A propos de Buena Onda...


Télérama, p. 48
Mercredi 2 janvier 1997


Du fin fond miséreux de Paris, où les réfugiés italiens se morfondent dans un exil interminable et absurde, Cesare Battisti nous mène jusqu'aux profonds maquis des montagnes du Chiapas, où les Indiens zapatistes refont le monde et en crèvent. On passe par tous les paysages étranges du Mexique, tous les alcools. On croise des êtres perdus, dealers, sorciers ou policiers corrompus.
Dérisoire, la vie; incertaines, les histoires d'amour ; confus, les vents qui mènent notre héros d'hommes en hommes, de mains en mains. Clandestins, révolutionnaires et rêveurs le guident comme par miracle vers son destin. Ils ont en commun l'espoir, mais l'étincelle de leurs regards est dissoute par l'indifférence ou la peur, à force de désillusions... Cesare Battisti nous plonge au coeur de l'humain. Mais un humain revenu de tout, brûlé, sans histoire. Il y mêle, en plus, tous les plaisirs du roman noir: l'intrigue, le suspense, les rebondissements... Il faut le découvrir.

Elise Torma

 


Bibliothèque St. Martin-Brest


Ex-militant de la lutte armée en Italie et réfugié à Paris, le héros et narrateur, Enzo, participe, un peu à contrecœur, à l’enlèvement du Ministre de l’Intérieur pour le remettre entre les mains d’immigrés clandestins en colère qui vivent dans un squat de banlieue. Opération inutile car l’affaire tourne mal et, comme les kidnappeurs ont été trahis, Enzo doit se réfugier au Mexique. Il va y vivre d’incroyables aventures, de Mexico à la jungle qui abrite les maquis zapatistes. Soupçonné par ceux à qui on l’a recommandé, manipulé, se sentant constamment comme l’oiseau sur la branche et se méfiant de tous…Un roman d’aventures modernes intéressant à plus d’un titre. D’abord tout simplement parce qu’il s’agit d’un récit bien mené et bien écrit, dans le langage qui convient à ceux qui en sont les protagonistes. Ensuite parce que le héros est un homme attachant, pour qui le lecteur tremble plus d’une fois. Les autres personnages sont bien campés et laissent une impression d’authenticité. Certes, l’intrigue est complexe, comme le monde où sa fuite plonge le narrateur. Comment y distinguer le ripoux, le trafiquant de drogue, la taupe et le révolutionnaire sincère ?.. Un monde qui lui aussi du reste paraît crédible. Rien à voir avec l’univers manichéen où l’on distingue immédiatement le gentil et le salaud.Une œuvre donc qui ébranle certaines idées toutes faites et nous révèle, derrière les paravents des commentaires médiatiques et des agences de voyage, une réalité plus bouleversante et sans doute plus exacte.


Par Patricia Mevel