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PPDA accusé de plagiat pour sa biographie d'Hemingway

Ernest Hemingway en 1923, sur sa photo de passeport (Wikimedia Commons)

Selon L'Express, Patrick Poivre d'Arvor aurait plagié une biographie d'Ernest Hemingway pour constituer pas moins du quart de son prochain livre. Gallimard, éditeur de l'ouvrage qui lui aurait servi de modèle, confirme à Rue89 être détenteur des droits de cette traduction.

Le nouveau livre de Poivre va-t-il aller au pilon ? Ce serait une mauvaise nouvelle pour Arthaud, son éditeur, qui compte le sortir le 19 janvier avec un tirage plutôt conséquent de 20 000 exemplaires, selon L'Express. Pour le journaliste de l'hebdomadaire, Jérôme Dupuis, ce plagiat pourrait sonner « le glas d'une belle épopée littéraire ».

Les éléments qu'il apporte sont effectivement a priori accablants, tant sur le fond que sur la structure de son livre :

« L'Express peut révéler que l'ancien présentateur du 20 Heures a plagié une biographie signée Peter Griffin, parue aux Etats-Unis, en 1985, aux éditions Oxford University Press. Traduite en France, chez Gallimard, en 1989, elle est aujourd'hui quasiment introuvable en librairie. PPDA, lui, en a déniché un exemplaire. PPDA, comme Patrick Plagiat d'Arvor.

Les “emprunts” opérés par le journaliste-écrivain sont manifestes, massifs, et comme portés par un étonnant sentiment d'impunité.

Selon notre enquête, ce sont près de 100 pages de son “Hemingway, la vie jusqu'à l'excès” qui sont directement inspirées de l'ouvrage de Griffin, sans qu'aucun guillemet le signale.

Des dizaines et des dizaines de paragraphes s'apparentent à des “copier-coller”, souvent grossièrement maquillés par des inversions de phrases ou l'usage effréné de synonymes. »

Les trois fac-similés publiés par L'Express montrent une inspiration manifeste du dernier livre dans l'ancien. Contacté par l'hebdomadaire, PPDA dément, et s'offusque :

« J'ai passé un an et demi à écrire ce livre et trouve très désobligeant ce soupçon de plagiat. Je me suis naturellement documenté auprès des nombreuses biographies existantes, au nombre desquelles celle de Griffin me semble la meilleure sur le jeune Hemingway. Mais je n'allais pas lui réinventer une vie ! »

Jérôme Dupuis relève que l'auteur ne cite pas le livre de Griffin dans la bibliographie (pourtant très volumineuse) qu'il publie en annexe du sien…

Joint par Rue89, le service juridique de Gallimard confirme être toujours détenteur des droits de la traduction de Griffin, publiée en 1989, sans pouvoir préciser s'il possède aussi les droits du livre en lui-même.

Le traducteur pourrait réclamer un dédommagement

Isabelle Weygand, juriste chez l'éditeur, explique pourquoi elle ne peut pas se prononcer plus avant :

« C'est une accusation très grave, qu'il ne faut pas prendre à la légère. Avant de pouvoir déterminer s'il y a contrefaçon [le terme juridique pour le plagiat, ndlr], il faut procéder à une comparaison ligne par ligne.

Si c'est prouvé, effectivement, le traducteur peut réclamer un dédommagement. »

La juriste ajoute que le plagiat « arrive souvent » pour les biographies, mais qu'après enquête, on constate parfois que le livre supposément plagié reprenait lui-même des éléments provenant d'autres ouvrages.

En tout état de cause, il n'y aura sans doute pas de « procès Patrick Plagiat d'Arvor », suppose Isabelle Weygand :

« Les éditeurs n'aiment pas les affaires de contrefaçon. La plupart du temps, elles se règlent à l'amiable. »

« N'importe qui de sérieux aurait cité sa source »

Me Agnès Tricoire, avocate spécialiste en propriété intellectuelle, trouve les trois extraits publiés par L'Express « effectivement très ennuyeux » :

« N'importe qui de sérieux aurait cité sa source en faisant ces emprunts. Et même s'il l'avait citée en mettant des guillemets, PPDA ne pourrait pas invoquer le droit de citation puisqu'il dépasse très largement le droit de “courte citation”, s'il a effectivement emprunté 100 pages comme l'affirme L'Express. »

Mais Me Tricoire appelle à la prudence, en constatant que l'hebdo ne publie que trois extraits, que cette affaire n'est pas judiciarisée, et que prouver une contrefaçon littéraire demande un long travail d'experts. L'avocate cite la règle de base du plagiat :

« La contrefaçon s'apprécie aux ressemblances d'ensemble, pas aux différences de détail. »

L'Express, qui a visiblement examiné minutieusement les deux ouvrages, est formel : un quart du livre de PPDA serait plagié…

Photo : Ernest Hemingway en 1923, sur sa photo de passeport (Wikimedia Commons)

4 commentaires sélectionnés

Portrait de héliotrope

De héliotrope

Ecocitoyen débutant, chercheur de s... | 14H37 | 04/01/2011 | Permalien

Ils doivent sacrément s'emmerder à L'Express.
Parce que s'il fallait dresser la liste de tous les "plagieurs", il n'aurait pas assez d'un numéro entier de leur hebdomadaire pour en publier la liste...

Portrait de Pile_ou_Face

De Pile_ou_Face

Baby Alone in Babylone | 15H09 | 04/01/2011 | Permalien

PPDA ou la mauvaise foi d'un donneur de leçon...
Calamiteux ! Il vaut mieux lire Hemingway.

Portrait de padiran

De padiran

Chroniqueur Grolandais | 15H00 | 04/01/2011 | Permalien

Entre ses interviews bidons de Castro et son plagiat d'une biographie d'Hemingway, PPDA nous réserve bien des surprises. La déontologie est un terme abscons pour lui.

Portrait de le soudanais

De le soudanais

ici et là | 15H01 | 04/01/2011 | Permalien

2 questions:

1/ PPDA écrit-il lui même ses livres?

2/ N'est il pas coutumier du fait, tout le monde a en mémoire la fameuse interview de Fidel Castro...?

Pour le reste, le personnage m'indiffère...

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