18/04/2011 à 15h01

De Boutin à Villepin, tous les avatars du « revenu citoyen »

Mathieu Deslandes | Journaliste Rue89


Dans le programme de Dominique de Villepin pour 2012, c’est la proposition qui fait parler : un « revenu citoyen » versé de telle sorte que tout citoyen français de plus de 18 ans puisse compter sur un minimum de 850 euros par mois pour vivre « dans la dignité ».

A entendre les réactions de certains de ses anciens amis de l’UMP, l’ex-Premier ministre serait devenu un dangereux gauchiste. C’est évidemment plus compliqué.

Quelles sont les racines de cette idée ?

« Si l’on remonte l’arbre généalogique de cette idée, on trouve deux branches : une marxiste et une libérale », schématise l’économiste (et député européen socialiste) Liêm Hoang-Ngoc.

La branche libérale considère qu’il convient d’accorder une certaine somme d’argent aux citoyens (qui sont d’abord, dans cette optique, des « agents économiques »), mi-filet de sécurité, mi-capital de départ pour qu’ils puissent consommer et participer à la vie de la société.

A chacun, ensuite, d’organiser ses dépenses comme il l’entend. Quitte, en contrepartie, à privatiser l’éducation, la santé et tous les autres services publics. Bref : autonomie maximale face à un « Etat minimum », comme dirait l’essayiste Guy Sorman.

La branche marxiste, indique Liêm Hoang-Ngoc, « s’appuie sur les “Grundrisse”, ces textes où Karl Marx imagine le développement d’une société où l’humanité sera sortie du salariat et où les machines seules assureront la création de richesses, qui seront reversées sous la forme d’un revenu socialisé universel ».

On retrouve cette influence chez les tenants de la thèse de la fin du travail : les gains de productivité seraient tels qu’il n’y aurait plus assez de travail pour tout le monde, il convient donc de rémunérer les gens autrement que via le salariat.

Depuis trente ans, cette famille de pensée a produit de nombreux avatars de l’idée de revenu citoyen :

  • « revenu d’existence » pour les économistes français Henri Guitton et Yoland Bresson ;
  • « allocation universelle » pour le philosophe belge Philippe Van Parijs ;
  • « basic income » pour le politiste allemand Claus Offe ;
  • « citizen’s income » pour le britannique Keith Roberts ;
  • « revenu inconditionnel suffisant » pour le philosophe français André Gorz, cofondateur du Nouvel Observateur...

Dans toutes ces versions, résume Yoland Bresson, ancien doyen de la fac de sciences écos à Paris-XII, il s’agit d’un « revenu sans condition de la naissance à la mort ».

L’emploi n’est plus nécessaire pour vivre et chacun a le choix de se tourner vers des activités non-marchandes, un engagement associatif – ou le travail. Il tente une comparaison biologique :

« C’est comme le glucose, tous les neurones en reçoivent, même s’ils ne font rien, mais ils en reçoivent plus s’ils s’agitent. »

Quelles personnalités politiques la défendent ?

Ce thème est à la mode. Il séduit de nombreuses personnalités politiques. Prouesse : à quelques détails près, il met d’accord Christine Boutin (qui milite pour un « dividende universel ») et Daniel Cohn-Bendit (partisan du « revenu d’existence ») !

Eva Joly laisse entendre qu’un « revenu de subsistance pour tous » fera partie du programme d’Europe Ecologie-Les Verts. Et la proposition d’allocation pour les jeunes adultes portée par le PS (point 13 dans les « Priorités 2012 » des socialistes) est marquée par la même inspiration.

Pourquoi ses partisans se divisent-ils ?

Il y a pourtant un malaise avec ce sujet : depuis trente ans, on tourne en rond. « Les ambiguïtés n’ont pas été levées, les termes du débat sont les mêmes », observe le statisticien Michel Husson (qui fut l’un des créateurs d’Agir ensemble contre le chômage). Outre les modalités de financement, deux points font l’objet de controverses :

  • le montant accordé (doit-il dépasser la somme de toutes les prestations sociales, voire le Smic ?) ;

  • l’existence ou non de contreparties (vote obligatoire aux élections, service national, travaux d’intérêt général, recherche d’un emploi...).

Derrière ces deux sujets, une même peur : le versement d’une allocation universelle détournerait les gens du travail et les pousserait à une existence oisive. C’est d’ailleurs la critique qu’adresse Boutin à Villepin :

« En fixant son revenu citoyen à 850 euros, et non comme le Parti chrétien démocrate [la formation de Christine Boutin] à 400 euros, il encourage l’oisiveté et discrédite le goût de l’effort. »

Craintes gigognes :

  • la création de richesses en serait affectée, tout comme, au bout d’un certain temps, le financement de cette allocation ;

  • tout le monde ne vit pas forcément le travail comme une aliénation et en renonçant au travail, beaucoup de gens risquent d’éprouver un sentiment d’inutilité sociale ;

  • ceux qui voudraient continuer à travailler auraient intérêt à le faire au noir (retour au point n°1) ;

  • distribuer un « revenu citoyen » sous forme d’argent risque de se faire au détriment d’un investissement dans les services publics.

Mais quand Yoland Bresson et ses amis accusent Villepin de se contenter d’une version actualisée de l’idée d’impôt négatif, popularisée par Milton Friedman dans les années 60 (c’est à peu près la même logique qui a conduit à l’instauration du RSA), ils formulent un reproche plus fondamental : celui de rester inscrit dans un système redistributif.

Eux rêvent d’un système égalitariste, où le travail ne serait plus la valeur principale. Une autre société.

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  • adrienden
    adrienden
    En quête de sens
    • Posté à 15h20 le 18/04/2011
    • Internaute 136586
      En quête de sens

    Bonjour et merci pour cet article.

    Vous ne citez malheureusement pas la DIA : Dotation Inconditionnelle d’Autonomie, proposée par le Parti pour la Décroissance (Lien). Qui va dans ce sens.

    Et les différent points soulevés à la fin :

    - « En fixant son revenu citoyen à 850 euros, et non comme le Parti chrétien démocrate [la formation de Christine Boutin] à 400 euros, il encourage l’oisiveté et discrédite le goût de l’effort. »

    => Cela part du principe que l’humain n’a qu’une envie : c’est d’être oisif. Je pense qu’une telle mesure doit s’accompagner d’une pédagogie civique fondamentale.

    - La création de richesses en serait affectée, tout comme, au bout d’un certain temps, le financement de cette allocation ;

    => Tout dépend de quelle richesse on parle...ne plus être obligé de travailler autant qu’aujourd’hui, c’est avoir du temps pour d’autre chose (comme vous l’avez bien dit plus haut). On crée une autre richesse, basée sur l’échange, la gratuité (chère à Paul Ariès), et le développement du sens civique et du volontarisme social.

    - Tout le monde ne vit pas forcément le travail comme une aliénation et en renonçant au travail, beaucoup de gens risquent d’éprouver un sentiment d’inutilité sociale.

    =>C’est vrai que se poser la question de son utilité sociale est fonamentale, et aujourd’hui le travail occupe une très grande place. Quand on demande au gens ce qu’ils font, il répondent avant tout par leur activité professionnelle. Là encore, il convient de regarder les choses sous un autre angle, et de faire de la pédagogie politique, mot bien absent de cet article.

    - Ceux qui voudraient continuer à travailler auraient intérêt à le faire au noir (retour au point n°1) ;

    => A nouveau, c’est partir du principe que le but est d’engranger un maximum d’argent. Or dans ce modèle, si l’on va jusqu’au bout des choses, on se doit d’expliquer les objectifs de société qui sont envisagés. Proposer une mesure économique du type « 1000€ pour tous », comme ça, sans explication et sans éducation n’a aucun sens.

    Cette idée est belle, mais ne représente qu’un des nombreux leviers pour créer une société plus juste, et allant dans le sens de la vision de Yoland Bresson : où le travail n’est plus la valeur centrale, mais bel et bien l’épanouissement de toutes les facettes des humains que nous sommes.

  • kakoulite
    kakoulite
    Intermediation & Imprecation
    • Posté à 15h57 le 18/04/2011
    • Internaute 126452
      Intermediation & Imprecation

    Excellente idee ! Si cela etait mis en place l on assisterai a une veritable transformation de la societe, repeuplement des campagnes, reconstruction du tissu social ’a l ancienne’ (les femmes pourrai rester a la maison) en version ’moderne’ (l homme aussi !) , plus de problemes de garderies, jonglages avec les emplois du temps etc...bref ne travailler qu’a partir du moment ou soit l’on adore son activite et/ou financierement cela en vaut vraiment la peine. Cela permettrai aussi a beaucoup de gens d etre creatifs car disposer de temps en est la cle ! Et..ce serai une premiere mondiale ! J’adore ce genre de visions !

  • C. Creseveur
    C. Creseveur
    D'actualité, de dessin surtout
    • Posté à 16h05 le 18/04/2011
    • Internaute 7715
      D'actualité, de dessin surtout
  • r0d
    r0d répond à adrienden
    exilé heureux
    • Posté à 16h08 le 18/04/2011
    • Internaute 49006
      exilé heureux

    Très intéressant tout ceci.
    Je suis intimement persuadé que l’oisiveté n’est pas le danger de cette histoire. En effet, tout montre que :
    1. l’être humain s’ennuie rapidement.
    2. il est satisfait lorsqu’il réalise quelque chose.

    Pour moi le danger, c’est que, vu le contexte sociopolitique actuel, j’ai peur qu’une telle mesure ne fasse que renforcer le consumérisme, booster la demande, et donc la croissance (du PIB).

    En revanche, l’impact primordial d’une telle mesure, et qui à lui seul suffit à légitimer cette mesure, est d’introduire de la souplesse dans le marché du travail salarié. En effet, les gens seront moins « prêt à tout » pour un travail, et ça, ça peut changer radicalement la société. Vraiment radicalement : combien de personnes quitteraient immédiatement leur job s’il recevaient 850€ par mois ? Beaucoup. Et cela aurait pour conséquence une véritable révolution du monde salarial, et à tous les niveaux. Par exemple, si mes collègues avaient moins peur d’être licenciés, j’aurais réussi à monter un comité d’entreprise dans ma boite, et la situation serait infiniment meilleure pour nous (mais même pour les patrons, m’enfin, c’est une longue histoire...).

    Donc malgré ma peur sur l’éventuel « boost » sur la croissance, je suis entièrement favorable à une telle mesure. Mon principal espoir étant que grâce à elle, nous puissions enfin travailler (par opposition à la répétition de tâches stupide, inutiles, et souvent destructrices, que nous devons effectuer quotidiennement pour gagner de quoi vivre). Moi par exemple j’aime mon métier, mais ce que me demandent mes patrons ce n’est pas mon métier. Enfin c’est encore une longue histoire...

  • Hervé Torchet
    • Posté à 16h20 le 18/04/2011
    • Internaute 22891

    Le principe d’un revenu minimal de 850 Euros est un minimum, il n’est finançable en pratique qu’en contournant l’État dont les caisses sont vides. Il faut aussi contourner les banques, qui ne savent plus financer l’économie.

    Ce qui me choque dans le projet version Villepin est qu’il soit réservé aux nationaux français. C’est du Le Pen à l’état brut.

  • Le-Hurleur
    Le-Hurleur répond à devphil
    Manutention-Artiste musicien
    • Posté à 16h21 le 18/04/2011
    • Internaute 49166
      Manutention-Artiste musicien

    C’est aussi l’idée. Relancer l’activité. En effet, avec la mécanisation, nous sommes passés d’une société industrielle à une société de services. Or, nous le voyons bien, dans notre société de l’emploi, il est impossible de fournir du travail à tout le monde, et ce ne sont pas les baisses d’impôts sur le revenu, sur les sociétés etc...qui changeront grand chose. En effet qui sacrifierait ses bénéfices au profit d’une société plus juste ? Personne.

    Ce revenu de base permet de subvenir à ses besoins de base. Ce que l’emploi aujourd’hui permet tout juste, tout en prenant le maximum de temps aux employés.
    Or, le temps est le facteur le plus important pour développer des activités. Ainsi, il ne serait pas étonnant de voir émerger de multiples petites entreprises locales, à partir du moment où le confort de la vie le permet.
    Et c’est un des facteurs les plus important de ce revenu de base inconditionnel : la prise en charge de sa vie, libérée de la contrainte de l’emploi.

    De surcroit il s’agit de réduire l’importance administrative des aides existantes. En remplaçant RSA, allocation chomage, allocation familiale par ce revenu, nous réduisons le coût de ce système administratif tout en le remplaçant par un revenu inconditionnel : une pression de moins pour le citoyen, une gestion plus simple du bordel administratif.

    Il faut avoir confiance envers la volonté d’activité des individus.

    Il y aurait beaucoup de services citoyens qui pourraient se mettre en place par la suite. Combien de personnes ainsi libérées du poids de la pauvreté seraient susceptibles de participer bénévolement à des actes civiques tel que participation politique, maisons de quartier etc...tout en subvenant allègrement à leur confort en cumulant un travail à temps partiel ?

    Pour moi, les problèmes que pose ce revenu universel sont :
    - l’inflation, qui serait certainement une calamité à gérer. Il faut donc trouver des mesures fortes pour éviter que ce revenu perde sa substance en étant dépassée par le contexte économique.
    - l’immigration, qui serait alors surement plus importante qu’aujourd’hui. D’où l’importance de politiques d’aide au développement accompagnées d’une inscription de ce revenu citoyen à la déclaration universelle des droits de l’homme pour que diplomatiquement d’autres pays s’y mettent...

    Tout cela est très compliqué mais je pense que c’est du domaine du possible, il s’agit maintenant de répondre aux aléas que provoquerais cette mesure.

  • citoyendelaterre
    citoyendelaterre
    citoyendelaterre
    • Posté à 16h36 le 18/04/2011
    • Internaute 147396
      citoyendelaterre

    850 euros par mois.
    tiens je gagne 950 euros ;
    je suis digne.

  • kakoulite
    kakoulite répond à Anastaze
    Intermediation & Imprecation
    • Posté à 17h15 le 18/04/2011
    • Internaute 126452
      Intermediation & Imprecation

    Il est vrai que certaines personnes s ennuient lorsqu elles ne vont pas travailler, independemment du type de travail elles ont besoin de changer d air et etre au contact d autres personnes et cela est prouve en voyant le nombre de gens qui vivent tres mal leur retraite.

  • Mme Berthe
    Mme Berthe
    grmbl
    • Posté à 18h25 le 18/04/2011
    • Internaute 113627
      grmbl

    Alors, pourquoi pas, bien sûr, mais à ce moment-là plus personne ne voudra remplir certaines fonctions : dame-pipi, éboueur, flic (encore que...), etc.

    Il faut bien voir que notre société ne fonctionne que par le levier de l’oppression économique, qui oblige les plus opprimés à baisser leur froc ; gageons que la plupart des frocs resteraient accrochés à leur ceinture si la dignité devenait la norme... et alors, paradoxalement, on serait sacrément dans la merde !

    Voilà pourquoi il semble obligatoire d’assortir le revenu universel d’une forme de travail obligatoire d’intérêt collectif... nettoyer les rues, construire la mairie, semer des patates... quelques heures par semaine ? Il me tarde de voir les ampoules aux mains des empingouinés !

  • boulemiche
    boulemiche
    chomeur
    • Posté à 18h43 le 18/04/2011
    • Internaute 102477
      chomeur

    On aimerait y croire.
    Sauf que cela est déjà appliqué chez les Inuits et il semblerait que ce n’est pas forcément la solution pour une société harmonieuse...Taux de suicides, alcool et drogues, violences...
    Sauf que cela fait tellement l’unanimité qu’on se demande pourquoi on n’en bénéficie pas déjà.
    Sauf que les élections se rapprochent et c’est à celui qui se montrera le plus séduisant et que les promesses n’engagent que ceux qui y croient.
    Sauf que nous avons déjà un système qui permettrait de résoudre pas mal de problèmes actuels et curieusement personne ne veut le défendre.

    Il s’agit du droit constitutionnel d’obtenir un emploi institué en 1946, issu du comité national de la résistance et toujours valide de nos jours. Curieusement lorsque l’on pose la question, à ces politiques si généreux en paroles, de rendre effectif un tel droit, ils trouvent toutes les excuses pour justifier leur inaction.

    Le poison du libéralisme est plus répandu qu’on voudrait le croire.

  • Jean_Karl
    Jean_Karl répond à nicolas.boulay
    Rasta-quouère désabusé
    • Posté à 20h07 le 18/04/2011
    • Internaute 130805
      Rasta-quouère désabusé

    Oui, l’économiste Jacques Marseille a fait une démonstration sur la faisabilité d’une allocation universelle a 750 euros, et 350 avant 18 ans.
    Il y a aussi ceux qui parlent de l’impot négatif, ce qui permettrait qu’a partir d’un certain gain on ne touche plus rien.

  • Blédine
    Blédine
    formation en illettrisme
    • Posté à 05h24 le 19/04/2011
    • Internaute 58026
      formation en illettrisme

    Cette allocation me fait penser aux esclaves qui étaient logés, nourris, blanchis en contre parti de leur infantilisation éternelle. Il leur a fallut beaucoup de temps pour acquérir un minimum de liberté.

    Je ne crois pas un instant à cette allocation, c’est plus facile de la promette que d’organiser la société afin que chacun puisse, avec le revenu de son activité (là je ne parle plus de travail) de vivre comme il l’ entend. Par exemple, vivre sous une tente, dans une maison en bois, etc...cultiver ses champs sans le lobbye Monsanto, utiliser l’énergie renouvelable, faire de l’ élevage autrement qu’ en batterie, se transporter d’un endroit à un autre sans être obligé de remplir les poches des actionnaires et d’acheter chinois ou roumain ou encore indien.

    Je doute que Goldman Sachs, Total et BP, les frères Sarkozy, les places boursières,Servier, Bettencourt, Aréva et Véolia, Bouygues et Lagarde, laisseraient faire, un peuple qui vit sans chaînes est absolument impensable pour eux, ils ont besoin de la misère et de son exploitation pour se maintenir.

    Les professionnels de la politique ont beaucoup trop à perdre, je m’imagine mal un Copé, un Lefèvre, un Kessler, un Madelin ou une Marine Le Pen voir leur fond de commerce disparaître.

  • ArABjorn
    ArABjorn
    Informaticien
    • Posté à 09h14 le 19/04/2011
    • Internaute 56005
      Informaticien

    Comme j’ai beaucoup de considération pour son travail, et, espérant qu’il ne m’en veuille pas, je pense que l’analyse de Michel Husson disponible ici : Lien
    Démontre assez clairement la non-faisabilité du projet et ses travers les plus criants.

  • Philippe Leclercq
    Philippe Leclercq
    dilettante
    • Posté à 10h16 le 19/04/2011
    • Internaute 64790
      dilettante

    Pourquoi oublier le socialisme utopique de Fourier, et la rémunération de tous en fonction non uniquement de sa procudtion, mais de son intérêt social ?

  • cosette12200
    cosette12200
    infirmière
    • Posté à 10h47 le 19/04/2011
    • Internaute 84718
      infirmière

    Cette idée part du principe, semble-t-il acquit par tous, que la création de richesses sera aux mains des machines. Peut-être pourrions-nous commencer par interroger cette vision de notre futur/présent ? Est-ce souhaitable ? Inéluctable ? Réversible ? Prenons deux exemples :

    1 - Il est des domaines dans lesquels la technologie doit rester à sa place. Par exemple, dans la santé. Les orientations politiques de la recherche biomédicale visent des technologies qui se placent de plus en plus entre le soignant et le soigné : appareils de surveillance à distance, chirurgie à distance, TIC-santé (télé-diagnostic, télé-prescription, télé-consultation, télé-formation, télé-transmission...), programme Sophia... avec les limites de la technologie face à l’irrationnel et complexe être humain que nous sommes. C’est pour ça que les soignants utilisent leurs sens, il ne leur reste parfois plus que ça pour prendre une décision...

    2 - On assiste depuis quelques années à un retour dans les campagnes parallèle à une demande de plus en plus importante de produits bio, voilà un marché de l’emploi que l’on pourrait développer. Mais ce serait valoriser l’activité individuelle face à l’activité industrielle, défendre l’investissement économique à l’échelle d’une société face la rentabilité d’une minorité. Ce qui ne semble pas au goût du jour.

    On pourrait prendre de nombreux autres exemples : diminution des caissières dans les supermarchés avec les bornes « libre-service », fermeture de kiosques non automatisés sur les péages d’autoroute, recherches sur la robotique soignante (notamment en « gérontotechnologies ») dans un contexte de pénurie de soignants, développement de logiciels éducatifs parallèle à une diminution des postes dans l’éducation nationale, fermeture de structures scolaires, associatives ou sanitaires de proximité favorisant la vie en ville ou le recours à ces technologies à distance, sans contact direct. C’est l’ensemble des domaines attribués à la numérisation ou à la virtualisation et c’est le choix politique actuel. Il faut dire qu’il présente plusieurs intérêts qui ne sont pas seulement d’ordre financier mais aussi, en quelque sorte, idéologique car il concoure à une fracture du lien social.

    Pourtant, un certain nombre de maux de notre existence n’ont pas de réponse technologique. Certes, cela nous demande de faire des choix, de penser notre organisation différemment et de donner du sens à nos activités, qu’elles soient rémunérées ou bénévoles...

  • Ruski
    Ruski
    Gracchus
    • Posté à 11h56 le 19/04/2011
    • Internaute 50606
      Gracchus

    Vous avez oubliez de citer Bernard Friot, qui lui préconise un « salaire continué » - tout au long de notre existence - lié à la qualification, que l’on soit employé ou non, avec possibilité pour tous de pouvoir se perfectionner en reprenant ses études tout au long de sa carrière professionnelle, pour augmenter ses compétences et sa productivité qualitativement. Car en effet il faut bien faire le distinguo entre emploi et travail : On peut être sans emploi et travailler beaucoup, et être employé et travailler peu ! Comme il faut faire un autre distinguo entre la propriété privée d’usage et la propriété privée lucrative !

  • bonhenry
    bonhenry
    économiste
    • Posté à 22h25 le 19/04/2011
    • Internaute 153052
      économiste

    Bonjour,
    les bonnes idées ne meurent sans doute jamais.
    Mais il me semble que, parmi les diverses propositions retenues, aucune ne repose sur un point qui me semble pourtant fondamental. Si l’on veut que cette allocation universelle - que j’appelle pour ma part Revenu Minimum de Dignité - soit véritablement l’expression d’une appartenance à une communauté, il me semble indispensable qu’elle soit un pourcentage du revenu communautaire, et pas un montant absolu (je propose pour ma part le 1/4 du PIB individuel). si la richesse produite augmente, le RMD augmente, si elle diminue, le RMD diminue aussi.

    voir Lien ou
    Lien

  • adrienden
    adrienden répond à malpoli
    En quête de sens
    • Posté à 22h29 le 19/04/2011
    • Internaute 136586
      En quête de sens

    Bonsoir,
    je pense que le « problème » ne vient pas des pulsions inhérentes à notre conditions d’être humain, mais plutôt de quelle manière on peut réussir à les écouter et à les transformer en une énergie positive. Il ne s’agit à mon avis pas de les refouler, bien au contraire, de les libérer mais dans un sens « détourné » pour les assumer et les rendre constructives.
    Vous parlez de l’argent, et du désir de possession. Je pense que cette pulsion provient surtout d’un désir de compenser une frustration inhérente et reptilienne : détruire son adversaire pour assurer sa descendance. A mon avis, en montrant aux gens qu’on peut être utile à la société et affirmer sa propre singularité par d’autres voies, on pourrait limiter ce problème. Je pense que les frustrations de notre société sont nées d’une incapacité de l’humain à s’écouter à et à s’autoriser à exprimer des désirs « malsains » ou « négatifs ». Les écouter c’est à on avis la première étape pour les mettre à distance, avant de prendre réellement conscience de ce qu’ils représentent, pour enfin s’en libérer sous une autre forme.

    Bon c’est très intuitif, je ne suis pas psy ! Mais on touche à mon avis une zone psychique collective très profonde. Je trouve ça passionnant. Mais ça ne suffit peut-être pas à faire un programme politique...

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