État du Qatar

Qatar

(Dawlat Qatar)

Capitale: Doha
Population: 750 000 (2002)
Langue officielle: arabe classique (de jure)
Groupe majoritaire: aucun
Groupes minoritaires: arabe du Golfe (40,6 %), arabe palestinien (9,8 %), farsi ou dari (18,4 %), arabe libanais (6,9 %), arabe syrien (6,2 %), ourdou (3,7 %), filipino (3,3 %), arabe ta'izz-adeni (1,6 %), baloutchi
(1,6 %), cinghalais (1,6 %), anglais (1,2 %), arabe soudanais (1,1 %), arabe égyptien (1,1 %), arabe hijazi (1,1 %), malayalam (0,8 %), tamoul (0,3 %), arménien (0,2 %), français (0,2 %), allemand (0,1 %), chinois mandarin (0,0 %)
Langue coloniale: anglais
Système politique: monarchie absolue
Articles constitutionnels (langue): art. 1 et 35 de la Constitution du 29 avril 2003
Lois linguistiques: aucune loi linguistique

1 Situation générale

L'État du Qatar est un pays de la péninsule Arabique; il forme une pointe de 11 427 km² dans le golfe Arabo-Persique (Belgique: 32 545 km²). Ce petit État pétrolier est limité au sud-ouest par l'Arabie Saoudite et au sud-est par les Émirats arabes unis. Doha est la capitale et le port principal.

Au point de vue administratif, le Qatar est divisé en neuf municipalités (baladiyat au singulier; baladiyah au pluriel): Ad Dawhah, Al Ghuwayriyah, Al Jumayliyah, Al Khawr, Al Wakrah, Ar Rayyan, Jarayan al Batinah, Madinat ash Shamal et Umm Salal.

Le Qatar est une monarchie absolue. La famille régnante, les al-Thani, peut se prévaloir d'une forte légitimité: quelque 40 % de la population qatarie lui est apparentée. En vertu de l'ancienne Constitution de 1970, le pouvoir exécutif est détenu par le chef de l'État, l'émir, qui nomme les membres du Conseil des ministres. À l'instar des autres monarchies du Golfe, le Qatar n'a pas de véritable système législatif, bien que la Constitution garantisse à tous les citoyens des droits démocratiques fondamentaux. La Charia, la loi islamique, est la source du droit.

Aujourd'hui, l'émir (le cheikh Hamad Bin Khalifa Al Thani) gouverne assisté d’un Conseil consultatif et de ministres. Il détient à la fois les pouvoirs législatif et exécutif. Le Conseil des ministres peut proposer projets de lois et projets de décrets; il veille à la bonne application des lois et décrets.

2 Données démolinguistiques

La population qatarie est concentrée dans la capitale, Doha, peuplée, en 1993, de 340 000 habitants, tandis que la deuxième ville, ar-Rayyan, comptait 100 000 personnes. Seulement 8 % de la population vit en dehors des villes; il s'agit principalement de nomades. Les Qatariens originaires du pays sont en grande partie des musulmans sunnites d'obédience wahhabite. La population prise dans son ensemble demeure sunnite à plus de 90 %.

L'arabe est la langue officielle mais l'utilisation de l'anglais pour le commerce est très répandue.

2.1 Les ethnies

On distingue plusieurs groupes principaux de Qatariens (ou Qataris): les Arabes, les Indo-Iraniens, les Indo-Pakistanais, les Bantous, les Philippins et les Occidentaux. Parmi les Arabes, seuls ceux d'origine qatarienne sont des indigènes, les autres étant des travailleurs provenant des pays voisins: Arabes palestiniens, libanais, syriens, soudanais, égyptiens, saoudiens, etc.

Carte du Qatar

L'ensemble des Arabes forment 61,1 % de la population. Suivent les Indo-Iraniens (Daris et Persans: 18,4 %), les Bantous d'Afrique noire (7,3 %) les Indo-Pakistanais tels que les Ourdous, les Baloutches, les Cinghalais, les Malayali et les Tamouls. Ajoutons aussi les Philippins (3,3 %) et une toute petite communauté chinoise. Pour leur part, les Occidentaux (Britanniques, Américains, Canadiens, Arméniens, Français et Allemands) forment une autre petite communauté d'environ 15 000 personnes, soit 2 % de la population qatarie. Rappelons que la ville de Doha abrite une base militaire américaine.

Ethnie Langue maternelle Affiliation linguistique  Population %
Arabes qatariens arabe du Golfe langue sémite 250 000  33,3 %
Arabes palestiniens arabe palestinien langue sémite 74 000    9,8 %
Afghans iraniens (Dari) farsi de l'Ouest (dari) langue indo-iranienne 73 000    9,7 %
Iraniens (Persans) farsi de l'Ouest langue indo-iranienne 65 600    8,7 %
Bantous africains arabe du Golfe langue sémite 54 900    7,3 %
Arabes libanais arabe libanais langue sémite 51 900    6,9 %
Arabes syriens arabe standard langue sémite 46 900    6,2 %
Ourdous ourdou langue indo-iranienne 28 000    3,7 %
Philippins (filipino) tagalog langue austronésienne 25 000    3,3 %
Arabes ta'izz-adeni arabe ta'izz-adeni langue sémite 12 000    1,6 %
Baloutches du Sud baloutchi du Sud langue indo-iranienne 12 000     1,6 % 
Cinghalais (Srilankais) cinghalais langue indo-iranienne 12 000    1,6 %
Arabes soudanais arabe soudanais langue sémite 8 700     1,1 %
Arabes égyptiens arabe égyptien langue sémite 8 700     1,1 %
Arabes saoudiens arabe hijazi langue sémite 8 700     1,1 %
Malayali malayalam langue dravidienne 6 500     0,8 %
Britanniques anglais langue germanique 5 700     0,8 % 
Américains anglais langue germanique 3 000     0,4 %
Tamouls tamoul langue dravidienne 2 200     0,3 %
Arméniens arménien isolat indo-européen 1 500     0,2 %
Français français langue romane 1 500     0,2 % 
Canadiens anglais ou français langue romane ou germanique 1 500     0,2 % 
Allemands allemand langue germanique 1 000     0,1 %
Chinois chinois mandarin langue sino-tibétaine    200      0,0 %
 Total = 750 000

2.2 Les langues

Tous les Arabes parlent une langue chamito-sémitique, peu importe leur variété dialectale (qatarien, palestinien, libanais, syrien, soudanai, égyptien, saoudien, etc.). Les Iraniens parlent le farsi (Iran) ou le dari (Afghanistan), une langue indo-iranienne du groupe iranien. Les Indo-Pakistanais parlent des  langues indo-iraniennes, mais appartenant au groupe indien (ourdou et cinghalais) ou iranien (baloutchi) ou encore des langues dravidiennes (malayalam et tamoul). Les Bantous d'Afrique noire ont perdu leur langue et parlent l'arabe du Golfe. Mais les Philippins parlent leur langue nationale, le filipino, une langue malayo-polynésienne occidentale. Les Occidentaux parlent surtout l'anglais (Britanniques, Américains et Canadiens), mais aussi le français (Français et Canadiens), l'allemand ou l'arménien.

3 Données historiques

Il semble que les plus traces les plus anciennes de présence humaine dans la région du du Golfe remontent à quelque 4000 ans avant notre ère. Plus tard, la péninsule Arabique fut fréquentée par des tribus nomades du désert du Najd, qui y séjournaient durant la belle saison. La région du Golfe devint un centre de commerce florissant.

Au Ve siècle avant notre ère, l’historien grec Hérodote désignait les habitants de la région comme des Cananéens, connus pour leur maîtrise de la navigation et leur habileté dans le négoce. Ce sont les Grecs qui donnèrent son nom au golfe Persique. Auparavant, les Suméro-Babyloniens l'appelaient soit la mer Inférieure, soit la mer Amère, soit encore la mer du Soleil levant. Au IIe siècle de notre ère, le géographe grec Ptolémée mentionna une ville nommée Catara sur sa carte de la région. Par la suite, l'occupation romaine marqua le déclin commercial du Golfe au profit de la mer Rouge. Il fallut attendre la domination de la région par l’Empire sassanide (entre les IIIe et VIe siècles pour que la région du Golfe redevienne un lieu d’échanges florissants. Assyriens, Perses, Babyloniens, Grecs et Sassanides se succédèrent dans cette région du Golfe. 

3.1 L'avènement de l'islam

La religion musulmane pénétra au VIIe siècle dans la région du Golfe, alors sous domination de la dynastie des Arabes de Manadhira. Leur roi, Al Mundhir Ibn Sawi Al Timimi, se convertit à la nouvelle religion. Dès lors, le Qatar participa à l’expansion de l’islam; il aida à la préparation d'une première flotte destinées à diffuser la religion au-delà des mers. En même temps, la langue arabe s'implanta définitivement dans la région, même si cette langue était déjà parlée depuis quelques siècles, probablement dès le  IIe siècle.  C'est à cette époque qu'est apparu le nom de Qatar pour désigner la région. 

Durant le règne des Abbassides (750-1250), le Qatar connut une grande période de prospérité. Ce fut l'époque des Milles-et-Une-Nuits, l'âge d’or du monde arabo-persan. Le port de Bassorah étendit son influence à tout le Golfe.

3.2 Les dominations ottomane et britanniques

Les Portugais occupèrent le détroit d'Ormuz, puis Mascate et Bahreïn. En 1517, ils prirent le Qatar et imposèrent leur contrôle maritime et commercial dans le Golfe. Quelques années plus tard, soit en 1538, ils furent chassés de la région par les Ottomans qui dominèrent le Qatar durant quatre siècles. Les Ottomans n'imposeront pas la langue turque aux habitants, cette langue restant le seul apanage de l'Administration. Au cours du XVIIe siècle, le pays fut marqué par de violentes rivalités entre les tribus désirant contrôler le territoire. Les conflits entre tribus se poursuivirent jusqu'au début du XIXe siècle, alors que les Britanniques décidèrent d’intervenir.

C'est que ces rivalités tribales diminuaient la sécurité maritime des flottes britanniques en route vers les Indes. Après avoir bombardé Doha, le colonel Lewis Pelly, à titre de résident politique dans le Golfe, signa en 1868 un traité de paix avec le cheikh Mohammad Bin Thani et reconnaissait en ce dernier le personnage le plus influent de la région et mettait fin aux prétentions des Al Khalifa à gouverner le Qatar.

En 1871, le traité de paix devint caduque, car les Turcs installèrent une garnison au Qatar, ce qui remettait aussi le pays sous la gouverne ottomane. Mais le cheikh Qasim s’opposa à cette tutelle et prit les armes contre les Turcs et leur infligea une cinglante défaite. Au tournant du siècle, Qasim décida d'adhérer au wahhabisme (d'après le nom du fondateur, Abd Al Wahhab), une doctrine d’interprétation rigoriste du Coran. En 1913, un accord fut conclu entre Britanniques et Ottomans, redéfinissant les zones d'influence dans la région.

La domination britannique sur le Qatar fut consacrée en 1916 par un traité de protectorat : l'émir, en échange de la protection britannique contre la puissance menaçante d'Ibn Séoud, accordait à la Grande-Bretagne une exclusivité sur les concessions pétrolières. Le traité du 3 novembre 1916 entre le gouvernement britannique et le cheikh de Qatar comportait divers engagements du cheikh, notamment celui de respecter les obligations propres à la côte de la Trêve. Sous réserve de quelques engagements particuliers, l'administration intérieure du territoire était entièrement souveraine, seul l'exercice des relations extérieures se voyait limité par l'intermédiaire obligé du Royaume-Uni :

Moi, cheikh Abdullah, je m'engage en outre à ne pas avoir de relations et à ne pas correspondre avec une autre puissance, ni à recevoir son agent, sans le consentement du Gouvernement britannique; sans un tel consentement, je ne céderai pas non plus de terres à aucune autre puissance ni à ses sujets, que ce soit en les affirmant, en les vendant, en les transférant, en les donnant ou de toute autre manière.

Le gouvernement britannique s'engageait à protéger le cheikh, ses sujets et son territoire contre toute agression par la mer et à prêter ses bons offices en cas d'attaque terrestre du territoire de Qatar.

Les premières découvertes de gisements pétrolifères dans la région, à Bahreïn en 1932, soulevaient la question de la délimitation précise des frontières. Il s'agissait de définir les territoires de prospection et d'exploitation des compagnies pétrolières, l'américaine SOCAL (Standard Oil Company of California) obtint d'Ibn Séoud la concession du Hasa, en territoire saoudien, tandis que la concession qatarie fut échue à la britannique APOC (Anglo-Persian Oil Company). Définir la frontière revenait à tracer la séparation entre les deux concessions. Se posa en outre la question de l'accès à la mer ; le port d'Al-Udaïd était revendiqué par l'Arabie Saoudite, le Qatar et Abou Dabi. L'accord sur les frontières n'interviendra qu'en 1965. Puis la Seconde Guerre mondiale vint stopper la production pétrolière,mais entraîna une vague d’immigration qui porta la population du Qatar à environ 27 000 habitants, dont la moitié à Doha. La grande aventure du pétrole recommença en 1949.

Dans les années soixante, le cheikh Khalifa Bin Hamad Al Thani, alors prince héritier, prit une part de lus en plus active dans les affaires du Qatar. Il participa à l'élaboration d’un plan de développement national qui prévoyait une modernisation de l’administration et un développement accéléré de l’industrie pétrolière. Cette nouvelle situation entraîna un besoin de main d'oeuvre, c'est-à-dire une seconde vague d’immigration qui provenait essentiellement du sous-continent indien (les Indo-Pakistanais). 

Vers la fin des années soixante, soit en 1968, les Britanniques décidèrent de se dégager de tout accord de défense dans la région avant l’année 1971. Les émirats du Golfe envisagèrent un temps de constituer une fédération, mais les négociations s'avérèrent rapidement infructueuses. Le Qatar décida finalement de devenir un État indépendant à l'exemple de son voisin, le Bahreïn.

3.3 L'indépendance

En avril 1970, le Qatar se dota d’une constitution provisoire qui en faisait un État arabe indépendant, avec l'arabe comme langue officielle, et devint membre de l'Organisation des Nations unies. En 1972, l'émir qui dirigeait le pays, Ahmad ibn Ali al-Thani, fut détrôné par son cousin, Khalifa ibn Ahmad, sous le règne duquel le pays s'était modernisé. Le cheikh Ahmad poursuivit la politique étrangère menée par son père au sujet de l'Arabie Saoudite, avec laquelle les relations se compliquèrent. En 1974, l’ensemble des opérations pétrolières fut placé sous le contrôle d’une société unique créée à cet effet, la Compagnie générale de pétrole du Qatar (appelée QGPC). Grâce au pétrole, le Qatar devint un pays très riche. Les domaines de la santé et de l'éducation se développèrent, ce qui favorisa une troisième vague de main d’œuvre étrangère, cette fois-ci en en provenance du monde arabe et de l'Asie du Sud-Est (Philippines). Les moeurs évoluèrent rapidement, alors que la société qatarienne se trouvait confrontée à la modernité importée de l’Occident. Apparurent les voitures, le téléphone, la télévision, l'air climatisé, les ordinateurs, etc., ce qui bouleversa grandement les moeurs des Qataris, sans remettre en cause les fondements religieux et traditionnels de la société.

En 1991, le Qatar participa à la coalition levée contre l'Irak, tout en demeurant partisan du retour de l'Irak sur la scène internationale. Le Qatar fut aussi le premier pays arabe du Golfe à conduire des négociations avec Israël en vue d'une normalisation des relations diplomatiques. Cette politique étrangère différenciée s'inscrit dans un contexte de tensions quasi permanentes avec ses voisins du Golfe, en raison de problèmes frontaliers récurrents. Le 27 juin 1995, le prince héritier, le cheikh Hamad Bin Khalifa Al Thani, prenait le pouvoir après avoir renversé son père. Devenu nouvel émir du Qatar, il entreprit des réformes marquant un premier pas vers la démocratisation du pays et de ses institutions. Il a accordé le droit de vote aux femmes et, en octobre 1996, a laissé s’implanter à Doha une chaîne de télévision privée arabe devenue célèbre : Al-Jazeera (l’île). La chaîne est devenue en quelques années la seule voix libre de l’immense nation arabe. À l’heure actuelle, le Qatar semble se tourner vers une nouvelle aventure, celle du gaz. Les revenus du pétrole et du gaz naturel permettent au Qatar d'atteindre un niveau de revenus par personne proche de celui des plus riches pays industriels d'Europe de l'Ouest.

4 La politique linguistique

L'État du Qatar a adopté une politique d'arabisation pragmatique: il s'agit de favoriser l'arabe tout en conservant certaines prérogatives à l'anglais. La Constitution de 1970 a été remplacée par celle de 2003, approuvée lors d'un référendum le 29 avril 2003. L'article 1 reprend les dispositions de 1970 sur la langue:

Article 1 

Le Qatar est un État arabe indépendant et souverain. Sa religion est l'islam et la Charia islamique la source première de ses lois. Son système politique est démocratique. La langue arabe est sa langue officielle. Le peuple du Qatar fait partie de la nation arabe.

Article 35 

Tous sont égaux devant la loi et il n'y a aucune discrimination pour des raisons de sexe, de race, de langue ou de religion.

Quant à l'article 35, il interdit la discrimination pour des motifs de sexe, de race, de langue ou de religion.

4.1 La langue de l'État

L'État du Qatar fonctionne avec deux langues arabe, l'une pour l'écrit (arabe classique), l'autre pour l'oral (arabe du Golfe). Si l'arabe classique sert de langue écrite pour l'État et les médias, l'arabe du Golfe sert de langue orale pour le gouvernement, l'Administration, l'armée, la police, les affaires, etc. C'est en arabe du Golfe qu'on gère l'État, mais c'est l'arabe classique qui sert de langue véhiculaire entre les populations arabophones. Avec les non-arabophones, c'est l'anglais qui remplace l'arabe classique.

C'est la population indigène du Qatar qui contrôle les affaires du gouvernement, de la police, de l'armée, etc. C'est pourquoi l'arabe du Golfe, une langue essentiellement orale, est utilisé partout. La plupart des fonctionnaires parlent donc l'arabe du Golfe, mais aussi l'arabe classique lorsque les circonstances l'exigent, parfois l'anglais dans certaines administrations de la capitale. C'est en arabe du Golfe qu'on discute des lois rédigées en arabe classique, c'est en arabe du Golfe qu'on commente les règlements administratifs offerts en arabe classique.

Dans les tribunaux, l'arabe classique est la langue officielle, mais les accusés, les témoins et les avocats peuvent s'exprimer en arabe du Golfe ou en anglais lorsque la cause concerne les étrangers. Dans les municipalités (cours locales), c'est toujours l'arabe avec, selon les besoins, le recours au services d'un interprète. Cela dit, il vaut mieux ne pas avoir de contentieux avec des citoyens du Qatar (les «nationaux»), car la justice du pays risque de ne pas se montrer totalement impartiale. Les services gouvernementaux centralisés sont donc offerts en arabe du Golfe (avec les locaux), en arabe classique (avec les autres arabophones) et en anglais (avec les étrangers occidentaux et asiatiques).

4.2 L'éducation

L'enseignement au Qatar est gratuit et obligatoire, à la fois pour les enfants qataris et pour ceux des travailleurs immigrés. Un programme d'alphabétisation des adultes a été mis en place, avec un certain succès, puisque le taux d'alphabétisation des adultes s'élevait à 79 % en 2001, soit l'un des plus élevés du monde arabe. Avant que la découverte du pétrole, le Qatar ne disposait seulement que de quelques écoles primaires pour des garçons, celles-ci étant par ailleurs dispersées dans tout le pays. Aujourd'hui, l'éducation est obligatoire et gratuite. Elle comprend six ans d'école école primaire, trois ans d'école intermédiaire et trois ans d'enseignement général secondaire. Les écoles maternelles sont privées et exigent des frais de scolarité. Dans tout le système public, les garçons et les filles étudient dans des écoles séparées. La langue d'enseignement est l'arabe classique.

Le Qatar dispose de 113 écoles primaires, dont 60 pour les garçons et 53 pour les filles. On compte aussi quelque 56 écoles préparatoires (28 pour les garçons et 28 pour les filles) et 41 collèges d'enseignement général secondaires (19 pour les garçons et 22 pour les filles). Les écoles publiques dispensent l'éducation gratuitement pour les enfants des résidants non qataris qui travaillent pour le secteur public.  L'anglais est introduit dans les deux dernières années du primaire, mais il est surtout appris dans les écoles préparatoires et au secondaire. Dans l’enseignement secondaire qatarien, le français demeure une option possible pour les élèves de la filière Lettres où il est enseigné pendant les deux dernières années du secondaire.

Le système universitaire à commencé en 1973 avec deux facultés, une pour les hommes et une pour les femmes. Quelques années plus tard, des facultés en sciences humaines, en études sociales, en études islamiques et en sciences ont été ajoutées et l'Université de Qatar a été fondée. Cette université a continué à s'étendre depuis et occupe maintenant un grand campus juste à l'extérieur de Doha. La cité universitaire est divisée dans deux sections, une pour les hommes et une pour les femmes; chacune des sections bénéficie de ses propres salles de cours, ses laboratoires et différents autres équipements. Le Collège de technologie a suivi; il constitue l'un des des éléments d'un projet grandiose du Qatar visant la création d'une «cité de l'éducation» dans la capitale, qui rassemblerait l'élite de l'expertise mondiale. D'ailleurs, la Cornell University School of Medicine de New York y a établi un campus satellite; cet institut médical offre à ses étudiants les mêmes diplômes «Ivy League» qu'elle décerne à New York. Les langues d'enseignement sont l'arabe classique et l'anglais; en général, l'arabe est la langue d'enseignement dans les domaines de l'éducation, des arts et des sciences sociales; l'anglais est la langue d'enseignement dans les sciences naturelles, de la pétrochimie et des affaires. Le Qatar possède un Institut des langues à Doha, qui est chargé de la formation continue des employés du gouvernement afin d'améliorer leurs standards en arabe, en anglais et en français. Les candidats doivent avoir suivi avant leur inscription à l'Institut un minimum de trois années d'étude de langue arabe.

Le Qatar compte également des écoles privées destinées aussi bien aux étrangers occidentaux qu'aux différentes communautés arabes comme les Libanais, les Jordaniens, les Soudanais, etc., ou aux Indo-Pakisanais. Dans ces écoles, la langue d'enseignement est l'anglais, l'ourdou, le français, etc. Le ministère de l'Éducation soutient l'éducation privée en fournissant des écoles avec les manuels, la papeterie, la sécurité sociale, l'électricité et l'eau gratuitement, ainsi qu'un directeur ou une directrice d'origine qatarie, sans oublier un enseignant pour chacune des maternelles. À la suite de ce soutien, les écoles privées sont devenues très populaires. Ces écoles reçoivent de l'aide financière du gouvernement, mais pas suffisamment pour couvrir toutes les dépenses; elles exigent donc des frais de scolarité. Outre l'anglais, certaines écoles privées assurent l’enseignement du français comme seconde langue ou étrangère; c’est le cas des établissements tunisien, libanais, anglais, égyptien, américain, indien et de l'académie du Qatar (Qatar Academy).

4.3 Les médias

L'État du Qatar a une politique linguistique plutôt libérale à l'égard des langues dans les médias. En réalité, il n'existe aucune obligation. Certains journaux sont rédigés en arabe classique (Al-Raya, Al-Watan, Al-Sharq, Al-Arab), d'autres sont en anglais (Gulf Times et The Peninsula).

Dans les médias électroniques, QBS (Qatar Radio Service) et ses stations locales diffusent en arabe du Golfe et en arabe classique. QBS diffuse également trois heures quotidiennes d’informations et de programmes de divertissement en anglais et en français. La station de Doha est composée d’une dizaine de rédacteurs et d’animateurs, dont un Américain, un Français, un Algérien, un Béninois, un Égyptien, un Qatarien et un Tunisien. En ce qui a trait à la télévision, Qatar Television One diffuse en arabe classique au canal 9 et au canal 11; Qatar Television Two (canal 37) diffuse en anglais de la fin d'après-midi jusqu'à minuit, ainsi qu'un hebdomadaire en français le lundi (vers 18 h 45). Les abonnés de Qatar Cable Vision peuvent également suivre les programmes de TV5 Orient sur le canal 74. Cette chaîne informe en permanence et propose des oeuvres (françaises, suisses, belges et canadiennes) audiovisuelles en langue française, de même que des émissions de divertissement adaptées aux attentes des téléspectateurs francophones et francophiles du Proche-Orient. Il faut aussi mentionner Radio Monte-Carlo Moyen-Orient (en FM.593.4) qui diffuse en arabe classique, puis des bulletins d'informations en anglais et en français, trois fois par jour.

Enfin, la célèbre chaîne de télévision Al-Jazeera, basée à Doha, est maintenant connue dans le monde entier. Elle est la première chaîne d’informations en continu du monde arabe, diffusée via satellite et regardée par près de quarante-cinq millions d’Arabes dans le monde. Le président du Conseil d’administration d’Al-Jazeera est un membre de la famille royale et, bien que la chaîne soit entièrement financée par l’État du Qatar, Al-Jazeera ne constitue pas la voix du gouvernement. Vitrine du monde arabe, Al-Jazeera traite des événements du monde, d’un point de vue arabe. Une soixantaine de journalistes, des correspondants dans le monde entier, chrétiens et musulmans, y travaillent. Al-Jazeera prône ainsi un monde arabe réunifié. Elle diffuse en arabe, mais aussi des bulletins en anglais. Les États-Unis voudraient bien faire taire Al-Jazeera, car ils n'admettent pas que la chaîne arabe présentent les événements d'une autre façon que la leur. Dans un monde arabe dans lequel le contexte médiatique se caractérise par le conformisme, Al-Jazeera semble l’exception qui confirme la règle. Pour bien des journalistes, Al-Jazeera demeure sans conteste une «ouverture» démocratique. Il n'est pas surprenant que la chaîne ait suscité, depuis sa création en 1996, de l'engouement dans tout le monde arabe. Le problème, c'est que les États-Unis sont contre les démocraties dans le monde arabe; ils préfèrent des régimes qui contrôlent fortement la situation du pays en adoptant la vision américaine. Quoi qu'il en soit, l'attitude du Qatar en cette matière lui fait honneur, surtout que, dans la plupart des pays arabes, c'est le silence... de peur de prendre position contre les dictatures arabes, les États-Unis et les fondamentalistes musulmans. Bref, Al-Jazeera dérange!

La politique linguistique de l'État du Qatar est celle de l’unilinguisme arabe, ce qui n'empêche pas la diglossie entre l'arabe dialectal (arabe du Golfe) et l'arabe classique. Il n'existe pas, au sens juridique du terme, de minorités linguistiques au Qarar, sauf religieuses. Les arabophones doivent parler l'arabe, les autres l'anglais. La notion de minorité linguistique n'existe pas parce que les autres langues sont considérées comme des langues immigrantes, donc ignorées, comme c'est le cas d'ailleurs dans la plupart des pays du monde. En réalité, le Qatar compose avec un certain bilinguisme arabo-anglais afin de permettre une meilleure harmonisation entre les nombreux travailleurs étrangers. Dans les affaires de l'État, c'est la valorisation de la langue officielle et le maintien de l'arabe du Golfe dans les communications informelles. Toutefois, dans les écoles privées et dans les médias, c'est la non-intervention et le multilinguisme qui règnent, avec une dominance pour l'anglais. 

Dernière mise à jour: 24 sept. 2004
 

Bibliographie

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PECK, Malcolm C. The United Arab Emirates: A Venture in Unity, Boulder (Colorado), Éditions Westview Press, 1986.

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