III. Les netsuke


Plan (cliquez sur le titre qui vous intéresse):

A. Origine des netsuke

B. Description des netsuke

C. L’iconographie des netsuke

1. Les dieux et les démons
2. Les animaux fantastiques
3. Les animaux du zodiaque
4. La faune et la flore
5. Les ijin : les étrangers
6. Les personnages de la vie courante

D. Les netsuke et le marché de l’art

 © Roger Guillemot



«Le netsuke est un petit objet en bois, ivoire porcelaine, métal, de 2 à 15 cm de hauteur, qu’on fixe à la ceinture par un système de contrepoids pour retenir des contenants de formes diverses. »


- Gonse François, Netsukimono, Le Japon côté nature, Somogy, 2005.


Kiseru-Zutsu

- Dôran (poche à tabac), Kiseru-Zutsu (étui à pipe), netsuke de Mitsuyoshi (fin XIXème) et Ojime. Museum of Fine Arts, Boston. © Museum of Fine Arts, Boston

pipe

- Kiseru-zutsu et Dôran, époque Edo, musée de la demeure Aoyagi-ke, Kakunodate. DR. Pour en savoir plus sur Kakunodate, cliquez ici.

A. Origine des netsuke



L’apparition des netsuke est liée à la généralisation du port de la tunique (kosode) à l’époque de Muromachi. Cette pratique posa le problème du transport d’objets d’usage courant (pipe, tabac) avec soi. Deux solutions apparurent, la première consistait à mettre le ou les objet(s) dans un baluchon, le furoshiki. La deuxième solution consistait à placer ces objets dans des contenants qui s’accrochaient à la ceinture. Ces derniers avaient pour nom sagemono, « chose suspendue à la cuisse ». Il existait de très nombreuses sortes de sagemono : l’inrô (boite à pharmacie), le hyôtan (une gourde), le yatate (nécessaire à écriture), le kinshaku (une bourse pour l’argent), le kiseru-zutsu (étui à pipe), le tonkotsu (boite pour feuille de tabac) et le tabako-ire (bague à tabac) Les femmes se servaient de leurs manches comme d’une poche. Jusqu’au milieu du XVIIème siècle le système d’attache le plus couramment utilisé pour les sagemono était une cordelette terminée par une barrette ou une agrafe fixée à la ceinture. C’est cette attache qui se transforma en netsuke.
La date de la première utilisation des netsuke n’est pas précisément établie, mais il est évident au regard des représentations figuratives, que les netsuke sont devenus populaires au début de la période Edo (accompagnant l’évolution de la mode vestimentaire). Une hypothèse veut que les netsuke trouvent leur origine dans la province chinoise du Fujian dans le Sud-Est de la chine, où au XVIème siècle l’industrie de la sculpture de l’ivoire fut fortement stimulée par les missionnaires et marchands espagnols, demandeurs de représentation de l’iconographie chrétienne en ivoire. Ces sculptures auraient alors atteint le Japon. Les artisans chinois sculptaient aussi des sujets purement chinois par exemple des figurines représentants des personnages de la mythologie chinoise. Les japonais apprécient ces sculptures, un artisanat japonais de la sculpture miniature serait apparu s’inspirant fortement des productions chinoises comme le prouvent les thèmes des premiers netsukes.

"50. Nous avons des mouchoirs et des papiers dans nos poches ou dans nos manches; les Japonais mettent tout dans leur giron, et plus il est gonflé, mieux c'est.

51. Nous avons des poches; les Japonais ont de petites bourses pendues à leur ceinture.

52. En Europe, les bourses servent à porter de l'argent; au Japon celles des gentilshommes et des soldats servent aux parfums, médecines et pierres à feu."

- In Traité de Luis FROIS, S.J (1585), sur les contradictions de moeurs entre Européens et Japonais, trad de Xavier de Castro et Robert Schrimpf.



netsuke

- Netsuke représentant un personnage dansant (danseur Hannya ?), ivoire, métal, h. 4,4 cm ; l. 3,6 cm, XIXéme siècle, Musée d'Orbigny-Bernon.© CMPC, Vincent Lagardère 


B. Description des netsuke



Le netsuke peut adopter 3 types de forme : celle du gâteau de riz (manjû), un ellipsoïde muni d’une plaque métallique (kagamibuta) et celle d’une statuette (katabori).
Le netsuke comporte deux trous, himotoshi, pour passer la corde de soie à laquelle est suspendue le contenant (sagemono). Les cordons de soie sont rapprochés au-dessus du sagemono par une boule percée d’un trou, appelé ojime. Le netsuke a un rôle de contrepoids qui permet de retenir le sagemono.
Les premiers centres de production des netsuke ont été Osaka et Kyoto. A la fin du XVIII la production se déplace à Edo (la capitale du Shogun) et dans différents centres régionaux de moindre importance. Malgré l’abandon des vêtements traditionnels dans les années 1860/1870, la production de netsuke s’est poursuive, elle était alors principalement destinée à l’exportation pour les collectionneurs étrangers (par exemple en France les frères Goncourt).
Au Japon le netsuke était, en plus de sa fonction utilitaire, un objet de mode, un signe extérieur de richesse, c’est pour cette raison que de nombreux netsuke sont en ivoire une matière rare et cher.


netsuke

- Netsuke (verso) représentant un personnage dansant (danseur Hannya ?), ivoire, métal, h. 4,4 cm ; l. 3,6 cm, XIXéme siècle, Musée d'Orbigny-Bernon. © CMPC, Vincent Lagardère 

C. L’iconographie des netsuke



L’iconographie L’iconographie utilisée par les sculpteurs de netsuke est très riche. Il existe de très nombreux thèmes, reflets à la fois de l’imaginaire des Japonais mais aussi de leur quotidien. Les thèmes abordés par les netsuke de forme katobori peuvent être regroupés en plusieurs catégories (cette liste n’est pas exhaustive) :

1. Les dieux et les démons


Les personnages, monstres et entités supérieurs qui composent cette catégorie sont issus de différentes croyances qui peuvent être proprement japonaises ou bien avoir était importées de Chine. Ces figurines sont tirées de différentes religions, philosophies de vie tel le taôisme, le bouddhisme, le shintoïsme. Parmi les personnages représentés on pourra citer, entre autres : les 16 disciples de Bouddha (rakan), les sept dieux du bonheur (schichifukujin), Kanon, les diablotins (Oni), les immortels aux pouvoirs magiques (Senin). Ces divinités sont souvent associées à leur animal fétiche, par exemple Badara, un rakan, a pour fétiche un tigre. Enfin contrairement aux représentations de divinités issues du continent, il existe très peu de représentations de divinités shintô (par exemple les 3 singes,sanbikisaru, acolytes du singe Kôshin).


netsuke

- Dragon de la pluie, bois et corne, H. 13.4 cm, non signé, XVIIIème siècle, collection privée. © Museum of Fine Arts, Boston

2. Les animaux fantastiques


La grande majorité des animaux fantastiques ont leur origine en Chine. Il en existe deux types : les animaux d’apparence normale (par exemple un renard) mais qui disposent de pouvoirs magiques. Et les animaux issus de l’imaginaire, formés en général avec des éléments empruntés à différents animaux. C’est le cas par exemple de la licorne (kirin) à tête de chameau ou de dragon avec un corps de daim et des pattes de cheval ou de cerf. Ou bien encore le kappa, un monstre amphibien.

3. Les animaux du zodiaque


Ils correspondent aux 12 animaux (13 exactement, mais le chat fut exclu après avoir mangé le rat) qui furent convoqués au chevet de Sakya-Muni (Bouddha) mourant. Un seul d’entre eux, le dragon (ryû ou tatsu), est imaginaire les 11 autres sont des animaux terrestres : le rat (nezumi), le bœuf (ushi), le tigre (tora), le lapin (usagi), le serpent (mi ou hebi), le cheval (uma), la chèvre (yagi), le singe (saru), le coq (tori), le chien (inu), le sanglier (ino-shishi).

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- Rat dormant, Masanao de Kyoto (actif autour de 1781), ivoire, L. 5.4 cm, collection privée. © Museum of Fine Arts, Boston

4. La faune et la flore


Cette catégorie peut être divisée entre animaux vivants au Japon et ceux vivants en dehors de l’archipel (lions, éléphants, hippopotames, etc.…). Toutes sortes d’animaux sont représentés, fétiches, mammifères, insectes, poissons, reptiles, oiseaux.
La flore quant à elle est représentée par des fruits ou des légumes, mais aussi par des champignons. Les insectes sont souvent associés à une plante ou à un fruit.

5. Les ijin : les étrangers


Cette rubrique recouvre toutes les représentations d’humains ou de presque humains, qui ont pour caractéristique d’être des étrangers, des « non-japonais ». A l’époque d’Edo ils prirent le nom d’ijin « personnes différentes ». Parmi les représentations les plus courantes figurent celle des Hollandais, seuls Européens autorisés à faire du commerce avec le Japon durant la période Edo (depuis 1609 et à partir de 1638 seulement sur l’îlot artificiel de Deisma, en face du port de Nagasaki), et les Chinois. La plupart de ces pièces sont en ivoire et ont été faites à Kyoto et à Osaka après 1800.

6. Les personnages de la vie courante


La majorité des netsuke de cette catégorie a été réalisée en bois et provient pour l’essentiel d’Edo. En effet cette ville de plus d’un million d’habitants est pour les sculpteurs une source inépuisable de sujets. Ce sont donc des personnages de la vie de tous les jours qui sont représentés tels des sumos, des acteurs de kabuki, ou bien encore des contorsionnistes.

D. Les netsuke et le marché de l’art



Les netsuke se trouvent facilement en France dans les ventes aux enchères. Leur prix varient selon plusieurs facteurs : la provenance, la qualité de la sculpture, l’état général, l’aspect, le sujet. La signature n’a qu’une moindre importance (beaucoup de très beaux netsuke ne sont pas signés). La fourchette des prix est très large depuis quelques dizaines d’euros jusqu'à plusieurs milliers d’euros. Selon l’expert Thierry Portier les netsuke se négocient entre 100 et 3 000 euros. Ainsi le 13 mars 2005 l’étude Lombrail-Teucquam a vendu un netsuke en ivoire à patine ambrée représentant Shoki debout luttant contre les démons Oni pour 127 375 € (record de France). La pièce qui a décroché le prix le plus élevé dans une vente aux enchères est un netsuke du XVIIIe siècle figurant un cheval. Il a été vendu en mai 1990 à Londres 154 000 £ soit 275 365 euros. Les résultats à six chiffres pour un netsuke demeurent toutefois exceptionnels. On peut acquérir de belles pièces pour quelques centaines d’euro. Attention toutefois aux faux qui sont très nombreux.

netsuke

- Netsuke en ivoire à patine ambrée représentant Shoki debout luttant contre les démons Oni, H. 13,1 cm. La Varenne-Saint-Hilaire, 13/3/2005, Lombrail-Teucquam, Th. Portier.


+ Liens


- Le site extrêmement bien fait du Conseil des musées de Poitou-Charentes sur les netsuke :

http://www.alienor.org/ARTICLES/netsuke/index.htm


- Site de l’International Netsuke Society :

http://www.netsuke.org/



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