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PARTIS

Sophia Chikirou, élue PS passée de la diversité à la dissidence

Sophia Chikirou, passée à Gauche moderne après 10 ans de socialisme, raconte son parcours dans les arrière-cuisines électorales. Un portrait emblématique des difficultés du PS avec les jeunes beurs.



Sophia Chikirou, élue PS passée de la diversité à la dissidence
« Le meilleur moyen de me mettre hors de moi, c'est de dire que je suis une beurette ! » Le ton est monté d'un coup. Pas trop fort quand même : Sophia Chikirou est une jeune fille bien élevée. Voix douce, col roulé propret, grands yeux mouillants dès qu'elle évoque la misère, « la vraie, comme celle des ouvriers immigrés qui travaillent sur ce chantier de l'autre côté de la rue, ou du SDF que j'ai croisé ce matin dans le métro ». Ce débordement d'émotion permet d'introduire l'identité qu'elle veut mettre en avant, celle d'une « militante de gauche avant tout ». La formule est répétée plusieurs fois, sans peur de lasser. Car après dix ans de PS, Sophia Chikirou doit négocier un virage idéologique pas piqué des hannetons : elle vient de passer de la fabiusie à la majorité présidentielle en s'encartant à « Gauche moderne », le nouveau parti fondé par Jean-Marie Bockel, ex-socialiste alsacien entré au gouvernement. Chikirou, une « traître » de plus ? Si ce n'était que cela, les socialistes pourraient dormir sur leurs mandats jusqu'aux municipales… mais, manque de chance, cette politicienne de 28 ans d'origine algérienne a quelques comptes à régler avec la direction et deux ou trois choses à balancer sur la « diversité » en politique. Assez, en tout cas, pour aiguillonner les éléphants.

Tout pour plaire
Soyons honnêtes : berbère engagée dans le mouvement associatif, fille d'ouvrier immigré, laïcarde*, science-potarde… Sophia Chikirou avait tout pour plaire. Si, ô malheur, il existait une star'ac de la politique, gageons qu'elle aurait réussi le casting haut la main. On peut ajouter « bosseuse », « ambitieuse », selon ses anciens camarades de la section socialiste du XXè arrondissement. Avec même un petit côté province puisqu'elle a grandi en Haute-Savoie, ce qui ne fait jamais de mal en ces temps où le parisiannisme des élites se voit un peu trop. Encore aujourd'hui, Claude Bartolone, lieutenant de Laurent Fabius, ne cache pas son regret : « Ca m'ennuie beaucoup qu'elle ne soit plus au parti. Elle avait toutes les chances de devenir une responsable politique de qualité. » A 18 ans, en 1997, elle prend sa carte au PS, puis envisage brièvement de préparer l'ENA, et se ravise pour devenir une militante de terrain à Paris. Alors qu'elle s'apprête à finir ses études de communication politique en beauté par une thèse sur la construction de l'identité française dans les médias (pour résumer), Michel Charzat, député-maire du XXè arrondissement la repère et lui propose d'être son assistante parlementaire. Jusque-là, tout va bien. Quelques « rumeurs » de « jaloux » lui prêtent bien une liaison avec son mentor, « ça fait très mal », confie-t-elle mais « la politique est un monde violent » et la jeune fille n'est pas naïve. Tout va bien, jusqu'en 2006… où la jolie histoire tourne vinaigre.

Trop de beurs et pas assez de noirs ?
Les élections législatives se profilent et Michel Charzat a bien envie de se représenter. Mais rien à faire, la 21ème circonscription de Paris est réservée à une femme au nom de la parité, et la direction du PS souhaite en plus y placer une candidate issue de la diversité. Tambouille électorale en période pré-présidentielle. Chikirou monte au créneau, soutenue par Charzat qui s'est rendu à la raison, et par les fabiusiens. Mais l'antillaise George Pau-Langevin est sur le coup. « J'ai réclamé un vote des militants de la circonscription pour désigner la candidate. On s'est retrouvés pour discuter avec Bartolone, Hollande, Pau-Langevin et Victorin Lurel, le député domien qui soutenait George. Paul-Langevin a commencé à dire que ça faitsait trente ans qu'elle était au PS, que si elle n'avait pas cette circonscription, elle n'aurait jamais rien… sa légitimité historique l'a emporté sur la légitimité démocratique que je réclamais. Ca m'a mise très en colère. » Au petit jeu de la diversité, Sophia Chikirou a bien compris que le PS n'est pas plus blanc-bleu que black-blanc-beur. « On m'a expliqué qu'on avait trop de beurs et pas assez de noirs. Qu'est-ce que c'est que ces façons de penser ? Pourquoi y a-t-il un vote des militants pour désigner tous les candidats sauf ceux issus de la diversité ? », interroge la jeune fille. C'est vrai, ça, pourquoi ? Interrogé, Bruno Leroux, en charge des élections au PS répond comme Lapalisse : « parce que c'est la direction qui investit les candidats ».

Hammadi à New York
Chikirou entre en dissidence et se fait exclure du parti. Son premier réflexe est de consulter un avocat pour porter plainte pour discrimination contre le PS, « mais un parti n'a pas d'existence juridique, on ne peut pas les attaquer », découvre-t-elle. Elle se tourne vers la Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité), qui l'enjoint d'attendre la fin de la période électorale. Devant ces fins de non-recevoir, elle poursuit sa campagne jusqu'aux élections législatives, où elle ne recueille que 14% des voix. Mais la boîte de Pandore est ouverte. Libérée de son parti, elle dénonce les « parachutages » intempestifs de ses anciens camarades issus de l'immigration : « Quand Faouzi Lamdaoui faisait campagne à Argenteuil, je lui ai dit qu'il n'avait aucune chance d'être élu. Razzye Hammadi qui se présente aux municipales, c'est pareil : il connaît Orly comme moi je connais New York ! » Chikirou remue le fer dans la plaie : « le PS n'a pas choisi entre le modèle républicain et le communautarisme. » Peut-être, mais est-ce vraiment mieux du côté de la majorité présidentielle ?

Rama, Rachida et... Sophia ?
« L'UMP n'est pas un parti démocratique, mais au moins ils ne font pas semblant », argumente la non-élue du XXème. Rama Yade et Rachida Dati ? Quelques secondes de réflexion, un petit sourire… « Je n'ai pas choisi la même voie qu'elles. Je veux gagner la légitimité par les urnes. Mais je comprends qu'elles aient profité des opportunités qui leur ont été offertes. » Ses divergences avec Nicolas Sarkozy se sont estompées en un an. Farouchement opposée à la discrimination positive et au financement des lieux de cultes par l'Etat, elle espère que le président ne tiendra pas les mêmes discours que le Sarkozy ministre de l'Intérieur. Mais elle lui fait confiance : « j'ai compris qu'il avait gagné le jour où il a parlé d'un ministère de l'Identité nationale. Cette question de l'identité est centrale, il fallait l'affronter. »
Reste à savoir comment on passe de la Fabiusie à la Sarkozie sur les questions économiques et sociales. La militante de gauche radicale est devenue soudain favorable au paquet et au bouclier fiscal, au rachat des RTT, au contrat unique et à la réforme des retraites. Il n'y a guère que sur le traité simplifié qu'elle continue de manifester un réel désaccord. Grâce à Gauche moderne, elle peut caresser l'espoir de reprendre les armes dans le XXè arrondissement pour la bataille des municipales. A l'Elysée, le conseiller qui gère l'ouverture aux Municipales dit que ce n'est pas gagné…En attendant, elle est déjà associée à la préparation du projet d'Union méditerranéenne, au ministère de La Défense. Mauvais calcul, selon Michel Charzat, « elle a voulu aller trop vite ». Si Paris valait une messe, se serait-elle mise à prier ?

*Sophia Chikirou est l'auteur de Ma France laïque, aux éditions La Martinière.

Le XXème arrondissement : entre diversité et divisions

Le XXème arrondissement est-il maudit ? Pour les analystes de la carte électorale, il est en tout cas plein de surprises, rebondissements et autre péripéties. Après les dissidences aux législatives côté PS, les municipales s'annoncent hautes en couleur. Côté PS, c'est la strauss-kahnienne Frédérique Calendra qui a été désignée tête de liste avec le soutien de Bertrand Delanoë. Oui mais voilà, le ségoliste David Assouline tient à sa place de numéro 2 sur la liste pour conserver son siège de conseiller de Paris. Cette semaine, Bertrand Delanoë a voulu imposer à sa place Hamou Bouakkaz, son conseiller pour le handicap. Les militants ont voté contre. Un second vote devrait avoir lieu le 18 décembre. Si David Assouline n'est toujours pas numéro 2 sur la liste, et que les militants la refusent une fois de plus, ce sera au bureau fédéral d'imposer une liste, bureau fédéral tendance Delanoë… Avec toutes les conséquences sur la campagne que pourrait avoir un désaccord radical entre Assouline et Delanoë qui se partageraient les militants comme un couple se déchire pour la garde des enfants. De son côté, Michel Charzat, exclu du PS depuis sa dissidence l'an dernier aux législatives, aurait dans l'idée de se représenter, peut-être avec le soutien discret des socialistes, dans l'objectif d'un accord au deuxième tour.

Quatre candidats « de gauche ?»
Côté majorité présidentielle, ce n'est pas beaucoup mieux. Sophia Chikirou aimerait gagner la tête de liste avec l'investiture de Gauche moderne, mais, pour l'instant, elle se retrouve, une fois de plus, face un Antillais, Jean-Claude Beaujour, soutenu par l'UMP. (« Après Pau-Langevin, Beaujour : je ne sais pas pourquoi on met toujours un Antillais en face de moi, en plus je n'ai rien contre eux : mon meilleur ami est Antillais ! », se marre Chikirou). La jeune exfiltrée du PS ne compte pas laisser la place. Elle a rencontré Beaujour le 15 décembre pour amorcer les négociations. But de l'opération : profiter de la division de la section UMP du XXème, qui soutient Raoul Delamare. Sans militant pour faire campagne, Beaujour pourrait se trouver dans l'obligation de laisser la tête de liste à Chikirou, et la place de numéro 2 à Delamare. « Auquel cas, calcule Chikirou, on se retrouverait avec quatre candidats « de gauche » : Denis Baupin pour les Verts, Michel Charzat dissident PS, Calendra pour le PS, et moi pour Gauche moderne. » Dans un arrondissement qui a voté à 62% au second tour pour Ségolène Royal, il y a de quoi rendre fous les électeurs !

Lundi 17 Décembre 2007 - 00:03
Anna Borrel
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