Un article et la foule se fâche. À raison.

Pas pour lui – Soan (Tant pis)

Peu présente dans les médias et pourtant vilipendée sur la toile, la loi LOPPSI 2, ou encore Loi d’orientation et de programme pour la performance de la sécurité intérieure, a été adoptée par l’Assemblée Nationale le 21 décembre dernier – dire que nous étions encore en 2010, brr ! Cette loi fait partie des actions fédératrices, celles qui rassemblent les gens afin de lutter contre ce qui paraît le plus liberticide. En effet, son objectif est de lutter contre la pédo-pornographie, objectif qui bien évidemment est partagé par l’ensemble des internautes, des députés, de tous ou presque. Il apparaît toutefois que les moyens engagés pour ce combat sont loin d’être adaptés, ce que nous allons étudier d’ici peu bande d’impatients ! Questionnons-nous alors : s’agit-il d’un manque flagrant de doigté du gouvernement qui ne connaît rien au monde numérique et qui pond des lois qui feront plus de mal que de bien, ou agit-il en tout état de cause dans le but sournois de nous big-brotheriser ? Ahah ce serait trop facile que je réponde à la place de votre conscience, à qui je vais essayer de lui faire se faire une idée (notons la tournure insolite).

Je vais tout d’abord vous ôter d’un doute, les sénateurs et les investigateurs de cette loi sont tout sauf stupides ! On ne peut – nous geeks, nerds et kévins – nous ranger derrière la croyance que ceux qui nous gouvernent ne connaissent rien à l’informatique et par conséquent sont sans danger et/ou incompétents. D’ailleurs, la relative compétence des députés peut facilement se vérifier en lisant les comptes-rendus des séances à l’AN, ceux-ci méritant largement une lecture ne serait-ce que pour voir la mauvaise foi et la sourde oreille de certains, et éventuellement quelques bons arguments que je vais tâcher de développer (comptes-rendus ici et ici).

Tout d’abord et comme le résume bien Sid, l’article 4 de cette loi fait très peur. Pour lutter contre la pédophilie, cette loi a l’intention de cacher les sites concernés. En premier lieu, vous pouvez noter que j’utilise le mot cacher, car cette loi ne lutte pas contre la pédopornographie, elle ne fait que cacher les sites aux internautes : en gros, les FAI ne permettent plus l’acheminement de la page jusqu’à votre ordinateur, les pages existent toujours. Or, et je pense que je ne suis pas le seul, tomber sur une page où l’on peut trouver du contenu pédopornographie ne m’est JAMAIS arrivé, jamais ! Il faut savoir que les pédophiles se cachent des réseaux (ils sont hors-la-loi !), on ne peut basculer du site Disney à un site pédophile en deux clics ! En fait, ces gens là utilisent utilisent de nombreux autres outils qui sont hors de portés des sites web : il peut s’agir de réseaux FTP, de serveurs anonymes, etc… autant d’outils qui restent bien au chaud, loin des foudres de la loi LOPPSI !

Ensuite, et beaucoup plus grave, la loi prévoit qu’aucun magistrat ne sera nécessaire pour censurer un site web. Il n’incombe qu’aux officiers de la OCLCITC de mettre le site sur la liste des FAI et celui-ci sera censuré. Aucune critique n’est évidemment faites aux policiers ; le problème vient de leur subordination au ministère de l’intérieur ! C’est carrément un outil de censure au service du pouvoir qui se met en place. Encore une fois, aucune critique politique ne rougeoie ici, mais en guise d’exemple et de justification, sachez que des pays avec un gouvernement (ça existe, sisi) ont déjà utilisé de tels arguments comme la lutte contre la pédophilie pour censurer des sites comme Wikipedia, here we are ! Notons aussi qu’évidemment aucun recours n’est possible pour contester l’inscription à cette liste.

J’ai toutefois espoir que le Conseil Constitutionnel censure (ahah) ce passage.

En bonus on a quelques réactions très drôles, dont une a même reçu le prix Busiris : comme pour illustrer le caractère impensable qu’aurait une censure sans l’aval du juge, M. Ciotti (rapporteur de la loi), en réponse au pourquoi de l’absence du juge, affirme que « Émettre des images pédopornographiques, c’est un délit. Donc c’est pour cela qu’on n’a pas mobilisé un juge ; parce qu’on nous fait la critique que le filtrage il sera par une autorité administrative. » Eh oui, comme l’affirme Maître Eolas, « puisqu’il s’agit d’un délit, pourquoi diable mobiliser un juge ? Si on avait besoin d’un juge en matière pénale, ça se saurait. Il y aurait même des tribunaux pour ça. »

Nous avons enfin un combat qui mérite la mobilisation, profitons-en !

Pour des lectures intelligentes et qui m’ont inspiré, allez voir ce bon Zythom.

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