L'Hindouisme

Lettre de Swami Advayananda

L'hindouisme ou Sanâtana Dharma est la recherche de l'Absolu appelé Dieu en religion. L'Etre suprême est l'Omniprésent manifesté et non-manifesté, matériel et subtil, ect.
Les sages hindous, pour faire passer leurs enseignements, nous ont proposé des histoires mythologiques remplis d'enseignements, avec entre autres, des noms des différentes fonctions de Dieu. L'évolution de l'hindouisme a fait que ces noms innombrables correspondent à des formes que l'on appelle les dieux. Le mot "Dieu" ou "dieu" se dit en sanskrit "déva" qui veut dire "ce qui se manifeste" ou "qui resplendit". Donc Dieu se manifeste comme d'innombrables dieux pour nous inspirer et nous faire évoluer spirituellement. L'essence des dieux est Dieu ! et l'essence de Dieu n'est que Lui même !

Nous pouvons adorer Dieu sous n'importe quelle forme et n'importe où. Mais pour des raisons pratiques, les temples sont les meilleurs endroits où on peut L'adorer car ce sont des endroits qui lui sont entièrement consacrés, alors que nos maisons, nos jardins, ect. ne le sont pas entièrement.
On peut faire du sport n'importe où mais les stades et les salles de gym sont les lieux les plus adaptés pour le faire !!

Les bâtisseurs de temples ont prescrit des règles pour le fonctionnement de ces lieux sacrés. Ces règles varient selon les lieux et les époques. A Bali, on entre dans un temple hindou avec ses chaussures, mais pas en Inde ! En Inde, bien souvent, on enlève les chaussures pour entrer dans ... une église, mais pas en Europe ! Auparavant, les temples étaient réservés à ceux qui se considéraient comme purs (les castes dites supérieures) mais ce n'est plus vraiment le cas maintenant ! Heureusement !

Quand on entre dans un temple hindou, il faut en général faire le tour dans les sens des aiguilles de la montre et en récitant les mantras. Les mantras sont des formules ou prières plus ou moins courtes pour calmer le mental - car le but du temple est d'être en communion avec Dieu, quelque soit le nom ou la forme ! Un mental agité ne peut pas être en communion.
Donc après avoir fait le tour, (quand c'est possible !), on se dirige vers Shri Vighneshwara, plus connu sous le nom de Ganesha. Vighneshwara est le Seigneur des Obstacles, c'est à dire Dieu qui est le maître des obstacles. Nous Lui demandons d'enlever les obstacles qui pourraient se trouver sur notre chemin (matériel, émotionnel et surtout spirituel). Ganesha est représenté avec un tête d'éléphant car ...... c'est le tractopelle ou le caterpillar de l'époque qui pouvait se frayer un chemin dans la jungle sans problème ! Il y a d'autres symboles dans ce visage mais nous n'aurons pas l'occasion de les étudier aujourd'hui !

Après avoir demandé la grâce de Vishneshwara, on va devant les autres autels dédiés aux autres formes de Dieu (dieux, déesses ou symboles), en suivant le sens des aiguilles d'une montre.... Remarquez que les musulmans font le tour de la Kaaba en sens inverse. Ce sont les deux sens possibles de rotation dans l'univers, symbolisés par les deux sens de la Swastikâ - acceptée maintenant officiellement par les grands rabbins d'Israël après leur dialogue avec les Hindous !
L'hindouisme est une religion ...démocratique car on peut choisir la forme de Dieu que l'on veut - et même sa "sans-forme" ! Comme il est plus pratique de se relier avec une forme, on peut faire des offrandes dans le temples. Ces offrandes sont de trois sortes : matérielles, verbales et mentales. Les offrandes matérielles sont souvent sous la forme de fleurs et de fruits, les verbales sont les prières et les mentales sont les méditations.
Les fleurs parfumées symbolisent nos pensées épanouies; les fruits représentent le résultat de nos actions. Comme le rappelle la Bhagavad-Gîtâ, nous avons le choix des actions mais pas celui des résultats ! Seul Dieu est le maître dans ce domaine !
Comme vous avez de la chance d'avoir un jardin, vos fleurs sont encore plus appréciées !

Personne n'est né chrétien, on le devient ! Mais tout homme est hindou, par essence, car l'hindouisme est la recherche du bonheur (ânanda) ! Même le bébé qui pleure, recherche le bonheur ! Le foetus ne pleure pas - à ma connaissance ! Il n'y a pas de dieux tristes ou souffrants dans nos temples, ils symbolisent tous la plénitude ! Nous n'avons pas la culture du martyr mais de la réalisation de notre personnalité pleine et entière !

Les cérémonies dans les temples sont faites par des prêtres qui sont des initiés. Un véritable prêtre est un vrai sage ! Les prêtres font les cérémonies au nom des fidèles qui sont moins initiés - ou pas du tout ! Là aussi, l'hindouisme est en avance sur beaucoup de religions car son but n'est pas de garder les fidèles au temple mais de les en libérer une fois qu'ils sont épanouis spirituellement !!! Le temple est un lieu de karma (actions). Les meilleures actions sont faites avec un esprit de sacrifice, de don de soi. Offrir des fleurs ou des fruits veut dire qu'en réalité nous prenons conscience que tout appartient à Dieu. Il y a un mantra dans le yâga (rite où les offrandes sont faites dans le feu) où le prêtre dit " Idam agnayé, idam na mama ! Ceci est pour Dieu manifesté comme feu, ceci n'est pas à moi!" Le karma nous attache par ses résultats, seule la Connaissance libère !

La meilleure prière est celle du coeur ! Mais il y a aussi des prières proposées par la religion (en général en langues indiennes - sanskrit, hindi, tamoul, ect.) On peut les apprendre pour mieux maîtriser la religion. Souvent ces prières sont aussi des cours subtils d'hindouisme !
La culture indienne - donc hindoue - a donné beaucoup de place à l'astrologie. Il y a des heures qui ont été décidé comme étant plus propices pour certains karmas, surtout dans les temples. C'est de la gestion liturgique ! Il est recommandé de méditer et de prier principalement tôt le matin car l'environnement (extérieur et intérieu) est encore rempli de calme, et le soir avant de dormir ou en soirée dans un endroit paisible. Mais ces règles ne sont pas obligatoires. On peut prier tout le temps et partout.
Que demander à Dieu ? Pourquoi ne pas inverser la question : qu'est-ce que Dieu nous demande ? Il nous demande tout simplement d'être ses vrais enfants, simples et heureux ! Mais ce n'est pas si facile que cela car nous sommes des hommes et femmes remplis d'ego et aveugles de Sa présence ! A l'Ile de la Réunion, en ce moment, il y a le phénomène des signes. Beaucoup de catholiques voient des portraits du Christ sur les tentures dans les églises... et les gens viennent en foule pour apercevoir ces "apparitions". Le sage voit Dieu partout et en tout ! Pas besoin d'illusions supplémentaires pour comprendre l'Omniprésent ! Notre univers et notre vie sont les meilleurs signes de Sa présence !

Comment devenir hindou ? Nous le sommes tous ! L'hindouisme n'est pas l'enseignement unique d'un prophète ou d'un sage - contrairement au christianisme, au bouddhisme ou à l'islam, entre autres - mais la recherche spirituelle de la Réalité. La vie nous a fait naître dans un pays ou une famille pratiquant telle ou telle religion, mais le même flot de vie peut nous faire prendre d'autres chemins ultérieurement ! Ce que l'on appelle l'hindouisme est un océan d'enseignements millénaires, aussi variés que, parfois, contradictoires !
Ce qu'il ne faut pas oublier c'est de monter de classe ! sortir de l'école primaire de la religion pour aller au secondaire et ensuite suivre l'enseignement supérieur.... pour enfin se lancer dans la vie spirituelle active ! C'est aussi simple que cela !

Comment vous renseigner ? Je crois que vous avez déjà commencer à le faire ! Surtout, suivez un enseignement qui vous aide à évoluer et rester très vigilant ! Les gurus sont celles et ceux qui vous aideront. L'hindouisme les classe aussi ! Les upagurus (le u se prononce ou) vous aident à faire les premiers pas, et les paramagurus vous libèrent en vous donnant la connaissance spirituelle ! Si vous voyez qu'ils recherchent votre porte-feuille ou votre compte en banque ou la célébrité, fuyez-les sans hésitation ! Le paramaguru est celui/celle qui a réalisé Dieu comme étant sa vraie personnalité, donc pas besoin de richesse ou de célébrité - sauf s'il la redistribue intégralement vers les plus pauvres !


Swami Advayananda


L'Hindouisme

L'Hindouisme, génie intellectuel et spirituel de l'Inde, est une terminologie que des voyageurs arabes, il y a plusieurs siècles, ont cru bon de prêter à la religion des peuples de l'Hindoustan.
On les a nommés Hindous en raison du fait qu'ils peuplaient la région de l'Indus.
L'Hindouisme actuel est une fusion entre les cultes pratiqués par les populations autochtones et celui importé par les Aryens qui envahirent le Nord de l'Inde, puis le Sud, 2000 ans avant l'ère chrétienne.
Le nom sanscrit de cet ensemble composite de traditions cultuelles populaires, systèmes rituels védiques, purâniques et âgamiques et témoignages scripturaires est en réalité le Sanâtana-dharma, appelé aussi Ritam.
Sanâtana-dharma signifie "loi éternelle" ou "ordre cosmique éternel", et ses potentialités s'incarnent dans l'ordre social de la société humaine au travers de l'institution sacrée des 4 castes appelées Catur-varna (littéralement 4 couleurs).
L'inspiration védique de ce concept prend sa source dans le célèbre hymne cosmogonique du rig-veda appelé "purusha-sûkta".
L’ « hymne de l'homme » universel dépeint le démembrement d’un géant cosmique, un être immense.
Sa tête devient les « Brahmana » (officiants du culte et sage lettrés), son torse les « Kshatriya » (princes et guerriers), son bassin et ses cuisses les « vaishya » (exploitants agricoles et commerçants) et ses pieds les « shudra » (artisans, artistes et bardes, serviteurs des trois autres castes).
Ces castes représentent en réalité les tendances d’un ordre quadruple présentes dans toutes les sociétés humaines.
Au fil des âges, en Inde, ces tendances se sont sédimentées dans des castes devenues héréditaires.
D’autre part, l’emploi révélateur du terme « purusha », qui signifie personne humaine, induit en nous la notion que pour les hindous, le transcendant est immanent en l’homme.
Pierre-Sylvain Filliozat, dans sa préface de l’ouvrage « La religion de Shiva », oeuvre prodigieuse d’érudition composée par Shrî Râmacandra Bhatt, a su justement le souligner.
Le véhicule scripturaire originel du Sanatâna-dharma, le Véda, renvoie au concept de "Shruti".
" Shruti" a pour sens "ce qui a été entendu" par les sages ("rishi"), les vérités éternelles qu'ils ont entendues ou vues.
La tradition védique est dite "apaurusheya", d'origine impersonnelle.
On qualifie l'hindouisme de religion védique éternelle, car elle est supposée être une émanation directe des vérités ou principes philosophiques et spirituels de ritam.
C'est le fait qu'elle soit sans fondateur historiquement connu qui atteste, selon les Hindous, de ses origines divines et son caractère éternel.
La shruti, ce qui a été entendu par les sages, sous son acception védique, s'articule autour du "prasthâna-traya", la "triple autorité", composée:
-Des Védas.
-Des Brahma-sutra
-De la Bhâgavad-Gîtâ.

Objets d’une considération particulière, nous aborderons aussi la shruti théiste des
 gama théistes.

 

LES VEDAS

 

1. LES VEDAS

A) Analyse des concepts philosophiques et attitudes dévotionnelles

L'hymnologie védique exprime une inclination cultuelle que l'illustre indologue allemand Max Müller a qualifiée d’hénothéisme.
L'hénothéisme consiste en une exaltation, une « intronisation » au sommet du panthéon des divinités cosmiques, de la divinité préférée (ishta-devata) auquelle est
dédié chaque hymne du rig-veda (le premier véda, la science des mètres).
Ceci dit, cette attitude, initiée par le Rigveda, devra attendre une époque beaucoup plus tardive pour être promue et codifiée par des écoles doctrinales à caractère « sectaire ».
La notion d'ishta-devata, de divinité préférée en tant que symbole vivifiant des plus hautes idéations spirituelles du bhakta (dévôt) et sadhaka (méditant) deviendra très populaire lors de l'ère post-védique.
En effet, la littérature des purana (prononcé pourana), traités cosmologiques, suscitera une intense ferveur chez les populations non-brahmaniques.
Les purana n’eurent aucune difficulté à s’imposer comme autorité scripturaire auprès du peuple car les Védas, dont le sens demeurait hermétique, obscure et abstrait, restait le domaine de cercles brahmaniques.
Dans la vision dévotionnelle de mode hénothéiste, toutes les autres divinités, qui coopèrent au devenir cosmique, sont subordonnées à l’ishta-devata du dévot.
S'inspirant de ce sentiment dévotionnel, pendant la période post-védique, les fidèles cultivés commencèrent à identifier leur divinité préférée à l'absolu universel et immuable, l'entité cosmique non-duelle, informe et incréée, l'être immense nommé "brahma".
La caste des lettrés et officiants du culte (poujârî) est d'ailleurs appelée "brahmana".
Pour le commun des mortels de l’Hindoustan, qui cultivait une dévotion simple, peut-être une vague intuition de ce Tout-Un sous-jacent à la myriade des dieux prévalait, mais sans qu’elle soit rendue consciente par la réflexion philosophique.
Pour le bhakta de l’Ishta-devâtâ, son dieu préféré est le dieu suprême, et seule importe la vision mystique de ce dieu ou l’effusion de sa shakti.
On pourrait aussi qualifier l'attitude dévotionnelle de type hénothéiste de "monisme théiste".
C'est la traduction la moins fausse du terme advaita-îshvara vâda.
C'est le nom donné à la doctrine de l'école originelle du Shaiva siddhantâ, dont la paternité humaine est attribuée à rishi tirumular, lui-même disciple d'un rishi mystérieux des Himalâya se nommant Nandi-nâtha.


Aux dieux védiques tels que Prâjapâti (le père des êtres), Varuna, Indra, Mitra, Soma, Surya, Vishnou et Rudra succèderont les trois dieux de la triade cosmique (trimûrti), qui sont brahmâ (la créateur), Vishnou (le "pénétrant" toute chose, protecteur) et Shiva (le destructeur).
Certains des anciens dieux védiques tomberont dans les oubliettes en assumant tardivement un rôle très mineur, tandis que d'autres deviendront proéminents, jouissant d'un prestige et statut dévotionnel de premier ordre.
Ce fut le cas de Rudra (le "terrible"), qui va se transmuer en Shiva (le "bénéfique"), de Vishnou et de la déesse.
Les courants doctrinaux sectaires principaux de l'époque « purânique » (les Purana sont des traités de cosmologie), encore vivaces de nos jours, sont connus sous les noms de Shivaïsme (avec ses 6 écoles et Shiva pour dieu suprême), les écoles Vaishnava (le Vishnouisme avec Vishnou pour être suprême) et le Shaktisme, les écoles shakta (avec "shakti-devî", la déesse-puissance comme matrice des trois mondes).
On ne trouve nulle part, dans les littératures védique et purânique, de concept équivalent à ce que les civilisations monothéistes appellent une révélation.
Ici, nous concevons la révélation dans son sens exclusif, d'unicité, celle d'un Dieu céleste personnel, vengeur et iconoclaste.
Ce concept est étranger à Hindu-dharma.
L'hindouisme est une religion trans-historique habitée d'un esprit d'approche circulaire et cyclique de ce que l'on devrait plutôt appeler des révélations.
L'hindouisme n'est pas une religion historique et prophétique, ni une religion messianique de salut universel nourrie doctrinalement par un dogme révélé.
Ce n’est pas du tout une religion au sens judéo-chrétien ou islamique.


A tous âges de l'humanité, de nouvelles révélations peuvent être faites par des sages.
Toutes ces expressions scripturaires, que sont les védas, itihâsa, purana et âgama, forment des révélations plurielles.
Ces dernières émanent, en s'hypostasiant, d'une immensité inqualifiable neutre appelée Brahman.
Ce fondement principiel est limpidement exprimé par les deux versets védiques suivants:
1. "Ekam satyam, viprah bahuda vadanti": "La vérité est une, les sages la nomment sous des noms différents".
2. « Ekam sat anekâ panthâ » : « La vérité est une, les sentiers sont multiples. »
C'est en tous cas le sens que prête la pensée upanishadique (prononcé oupanishadique) au substrat originel ou principe duquel procèdent les trois mondes.
L'acception védique, quant à elle, prête plus à brahman le sens de force sacrée née du sacrifice (yajna) que celui d'essence universelle, dont la primauté serait antérieure à celle du sacrifice, dont le dieu-feu agni est le régent.

B) Les textes

Les 4 Védas sont des textes très anciens. Ces sont des récueils d'hymnes et de prières. On attribue leur mise en forme à Veda-Vyâsa, qui en aurait transmis un à chacun de ses disciples.
Chaque Véda est composé de quatre parties:
1. Les samhita.
2. Les brahmana.
3. Les Aryanaka
4. Les Upanishad.
Les samhita sont les compositions les plus archaïques et elles consistent en des recueils de mantra (syllabes sacrées) formulés en sanscrit ancien.
Les brahmana, en prose, élucident le sens des samhita.
Les âranyaka (livres de la forêt) sont des traités destinés aux ascètes et aux ermites afin qu'ils puissent se libérer du joug du karma (loi de rétribution causale), mettre fin à la roue des morts et des réincarnations (punar-janma) et atteindre la libération (moksha).
Comme l’affirme le Pandit et très grand spécialiste sanskritiste de l’hindouisme en général et du shivaïsme en particulier, Shrî Râmacandra Bhatt, dans « La religion de Shiva » (page 204): « Les âranyaka forment une transition entre le rituel brâhmanique et les tendances à la spiritualité qui atteignent leur sommet dans les périodes upanishadiques et bouddhiques. »
Les Upanishad sont des considérations philosophiques ou leçons métaphysiques autour de ces enseignements.
Ce même Pandit déclarait plus loin, dans l’ouvrage précité (page 205) :
« Les upanishad vont encore plus loin. Elles préconisent une voie plus élevée, celle de la pure connaissance. Avec elles le ritualisme passe à l’arrière-plan. Des passages déconseillant ou même, dans quelques cas, condamnant les pratiques sacrificielles, ne sont pas rares. Elles ne s’intéressent jamais à la glorification des dieux, comme dans le rigveda, ni ne s’occupent de l’élaboration des rites comme les Brâhmana. »
La notion de "âtma-vidyâ" (science du Soi) est centrale dans la littérature upanishadique.
Il existe plusieurs versions de chacun de ces recueils autant que de collèges liturgiques.
Cependant les hymnes sont quasiment identiques, les autres textes se complètent souvent et les Upanishad varient dans la forme mais pas dans le fond.

Le premier recueil d'hymnes, le Rig Véda (la science des mètres), est composé d'hymnes aux anciennes divinités de la nature vénérées avant l'arrivée des Aryens ???.
Tous les autres textes s'y sont greffés ultérieurement et ont été organisés en trois volumes également intitulés Védas.
Il daterait d'au moins 3500 avant J.C.
Il débute par la formule d’invocation :
« Om agnim hile purohitam yajnasya devamritvijam hotaram ratna dhatamam.”
“ Om, je vénère la Divinité immortelle, le feu sacré, le prêtre, le Maître du sacrifice, le dispensateur de tous les joyaux et de tous les trésors. »

Les versets les plus primitifs du Rig Véda parlent de la nature et des divinités telles que Agni, Surya et Indra.
Dans les versets plus tardifs apparaît le concept d'être suprême.
Le terme "rig" signifie mètre dans le sens de mètre poétique ou bien "prière ou psaume".
Le Rig Véda est divisé en dix livres (mandala) et comporte 1028 hymnes.
La plupart d'entre elles se retrouvent dans le Yajur Véda et le Sama Véda.
Le livre invite l'homme à la quête du Divin.
Pour les Hindous, le Divin peut-être envisagé à la fois sous les aspects de Nirguna-brahma (absolu universel dénué de qualités, réalité non-manifestée) et de saguna-brahma (le divin doué de qualités car qualifié et personnifié car il s’hypostasie dans la manifestation).


En somme la conscience originelle de laquelle ont émergé/émané les trois mondes peut se concevoir à la fois comme principe cosmique ou comme personne divine.
Le rig veda contient le Jnâna-yoga (yoga de la connaissance).
Le plus important des dieux est Agni, le feu purificateur du sacrifice. Jusqu’à nos jours, les cérémonies de purification par le feu portent l’appellation de Agni Homam.
Les autres dieux principaux sont Soma, Mitra (divinité diurne régente du jour) et Savitar (Surya: le soleil), Vishnu, qui prendra une place prépondérante plus tard, Indra, le roi des dieux et chef de leur armée, Vayu, Pusan, les Marut, jeunes guerriers fils de Rudra qui vit sur la montagne.
C'est lui que l'on nommera tardivement Shiva, le "bénéfique".
Le passage du concept de Rudra (le "terrible") à celui de Shiva (le "bénéfique") est d'ailleurs manifeste dans la Shvevashvatara-Upanishad, considérée comme la première Upanishad théiste du Shivaïsme.
Le recueil du Rig-Veda contient aussi des hymnes à l'Aurore, à la Terre, à l'eau, à l'immensité ("Aditi") identifiée à l'espace et à des divinités mineures.

Le deuxième recueil, appelé Yajur-Veda (Yajur signifie "vénération ou sacrifice")
consiste en des psaumes en prose qui doivent être récitées à voix basse.
Il contient la sagesse du sacrifice. Il enseigne le karma-yoga (yoga de l'action).

Le troisième recueil, appelé Sama-Veda ("Saman" signifie destructeur des fautes
ou souillures), est un recueil de 1058 chants.
La plupart des textes qui y figurent sont des versets du Rig-Veda adaptés à une mise en musique.

Le quatrième recueil s'intitule Atharva-Veda. C'est une compilation de formules magiques, d'exorcisme et de poésies. Il est le plus récent des Védas.
Il tire son nom du prêtre auquel on l'attribue, "Atharvan".

2) Les Brahma-sutra

Les Brahma-Sutra, ou aphorismes de "brahma", composés par Shrî Badarayana,
complètent les révélations védiques.
Ils en sont un prolongement incontournable et forment un corpus scripturaire
primordial en tant que réflexions philosophiques sur le sens du Véda et la formulation de la Vaidika-Vidhi (la loi védique).

 

La Bhagavad-Gîtâ, ou "chant du Seigneur", plus connu en Occident, est exprimée
sous forme d'un poème métaphysique et épique.
Ce dernier retrace un dialogue entre Krishna, considéré comme le 8ème Avatara (incarnation, littéralement "descente") du Dieu Vishnou et l'archer Kshatriya (prince et guerrier) Arjuna.


La gîtâ met en exergue la voie royale pour atteindre la libération dans l'âge des conflits et de fer ("kali-yuga"), qu'elle prône comme étant le bhakti-yoga, yoga de la dévotion.
Toutes les autres formes de yoga (jnâna-yoga, karma-yoga, etc.), dans la vision de la gîtâ, culminent dans le yoga de la dévotion, le bhakti-yoga, qui en est la parachèvement de perfection ultime.
La gîtâ n'enseigne pas l'ascétisme et le monachisme, mais le renoncement aux fruits de l'action.
Elle encourage le dévot à les sacrifier mentalement au Purushottama, la personne suprême, car il en est l’auteur ultime et sous-jacent.
C’est la puissance d’illusion appelée mâyâ, qui induit dans le jîva, l’être incarné, la croyance erronée qu’il est l’auteur et le jouisseur des fruits de ses propres actions.
Dans le châpitre XII, Krishna déclare à Arjuna :
« ye tu sarvâni karmani mayi samnasya mat-parâh/ananyen’aiva yogena mâm dhyâyanta upâsate//Teshâm aham samuddhartâ mrityu-samsâra-sâgarât/bhavâmi nacirât pârtha mayy âveshita-cetasâm// »
« Mais Ô fils de Prtha bientôt émanciperai-je de cet océan de l’existence conditionnée et vouée à la mort, ceux dont l’esprit est toujours consacré à Moi, ceux qui m’abandonnent les fruits de toutes leurs actions ainsi que l’illusion d’en être les auteurs et qui me vénèrent, méditant sur Moi comme leur seul refuge et unique amour. »

Dans la vision de la gîtâ, le monde de l'action est champ d'accomplissement du dharma, du "devoir" sacré, et non un lieu que l'on a pour vocation de déserter pour s'isoler dans une ascèse silencieuse et immobile.
Arjuna souffre d'un insupportable dilemme car il doit combattre les siens, qui constituent l'armée des fils de Dhritarashtra.
Ils ne peut non plus se défaire du code d’honneur et l’exhortation à livrer le combat avec héroïsme, courage et bravoure car il appartient à l’ordre sacré des princes et des guerriers.
Alors Krishna l'invite à accepter de combattre au travers d'une série d'enseignements de yoga de la dévotion et de l'action.
Nous pouvons aussi citer la célèbre strophe:
" sukha-duhkhe same kritvâ lâbh'âlâbhau jay'âjayau/tato yuddhâya yujyasva n'aivam pâpam avâpsyasi//"
" Traitant avec un esprit égal le plaisir et la douleur, le gain et la perte, la victoire et la défaite, tiens-toi prêt pour la bataille. Ainsi, tu ne commettras point de faute".

4) Les Âgama théistes.

Considérés comme des prolongements d’expression plénière de la Shruti par leurs adeptes « sectataires »
(« secte » au sens non péjoratif du terme est une traduction possible pour « sampradâya »), mais souvent non-reconnus par l’orthodoxie brahmanique, en particulier par les brahmanes hindous des écoles Vaishnava, les Âgama consistent en des révélations faites par chacune des trois divinités tutélaires suivantes :
-Shiva
-Vishnu
-Devi.
Les âgama shivaïtes, « shivâgamam », par exemple, sont des révélations faites par la shakti de Sâdashiva, qui siège au centre du mandala ayant pour régents des quatre points cardinaux les déités suivantes :
A l’est trône tatpurusha.
Au sud aghora.
A l’ouest sadyojata.
Au nord Vâmadeva.
Des shakti respectives de ces quatre dieux les quatre védas sacrés ont été exhalés, tandis que sâdashiva enseigne les âgama depuis le coeur du mandala.
Chaque âgama shivaïte, par exemple, contient des portions appelées pâda (littéralement « pied »).

Chârya-pâda, la première, appelée aussi « dâsa-mârga », la voie du dévot ou serviteur, est corollaire du culte du temple avec la dévotion enthousiaste d'une pratique "novice".

Par kriyâ-pâda, le dévot commence à réaliser l’harmonie complémentaire qui règne entre Jnâna (connaissance) et Bhakti (dévotion), et le service d’adoration dévotionnelle de Shiva dans le Koyil (temple) devient quelque chose de naturel et spontané pour lui, sans qu’il ait le sentiment de se forcer.
C’est le "sat-putra mârga", la voie du vrai fils de Shiva.

Par Jnâna-pâda se révèle la connaissance de la « Shivaïté » mais sous la forme de Apara-mukti, libération non-transcendante.
Elle est aussi appelée « Sakha-mârga », la voie du compagnon ou ami (de Shiva).

Avec yoga-pâda, l’union avec Shiva, par la parfaite union de Jnâna et bhakti, est atteinte et par la même para-mukti, libération dans le Shiva transcendant, quand le Soi se résorbe dans l'entité non-manifestée siégeant hors de l'espace, du temps et de la causalité.
Elle est connue et révérée sous le nom de « San-mârga », voie du saint.
Les Shivâcharya (précepteurs du culte Shivaïte), brahmanes officiants de descendance tamoule, perpétuent de nos jours au Tamil-Nadu le Shivaïsme âgamique qui, bien qu’également nourri d’éléments Védiques et purâniques, est doté d’une personnalité bien distincte de la tradition védique du Nord de l’Inde.

Parmi les Shiva-âgamam, nous pouvons citer les mrigendrâgama, kâmikâgama, rauravâgama, karanâgama ou encore suprabhedâgama.

Voici les thèmes abordés par les âgama shivaïtes:

1. Pancakritya : les 5 fonctions de Shiva sous son aspect « parameshvara » (souverain suprême des trois mondes) ou « natarâja », seigneur de la danse :
shrishti (émanation ou création)
stithi (protection)
samhâra (destruction)
tirobhâva-shakti (puissance d’obscurcissement)
anugraha-shakti (puissance de saisissement par laquelle on obtient la libération des trois impuretés fondamentales (trimala), par la grâce de Shiva).

2. Les trois catégories qui sont :
Pati : le seigneur des âmes enchaînées qui les voilent d’inscience ou les libère.
Pâshu : les âmes transmigrant et victimes de l’égoïsme, du karma, de l’illusion et de l’ignorance.
Pâsha : le lien qui lie les âmes au devenir cosmique et au cycle des morts et des réincarnations d’une part, et à Shiva qui les libère d’autre part.

3. Trishakti, les trois puissances du Shiva dans l’univers manifesté et par lesquelles il émane de son être océanique le plan cosmique:
Iccha shakti : puissance de vouloir.
Kriyâ shakti : puissance d’action.
Jnâna shakti : puissance de la connaissance.

4. Les trois aspects du divin qui sont :
Parashiva : le Shiva transcendant, siégeant au-delà du crée et des tattva, réalités principielles ou niveaux d’énergies qui permettent le passage des degrés les plus subtils aux plus grossiers de la manifestation cosmique.
Sa mûrti, son corps solide du sanctuaire est le phallus, le linga (littéralement « signe »).
Parashakti : la puissance suprême, l’axe de l’univers qui est l’élément cohésif des trois mondes, représentée par le lingodbhâva-mûrti, le phallus infini qui embrasse les profondeurs béantes de la terre et l’immensité illimitée des cieux, tel un insondable pilier de lumière.
L’ardhanarîshvara, l’androgyne primordial, mi shiva mi shakti, en est la mûrti dans les sanctuaires.
Parameshvara, aux cinq fonctions déjà décrites plus haut, et qui siège dans les temples en tant que seigneur de la danse.

5. Guru-shishya parampara : la tradition de maîtres à disciples.

6. Mantra-dîkshâ : l’initiation aux mantra.

7. Le shaiva-samkhya : la cosmologie ou énumération des principes cosmiques par lesquels la sphère du shiva suprême s’émane en manifestation cosmique.
Le samkhya shivaïte en énumère 36 classifiés en shuddha-mâyâ tattva (pures tattva), shuddhâshuddha-mâyâ tattva (tattva à la fois pures et impures), ashuddha-mâyâ tattva (tattva impures).
Une des meilleures présentations qui en ait été faite le fut par Shrî Râmacandra Bhatt, dans son ouvrage prodigieux d’érudition sur le Shivaïsme « La religion de Shiva » :
« L’univers est manifesté en trente-six catégories de tattva « réalités » : 1) Shiva, 2) Bindu ou Sadâshiva, 3)Îshvara « Seigneur », 4)Shuddha-vidyâ « pure connaissance », 5) Mâyâ, 6) kalâ (principe d’action), 7) vidyâ « connaissance », 8) râga « passion », 9) kâla « temps », 10) niyati « régulation (des actes passés) », 11) purusha « personne », 12) prakriti ou avyakta « (matière originelle, non-manifestée », 13) guna « qualités (de la matière originelle) », 14) buddhi « intelligence », 15) ahamkâra « ego », 16) manas « esprit », 17) shrota « ouïe », 18) tvac « peau », 19) netra « vue », 20) jihvâ « langue », 21) ghrâna « nez », 22) vâc
« parole », 23) pâni « main », 24) pâda « pied », 25) pâyu « anus », 26) upastha « organe génital »,
27) shabda « son », 28) sparsha « toucher », 29) rûpa « forme », 30) rasa « goût », 31) gandha « odeur », 32) âkâsha « espace », 33) vâyu « vent », 34) agni « feu », 35) ap « eau », 36) prithvi « terre ».


Ces réalités composant l’univers sont gouvernées par la shakti « puissance » subdivisée en cinq kalâ
« parties » : nivritti, pratishthâ, vidyâ, shânti, shantyatîta. La Nivritti kalâ gouverne par le seul tattva de la terre (n° 36), la pratishthâ les tattva de l’eau à la prakriti (n° 12 à 35), la Vidyâ les tattva mâyâ à purusha (n°5 à 11) la Shânti les tattva Shuddhavidyâ, Îshvara et Sadâshiva et la shântyatîta le tattva Shiva.
Différents mondes, au nombre de 224, sont distribués dans les différents tattva. Les tattva 1 à 4, Shiva, Sadâshiva, Îshvara et Shuddhavidyâ sont dits purs. Les autres sont impurs. »

Dans cette perspective, la libération, pour l’adepte fortuné de la voie tantrique et âgamique, est atteinte s’il peut défaire en lui-même tous les liens crées par les 36 tattva, du plus grossier au plus subtil.
Pour les écoles monistes du Shivaïsme âgamique, telle que le Shaiva-siddhânta primitif appelé Nandinâtha-sampradâya (communauté doctrinale du maître de Nandi) ou encore le courant majeur du Shivaïsme du Cachemire, il y a résorption du jîva dans le principe suprême dans un état d’union indistincte et indifférenciée.
Pour les écoles dualistes, telles que l’ « Aghorashiva-paddhati » ou encore les pashupâta, encore très présents dans le Népal actuel, les trois catégories de pâti, pâshu et pâsha sont éternelles.
Dans cette vision, l’union avec parashiva signifie que l’âme libérée demeure une essence spirituelle jouissant du même état de félicité que le shiva suprême mais qu’elle en demeure une émanation différenciée.

LA SMIRTI

La « smirti », terme sanscrit qui signifie littéralement « mémoire », est ce qui a été transmis de générations en générations.
La smirti est composée des itihâsa (épopées) que sont le Mahâbhârata et le Râmayâna, des traités de légendes cosmologiques, les purana cités précédemment, et de quelques traités inspirés tels que les yoga sutra de Bhagavan Patanjali ou encore le Hatha yoga pradipika de Gorakhnâtha (disciple de Matsyendranâtha).
La smirti n’est pas considérée comme étant moins sacrée que la shruti.
Elle permet en tous cas à des populations simples de cultiver une dévotion profonde et d’appréhender le plan divin et cosmique sur un angle plus mythologique que philosophique.
La philosophie demeure l’apanage des élites intellectuelles et lettrées.
Les traités purâniques d’idéologie religieuse shivaïte, « shaivam », sont les shiva purana, linga purana, skanda purana, kurma purana, matsya purana et brahmanda purana.
Le purana d’inspiration vaishnava (vishnouïte) le plus célèbre est le bhagavata purana.
Les purana principaux qui dérivent leurs énergies de Shakti devi, la « déesse- puissance » sont les Devî Bhâgavata Purâna et Devi purâna.
Sur le plan de la thématique, le prototype même du purana complet nous est offert par le Bhagavata purana qui aborde:
1. Les cycles d’émanation (srishti), de protection (sthiti) et de dissolution (samhâra) de l’univers.
2. Les dynasties de rois mythiques solaires et lunaires (sûrya vamsa et candra vamsa).
3. Les manvantara, les cycles d’âges successifs qui constituent un jour de brahmâ, présidés chacun par un manu (un père et ancêtre mythique).
4. La généalogie des dieux et des patriarches.

Les purâna relatent les exploits mythologiques des dieux et les mythes mettant en relief la primauté en gloire et en puissance d’un dieu sur ses rivaux.
Brahma et Vishnu se querellaient et cherchaient à savoir lequel des deux était le plus puissant sur les trois mondes.
Alors, le phallus de feu de Shiva apparut tel une colonne de lumière.
Brahma épousa la forme d’un cygne (hamsa) et ne put scruter la voûte du phallus (linga) par son envol.
Vishnu se transforma en sanglier sauvage et ne put creuser les profondeurs béantes de la terre pour toucher le fond du linga.
Alors, ils durent se résoudre à admettre la suprématie et la précellence de Shiva sur tous les dieux.

C’est sous l’influence de la période purânique que les offrandes simples à base de fruits, de fleurs, etc... faites par les fidèles, deviendront populaires car plus accessibles aux populations simples.
En effet, les yajna védiques et leurs arcanes rituelles complexes demeuraient la spécialité exclusive des brahmanes poujari.
Les enseignements de l’advaita-vedanta (les conclusions non-dualistes de la fin du Véda) de l’illustre pandit Shrî Âdi Shankarâchârya et son école connu sous le nom de Smârta (de « smirti », mémoire) préconise aux fidèles une méthode rituelle simple de âtmârtha-pûja (cérémonie dévotionnelle pour son propre bénéfice) pratiquée au domicile familial.
La propitiation d’un dieu, lors d’un rituel appelé « archanaï » en tamoul sanscritisé, ponctuée par la récitation des 108 ou 1000 noms du dieu qui y préside, est un pratique d’essence purânique.
De plus, dans les purâna, des notions comme tapas (traduit par austérité) s’y voient conféré un sens différent du sens védique originel.


Voici des extraits des déclarations faites à ce sujet par Srî Râmacandra Bhatt dans « La religion de Siva » (Pages 209 et 210 Chapître II « Le Tapas »):
« Le mot tapas « ascèse » est d’emploi très ancien. Dans un des hymnes tardifs du Rig Veda, par exemple, les sages (rishi) sont dits se livrer à la pratique du tapas (X.109.4). Dans le même hymne la vérité et le droit, et avec eux tout l’univers, sont dits être nés du tapas (X.109.1). Dans le célèbre Nâsadîya-Sûkta (X.129) le tapas joue un rôle important dans la création de l’univers. Dans l’Atharvaveda le premier pilier (skambha) est dit être sorti de shrama « peine, effort » et tapas (X.7.38). Il est aussi dit que c’est par le tapas avec lequel il remplit ses devoirs, que l’étudiant brâhmanique (brahmacârin) satisfait son maître, les dieux et les royaumes de l’espace, puis s’élève aussi haut que le soleil protégeant les mondes, etc. (AV XI.5)... Le mot tapas a pour sens premier la chaleur et le développement sémantique conduisant de l’idée de chaleur à celle de ferveur ascétique, puis au concept d’ascèse même est aisément compréhensible. Bien qu’à l’époque tardive il note des formes variées de mortifications, originellement la chaleur a dû en être le principal instrument. Une autre caractéristique du tapas est sa relation étroite avec le yoga. La discipline psychique visée par le yoga présuppose une grande austérité physique, ce qui implique le tapas. Comme le yoga de certaines écoles, le tapas des Pûrana est un culte centré autour d’une divinité. La mortification du corps et le contrôle total des sens préviennent la dissipation des énergies et favorise par là-même la concentration sur la figure divine. La mortification de soi-même et la concentration sur la divinité sont les deux traits saillants du tapas...Le tapas est donné dans les épopées et les Purâna pour un puissant rival du Yajna. Ce sont surtout les purâna qui réservent au tapas une place plus élevée que le sacrifice...L’ascèse est parfois mêlée au sacrifice. On voit dans le Mahâbhârata un sage pratiquer le tapas pendant longtemps sans en obtenir l’apparition du dieu qu’il souhaitait, et finir par s’offrir lui-même en oblation dans le feu d’un sacrifice. C’est quand le sage est prêt de finir ainsi ses jours que la divinité apparaît et satisfait ses désirs (Mahâbhârata. X.7.54-68) ».

Les purâna scellent une continuité dans la différenciation mais non dans la rupture entre le brahmanisme védique et l’hindouisme populaire.
Même si les traités (shastra) de la smirti ne sont pas révérés comme des révélations directes, leur apport est très précieux.
Ils contribuèrent de surcroît à intégrer à la tradition hindoue le culte des images, comme éléments d’inspiration de la dévotion et supports de méditation.
Ainsi, au fil du temps, le Omkâra, la syllabe sacrée Om, fut identifié au seigneur qui pose ou lève les obstacles, le dieu-éléphant Ganesh

.
Par ailleurs, le mantra Gâyatrî, formule la plus sacrée de la tradition brahmanique, fut personnifié sous la forme de la déesse Gâyatrî, aux bras et aux têtes multiples, vénérée comme veda-mâtâ, mère du Véda sacré.
Plus tard, il y eut de nombreux mantra gâyatrî dédiés chacun à une divinité particulière.
Ils sont généralement considérés comme leur formule sacrée d’invocation la plus efficace sur le plan mystique.

Les deux formes de contemplations spirituelles

A) Saguna-upâsanâ

La « saguna-upâsanâ » est la contemplation spirituelle du divin doué de formes et de qualités.
La visualisation mentale y est primordiale.
Les personnes profondément imprégnées de culture biblique et qui croient que Dieu est invisible et proscrit le culte anthropomorphe des images douteront de l’efficacité d’une telle pratique.
Pour les hindous qui s’y adonnent, c’est une pratique très efficace et bénéfique, car le « citta-ekagrata », la focalisation de l’esprit sur un objet unique de concentration, peut conduire à des états instases mystiques appelés « samâdhi ».
Le support de cette forme de méditation peut-être une figure divine invoquée par un « dhyâna-shloka », un verset d’invocation méditative qui donne une description formelle et symbolique du dieu à visualiser, ou bien un yantra.
Voici un verset faisant l’objet d’une grande révérence, car il invoque la déesse Gâyatrî :
« Muktâ-vidruma-hema-nîla-dhavala-cchâyair-mukhair-tryakshanaih Yuktâm indu-nibaddha-ratna-mukutâm tattvârtha varnâtmikâm Gâyatrîm varadâbhayânkusha-kashâm shubram-kapâlam-gadâm Shankham-cakram athâravinda-yugalam hastair bhaje. »
« J’adore la Déesse Gâyatrî, la personnification des varna (lettres de l’alphabet sanscrit) signifiant la vérité suprême, avec ses cinq faces bienveillantes reflétant les éclats lumineux des perles, des corails, de l’or, du saphir, et de la neige-chaque face étant constellée de trois yeux (dénotant l’omniscience)-, dont la tête est ornementée d’une couronne de joyaux ornée d’un croissant lunaire, avec deux mains (parmi dix, représentant l’omnipotence) aux gestes symboliques de dissipation de la peur et de don d’aubaine, et qui dans ses deux autres mains tient l’aiguillon, le fouet, le crâne blanc, la massue, la conque et le disque (comme symboles inspirant la terreur aux forces démoniaques), et une paire de lotus (comme symboles de pureté, d’amour, de dévotion et de détachement). »

Les yantra sont des diagrammes symboliques dédiés à des divinités masculines ou féminines, chargés de shakti, forces spirituelles, auquel le « sadhaka » (méditant) se relie par des récitations de mantra (« mantra-japa »).

B) Nirguna-upâsanâ

La contemplation spirituelle sur l’aspect informe (nirkâra) du divin dénué de qualité est la plus abstraite et la plus ardue qui soit.
Elle requiert, pour son succès final une purification mentale préalable qui est l’apanage de quelques aspirants fortunés à l’état de libération.
Elle consiste à fixer le mental sur la quintessence nue de quelques mahâvakya (grandes sentences) tels que
« Aham Brahmasmi » (« Je suis le Brahma ») ou encore « So Aham » (« Je suis celà »).
Plus le mental du sadhaka (méditant) est affiné par le manasa-japa (récitation mentale) du mahâvakya, plus le sentier de la libération s’éclaire.
L’imprégnation du mental du méditant par le concept abstrait et l’énergie propre au mahâvakya conduit à une grande paix qui s’insinue dans les profondeurs de l’être.
Généralement, le commun des mortels est peu enclin à s’adonner à ce genre de pratique réservée le plus souvent aux renonçants.

Puja

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