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SENEQUE

18 juillet 2012

Par Roccu Multedo

 

     Fils d’un écrivain latin d’origine espagnole, Lucius Annaeus Seneca – mieux connu sous le patronyme de Sénèque – né en Andalousie espagnole, à Curduba (l’actuelle Cordoue) plus précisément, vers 4 av. J.C., mourut en 65 ap. J.C. après s’être ouvert les veines à la demande de l’Empereur Néron, dont il fut pourtant le précepteur, lequel soudain devenu soupçonneux à son égard le renia.

     Homme à femmes, jalousé par Caligula (empereur de 37 à 41) qui lui impute une liaison avec sa soeur Julia Livilla, il se verra finalement exilé en Corse par Claudius, successeur de Caligula. Il y séjournera de 41 à 49 en un lieu encore non identifié à ce jour, malgré les investigations menées par Antone Pieretti de Luri via une lecture tant exhaustive qu’assidue de l’ensemble des textes de ce brillant philosophe dramaturge de l’école stoïcienne. Seule certitude, c’est Aléria qui en ce temps-là tenait le haut du pavé des bourgs influents de l’époque.

     De nouvelles aventures galantes lui valurent très vite quelques inimitiés insulaires qui lui firent écrire :  » Se venger, voler, mentir et nier l’existence des dieux, voici déclinées les quatre règles d’or des Corses. »

     Estimé pour la beauté de son style et la finesse de sa plume, on lui prêtait volontiers une impassibilité de sage face aux vicissitudes humaines.

Courait cette rumeur que le philosophe passait entre les murs galbés d’une tour l’été à Luri et l’hiver à Petra Curbara où une tour, u Castellare, existe bel et bien sous les deux appellations de Tour de Sénèque et Tour de l’aigle. Convaincu en son temps que les deux tours de Luri et de Petra Curbara ne constituaient en réalité qu’une seule et même bâtisse, un historien, bibliothécaire royal de son état, qui se faisait appeler Valery partit en quête matérielle et visuelle de cette supposée ‘Tour de Sénèque’. Et alors qu’il espérait à Luri le casse-croûte commandé par ses soins à un aubergiste bastiais, le pauvre homme resta sur sa faim, le cocher mandaté ayant diligemment déposé sa collation à Petra Curbara.

       Ce n’est qu’à partir du IV siècle ap. J.C. qu’il est fait mention de la piève de Sénèque, antique piève du Cap Corse, puis au XIIIe siècle, enfin la piève est devenue canton de Luri en 1789.

     Ce mémorable jour où Sénèque, surpris par un père courroucé contre les assiduités de cet incorrigible coureur de jupons (‘vicendaghju’) à l’égard de ses filles, se retrouva déculotté par ces dames de Luri puis fessé à coups d’orties, celle-ci (‘a puncicula’) fut rebaptisée  » urticante sénèque » (‘urtica seneca’). Episode tant fâcheux que fameux dont subsiste encore le proverbe suivant :  » Maladetta urtica, benedetta vitriola » (‘Maudite est l’ortie, bénie la pariétaire’). Et de fait la pariétaire (‘a vitriola’) est un baume là où l’ortie noire [ndlr : l’ortie blanche ne piquant pas.] met au supplice, d’où le poème suivant que je dédie à Antone Pieretti :

      » En eusse-t-il eu vent, Sénèque,

      qu’aux affres cuisantes de l’ortie noire

      remédiait la pariétaire,

      s’en serait oint nu, avant déculottée,

      panse, fesses et valseuses

      et promptement à ses chères écritures

      s’en serait retourné. « 

     A ce propos, je voudrais évoquer ici la conférence donnée il y a quelques années par Antone Pieretti au sujet du séjour insulaire de Sénèque à l’adresse de la Société des Sciences de la Corse et dont l’intégralité du texte fut publié en son temps dans un des Bulletins de cette savante association. Je lui avais en effet fait part de mon objection quant au sens que lui même donnait au terme ‘seneca’ que je préférais associer au mot « zènnica » [1] qui signifie  ‘rocher abrupt, précipice, terrain accidenté’ (d’après Falcucci), l’expression « in zenna d’una ripa » évoquant quant à elle les ‘abords d’un à-pic naturel, d’un talus, d’un escarpement’.

         Voici les vers bien connus que je lui déclamai alors :

     « Demain, c’est dimanche,                          {« Dumane hè dumènica,

     le prêtre est dans le baquet à lessive ;        { U prete hè ind’a zènnica ;

     le baquet est cassé,                                 { A zènnica hè rotta,

     le prêtre est dans le tonneau,                    { U prete hè ind’a botte,

     le tonneau est sans fond,                          { A botte hè senza fondu,

     le prêtre est dans le four,                           { U prete hè ind’u fornu,

     le four est sans porte,                               { U fornu hè senza teghja,

     le prêtre tombe sur les fesses [2]               { U prete sculatteghja

     encore et encore…, à l’envi                         { sculatteghja quantu ti pare

     car demain …, c’est Carnaval !  »              { chì dumane hè Carnavale ! « }

     Ainsi qu’Antone Pieretti me le concède lui-même dans une note de bas de page de sa conférence, le voisinage de la Tour de Sénèque se révèle un véritable précipice ‘una vera zènnica’ qu’il est périlleux d’aborder.

     Nous savons désormais que Sénèque par son nom corse Seneca figure le pendant humain d’un à-pic capicorsin (‘una zenna capicursina’)tandis que notre inconscient collectif associe à jamais le souvenir de ce séducteur philosophe à cette ortie maudite ‘a maladetta puncicula’ dite ‘ urtica seneca’.

 [1] Ce terme ‘zènnica’ m’ayant d’ailleurs remémoré ce récit paru dans ‘l’Annu Corsu’ : un garçonnet montagnard entrant pour la première fois de sa vie dans une église décrivit en ces termes le prêtre montant en chaire : « J’ai vu un homme revêtu de l’habit de la confrérie  qui grimpait jusqu’à un petit tertre plat (‘a ripizzola’).  » L’enfant assimilant la montée en chaire au franchissement d’une pente abrupte o ‘zènnica’.

[2] ‘sculatteghja’ (‘ il tombe sur les fesses’) fait écho à Sénèque déculotté  (‘sculifatu’) par les femmes de Luri pour être châtié !

 

 

 

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