Marquée par un siècle de pollution, due à l’activité de la mine d’or de Salsigne et de l’usine de traitement des déchets, la vallée de l’Orbiel en France peine à retrouver un équilibre environnemental. Ses habitants, traumatisés par les conséquences d’une exploitation industrielle intensive, s’opposent aujourd’hui à l’établissement au même endroit d’un centre d’enfouissement technique pour ordures ménagères, décidé en 2004 par le Conseil général du Languedoc.

Reportage à Salsigne, près de Carcassonne

A une quinzaine de kilomètres au nord de la cité médiévale de Carcassonne, la vallée de l’Orbiel déploie ses jolis côteaux couverts de vignobles et de champs de céréales. Bien que située à mi-chemin de la Montagne noire et du Massif central, cette région bucolique évoque irrésistiblement la Méditerranée, avec ses petits chênes lièges et ses étendues de pins parasols. Pourtant, l’endroit possédait encore il y a quelques années la réputation de site le plus pollué de France.

À la Combe du Saut, sur les bords de la rivière de l’Orbiel, se trouvait en effet une unité de transformation du minerai d’or de la mine de Salsigne, plus tard reconvertie dans le traitement de déchets industriels venant de toute l’Europe. Le procédé de transformation par cyanuration (il fallait traiter 1000 tonnes de minerai brut pour extraire 2,5 kilos d’or) a déversé pendant près d’un siècle d’énormes quantités d’arsenic et de produits toxiques dans l’eau et dans l’atmosphère.

Guy Augier montrant les collines artificielles constituées à partir des déchets de minerai extraits de l'ancienne mine d'or.
Guy Augier montrant les collines artificielles constituées à partir des déchets de minerai extraits de l'ancienne mine d'or.
(©Mehdi Benchelah)

Guy Augier, 53 ans, est un agriculteur qui possède une petite exploitation située à un kilomètre et demi de la mine de Salsigne et de l’usine de traitement. « Certains jours, quand l’usine était en activité, nous ne pouvions pas travailler dans nos vignes, raconte-il avec un fort accent du sud-ouest. Les fumées sentaient tellement fort que cela nous donnait des maux de tête et qu’on était obligé de quitter notre travail. C’était pareil pour notre famille, nos enfants ne pouvaient pas aller dehors. Cette situation a duré six ans avant qu’on se mobilise pour faire fermer les installations. »

L’exploitation de la mine et le traitement a duré jusqu’en 2004, mais les conséquences d’un siècle de pollution ne s’effacent pas aisément. Autour de l’ancienne usine de traitement qui jouxtait la rivière, on aperçoit de curieuses collines où aucun arbre ne pousse. « Ce sont des collines artificielles faites par l’homme, explique Henri de Marion, le vice-président de l’association de défense des riverains de Salsigne. Elles contiennent la pulpe du minerai chargé d’arsenic et de cyanure. Le problème, ce sont les infiltrations d’eau saturée de ces éléments qui se déversent dans l’Orbiel. Aujourd’hui encore, il y a toujours une pollution chronique dans la rivière. Elle est moindre qu’à l’époque de l’activité industrielle, mais elle existe. »

Sur les rives de l’Orbiel, on distingue de nombreux jardins potagers plus ou moins à l’abandon. Depuis les inondations intervenues en novembre 1996, la préfecture interdit chaque année la vente de certains légumes (salades et thym en particulier) contaminés à l’arsenic par l’eau de la rivière.

Voir le diaporama de Mehdi Benchelah

« Sur quatre-vingt jardins, il n’en reste plus qu’une quarantaine encore en activité, raconte Jean-Claude Thomas, l’ancien président du syndicat d’arrosage, qui possède une propriété à une centaine de mètres de la rivière. Pour de nombreux ouvriers, les potagers étaient à la fois un moyen de s’approvisionner en légumes pour leur famille et une façon de se procurer un complément de revenus. Mais, l’interdiction de la vente au public par la préfecture en a dissuadé beaucoup de continuer. En ce qui me concerne, je préfère ne plus consommer de légumes de mon jardin depuis que je sais qu’ils retiennent la pollution de la mine ».

Une chose est certaine, malgré les très importants travaux de réhabilitation, pris en charge par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) et achevés en 2006, la pollution de l’usine de traitement a marqué psychologiquement une région entière. Ce traumatisme a été brutalement réveillé par la décision du Conseil général du Languedoc d’ouvrir un centre d’enfouissement technique (CET) pour ordures ménagères sur le lieu même de l’ancienne exploitation industrielle. Pour les habitants de la vallée, qui pensaient avoir tourné la page de la pollution, la décision du Conseil général a sonné comme une gifle. « On a investi plus de 26 millions d’euros - payés par la collectivité - pour la réhabilitation de l’ancienne usine de la Combe du Saut. Tout ce travail va être détruit si on les laisse réaliser cette méga poubelle sur le site », s’indigne Jean-Louis Tessié, président de l’association Terre d’Orbiel qui s’oppose à l’établissement du CET. Mais pour quelles raisons le Conseil général a t-il décidé d’établir un Centre d’enfouissement à cet endroit ? Pour Jean-Louis Tessié, l’explication est simple : « C’est triste à dire, mais je pense que comme nous sommes déjà pollués, l’idée a couru qu’un peu plus ou un peu moins, ça ne changeait rien. Et ça, c’est une idée absolument inacceptable. Etablir la méga poubelle ici va ouvrir un chantier permanent de manipulation de terre et provoquer l’envol de particules contaminées par l’arsenic qui vont affecter notre santé. »

Pour l’instant, les millions de tonnes de minerai traitées pendant les cent ans d’existence de la mine de Salsigne sont confinées dans une immense « géomembrane » en bitume élastomère. Selon les spécialistes, la durée de vie de cette enveloppe est assurée pour cinquante ans. Ce qu’il adviendra ensuite, nul ne le sait.

tags: Environnement - Pollution
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(4) Réactions

Il faut du temps pour cacher

Il faut du temps pour cacher toute cette pollution.
Mais qu'adviendra t'il dans 50 ans quand cette membrane sera usée et commencera à fuir ?
On rejette cela aux générations futures...

pug 'ignace

C'est là une ultime nécessité de l'oubli. Celle de l'apaisement des terres

contacts

Je suis à la recherche du mail de Monsieur Benchelah ...

Salsigne, une pollution sans répit

Scandaleux! Ils ont des usines pour traiter les ordures ménagères !! De qui se moque-t-on ????
Ne faudrait-il pas obliger à résidence dans ces lieux malsains, Les élus représentants le Conseil Général? Il est bien évident qu'ils trouveraient bien vite des solutions. Tout cela démontre bien le peu de réflexion dont font preuve les personnes qui sont sensées nous représenter, ou défendre nos intérêts... dès lors qu'ils ne sont pas concernés.
Polluons donc un endroit qui est déjà pollué, ça n'en sera que demi-mal !!!!
Si on avait mis en œuvre à temps et appliqué systématiquement de lourdes taxes aux pollueurs qui ne voient que leur profit et les moyens de s'enrichir en faisant fi de la santé des autochtones, de la faune et de la flore, non seulement nous aurions eu les moyens de financer le traitement de ces déchets polluants mais aussi les recherches pour les exploiter intelligemment.

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