presentation proposer convergences abonnmentsite abonnmentresistance soutien
 
actualite
blank
blank
Éditorial
Politique
Étranger
Tribune libre
theoriciens
Yockey
Thiriart
Douguine
Evola
Autres
histoire
France
Italie
Espagne
Amérique latine
Allemagne
Pays anglo-saxons
Europe de l'Est
Autres
imperialisme
Entretiens
Antiaméricanisme
Antisionisme
Varia
spiritualites
Alternatives religieuses
Tradition
Varia
liste
liste
detail
sites nc
snc
accueil
recherche
recherchez
avancee
Jeudi, 15 Juin 2006
imprimer
mail
Les lettres du Mahatma Gandhi à Adolf Hitler
Dr. Koenraad Elst
Histoire :: Autres
Les lettres du Mahatma Gandhi à Adolf Hitler
Les admirateurs du Mahatma Gandhi n’ont pas l’habitude d’affronter les faits embarrassants concernant leur saint favori. Ses critiques, par contre, nous rappellent joyeusement quelques faits concernant le Mahatma qui semblent miner son aura de sagesse et de supériorité éthique. L’une des preuves décisives du stupide manque de réalisme de Gandhi, citée par ses détracteurs de gauche tout comme de l’Hindutva, est sa tentative de correspondance avec Adolf Hitler, entreprise en vue de persuader le dictateur de l’Allemagne de la valeur de la non-violence. Je vais maintenant me charger de la tâche ingrate d’arguer que dans cette tentative, Gandhi : (1) était entièrement gandhien, et (2) avait fondamentalement raison.

LA PREMIERE LETTRE DE GANDHI A HITLER

Les deux lettres de Gandhi à Hitler sont adressées à « mon ami ». Dans le cas de quiconque d’autre que le Mahatma, cette disposition amicale serait quelque peu étrange étant donné le conseil que Hitler avait donné au gouvernement britannique concernant la répression du mouvement de la liberté de l’Inde. Durant une rencontre avec Lord Halifax en 1938, Hitler avait promis son appui à la préservation de l’Empire britannique et proposé sa formule pour traiter avec le Congrès National Indien : tuer Gandhi, si ça ne suffisait pas alors tuer les autres leaders aussi, si ça ne suffisait pas alors tuer deux cent activistes de plus, et ainsi de suite jusqu’à ce que les Indiens abandonnent l’espoir de l’indépendance. Bien sûr Gandhi n’était peut-être pas au courant du conseil d’Hitler, mais rester amical envers son propre meurtrier en intention serait aussi typiquement gandhien.

Certains seront choqués que Gandhi ait appelé le monstre absolu un « ami ». Mais la vision correcte des pécheurs, vision que j’ai assimilée comme étant la vision « chrétienne » mais dont je pense qu’elle a une validité universelle, est qu’ils sont tous des exemples du trait humain général de tendance au péché. Le fanatisme, la cruauté, la froideur de cœur de Hitler et d’autres traits répréhensibles peuvent différer en intensité mais pas en essence avec ces mêmes traits chez d’autres êtres humains. En tant qu’êtres humains doués de raison et de conscience, les pécheurs ne sont pas au-delà de la rédemption : votre persécuteur le plus féroce aujourd’hui peut se repentir et rechercher votre amitié demain. Si Gandhi pouvait approcher des fanatiques sans cœur comme Mohammed Ali Jinnah dans un esprit d’amitié, il n’y a pas de raison pour qu’il ait refusé d’offrir son amitié à Hitler.

Dans sa première lettre datée du 23 juillet 1939 (Complete Works, vol.70, p.20-21), dont l’envoi ne fut pas autorisé par le gouvernement, Gandhi mentionne son hésitation à s’adresser à Hitler. Mais la raison est la modestie plutôt que la répulsion : « Des amis m’ont encouragé à vous écrire pour l’amour de l’humanité. Mais j’ai résisté à leur requête, à cause du sentiment qu’une lettre de moi serait une impertinence ». Mais le sentiment de l’imminence de la guerre, après l’occupation allemande de la Bohême-Moravie de peuplement tchèque (en violation de l’accord de Munich en 1938 et du principe de l’« autodétermination des nations » qui avait justifié l’annexion de l’Autriche et des Sudètes de peuplement allemand) et l’hostilité croissante envers la Pologne, le poussèrent à mettre ses scrupules de coté : « Quelque chose me dit que je ne dois pas calculer et que je dois faire cet appel à toutes fins utiles ». Même ainsi, la fin de sa lettre est à nouveau semée de scrupules et de modestie : « De toute façon je sollicité votre pardon si j’ai fait erreur en vous écrivant. Je reste Votre ami sincère, Sd. M. MK Gandhi ».

Le reste et l’essentiel de cette courte lettre dit : « Il est très clair que vous êtes aujourd’hui la seule personne dans le monde qui puisse empêcher une guerre qui peut réduire l’humanité à l’état sauvage. Devez-vous payer ce prix pour un objectif, si valable qu’il puisse sembler être pour vous ? Ecouterez-vous l’appel de quelqu’un qui a délibérément évité la méthode de la guerre, non sans un succès considérable ? »

Cette approche est tenue en total mépris par les générations d’après-guerre. Ainsi, le romancier et professeur de littérature de gauche flamand Kristien Hemmerechts a commenté : (« Milosevic, Saddam, Gandhi et Hitler », De Morgen, 16-4-1999) : « En d’autres mots, Gandhi était un idiot naïf qui tentait en vain de vendre sa non-violence comme panacée au Führer ».

Cela présuppose que Gandhi donnait carte blanche à Hitler pour faire ce que nous savons que Hitler a fait, c’est-à-dire la déportation des Juifs et d’autres, les meurtres de masse, l’oppression impitoyable des populations soumises, les politiques militaires autodestructrices imposées aux Allemands dans l’étape finale de la guerre. Mais en réalité, l’approche de Gandhi, si elle avait réussi, aurait précisément empêché ce terrible résultat. La plupart des atrocités de Hitler furent rendues possibles par les circonstances de la guerre. En temps de paix, le public allemand n’aurait pas toléré la quantité de répression qui défigura leur société en 1941-45. En fait, même dans la première (et pour les civils allemands, de basse intensité) partie de la guerre, les protestations du public forcèrent Hitler à interrompre le programme d’euthanasie des handicapés.

De plus, ce fut la paranoïa des dirigeants nazis concernant les Juifs en tant que « cinquième colonne », conséquence de leur expérience (subjective et effectivement déformée) des agitateurs de gauche dans les villes allemandes poignardant les soldats du front dans le dos durant la Première Guerre Mondial, qui leur fit décider d’enlever les Juifs de la société en Allemagne et dans les pays occupés. Cela est clair d’après les déclarations nazies officielles telles que le discours de Heinrich Himmler à Posen en octobre 1943. Dans un scénario de non-guerre, un transfert organisé des Juifs vers un territoire sûr en-dehors d’Europe aurait au moins pu être négocié et mis en œuvre. Sous un accord de paix, particulièrement un accord appuyé par une force armée suffisante de la part des autres puissances du traité, Hitler aurait pu être gardé sous contrôle. En se livrant à une escalade de la guerre au lieu de la contenir, les gouvernements alliés tout autant que ceux de l’Axe se privèrent des options plus humaines (plus de détails sur cela dans K. Elst : The Saffron Swastika, Voice of India, Delhi 2001, p. 506-517, et dans Elst: Gandhi and Godse, Voice of India, Delhi 2001, p. 48-56).

Quand vous commencez une guerre, vous ne savez pas à l’avance quelles terribles choses arriveront, mais vous savez en général qu’elles seront terribles. C’est la justification de base du pacifisme, et Gandhi avait entièrement raison de le garder à l’esprit alors que la plupart des dirigeants politiques étaient pris par la fièvre de la guerre. Contenir Hitler pendant quelques décennies de plus aurait été un exercice difficile et éprouvant pour les voisins de l’Allemagne, mais Gandhi n’a jamais prétendu que la non-violence était la voie des faibles et des paresseux. En tous cas, cet effort de vigilance à long terme n’aurait-il pas été préférable à une guerre avec cinquante millions de morts, beaucoup plus de vies ruinées, de nombreux pays envahis par le communisme et voués à d’autres massacres, et le déchaînement des armes nucléaires sur le monde ?

LES CHANCES DE LA PAIX EN 1939

A ce moment dans le temps, l’« objectif valable » de Hitler auquel Gandhi fait allusion, le sujet d’échanges diplomatiques fiévreux et en fait le casus belli déclaré de l’invasion allemande imminente de la Pologne, était les droits de la minorité allemande de Pologne ainsi que la question du « corridor ». Celui-ci était une voie ferroviaire et automobile prévue qui devait relier la Poméranie allemande à la Prusse Orientale allemande à travers la Prusse Occidentale polonaise (incluant la ville de Dantzig) ; ou, dans le cas où un référendum en Prusse Occidentale favoriserait le retour de la région à l’Allemagne, à laquelle elle avait été prise en 1919, devait relier la Pologne sans accès à la mer à un port prévu pour les Polonais sur la côte baltique, à travers la Prusse Occidentale. En 1945, toutes les régions concernées furent ethniquement nettoyées des Allemands et attribuées à la Pologne, et l’Allemagne ne revendique plus aucune d’entre elles, mais en 1939 de nombreux observateurs pensaient que les demandes allemandes étaient raisonnables ou en tous cas ne méritant pas qu’on s’y oppose par des moyens militaires (« Qui voudrait mourir pour Dantzig ? »).

Il était d’opinion courante que la Pologne opprimait ses minorités allemande et juive, et on pouvait donc avancer que l’amélioration de la condition de la minorité allemande (il va sans dire que Hitler se souciait moins des Juifs polonais) était une juste cause. C’était aussi le genre de cause qui pouvait être servi par des protestations non-violentes et en mobilisant un appui international non-violent. Cela n’aurait pas formellement humilié la Pologne en la faisant abandonner un territoire ou de la souveraineté, donc il était peut-être possible de persuader le gouvernement polonais de changer ses méthodes concernant les minorités. Sur ce point, Gandhi avait indéniablement raison et était également fidèle à lui-même en recommandant l’option non-violente concernant la lutte pour un objectif politique valable.

La question du corridor était moins facile, car elle impliquait du territoire et donc des concessions humiliantes indubitables de la part de l’une des parties. L’inquiétude qui troublait les Polonais et leurs amis était que la demande d’un corridor pouvait être le simple coup d’ouverture, d’apparence raisonnable, d’une conquête totale de la Pologne. Il est difficile d’estimer les plans exacts de conquête de la part de l’Allemagne nazie, qui étaient déjà alors et sont demeurés l’objet d’une propagande de guerre mythomane. Parmi le public informé, on croit encore largement que les nazis visaient à « conquérir le monde », pas moins ; mais c’est une stupidité. Hitler était prêt à respecter l’empire britannique, et son soi-disant plan pour une invasion de l’Amérique s’est révélé être un faux britannique fabriqué pour obtenir l’appui américain. Dans des offres de paix répétées à la France et à la Grande-Bretagne pendant l’automne 1939 et toute l’année 1940, Hitler proposa de se retirer de tous les territoires historiquement non-allemands (ce qui lui laisserait encore le contrôle de l’Autriche, des Sudètes, de la Prusse Occidentale et de quelques plus petites régions frontières de la Pologne et, à partir de mai-juin 1940, du Luxembourg, des cantons de l’est de la Belgique et de l’Alsace-Lorraine française) et de maintenir un statu quo à partir de ce moment.

Il était peut-être sincère lorsqu’il acceptait de limiter ses ambitions territoriales à des régions historiquement allemandes, du moins là où l’adversaire consistait en nations alliées ou relativement respectées comme les Italiens ou les Français. Cependant, dans le cas des pays slaves méprisés de Pologne et d’Ukraine, la crainte de la conquête allemande était beaucoup plus justifiée.

Au début de 1918, le traité de Brest-Litovsk avec l’Union Soviétique nouveau-née donna à l’Allemagne le contrôle de la Pologne et de l’Ukraine occidentale. Alors soldat, Hitler avait applaudi à ce gain d’« espace vital » qui devait être colonisé par des fermiers allemands après avoir déplacé les Slaves en Sibérie. Ce fut aussi ce bref gain qui rendit la défaite ultérieure dans la Première Guerre Mondiale et la perte de territoire consécutive si insupportables pour Hitler et pour de nombreux Allemands de sa génération. Il n’y a pas de doute que les dirigeants nazis gardaient un œil sur ces territoires fertiles, pour une expansion future de l’Allemagne. Il était moins certain qu’ils voulaient accomplir cette annexion immédiatement : se conformeraient-ils à un accord sur un simple corridor si cet accord était conclu, respectant la souveraineté de la Pologne sur le reste de son territoire ?

La voie la plus sûre était de ne pas courir le risque et de contenir l’expansionnisme de Hitler par la dissuasion militaire. Puisque la Pologne elle-même ne pouvait pas la fournir, elle chercha et obtint l’assurance d’une aide de la Grande-Bretagne et de la France. Cela impliquait qu’une brève guerre locale provoquée par une agression allemande contre la Pologne se transformerait en une guerre internationale prolongée sur le modèle de la crise austro-serbe de 1914 provoquant la Grande Guerre aujourd’hui connue sous le nom de Première Guerre Mondiale. C’est à ce moment que Gandhi demanda à Hitler de renoncer à tout plan d’invasion de la Pologne. Il ne peut pas y avoir de doute que cela était une demande correcte de la part d’un pacifiste. Peut-être était-ce une demande stupide, au sens où aucune parole n’aurait pu avoir d’effet sur Hitler ? Nous examinerons cette question plus loin, mais notez pour l’instant qu’en juillet 1939 tout était encore possible, du moins si nous croyons à la liberté humaine.

LA SECONDE LETTRE DE GANDHI A HITLER

Le 24 décembre 1940, à la veille de Noël, qui pour les chrétiens est un jour de paix où les armes restent silencieuses, Gandhi écrivit une seconde et longue lettre à Hitler. La situation mondiale à cette époque était la suivante : l’Allemagne et l’Italie contrôlaient la plus grande partie de l’Europe et semblaient en position de gagner la guerre, la pacte germano-soviétique conclu en août 1939 était encore en vigueur, et sous la direction de Winston Churchill, une Grande-Bretagne isolée continuait la guerre qu’elle avait déclarée à l’Allemagne immédiatement après l’invasion allemande de la Pologne en septembre 1939.

A cette occasion, Gandhi prit la peine de justifier le fait qu’il appelait Hitler « mon ami » et qu’il terminait sa lettre par un « votre ami sincère », dans une brève déclaration concernant ce qu’il défendait exactement : « Si je vous appelle ami, ce n’est pas du formalisme. Je n’ai pas d’ennemis. Depuis 33 ans l’œuvre de ma vie a été de m’assurer l’amitié de toute l’humanité, sans distinction de race, de couleur ou de croyance ». Cette raison tout à fait non-hitlérienne de s’assurer l’amitié d’Hitler, que Gandhi appelle plus loin la « doctrine de l’amitié universelle », contraste avec la haine envers son ennemi, à la manière hitlérienne, dont on pense habituellement qu’elle est la seule attitude correcte face à Hitler.

Gandhi mérite certainement le courroux de l’opinion publique d’après-guerre pour avoir écrit : « Nous ne doutons pas de votre courage et de votre amour pour votre patrie et nous ne croyons pas non plus que vous soyez le monstre décrit par vos adversaires ». Il est certain que cela fut écrit dans une période de guerre assez limitée, bien avant la guerre totale avec l’Union Soviétique et les Etats-Unis, et bien avant le meurtre de masse et la déportation des Juifs. Mais l’attitude courante aujourd’hui consiste à juger Hitler et les rapports de ses contemporains avec lui comme s’ils avaient tous la connaissance que nous avons acquise depuis 1945. Depuis cette perspective, quiconque doutant de la description hostile de Hitler par le gouvernement britannique, y compris Gandhi, était pratiquement un complice des crimes de Hitler.

Cependant, sans abandonner l’espoir de convertir Hitler à des méthodes plus pacifiques, Gandhi n’était pas aussi modéré pour juger les crimes que Hitler avait déjà commis. En particulier, il critiquait la conviction nazie déjà bien connue selon laquelle le fort a le droit de soumettre le faible : « Mais vos écrits et vos déclarations, ainsi que ceux de vos amis et de vos admirateurs, ne permettent pas de douter que beaucoup de vos actes sont monstrueux et attentatoires à la dignité humaine, surtout au jugement de ceux qui, comme moi, croient à l’amitié universelle. Tels sont votre humiliation de la Tchécoslovaquie, le viol de la Pologne et l’absorption du Danemark. Je suis conscient que, selon votre conception de la vie, de telles spoliations sont des actes louables. Mais nous avons appris depuis notre enfance à les considérer comme des actes dégradants pour l’humanité ».

Gandhi se sentait donc obligé de rejoindre les rangs des adversaires de Hitler : « C’est pourquoi nous ne pouvons pas souhaiter le succès de vos armes ». Mais cela ne le poussait pas à se joindre à l’effort de guerre britannique, ni même à un service non-violent de la cause de l’Empire britannique : « Mais notre position est unique. Nous résistons à l’impérialisme britannique tout autant qu’au nazisme ». Pour Gandhi, l’impérialisme britannique est étroitement apparenté à l’impérialisme nazi : « S’il y a une différence, c’est une différence de degré. Un cinquième de la race humaine a été mis sous la botte britannique par des méthodes qui ne supportent pas l’examen ».

En soulignant sa position vis-à-vis de l’impérialisme britannique, Gandhi expliquait immédiatement son attitude vis-à-vis du nazisme : « Notre résistance à cette oppression ne signifie pas que nous voulons du mal au peuple britannique. Nous cherchons à le convertir, non à le battre sur le champ de bataille ». C’était exactement ce que Gandhi était en train de tenter avec Hitler : le convertir plutôt que le vaincre, lui épargnant ainsi la défaite s’il avait bien voulu l’écouter.

Suit une explication de la méthode gandhienne de rendre « leur domination impossible par une non-coopération non-violente », basée sur « sur le fait qu’aucun spoliateur ne peut atteindre son but sans un minimum de coopération, volontaire ou forcée, de la part de sa victime ». En un slogan : « Nos maîtres peuvent avoir nos terres et nos corps, mais pas nos âmes ». En lisant cela, Hitler pensa probablement que les prisonniers, comme tous les gens qu’il asservissait, avaient tout à fait droit à leurs âmes, tant qu’ils donnaient leur terre comme espace vital et leurs corps comme travailleurs forcés pour leurs maîtres.

A la différence de beaucoup de ses compatriotes, Gandhi rejetait l’idée de se libérer de la domination britannique en recourant à l’aide allemande : « Nous savons ce que le joug britannique signifie pour nous et pour les races non-européennes du monde. Mais nous ne souhaiterions jamais mettre fin à la domination britannique avec l’aide allemande ». Au contraire, expliquait Gandhi à Hitler, la méthode non-violente pouvait vaincre « une combinaison de toutes les forces les plus violentes dans le monde ».

D’après Gandhi, un vainqueur violent est voué à être finalement vaincu par une force supérieure (une prédiction qui se révéla vraie dans le cas de Hitler), et même le souvenir de sa victoire sera souillé par sa nature violente : « Si ce n’est pas les Britanniques, quelque autre puissance améliorera certainement votre méthode et vous battra avec vos propres armes. Vous ne laisserez à votre peuple aucun héritage dont il pourra se sentir fier. Ici Gandhi projetait probablement sa propre désapprobation des méthodes violentes sur les masses de l’humanité, qui sont moins inhibées par les scrupules pour glorifier les vainqueurs violents. Regardez la glorification de Gengis Khan en Mongolie, de Timur et Babur en Ouzbékistan, d’Alexandre en Grèce et en Macédoine, même si leurs empires n’ont pas duré éternellement ; et soyez assurés que les Allemands auraient été tout aussi fiers de Hitler s’il avait été victorieux.

GANDHI DEVAIT S’ADRESSER À HITLER

Gandhi n’aurait pas été Gandhi s’il n’avait pas tenté d’empêcher la Seconde Guerre Mondiale. Celle-ci fut, à notre connaissance, la seule guerre aussi létale dans l’histoire mondiale, avec un nombre de morts estimé à 50 millions, sans compter un nombre encore plus grand de réfugiés, de veuves et d’orphelins, de gens déportés, de gens estropiés, de vies brisées par les diverses horreurs de la guerre. Il aurait été un étrange pacifiste s’il avait accepté ce torrent de violence.

De nos jours, il est habituel de vilipender ceux qui se sont opposés à la guerre. Les Américains qui firent campagne contre l’implication dans la guerre, comme l’aviateur Charles Lindbergh, sont couramment traités de nazis pour la seule raison qu’ils se sont opposés à la guerre contre les nazis (ou plus exactement à la guerre contre les Allemands, car seule une minorité des sept millions d’Allemands tués pendant la guerre était formée de nazis). Les lecteurs de gauche peuvent saisir mon point de vue s’ils se souviennent de la manière dont ceux qui s’opposaient aux projets anticommunistes comme le débarquement de la Baie des Cochons étaient automatiquement dénoncés comme des communistes. Pensent-ils que cet amalgame entre l’opposition à la guerre et la collusion (ou l’identification) avec l’ennemi soit justifié ?

Les déclarations de Gandhi concernant le nazisme ne permettent pas de douter de sa ferme hostilité à cette doctrine militariste et détestant la liberté. Pourtant, il s’opposa à la guerre contre le nazisme. C’était parfaitement logique, car il rejetait l’élément militariste dans le nazisme tout comme dans la croisade contre lui. Il soutenait le combat contre le nazisme mais l’envisageait comme une lutte non-violente visant à convaincre plutôt qu’à détruire.

Il n’est pas certain que cela aurait marché, mais le gandhisme n’est pas synonyme d’efficacité. Les méthodes de Gandhi réussirent à dissuader les Britanniques de s’accrocher à l’Inde, pas à dissuader la Ligue Musulmane de partitionner l’Inde. Sous cet angle, c’est simplement une question sans réponse, une expérience non-tentée, de savoir si l’approche gandhienne aurait pu réussir à empêcher la Seconde Guerre Mondiale. Par contre, il ne peut pas y avoir deux opinions quant à savoir si cette approche de la dissuasion non-violente aurait été gandhienne. Le Mahatma n’aurait pas été le Mahatma s’il avait préféré une autre méthode. Notre jugement concernant ses lettres à Hitler doit être le même que notre jugement du gandhisme lui-même : soit les deux représentaient une alternative éthique élevée aux méthodes plus habituelles de la politique de puissance, soit les deux étaient erronés et ridicules.

(janvier 2004)
0
sujet activé par la rédaction :: 0 réponse[s]
depeches
abonnes
Niveau 2 :: La Lettre « Les Nôtres »
Niveau 3 :: Résistance Hors Serie
blank
faire un don
rss flux rss
blank
 
 
© 2002–07 :: v2.0
derniers documents
Avec Michel d’Urance, une invitation à connaître et aimer Knut Hamsun :: 19/04/08
Pourquoi soutenir la Russie et non l’Amérique ? :: 18/04/08
Le Traité de Rapallo et ses suites :: 15/04/08
Pour un tandem euro-russe sur l’échiquier international :: 12/04/08
Le manifeste du Groupe des Officiers Unis :: 28/03/08