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Cahiers jungiens de psychanalyse

2002/3 (n° 105)


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La thèse de la synchronicité, par l’audace dont elle fait preuve, pose question. Supposée éclairer certaines coïncidences troublantes et jusque-là inexpliquées, comme la télépathie, les prémonitions, la prescience ou la psychokinèse [1][1] La psychokinèse ou télékinèse désigne, pour les adeptes..., elle se transforme en une croyance métaphysique [2][2] Le terme « métaphysique » désigne ici une recherche... de l’homme et du monde. J’ai tenté d’en comprendre les raisons.

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La vie familiale de Jung et en particulier les relations avec son père nous proposent les éléments d’une réponse qui font de la synchronicité, à la fois thèse sophistiquée et croyance candide, une tentative de synthèse entre la métaphysique et la science. Synthèse qui est censée résoudre le conflit psychique du père que le fils reprend à son compte. Nécessité intérieure pour Jung, donc, mais qui, au demeurant, dépasse cette problématique, à une époque où la religion, de plus en plus menacée par le pouvoir de la science, laissait les hommes dans le désarroi.

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L’argument que je présente est le suivant : si ces coïncidences étaient conçues comme subjectives et possédant un sens donné par les individus eux-mêmes, la thèse de la synchronicité pourrait être envisagée comme une contribution psychologique originale. En revanche, dans la mesure où ces coïncidences sont supposées survenir en dehors des individus et posséder un sens en soi qui transcende le psychisme et l’univers, elles relèvent d’une croyance métaphysique, qui n’est d’ailleurs pas sans intérêt, mais qui n’est plus du domaine de la psychologie. Dans cet article, je tente de montrer que la position de Jung, oscillant entre prudence et hardiesse, va pencher de plus en plus vers une interprétation métaphysique des faits.

La recherche du Sens [3][3] Les majuscules dans le texte sont voulues par moi,...

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De quoi s’agit-il au juste ? Jung se propose donc, d’abord, d’élucider les coïncidences qui surviennent entre deux individus sans qu’il y ait entre ceux-ci quelque contact que ce soit. Projet justifié, puisqu’il se propose d’en donner une interprétation psychologique. Mais peu à peu la synchronicité est utilisée pour expliquer d’autres coïncidences qui sont classées en trois catégories.

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  1. La coïncidence de l’état psychique d’un sujet avec un événement extérieur simultané censé correspondre à cet état psychique. L’exemple qui illustre cette catégorie est fourni par l’incident du scarabée, nous le verrons plus loin.

  2. La coïncidence censée se produire entre un état psychique et un événement extérieur correspondant mais éloigné dans l’espace. Tel est le cas de Swedenborg qui eut, à distance, la vision de l’incendie de Stockholm.

  3. La coïncidence d’un état psychique avec un événement qui est censé lui correspondre mais qui ne s’est pas encore produit et qui est donc éloigné dans le temps. Telles sont les prémonitions. Dans ces expériences, l’esprit paraît être en prise directe avec les événements du monde.

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Les échanges épistolaires de Jung, au fil des années, nous fournissent des témoignages de l’extension de son hypothèse. Ainsi, alors qu’il réfléchit à cette question des correspondances, il écrit, en 1934 : « Il me faut d’abord [...] me limiter uniquement à souligner le parallélisme des phénomènes psychiques [4][4] C.G. Jung, « Lettre du 10 novembre 1934 », Correspondance.... » Mais, en 1945, son projet est déjà plus ambitieux : « La parapsychologie est en mesure de prouver l’existence de phénomènes psychiques influençant les objets matériels ou engendrant des corps physiques à des endroits où ils n’existaient pas et où ne se trouvait aucune substance correspondante [5][5] C.G. Jung, « Lettre de novembre 1945 », Correspondance.... » En 1957, il confie à Michael Fordham : « Je comprends bien que vous mettiez de préférence en relief les implications archétypiques de la synchronicité. Du point de vue psychologique, c’est assurément cet aspect qui a le plus d’importance, mais j’avoue que l’aspect métaphysique de ces phénomènes m’intéresse tout autant, voire plus encore à l’occasion [6][6] C.G. Jung, « Lettre du 3 janvier 1957 », Correspondance.... » Et en 1958 il inclut, dans la synchronicité, des « phénomènes qui peuvent accompagner une mort : une horloge qui s’arrête, un tableau qui tombe du mur, un miroir qui se brise [7][7] C.G. Jung, « Lettre du 12 février 1958 », Correspondance... ».

Le texte canonique

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Ces échanges ont précédé et accompagné son grand texte théorique de 1952 [8][8] C.G. Jung, « La synchronicité, principe de relations... dans lequel, nous allons le voir, la synchronicité apparaît clairement comme la manifestation d’une harmonie préétablie au sein de laquelle l’individu et le monde, reflets l’un de l’autre, sont subsumés dans un sens transcendant.

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Jung nous confie que, dès les années 1920, son travail clinique l’a confronté à des expériences dont le sens ne lui semblait pas pouvoir être expliqué par des relations de causalité. Et d’évoquer alors des coïncidences troublantes entre la réalité intérieure de certains patients et la réalité extérieure, tout se passant comme s’il y avait communauté de sens entre l’une et l’autre.

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Le sens est, en effet, l’élément crucial de la synchronicité, il est entendu dans sa double acception d’intentionnalité et d’orientation, et c’est sur lui que Jung va étayer son raisonnement. Même si le terme de « synchronicité » peut nous laisser supposer que la simultanéité est le facteur clé, il n’en est rien, la synchronicité n’est pas un simple synchronisme. En d’autres termes, la synchronicité sollicite l’attention de Jung parce qu’elle relie surtout ces séries dans une signification commune, sans lien causal perceptible. D’où l’hypothèse de « connexions acausales ».

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Avant de reprendre cette question, voyons d’abord les exemples choisis par Jung pour illustrer son hypothèse.

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Il cite le cas d’un homme de sa connaissance qui a vu et vécu en rêve la mort soudaine et brutale d’un ami, avec des détails caractéristiques. « Le rêveur se trouve en Europe et son ami en Amérique. Le lendemain matin, un télégramme confirme la mort, et une lettre reçue peu après, les détails de cette dernière. La comparaison de l’heure européenne et de l’heure américaine révèle que la mort s’est produite une heure au moins avant le songe [9][9] Ibid., § 852.. »

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Il rapporte également l’événement survenu à la femme d’un de ses patients. Ce dernier souffrant de troubles cardiaques, Jung l’avait envoyé faire un électrocardiogramme : « En rentrant chez lui de cet examen, le compte rendu médical en poche, mon patient s’affaisse subitement dans la rue. Pendant qu’on le ramenait chez lui, sa femme était déjà plongée dans l’inquiétude la plus profonde : à peine en effet son mari était-il parti chez le médecin, que tout un essaim d’oiseaux s’était abattu sur sa maison. » [10][10] Ibid., § 844. Or cette femme apprend à Jung que le même fait s’était déjà produit à la mort de sa mère et de sa grand-mère.

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Un autre exemple est tiré de sa pratique clinique. « Une jeune patiente eut à un moment du traitement un rêve dans lequel elle recevait en cadeau un scarabée doré. Pendant qu’elle me rapportait le rêve, j’étais assis le dos à la fenêtre fermée. Tout à coup j’entendis derrière moi un bruit, comme si l’on frappait légèrement à la fenêtre. Je me retournai et vis qu’un insecte, en volant, heurtait la fenêtre à l’extérieur. J’ouvris la fenêtre et capturai l’insecte au vol. Il offrait la plus étroite analogie que l’on puisse trouver à notre latitude avec le scarabée doré. C’était un scarabéide (...) qui s’était manifestement senti amené, contre toutes ses habitudes, à pénétrer dans une pièce obscure juste à ce moment[11][11] Ibid., § 843. Souligné par moi.. »

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Nous reviendrons sur ces exemples, mais auparavant voyons ce qui permet à Jung d’appuyer la synchronicité sur des connexions acausales.

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Le fait que des correspondances, comme celle du premier exemple cité, aient lieu entre des sujets éloignés les uns des autres, amène Jung à supposer la relativité de l’espace pour l’inconscient : « La distance se révèle psychiquement variable et peut par exemple, le cas échéant, être réduite à néant, par un état psychique particulier [12][12] Ibid., § 835.. » Dans le même temps, d’autres correspondances, comme la prémonition qui anticipe un événement futur, induisent Jung à supposer que le temps est également relatif et que « la psyché est indépendante du temps [13][13] Ibid., § 836. ». Il en conclut donc que, « la causalité présupposant l’existence de l’espace et du temps [14][14] Ibid., § 836. », l’inconscient humain est, dans certaines circonstances, traversé par des dynamismes qui ne relèvent pas du principe de causalité physique et pour lesquels les catégories rationnelles d’espace et de temps cessent d’être pertinentes. Certes, mais à aucun moment, Jung ne suppose que le sujet de l’expérience puisse être victime d’une illusion, d’un fantasme ou d’une erreur qui seraient issus de l’inconscient. Tout au contraire, il nous renvoie à un dogme taoïste censé confirmer la connaissance non médiatisée de l’inconscient : « Celui qui a la vision intérieure [...] utilise son œil intérieur, son oreille intérieure pour pénétrer les choses et n’a pas besoin de la connaissance intellectuelle [15][15] Ibid., § 913.. »

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Est-ce à dire qu’il y a absence de causalité ? Non, bien sûr. C’est la causalité physico-mécanique qui est ici hors de propos, car, dans cette causalité, l’effet suivant nécessairement la cause, elle implique donc une succession temporelle ainsi qu’une transformation des corps dans l’espace. Logiquement, le processus causal se déroule dans un espace-temps linéaire où il y a un avant et un après. Il n’est pas surprenant qu’un autre type de causalité s’impose à Jung, une finalité qui, rappelons-le, correspond à sa conception du psychisme depuis longtemps déjà, puisque, dès 1916, il soutient que « la psychologie ne peut être épuisée à l’aide des seules méthodes causales, la psyché vit également de buts » [16][16] C.G. Jung, The Structure and Dynamics of the Psyche,.... Il ne s’agit plus de se demander : « D’où ça vient ? », mais plutôt : « Où ça va ? » Cependant, comme le souligne Jung : « De quelque façon que l’on tourne la chose, les causes que l’on appelle finales impliquent une prescience quelle qu’en soit la nature[17][17] C.G. Jung, « La synchronicité, principe de relations.... » C’est ce que nous abordons maintenant.

Le Sens et son lien avec l’inconscient

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Le Sens est dévoilé par l’inconscient collectif et en particulier par l’archétype et sa nature « psychoïde ». Cette caractéristique signifie que l’archétype est à la fois psychique et physique, et que, à ce titre, il manifeste non seulement l’aspect instinctuel et spirituel de l’existence humaine, mais aussi la matière physique qui se trouve en dehors de l’individu. Le lien qui unit alors l’être humain et l’univers est alors un « continuum psychophysique [18][18] C.G. Jung, « Réflexions théoriques sur la nature du... ». L’archétype devient non seulement coextensif à la matière physique mais il est aussi coextensif à la signification des événements du monde. Deux conséquences en découlent : d’un côté, par sa dimension psychique, il est doté d’un « savoir absolu [19][19] Ibid., § 913. » qui se traduit, au moment du phénomène synchronistique, par une perception « totale » de la réalité interne et externe [20][20] Ibid., § 914.. De l’autre, sa dimension physique lui permet de transgresser ses limites et déborder son état psychique, pour s’hypostasier ici ou là, de façon inattendue dans l’espace et dans le temps ; c’est ce que Jung nomme la « transgressivité » de l’archétype [21][21] Ibid., § 954.. Ainsi peut-il écrire : « Sans lien causal le non-psychique peut se comporter comme le psychique et vice versa[22][22] Ibid., p. 540. Souligné par Jung.. » Ainsi, lorsque l’archétype est activé dans une situation synchronistique, il se manifeste à la fois chez le sujet et dans le monde extérieur. C’est cette double manifestation, psychique et physique, que Jung nomme « constellation de l’archétype » et qui constitue le phénomène de synchronicité.

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On aura noté, bien sûr, l’aspect métaphysique des caractéristiques attribuées à l’archétype : non seulement il possède des traits insaisissables et non perceptibles par les sens, mais il est également branché sur l’univers avec lequel il communique d’une façon tout aussi incompréhensible.

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L’archétype, être psychoïde, être transgressif, être prescient, qu’est-ce que cela signifie ? C’est ici que se dévoile la portée métaphysique de l’hypothèse de la synchronicité. Elle se manifeste d’abord par la dimension psychoïde que Jung attribue à l’archétype, lequel, hypostasié, est assimilable à une entité concrète, perdant de ce fait sa fonction symbolique.

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Mais il y a une autre raison qui fonde l’aspect métaphysique de la thèse de Jung. La façon dont il entend ici le terme de « collectif » attribué à l’inconscient signifie alors que celui-ci n’est plus limité dans sa totalité au psychisme individuel, mais qu’à la manière d’une sorte de substance éthérée il relie entre eux non seulement tous les individus mais aussi tous les éléments de l’univers sans solution de continuité. Ainsi écrit-il : « Aussi loin que je conçoive la nature de l’inconscient collectif, il m’apparaît comme un continuum omniprésent, une présence universelle sans étendue. C’est-à-dire : quand ici au point A se produit quelque chose qui touche ou affecte l’inconscient collectif, alors cela se produit partout [23][23] C.G. Jung, « Lettre du 4 janvier 1929 », Correspondance.... » Puis encore : « La synchronicité présuppose un sens a priori en rapport avec la conscience humaine, qui semble exister en dehors de l’homme [24][24] C.G. Jung, Synchronicité et Paracelsica, op. cit.,... » ? Il soutient que ce sens est un « arrangement d’événements [qui] échappe à notre possibilité de connaissance [25][25] Ibid., § 906. » ? Il entend même l’inconscient comme le « spiritus mundi[26][26] Ibid., § 921. » et suppose que les choses où cet esprit est particulièrement puissant ont tendance à produire des correspondances ou coïncidences signifiantes : « Comme psyché et matière sont contenues dans un seul et même monde, qu’elles sont en outre en continuel contact l’une avec l’autre [...] il n’est pas seulement possible mais, dans une certaine mesure vraisemblable, que matière et psyché soient deux aspects différents d’une seule et même chose [27][27] C.G. Jung, « Réflexions théoriques sur la nature du.... » Il conclut, sur ce thème : « Il y a une sympathie entre toutes les choses. Si des synchronicités se produisent, c’est que la situation est archétypique, car lorsque des archétypes sont constellés, apparaissent aussi des manifestations archaïques d’unité [28][28] C.G. Jung, « Lettre du 14 janvier 1958 », Correspondance.... » Le terme d’« unité » est un mot clé pour la compréhension du sens. J’y reviendrai plus tard.

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Cette conception est très proche d’un certain type de pensée qui conçoit les interactions de tous les éléments du cosmos comme autant de manifestations d’une unité primordiale, que ce soit le système des sympathies sur lequel était fondée la magie primitive, la thèse de l’harmonie préétablie supposée traduire l’œuvre divine ou encore la vision du grand Tout des croyances taoïstes. Pour ces conceptions, aussi diverses soient-elles dans leur forme et leur approche, le hasard n’existe pas, tous les phénomènes sont solidaires et dépendants d’un principe d’ordre transcendant qui donne un sens à l’incompréhensible. Je considère donc cette conception de la synchronicité comme la réactivation d’un système de croyances traditionnelles. Ancré dans l’histoire de l’espèce, ce système de croyances s’est transmis à travers les mythes, la pensée primitive, la magie, l’alchimie. Autant de formes archétypiques d’une pensée qui prétend, par la puissance de ses rituels ou l’intensité de ses prières, modifier les choses et le monde. Jung remarque d’ailleurs que les primitifs nommaient « magie » les faits de synchronicité...

L’expérimentation

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Mais si Jung est passionné par ces systèmes, il éprouve aussi la nécessité d’un approfondissement empirique. Et après avoir revendiqué la caution de la philosophie, à travers Leibniz, Kant et Schopenhauer, il tente de donner à son hypothèse certaines lettres de noblesse scientifiques et la soumet à une série d’expérimentations. Il veut en effet trouver « une méthode pour arriver à des résultats mesurables [29][29] C.G. Jung, Synchronicité et Paracelsica, op. cit.,... ». Et c’est l’astrologie qui va lui fournir son matériel, dans la mesure où « les astrologues postulent une coïncidence signifiante entre la structure horoscopique et le caractère [30][30] Ibid., § 53. ». En d’autres termes, l’astrologie, établissant un lien significatif entre l’externe et l’interne, lui paraît susceptible de prouver le bien-fondé de la synchronicité. Il choisit le mariage qui est une donnée plus maniable expérimentalement que le « caractère », paramètre trop incertain. Mais « il ne s’est jamais agi [...] d’une enquête astrologique sur le mariage[31][31] C.G. Jung, « Une expérience astrologique » (1958),... », donc de saisir la nature de la relation conjugale, mais plutôt de voir s’il y a des conjonctions et des oppositions entre différents paramètres astrologiques dans les horoscopes des couples mariés, l’interrogation qui le sollicite étant la suivante : le choix d’un partenaire est-il le fait d’un phénomène synchronistique ou bien du hasard ?

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Le matériel destiné à l’expérience est fourni par des astrologues de Zurich, Londres, Rome et Vienne. Il charge l’une de ses collaboratrices, Liliane Frey-Rohn, docteur en philosophie, de dépouiller les données recueillies, alors qu’un mathématicien, Markus Fierz, est sollicité pour faire les calculs statistiques. Mille horoscopes de cinquante paramètres chacun sont soumis à l’étude, répartis en trois groupes. On voit que le dispositif expérimental ne manque pas de rigueur. Trois conclusions s’imposent à Jung à l’issue de cette recherche :

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  1. Les statistiques ne sont pas pertinentes pour éclairer les phénomènes de synchronicité car elles ne saisissent que les faits uniformes et répétitifs. Or la synchronicité concerne surtout des phénomènes rares.

  2. L’expérimentation de Jung confirme les intuitions astrologiques en ce qui concerne le mariage : certaines conjonctions astrales se retrouvent assez régulièrement chez les couples mariés.

  3. Cette convergence entre l’expérimentation et la tradition astrologique la plus ancienne ne prouve pas que cette dernière soit fondée sur une causalité scientifique mais bien plutôt qu’il y a synchronicité entre l’expérience empirique et l’approche intuitive. Synchronicité dans laquelle joue le facteur émotionnel autant pour l’astrologue que pour Jung lui-même. Il nomme cela « une sorte de tolérance secrète réciproque entre les dispositions psychiques de l’astrologue et son matériel » tout comme, ajoute-t-il, entre lui-même et l’objet de son expérience [32][32] C.G. Jung, « La synchronicité, principe de relations.... Cette « tolérance » n’est-elle pas une sorte d’aptitude à croire au miracle et au merveilleux ou, plus fondamentalement, à trouver un sens à certaines expériences énigmatiques ?

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Parallèlement, c’est aussi aux travaux d’un chercheur en parapsychologie, J.B. Rhine, que Jung s’intéresse, jusqu’au point d’écrire : « La démonstration décisive de l’existence de la liaison acausale d’événements n’a été fournie qu’à une époque toute récente sous une forme scientifique satisfaisante principalement par les expériences de Rhine [33][33] Ibid., § 833.. » Cet auteur américain cherche à prouver la réalité, chez l’individu, d’une capacité de perception extrasensorielle qui ne repose ni sur les organes des sens, ni sur l’intellect, ni sur la motricité, le résultat allégué de ses expériences lui permettant de justifier que : « Il est impossible de ne pas conclure qu’il se passe chez l’être humain des phénomènes qui transcendent les lois de la matière, ce qui implique une loi immatérielle ou spirituelle [34][34] J.B. Rhine, Les nouveaux pouvoirs de l’esprit, trad..... » Même si Jung pense que Rhine fait fausse route en recherchant chez l’individu une causalité psychique, fût-elle extrasensorielle, il est naturellement impressionné par ses travaux et conclut : « Le résultat de l’expérience portant sur l’espace prouve avec une certitude que la psyché peut éliminer dans une certaine mesure le facteur spatial. L’expérience portant sur le temps prouve que le facteur temps (tout au moins dans la dimension du futur) peut être relativisé par la psyché. L’expérience faite avec les dés prouve que même des corps en mouvement peuvent subir l’influence de la psyché [35][35] C.G. Jung, « Sur la synchronicité » (1951), Synchronicité.... » Or Rhine a joui pendant un certain temps d’une grande notoriété, avant d’être critiqué pour son manque de rigueur. Il a ultérieurement admis avoir falsifié ses résultats, en dissimulant « des centaines de milliers de résultats négatifs [36][36] I. Langmuir, cité in Devenez sorciers, devenez savants,... ». Faut-il voir dans la confiance de Jung vis-à-vis de Rhine une preuve de sa crédulité ? ou le fait que, emporté par l’importance de la synchronicité pour lui, il n’ait pas pris le temps de vérifier ses sources ?

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Mais c’est aussi aux nouvelles découvertes de la physique quantique que Jung s’adresse pour confirmer son hypothèse de l’acausalité. Il entretient une longue correspondance avec Wolfgang Pauli, prix Nobel de physique, qui l’informe des dernières découvertes de la physique atomique. On voit dans cette correspondance tout l’intérêt de Jung pour la pensée scientifique et la rapidité avec laquelle il suppose que la physique subatomique est proche de sa conception de la synchronicité, en particulier avec son hypothèse de l’Unus Mundus, arrière-plan de l’inconscient collectif. Ainsi, l’interconnexion universelle des phénomènes physiques, même si elle se heurte à des contrepropositions de la part d’autres physiciens, semble être une caractéristique fondamentale de la réalité atomique qui « dévoile [...] l’intrication essentielle de l’univers [37][37] F. Capra, Le Tao de la physique, Paris, Sand, 1985,... ». La théorie de la relativité des physiciens à laquelle Jung se réfère à nouveau, celle du temps et de l’espace, lui semble confirmer la perception relative du temps par l’inconscient et, par conséquent, relativiser la causalité. Ainsi en est-il du « principe d’incertitude » d’Heisenberg qui prouve l’impossibilité d’utiliser le principe de causalité et de situer simultanément certains phénomènes quantiques dans le temps et dans l’espace [38][38] Ce principe énonce que la vitesse et la position d’une.... Jung en conclura que « la synchronicité n’est pas plus énigmatique ou plus mystérieuse que les discontinuités en physique [39][39] C.G. Jung, Synchronicité et Paracelsica, op. cit.,... ».

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Pourtant, ces tentatives pour inscrire la synchronicité dans un cadre scientifique ne sont pas convaincantes : Jung prend certaines analogies de sa thèse avec la physique subatomique pour des identités, et si sa correspondance laisse apparaître la fascination qu’il éprouve pour les concepts, il franchit souvent des abîmes épistémologiques d’un coup de plume, malgré les nombreuses incitations de Wolfgang Pauli à la prudence, malgré les risques qu’il prend dont il est parfaitement conscient et qui provoquent, chez lui, angoisses et somatisations.

Une interprétation minimaliste...

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J’aimerais maintenant commenter les exemples mentionnés ci-dessus d’une façon moins exaltante pour l’esprit mais plus psychologique, même si mon interprétation, minimaliste, n’explique pas les causes ultimes. C’est d’ailleurs en se référant à Jung que le premier exemple, le rêve de la mort d’un ami, qui implique deux individus, donc une relation interpersonnelle, peut être considéré comme une « transmission de pensée ». Fondée sur l’intuition, plus vive chez certaines personnes que chez d’autres, cette transmission peut être comparée à l’instinct de certains animaux qui prévoient les incendies de forêt ou l’approche des prédateurs. Nous le savons, pour Jung, la représentation archétypique, ici de nature onirique, est « l’intuition qu’a l’instinct de lui-même [40][40] C.G. Jung, « Instinct et inconscient » (1919), L’énergétique... ».

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Le deuxième exemple est différent dans la mesure où intervient directement une des croyances superstitieuses les plus répandues. Jung, qui sait fort bien que dans l’Égypte ancienne, et dans les traditions babyloniennes entre autres, les oiseaux sont souvent reliés à la mort, considère cette croyance comme « un symbolisme archétypique [41][41] C.G. Jung, Synchronicité et Paracelsica, op. cit.,... ». S’il est exclu de croire que c’est ce symbole qui a fait venir l’essaim d’oiseaux, on peut en revanche penser que sa surcharge archétypique induit la femme du patient de Jung à le relier à la mort de son mari. Aurait-elle aperçu le même essaim d’oiseaux devant sa fenêtre dans une circonstance neutre ? Elle n’y aurait probablement pas prêté attention. Ici, la situation anxiogène a constellé un champ archétypique qui impose l’association entre les oiseaux et la mort de son mari. Si cette croyance archétypique est une croyance a priori, car traditionnelle, elle est une création de l’homme qui, toutes les fois où il est placé dans un état d’impuissance angoissant, cherche une réponse et la trouve dans ce symbolisme. Il est vrai que, en faisant intervenir l’archétype et son effet numineux qui fournit une réponse à l’individu en détresse, la thèse de la synchronicité semble plus dynamique que la référence à la superstition. En termes jungiens, ce n’est pas parce que la scène est le reflet d’une superstition sociale qu’elle a un sens, mais bien plutôt parce que la superstition est fondée sur un socle inconscient collectif qu’elle a acquis ce sens social.

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Quant au troisième exemple, j’y vois personnellement la marque de la vigilance de Jung et de sa finesse clinique plutôt qu’une quelconque coïncidence signifiante. On sait, d’après les biographies le concernant, qu’il accordait la plus grande attention à tout ce qui pouvait se passer pendant les séances avec ses patients, y compris aux détails les plus anodins. Ici, avec cette jeune femme dont il dit qu’elle était rigide, n’exprimant pas ses émotions, il a su consciemment saisir l’occasion pour provoquer chez elle un choc émotionnel propre à percer sa carapace défensive. D’ailleurs Jung admet que l’insecte concret n’était pas tout à fait identique à celui du rêve. On peut alors dire qu’il a su exploiter l’incident à bon escient. En d’autres termes, la ressemblance des deux insectes me semble moins importante que la réaction clinique de Jung. Mais, là encore, ce n’est pas une quelconque constellation archétypique qui a induit le scarabée à frapper à la fenêtre du cabinet de Jung, comme sa formulation pourrait le laisser entendre. L’intrusion du scarabée est un hasard que Jung a su rendre porteur de sens, d’autant que l’insecte, symbole de renaissance, est des plus significatifs pour la patiente en question.

Le terreau familial

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Ce qui est certain, c’est que la thèse de la synchronicité dévoile une blessure chez Jung dont les premiers chapitres de son autobiographie témoignent. Lorsqu’il décrit sa petite enfance, les termes qui reviennent le plus fréquemment sous sa plume sont ceux de « solitude », « angoisse », « vulnérabilité », « sensibilité », « division intérieure », et qui s’ajoutent à de nombreux symptômes tels qu’un eczéma généralisé à l’âge de 3 ans, des terreurs nocturnes, un pseudo-croup, des tendances inconscientes au suicide... Il y a en effet, dans son histoire précoce, des conflits qui l’ont divisé et l’ont plongé très tôt dans un monde énigmatique, dont le sens lui était inaccessible. Opposition entre son père et sa mère qui ne s’entendent pas, une des conséquences de cette mésentente étant l’hospitalisation de sa mère pendant plusieurs mois alors que le jeune Carl Gustav a 3 ans. Plus tard, il perçoit aussi une scission chez sa mère qui lui apparaît se composer de deux personnes [42][42] Voir dans ce numéro l’article de B. Allain-Dupré et... : l’une, humaine et chaleureuse ; l’autre, au contraire, terrifiante et mystérieuse. Jusqu’à l’âge de 11 ans, Jung vit dans un environnement austère, en fils quasiment unique (il a 9 ans lorsque naît sa sœur), dans un milieu composé essentiellement d’adultes qui ne sont pas particulièrement sécurisants. Il admet que les collègues de son père et ses huit oncles, tous pasteurs, lui inspirèrent de l’angoisse pendant de longues années. Par ailleurs, il vit, entre 6 mois et 4 ans environ, dans un milieu naturel assez impressionnant, au cœur des montagnes, dans un presbytère isolé, loin du village, jusqu’où parvient le grondement des chutes du Rhin. Sur ses rives gisent parfois des noyés.

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Dans cette atmosphère ambiante irrespirable, comme il la qualifie lui-même, il expérimente aussi en lui une division entre ce qu’il appelle sa personnalité n1 et sa personnalité n2. C’est en se fabriquant, à l’âge de 10 ans, un petit bonhomme en bois sculpté qu’il cache dans le grenier de la maison que « le sentiment troublant de désunion d’avec [lui-même] disparut [43][43] C.G. Jung, Ma vie. Souvenirs, rêves et pensées, recueillis... ». Ce symbole qui réunit les deux personnalités de Jung n’est-il pas déjà un précurseur de l’œuvre à venir ?

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Mais si, par sa dualité, sa mère éveille sa méfiance, son père est, lui aussi, l’objet d’une ambivalence ; il est ressenti comme « digne de confiance et... incapable [44][44] Ibid., p. 27. ». L’imago paternelle explique en grande partie l’œuvre de Jung. Toute sa vie, Jung rechercha un père pleinement présent qui soit susceptible de créer du sens pour lui. Freud, Théodore Flournoy, Richard Wilhelm furent parmi ceux qui jouèrent ce rôle tour à tour d’une façon plus ou moins heureuse. Mais l’imago paternelle la plus puissante et la plus permanente fut sans conteste celle qu’il projeta sur la divinité, sur un dieu que Jung rechercha jusqu’au cœur de l’inconscient et en particulier dans un Soi porteur du sens qui conduirait à l’« individuation ». Un autre écrit, parallèle au texte de la synchronicité, Réponse à Job[45][45] C.G. Jung, Réponse à Job, trad. de R. Cahen, Paris,..., interpelle violemment Jaweh, le Dieu de l’Ancien Testament. Mais n’est-ce pas, en deçà de la figure divine, à l’imago paternelle que Jung s’adresse depuis toujours ? Une imago paternelle dont il sent qu’elle l’a trahi, traîné dans la boue... N’est-ce pas aussi à Freud que cette plaidoirie poignante s’adresse ? N’est-ce pas encore au père qui, en s’effondrant, l’a abandonné ?

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Ce père qui, lui aussi, était divisé et assumait son ministère à partir de sa persona. Ce père pour lequel Jung ressentait de la pitié et qui ne pouvait ni apporter une réponse aux interrogations de son fils, ni croire à ce qu’il prêchait du haut de sa chaire de pasteur. Impuissant à double titre aux yeux de son fils. Comment en était-il arrivé là ? Jung nous répond : « Parce que l’expérience vécue indispensable lui manquait. » Et il ajoute : « Il me semblait presque impensable qu’il puisse ne pas avoir l’expérience de Dieu, cette expérience la plus évidente de toutes [46][46] C.G. Jung, Ma vie. Souvenirs, rêves et pensées, op..... » Comme il le confie lui-même à l’un de ses correspondants, le destin de son père fut pour lui, son fils, une tragédie [47][47] C.G. Jung, « Lettre du 13 juin 1955 », Correspondance.... En fait, la douleur de Jung à cette double carence paternelle peut expliquer qu’il valorisa toute sa vie l’expérience subjective et la pensée empirique. Mais cette expérience subjective est, chez lui, essentiellement spirituelle, celle qui manquait précisément à son père. C’est donc à partir d’elle que Jung veut bâtir sa théorie de la synchronicité, point extrême de sa réflexion, là où il aspire vraiment à réunir la science d’ici-bas et les mystères de l’au-delà, à en faire une synthèse avec les progrès les plus novateurs de la science d’alors. Ainsi tente-t-il, inconsciemment, de restaurer l’imago paternelle par cette conjonction entre la foi et la pensée.

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Le sens que Jung accorde à la synchronicité n’est-il pas un des signes de cette union des opposés ? Union intime entre l’homme et l’univers, entre matière et psyché, entre le passé et le futur, entre l’ici et l’ailleurs, entre les vivants et les morts, entre les origines et la fin... Unité de toute chose en deçà de la diversité des apparences, mais aussi entre la métaphysique et la science. Simplement, il me paraît ici que les opposés en question, n’appartenant pas au même domaine de réalité, n’étant pas de même nature, ne sont pas susceptibles de se réunir. Chercher à percer la complexité des rapports entre le corps et le psychisme, soit. Mais comment prétendre réunir la matière physique et le psychisme dans une communauté de sens ? Comment prétendre réunir le Ciel et la Terre dans une même compréhension ? Sauf à saisir l’union de l’individu avec le monde comme une expérience subjective de nature métaphysique. Jung connut de nombreuses expériences de ce type tout au long de sa vie. Ces expériences ont leur importance et leur dignité mais doivent-elles être confondues pour autant avec une théorie ou être présentées comme une nécessité universelle qui ne souffrirait pas d’exception ? Je ne le pense pas, car le risque est grand, tout à la fois, de caricaturer la tonalité ineffable de l’expérience subjective et d’imprimer à la théorie un aspect syncrétique.

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La thèse de la synchronicité, privée de ses éléments métaphysiques, semble pourtant offrir une voie de recherche. N’est-elle pas l’équivalent théorique de certaines relations intersubjectives, comme celles qu’on a nommées « identification projective », « identification introjective » et, plus généralement, les faits d’identification ? Quel est, en effet, le principe sous-jacent susceptible d’expliquer qu’un individu puisse mettre à l’intérieur de lui et s’approprier des comportements, des pensées et des images inconscientes, y compris des secrets transgénérationnels, enfouis chez un autre individu, comme cela se passe entre grands-parents, parents et enfants ? Pour définir cette capacité qu’a l’être humain de communiquer d’une façon infraverbale, le principe de synchronicité, restauré dans un domaine psychologique, peut être explicatif. En effet, par sa surcharge d’énergie, la synchronicité réunit dans un même « champ archétypique [48][48] N. Schwartz-Salant, The Borderline Personality, Wilmette... » deux psychismes dans une similitude de sens. Complémentaires aux processus d’identification, ceux de la projection peuvent aussi recevoir une explication par ce principe : alors les coïncidences peuvent très bien devenir compréhensibles, sans recours à un élément métaphysique quelconque, tout en étant le résultat du sens que leur attribue le sujet, comme l’exemple de l’essaim d’oiseaux où l’épouse du patient interprétait celui-ci comme un message qui lui était adressé. De même les « esprits frappeurs [49][49] Margaret Fox Kane, chez laquelle étaient supposés intervenir... » et autres phénomènes de télékinèse qui sont plutôt le fait de projections provenant d’individus submergés par une énergie archétypique que le résultat exclusif des pouvoirs de l’esprit agissant à distance.

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Telle qu’elle est présentée dans le texte de 1952, la thèse de la synchronicité, aussi fascinante qu’elle paraisse, n’est donc pas convaincante en tant que contribution psychologique. Fascinante en effet, comment pourrait-il en être autrement ? Croire à cette thèse, c’est avoir la certitude que l’existence a un Sens mais aussi que chacun de nous, dans sa totalité, est contenu dans cette transcendance. Peut-être en est-il ainsi... Ou bien, comme le soupçonne Wolfgang Pauli, Jung était-il parfois « la proie d’images oniriques [50][50] W. Pauli / C.G. Jung, « Lettre de Wolfgang Pauli du 24 novembre 1950 »,... » ou d’une rêverie épistémologique grandiose et ensorcelante comme le voile de mâyâ ?

Notes

[1]

La psychokinèse ou télékinèse désigne, pour les adeptes du paranormal, la faculté d’influencer les objets matériels ou les événements par le seul pouvoir de l’esprit.

[2]

Le terme « métaphysique » désigne ici une recherche rationnelle des relations de l’esprit et de la matière ainsi que celle de leur Sens transcendant.

[3]

Les majuscules dans le texte sont voulues par moi, elles indiquent la dimension métaphysique de la notion.

[4]

C.G. Jung, « Lettre du 10 novembre 1934 », Correspondance I, 1906-1940, trad. J. Rigal et F. Périgaut, Paris, Albin Michel, 1992, p. 234.

[5]

C.G. Jung, « Lettre de novembre 1945 », Correspondance II, 1941-1949, trad. F. Périgaut et C. Maillard, Paris, Albin Michel, 1993, p. 135.

[6]

C.G. Jung, « Lettre du 3 janvier 1957 », Correspondance IV, 1955-1957, trad. C. Maillard, Paris, Albin Michel, 1995, Paris, p. 172.

[7]

C.G. Jung, « Lettre du 12 février 1958 », Correspondance V, 1958-1961, trad. A. Gaillard-Dermigny et Ch. Gaillard, Paris, Albin Michel, 1996, p. 21.

[8]

C.G. Jung, « La synchronicité, principe de relations acausales », Synchronicité et Paracelsica (1952), trad. C. Maillard et C. Pflieger-Maillard, Paris, Albin Michel, 1998.

[9]

Ibid., § 852.

[10]

Ibid., § 844.

[11]

Ibid., § 843. Souligné par moi.

[12]

Ibid., § 835.

[13]

Ibid., § 836.

[14]

Ibid., § 836.

[15]

Ibid., § 913.

[16]

C.G. Jung, The Structure and Dynamics of the Psyche, C. W. VIII, Princeton University Press, 1972, n. 38, p. 437.

[17]

C.G. Jung, « La synchronicité, principe de relations acausales », Synchronicité et Paracelsica, op. cit., § 921. Souligné par Jung.

[18]

C.G. Jung, « Réflexions théoriques sur la nature du psychisme » (1946), Les racines de la conscience, trad. Y. Le Lay, Paris, Buchet/Chastel, 1971, p. 560.

[19]

Ibid., § 913.

[20]

Ibid., § 914.

[21]

Ibid., § 954.

[22]

Ibid., p. 540. Souligné par Jung.

[23]

C.G. Jung, « Lettre du 4 janvier 1929 », Correspondance I, 1906-1940, op. cit., p. 95.

[24]

C.G. Jung, Synchronicité et Paracelsica, op. cit., § 932.

[25]

Ibid., § 906.

[26]

Ibid., § 921.

[27]

C.G. Jung, « Réflexions théoriques sur la nature du psychisme », Les racines de la conscience, op. cit., p. 540.

[28]

C.G. Jung, « Lettre du 14 janvier 1958 », Correspondance V, 1958-1961, op. cit., p. 15.

[29]

C.G. Jung, Synchronicité et Paracelsica, op. cit., § 48.

[30]

Ibid., § 53.

[31]

C.G. Jung, « Une expérience astrologique » (1958), Synchronicité et Paracelsica, op. cit., § 1177. Souligné par Jung.

[32]

C.G. Jung, « La synchronicité, principe de relations acausales », Synchronicité et Paracelsica, op. cit., § 898.

[33]

Ibid., § 833.

[34]

J.B. Rhine, Les nouveaux pouvoirs de l’esprit, trad. A. Colnat, Paris, Librairie Adrien-Maisonneuve, 1953, p. 231. Rhine se servait d’un jeu de 25 cartes portant chacune une figure : étoile, rectangle, cercle, croix et deux lignes ondulées. L’expérience consistait à retourner les 25 cartes 800 fois, de telle manière que le sujet ne pouvait pas voir les cartes et devait deviner la figure de la carte retournée. Cette expérience avait lieu entre deux sujets à distance pour les expériences de télépathie. Rhine utilisait aussi des dés.

[35]

C.G. Jung, « Sur la synchronicité » (1951), Synchronicité et Paracelsica, op. cit., § 968.

[36]

I. Langmuir, cité in Devenez sorciers, devenez savants, G. Charpak et H. Broch (éd.), Paris, Odile Jacob, 2002, p. 95-96.

[37]

F. Capra, Le Tao de la physique, Paris, Sand, 1985, p. 140. F. Capra, physicien probablement New Age, établit dans son livre des parallèles entre la physique quantique et le taoïsme.

[38]

Ce principe énonce que la vitesse et la position d’une particule ne peuvent être mesurées simultanément avec précision. Cette restriction est inhérente à la réalité atomique : si nous mesurons la position de la particule, celle-ci n’a pas d’énergie cinétique déterminée, et si nous mesurons sa vitesse, la particule n’a plus de position déterminée (voir Capra, op. cit., p. 143).

[39]

C.G. Jung, Synchronicité et Paracelsica, op. cit., § 957.

[40]

C.G. Jung, « Instinct et inconscient » (1919), L’énergétique psychique, Genève, Georg & Cie, 1973, p. 103.

[41]

C.G. Jung, Synchronicité et Paracelsica, op. cit., § 845.

[42]

Voir dans ce numéro l’article de B. Allain-Dupré et G. Maffei, « L’illusion créative. Double et croyance », p. 7.

[43]

C.G. Jung, Ma vie. Souvenirs, rêves et pensées, recueillis par Aniéla Jaffé, Paris, Gallimard, 1973, p. 41.

[44]

Ibid., p. 27.

[45]

C.G. Jung, Réponse à Job, trad. de R. Cahen, Paris, Buchet/Chastel, 1984. Voir dans ce numéro l’article de M.-L. Colonna, « La seconde chance de Job ».

[46]

C.G. Jung, Ma vie. Souvenirs, rêves et pensées, op. cit., p. 115.

[47]

C.G. Jung, « Lettre du 13 juin 1955 », Correspondance IV, 1955-1957, op. cit., p. 78.

[48]

N. Schwartz-Salant, The Borderline Personality, Wilmette (Ill.), Chiron Publications, 1989.

[49]

Margaret Fox Kane, chez laquelle étaient supposés intervenir des esprits frappeurs, déclencha le mouvement spirite vers 1848. Elle a fait une confession publique quarante ans plus tard pour expliquer que tout n’avait été que « fraude, hypocrisie et illusion » (cité dans Devenez sorciers, devenez savants, op. cit., n. 2, p. 207).

[50]

W. Pauli / C.G. Jung, « Lettre de Wolfgang Pauli du 24 novembre 1950 », Correspondance, 1932-1958, trad. F. Périgaut, Paris, Albin Michel, 2000, p. 96. Wolfgang Pauli, prix Nobel de physique, entreprit une analyse avec une élève de Jung et fut pendant longtemps très proche de ce dernier.

Résumé

Français

L’auteur interroge le statut de la thèse de la synchronicité, telle qu’elle est présentée par Jung en 1952. Elle lui apparaît comme une tentative de synthèse entre la métaphysique et la science. Une telle ambition, nécessairement vouée à l’échec, rend cette thèse caduque dans l’explication des fonctionnements de l’inconscient. Il conviendrait de faire le sacrifice de l’aura transcendante qu’elle contient pour qu’elle devienne opératoire dans le champ psychanalytique. Tel est l’argument de l’auteur.

Mots-clés

  • Experimentation
  • Métaphysique
  • W
  • Pauli
  • Père
  • Physique
  • Psychoïde
  • Sens
  • Synchronicité

English

Interrogating the status of the synchronicity thesis, as presented by Jung in 1952, the author finds that it appears to be an attempt to reconcile metaphysics and science. As such, it is not only doomed to fail ; it is also an inadequate model for explaining the workings of the unconscious. Today, it seems appropriate to sacrifice the transcendent aura the thesis contains in order to make it applicable to the psychoanalytic field.

Plan de l'article

  1. La recherche du Sens
  2. Le texte canonique
  3. Le Sens et son lien avec l’inconscient
  4. L’expérimentation
  5. Une interprétation minimaliste...
  6. Le terreau familial

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