Attentat déjoué à Villejuif : « Vous ne pouvez qu’acquitter », plaide l’avocat de Sid-Ahmed Ghlam

PROCES La défense de Sid-Ahmed Ghlam a plaidé durant plus de deux heures devant la cour d’assises spéciale, ce mercredi après-midi

Thibaut Chevillard
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Sid-Ahmed Ghlam ni son implication dans le meurtre de Aurélie Châtelain, lors de l'attentat avorté de Villejuif.
Sid-Ahmed Ghlam ni son implication dans le meurtre de Aurélie Châtelain, lors de l'attentat avorté de Villejuif. — VU LAURENT/SIPA
  • Sid-Ahmed Ghlam, 29 ans, comparait depuis lundi devant la cour d’assises spéciale pour « assassinat et tentative d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste » et « association de malfaiteurs terroriste criminelle ».
  • Il est accusé d’avoir tué, en avril 2015, une jeune femme de 32 ans et d’avoir projeté de commettre un attentat dans une église de Villejuif (Val-de-Marne). A ses côtés, neuf autres personnes sont jugées pour l’avoir aidé à des degrés divers.
  • Ce mercredi, ses quatre avocats se sont succédé à la barre et ont demandé à la cour d’acquitter leur client pour le meurtre d’Aurélie Châtelain, affirmant que rien ne prouvait qu’il en était l’auteur.

A la cour d’assises spéciale à Paris,

Me Gilles-Jean Portejoie est un avocat adroit. Ce vieux routier des prétoires a décelé une faille dans l’argumentaire des deux avocates générales qui ont requis, lundi, la perpétuité contre Sid-Ahmed Ghlam, accusé d’avoir assassiné une jeune femme et projeté un carnage dans une église de Villejuif (Val-de-Marne) en 2015. « Vous, l’accusation, qui avez la charge de la preuve, vous ne savez toujours pas aujourd’hui comment Aurélie Châtelain est morte », martèle l’ancien bâtonnier de Clermont-Ferrand. Par conséquent, il estime que le doute doit bénéficier à son client, ce dernier ayant toujours clamé ne pas être l’assassin de professeure de fitness de 32 ans. « Quand l’accusation vient vous dire qu’elle ne sait pas, alors vous ne pouvez qu’acquitter. »

Puis, s’adressant à la présidente Xavière Siméoni, le ténor assure qu’il pourrait presque arrêter là sa plaidoirie. Mais Me Gilles-Jean Portejoie, qui multiplie les effets de manche, insiste. « Dans l’enceinte pénale, il n’y a pas de place pour les suppositions », pour les « thèses » et « surtout pas pour les hypothèses ». Il faut, dit-il, des « preuves irréfutables » pour condamner quelqu’un à la prison à vie. Or, quels sont les éléments indiquant que Sid-Ahmed Ghlam est bien l’assassin de la jeune femme ? Il n’y a « pas de témoin à charge direct », « pas de mobile ». « Quel est intérêt de ce garçon, qui s’apprête à aller commettre un massacre dans une église de Villejuif, à tuer Aurélie Châtelain ? Quel intérêt a-t-il à tirer deux coups de revolver ? A faire du bruit ? A attirer l’attention sur lui ? »

« Les ratés de l’enquête »

Son fils, Me Jean-Hubert Portejoie, dit comprendre « la frustration des parties civiles », elles qui attendaient de ce long procès des réponses qu'elles n'ont pas eues. Mais, poursuit-il, « l’établissement de cette vérité judiciaire est en souffrance, elle fait défaut ». Selon lui, l’accusation n’a pas réussi à prouver que Sid-Ahmed Ghlam était bel et bien le tueur d’Aurélie Châtelain.

Après avoir dénoncé « les ratés de l'enquête », il revient ensuite sur l'attitude de son client qui, tout au long du procès, « est apparu froid, mécanique, sans émotion, réfléchi dans ses propos ». Pour expliquer sa radicalisation, il évoque « les failles, les fêlures dans son parcours de vie ». Une mère en dépression depuis la mort de l’un de ses fils en 2011, un père « très souvent absent, extrêmement dur et sévère à l’égard de son fils » et qui a refusé que ce dernier se marie en 2014.

L’avocat assure ensuite que son client « pouvait parfaitement, malgré sa blessure, commettre un massacre », ce qu’il reconnaît avoir prévu de faire. Mais « il y a renoncé », soutient-il, ajoutant que Sid-Ahmed Ghlam est en train de se déradicaliser. Lui succédant à la barre, Me Christian Benoît complète : « Rien ne prouve qu’il s’est tiré accidentellement une balle dans la jambe », ce qui, selon l’accusation, aurait mis prématurément un terme à son projet mortifère. Cette blessure « ne l’aurait pas empêché de commettre cette action immonde », répète-t-il. « Il pouvait aller commettre cet attentat, poursuit-il. Le matériel était dans sa voiture, l’église ne se trouvait qu’à quelques minutes. »

Le procès de Sid-Ahmed Ghlam et des sept autres personnes jugées à ses côtés (deux le sont par défaut) doit se terminer ce jeudi. Les accusés s’exprimeront une dernière fois, demain matin, avant que les magistrats ne se retirent pour délibérer.