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1L’écologie politique, au sens d’un courant de pensée et non des formations partisanes qui s’en revendiqueront, apparaît dès l’immédiate après-guerre, dans la seconde partie de la décennie 1940. C’est l’option que nous défendrons ici en proposant une typologie relativement large des courants de l’écologie politique. En conséquence, nous nous inscrivons en faux contre l’idée selon laquelle l’écologie politique serait apparue vers la fin des années 1960. Toutefois, notre hypothèse ne nous interdit nullement de reconnaître la fécondité des années 1970, notamment pour la tradition d’expression française. L’idée commune à toutes les expressions de l’écologie politique est que nous ne saurions nous dégager de l’impasse dans laquelle nous nous enfonçons avec des techniques seules. C’est l’organisation politique et économique des sociétés démocratiques occidentales qui est en cause ou au minimum, certains de ses principes organisateurs. Le cahier des charges des démocraties occidentales est en effet l’enrichissement matériel individuel, autrement dit de produire et de consommer le plus possible.

2Rappelons encore les deux constantes de la pensée écologique laquelle englobe et dépasse l’écologie politique, dont les fondamentaux nous renvoient au 19e siècle : un scepticisme marqué eu égard aux techniques, à leur capacité à résoudre les difficultés qu’elles engendrent et déplacent ; une critique du tour nouveau pris par nos relations à la nature en raison de l’industrialisation notamment ; laquelle peut déboucher, ce qui n’est pas le cas dans la tradition française du siècle dernier, sur une critique de l’anthropocentrisme. À l’arrière-plan, il convient de rappeler les œuvres majeures ayant entrepris une réinscription, au rebours de l’héritage moderne, de l’homme au sein de la nature : celles de Rousseau et Thoreau sur un plan philosophique, et celle de Darwin sur un plan scientifique.

3Ainsi comprise l’écologie politique embrasse diverses veines de pensée et on ne saurait l’assigner à un seul côté de l’échiquier partisan. Elle compte même des expressions, notamment avec le courant que nous proposons d’appeler malthusien, très marquées à droite, récusant l’héritage universaliste et émancipateur des Lumières. Une figure comme Bertrand de Jouvenel, réputé outre-Atlantique pour être l’incarnation du libéralisme mélancolique, membre de la société du Mont Pellerin, n’en relève pas moins d’un courant, nous le verrons, très largement dominé par des penseurs clairement identifiés à gauche. Et ces remarques ne sont nullement contradictoires avec l’excellent travail de Serge Audier (2017) de mise au jour des racines de l’écologie politique au 19e siècle, incontestablement de gauche. Audier montre que, contrairement à ce qu’avait pu supposer Serge Moscovici (1977), les questions sociale et naturelle n’ont pas été pensées successivement, mais bien en même temps, en tous cas tout au long du 19e siècle, avant que le marxisme n’enterre dans les mémoires toutes ces réflexions. On ne saurait donc limiter la présence de la question naturelle au 19e au seul romantisme (Löwy, 1993). Elle est présente chez Fourier et les fouriéristes, chez les socialistes dits utopiques ou « pré-scientifiques », auprès des auteurs interrogeant la question sociale avec une inspiration chrétienne, chez les anarchistes, les héritiers d’Emerson et Thoreau, les solidaristes, chez Wallace, Ruskin, Morris, Michelet, Stuart Mill, un scientifique comme Bernard Brunhes, etc. C’est une abondante littérature qui croise critique de la condition ouvrière et pollutions, enlaidissement du monde et injustices sociales, exploitation ouvrière d’un côté, amour de la nature et cause animale de l’autre, etc. Et l’on retrouve dans ces textes ou certains de ces textes tout autant la critique des techniques que celle de l’anthropocentrisme, les deux veines de la pensée écologique, alors que l’attention à la nature pour elle-même et la critique de l’anthropocentrisme seront au 20e siècle absent ou presque de l’écologie politique à la française, à la différence des courants anglo-saxons. Le socialisme dit scientifique, parce que tablant sur le développement maximal des forces productives, et donc des techniques, pour dépasser les inégalités et la violence sociales, suscitera une indifférence à la question naturelle et condamnera à l’oubli ce corpus de réflexions pré-écologiques.

4Lorsqu’elle apparaît, dans l’immédiate après-guerre, l’écologie politique naissante peut prendre appui sur la sédimentation de la pensée écologique d’un côté et de l’autre sur une accumulation de données et de travaux scientifiques quant aux perturbations infligées à la biosphère. Une accumulation qui accrédite l’idée d’une nécessaire redéfinition de nos relations à la nature. Et ce sont même des scientifiques, plus précisément des biologistes, tous anglo-saxons, qui initient le premier courant de l’écologie politique, le courant malthusien.

5Il est par ailleurs un document qui va très fortement marquer l’écologie politique contemporaine, à savoir la publication du rapport Meadows, The limits to Growth (1972), commandité à une équipe de jeunes chercheurs du MIT par le Club de Rome et sa figure de proue, Aurelio Peccei. Il y a un avant et un après le rapport au Club de Rome. D’une certaine manière, il renoue avec le catastrophisme des tout débuts de la pensée écologique. Nous pensons ici tant au livre d’Eugène Huzar, La fin du monde par la science (1855), qu’à celui, beaucoup plus étayé, de George Perkins Marsh, Man and Nature (1864). Le titre du premier est suffisamment évocateur pour qu’il soit opportun d’aller plus avant. Le livre de Marsh évoque quant à lui l’incompatibilité, in fine, entre la civilisation industrielle et ce qu’on appelle encore la nature. Ce type de discours et d’appréhension semble ensuite disparaître. Il réapparaît précisément avec le rapport Meadows. Dans son scénario business as usual, celui-ci décrit l’inversion, entre 2020 et 2040, des cinq courbes retenues pour décrire l’évolution matérielle des sociétés humaines, à commencer par celle exprimant le devenir de la démographie humaine. Ce document suscitera, tout particulièrement dans le monde anglo-saxon, entre autres choses, ce qu’on appelle le survivalisme. Il influencera le courant autoritaire de l’écologie politique, et plus encore le courant catastrophiste et ses diverses expressions. Il suscitera encore la première philosophie politique de la rareté, celle liée à la thèse de William Ophuls (The Philosophy of Scarcity, 1977), etc.

6Nous retiendrons les courants suivants de l’écologie politique : malthusien, arcadien, autoritaire, institutionnaliste, catastrophiste, grassroots et, pour finir, constructiviste. Un même penseur pouvant toutefois appartenir à divers idéaux-types, mais à des degrés différents.

L’écologie malthusienne

7Le plus ancien des courants de l’écologie politique apparaît dès après la seconde guerre-mondiale et il n’est pas en général assimilé à l’écologie politique. Il est le fait de scientifiques des sciences naturelles, le plus souvent des biologistes, systématiquement anglo-saxons. Ces auteurs remettent en cause la capacité des techniques à résoudre tous les problèmes – Hardin parlera même d’une « classe » des « problèmes sans solution technique » (1968) – et comptent parmi les tout premiers critiques de l’anthropocentrisme. Ils contribuent d’ailleurs à installer cette thématique. Les thèmes récurrents sont ceux de la croissance de la population, des tensions et impasses qu’elle finira par susciter des problèmes en matière de production alimentaire et de disponibilité de la nourriture, de la surexploitation des ressources et de la destruction des sols, de l’ignorance des lois naturelles. Ils mettent en garde les sociétés et dénoncent la « guerre mondiale », au sens d’une « guerre contre la nature » et le monde, qu’elles ont entreprise (Osborn, 1948). Ils appellent bien en ce sens à une réforme desdites sociétés, même s’ils s’en prennent plus à certains principes, à certains secteurs d’activités, comme l’agriculture, sans pour autant proposer une réforme politique en tous points. Ces auteurs sont bien porteurs d’une posture politique, inspirée de considérations écologiques, lorsqu’ils appellent de leur vœu une réforme de l’agriculture et de la sylviculture, souhaitent que l’on cesse de promouvoir des politiques publiques inspirées d’une morale universaliste, écologiquement décontextualisée, affirment la nécessité d’une décrue démographique et fustigent les populations pauvres. Ils abordent ainsi des aspects déterminants du vivre-ensemble et de l’organisation de la Cité.

8Ce sont, comme tous les écologistes politiques, des décroissants, mais d’un genre très particulier. À leurs yeux, ce sont les pauvres qui devraient démographiquement décroître et qui menacent par leur surpopulation la survie de tous. Sont rejetés l’universalisme des règles morales et l’héritage du christianisme en matière d’attention prioritaire aux plus démunis. En revanche, le mode de vie des classes dominantes et des pays industriels n’est nullement dénoncé, alors même qu’il est à l’origine de l’explosion des flux d’énergie et de matière à compter des années cinquante. Dans un texte controversé, Living on a Lifeboat (19), Garett Hardin va jusqu’à dénoncer dans la prolificité démographique des pays pauvres une menace contre le niveau de vie des pays riches. Toutefois, Paul Ehrlich – dont la traduction française de The Population Bomb (1968) a été préfacée par Alexandre Grothendieck, à la fois médaille Fields et pionnier de l’écologie politique, plus près d’une gauche très affirmée – proposera de mesurer nos impacts à l’aune du produit (I = P x A x T) de la population par le niveau de richesse et les techniques ; ce qui constitue une appréciation plus juste et plus fondée des facteurs en cause. Un autre biologiste, Barry Commoner, sera d’ailleurs un critique féroce de ce courant de pensée.

9Dans un essai récent (2013), Stephen Emmott remet au goût du jour cette approche et renoue avec le ton catastrophiste qui lui est propre. Il montre que la croissance démographique de l’humanité anéantit tous les efforts et réussites techniques qui sans elle pourraient soulager notre situation critique. Le livre se termine ainsi : « J’ai demandé à un des plus rationnels et brillants chercheurs que je connaisse – un scientifique travaillant dans ce domaine, un jeune scientifique, un scientifique de mon labo – s’il y avait seulement une chose à faire face à la situation à laquelle nous étions confrontés, quelle serait-elle ? Sa réponse ? Enseigner à mon fils comment se servir d’un revolver. » Catastrophisme, dira-t-on, certes, mais très différent de celui que nous envisagerons avec le courant du même nom.

L’écologie arcadienne

10C’est un peu le courant français par excellence, même si l’un de ses porte-drapeaux les plus connus est Illich, lequel a toutefois exercé une grande influence sur maints auteurs francophones, à commencer par Gorz et Dupuy. Ce courant est au rebours du précédent, en ce qu’il vise l’épanouissement de l’existence humaine, du bien-être à l’émancipation en passant par les aménités de l’existence et la désaliénation, et avec un horizon qui reste celui de l’universalisme des Lumières. Les aspects scientifiques ne sont pas absents, mais ils sont maintenus à l’arrière-plan. Sur un plan qui n’est pas seulement anecdotique, André Gorz était par exemple relativement indifférent, et ce jusqu’à sa disparition, à la question climatique. Il n’était évidemment pas insensible aux dégradations écologiques, il avait d’ailleurs déménagé de la région de Nogent-sur-Seine en raison de la construction de la centrale nucléaire des bords de Seine. Gorz s’en explique très clairement :

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« Le mouvement écologique est né bien avant que la détérioration du milieu et de la qualité de vie pose une question de survie à l’Humanité. Il est né originellement d’une protestation spontanée contre la destruction de la culture du quotidien par les appareils de pouvoir économique et administratif. Et par « culture du quotidien », j’entends l’ensemble des savoirs intuitifs, des savoir-faire vernaculaires (au sens qu’Ivan Illich donne à ce terme), des habitudes, des normes et des conduites allant de soi, grâce auquel les individus peuvent interpréter, comprendre et assumer leur insertion dans le monde qui les entoure. La « nature » dont le mouvement exige la protection n’est pas la Nature des naturalistes ni celle de l’écologie scientifique : c’est fondamentalement le milieu qui paraît « naturel » parce que ses structures et son fonctionnement sont accessibles à une compréhension intuitive ; parce qu’il correspond à un besoin d’épanouissement des facultés sensorielles et motrices ; parce que sa conformation familière permet aux individus de s’y orienter, d’interagir, de communiquer « spontanément » en vertu d’aptitudes qui n’ont jamais eu à être enseignées formellement. La « défense de la nature » doit donc être comprise originairement comme la défense d’un monde vécu, lequel se définit notamment par le fait que le résultat des activités correspond aux intentions qui les portent, autrement dit que les individus sociaux y voient, comprennent et maîtrisent l’aboutissement de leurs actes. Or, plus une société devient complexe, moins son fonctionnement est intuitivement intelligible. »
(1992)

12Les dégradations environnementales ne sont à ses yeux qu’une incitation à recouvrer la « norme du suffisant » qui vaut pour elle-même (1992). La norme du suffisant est celle qui prévalait avant que le capitalisme n’influe sur nos modes de vie et ne nous soumette à l’insatiabilité des désirs. Il s’agissait simplement du fait qu’avoir plus n’avait aucun sens dans un monde sans publicité, sans gazettes et sans étalage permanent de marchandises, etc. Une insatiabilité qui est anthropologiquement destructrice et génératrice de frustrations stériles. En guise de réponse, Gorz propose de réduire la part du travail salarié en contrepartie à la réduction des consommations matérielles. Gorz est aussi célèbre pour sa critique du socialisme, ses réflexions sur les métamorphoses du travail, sur les techniques de l’immatériel et pour sa critique de l’État étroitement associée, comme celle du travail, à son plaidoyer écologiste pour l’autonomie. C’est sur cette question qu’il s’enrichira des travaux d’Illich. Tout en s’appuyant sur la distinction État/société civile, il écrit : « La société ne sera jamais « bonne » par son organisation, mais en raison des espaces d’auto-organisation, d’autonomie, de coopération et d’échanges volontaires que cette organisation offre aux individus. » (1980)

13Plus généralement est commun à ce courant la dénonciation de l’incapacité du productivisme et de l’industrialisme à réaliser leur promesse, l’épanouissement de la condition humaine grâce à un enrichissement matériel croissant. Le trait de génie de cet ensemble de penseurs est d’avoir dénoncé cette incapacité bien avant qu’elle ne se traduise dans les statistiques. C’est en effet avec un article devenu célèbre de l’économiste Richard Earsterlin, en 1974, qu’apparaît pour la première fois la disjonction entre la courbe qui figure la croissance du PIB et celle qui exprime l’augmentation du sentiment de bien-être. Depuis lors la disjonction s’est muée en contradiction potentielle et souvent avérée (Laurent, 2017).

14Bertrand de Jouvenel dénonce comme par avance les prétendus bienfaits absolus de l’association des techniques et du marché. Le 19e siècle libéral avait fait le pari que les bienfaits de l’industrialisation, par l’enrichissement de tous, ferait plus que compenser les dégâts de l’industrie (Fressoz, 2012). Avec l’économiste américain Kuznets et sa fameuse courbe, le 20e siècle avait fait le pari que l’essor conjoint des techniques et de la richesse allait procurer les techniques aptes à résoudre les difficultés écologiques et autres dégradations environnementales. Jouvenel leur oppose les dérives associées au culte de la puissance, le constat selon lequel la production de biens s’accompagne immanquablement de celle des maux correspondants. « Nous voulons élever notre niveau de vie, écrit-il ; et, ironie de la Nature, plus notre niveau de vie s’élève, plus l’air que nous respirons est pollué » (1968 – 2002). Il ne s’agit plus désormais seulement de pollutions, mais de changement de la composition chimique de l’atmosphère et de dégradation de l’habitabilité de la Terre, constat qui lui donne raison au centuple, d’où l’absurdité désormais de l’expression « externalités négatives ». L’équivalence marché-liberté, avant même l’essor de Singapour ou celui de la Chine post-Deng Xiaoping, lui paraît trompeuse. Le marché opère en nos lieux et places des choix fondamentaux que nous n’avons nullement voulus, ne serait-ce que l’enlaidissement des espaces publics, leur envahissement divers. La « nouveauté, écrit-il encore, n’est pas que les hommes veuillent être riches, mais c’est que ce désir humain soit devenu le grand objet du gouvernement et la préoccupation des intellectuels » ; « l’enrichissement ne peut avoir lieu que par prélèvement sur le travail d’autrui, et par conséquent, ne peut avoir lieu que sur les uns au dépens des autres » (1968- 2002). Jouvenel reste plus attentif que d’autres penseurs de ce courant au caractère primordial de nos relations à la nature : « Nos rapports avec la Nature changent tellement quant à leur volume qu’ils appellent un esprit de responsabilité que nous n’avons pas encore acquis et auquel nos manières de penser les plus modernes ne nous portent pas. » (1968-2002).

15Jacques Ellul a construit et affiné, de livre en livre, la thèse de l’autonomie de la technique, faisant apparaître l’accumulation de techniques, dépendant les unes des autres et formant un système, non plus comme une accumulation de moyens à notre service, mais comme une fin en soi s’opposant in fine à l’humanité en tant que telle. Avec le recul des décennies, force est d’admettre l’impertinence de la notion de moyens. Nous n’avons certes pas voulu les menaces qui pèsent désormais sur l’habitabilité de la Terre, même si nous les acceptons plus ou moins tacitement, précisément parce que nous sommes engagés et contraints notamment par le système technique que nous avons bâti. Parler de neutralité des techniques face à des algorithmes racistes ou sexistes, face aux résultats paradoxaux et constituant de véritables boîtes noires de l’intelligence artificielle, n’a plus de sens. Pire, nombreuses sont désormais les figures à s’inquiéter des développements de l’intelligence artificielle possiblement absolue, et donc de son aptitude à marginaliser le genre humain, marginalisation effective pour certaines catégories d’emplois. Nous semblons nous approcher de ce qu’Ellul avait imaginé comme le terme ultime de la logique propre à l’autonomie de la technique. Le transhumanisme, réduisant toute interrogation sur les fins à une accumulation de moyens, promettant une sorte d’amortalité technique – pour quoi ? Quelles destinée et finalité supérieure ? – semble quant à lui conforter les craintes elluliennes de voir l’évolution des techniques éradiquer les racines spirituelles de l’humanité. Rappelons ici le texte, à l’origine simplement ronéotypé, de Bernard Charbonneau, ami d’Ellul et ayant partagé son combat contre le système technicien et l’État, « Le Sentiment de la nature. Force révolutionnaire » (1937 – 2014). Cet écrit est désormais considéré comme le premier texte d’écologie politique.

16Ivan Illich qui était une sorte de citoyen du monde est une des figures majeures de la critique de la civilisation industrielle. Ses travaux des années 1970 ont beaucoup marqué la pensée écologique d’expression française. Il a notamment construit la notion de contre-productivité – associée au gigantisme et à l’abstraction des dispositifs techniques, qui les rend inappropriables par les individus –, selon laquelle ces dispositifs contredisent leur finalité initiale. L’automobile nous promet par exemple des déplacements rapides, mais il convient d’y consacrer par son travail des tranches de vie entières pour la posséder. En conséquence de quoi en moyenne de temps cumulé, celle des heures nécessaires à son acquisition, ajoutées au temps de déplacement, l’automobile autorise des voyages moins véloces qu’une bicyclette. Avec le gigantisme industriel, les outils de moyens à notre disposition ont fini par devenir les maîtres et nous transforment en moyens de leur développement. D’où l’idée qu’il défend dans La Convivialité (1973), d’un « seuil de productivité » au-delà duquel apparaît le phénomène de contre-productivité. « J’entends par convivialité, écrit-il, l’inverse de la productivité industrielle. Chacun de nous se définit par relation à autrui et au milieu et par la structure profonde des outils qu’il utilise. Ces outils peuvent se ranger en une série continue avec, aux deux extrêmes, l’outil dominant et l’outil convivial. » (1973)

17Attirons pour finir l’attention du lecteur sur d’autres figures importantes, plus tardives sur ce champ de l’écologie pour les deux dernières : Pierre Fournier, pionnier et ouvrier de la prise de conscience écologique dans la France des années 60 et 70, Alexandre Grothendieck et sa critique des sciences, Castoriadis, son plaisir de l’agora et son éloge de l’inventivité radicale des démocraties, Guattari et ses trois écologies, etc.

18Ce courant de pensée n’exclut nullement la catastrophe. La citation de Gorz plus haut évoquait les menaces pesant désormais sur la « survie (de) l’Humanité », Illich parlait d’un « déferlement de la violence » possible, Charbonneau écrivait quant à lui : « Notre monde est pris dans un développement qui mène soit à une catastrophe, soit à un totalitarisme scientifique planétaire » [1].

L’écologie autoritaire

19Depuis les années 70, il est de mise de parler d’un courant « écoautoritaire » parmi les tenants de l’écologie politique. En effet, chaque auteur qui veut donner une vue d’ensemble sur les rapports entre l’écologie et la démocratie se sent obligé d’évoquer les mêmes noms – Robert Heilbroner, William Ophuls, Hans Jonas – pour expliquer la logique qui pourrait justifier le recours à un gouvernement hiérarchique et centralisé pour répondre à la crise écologique. Tous ces penseurs-là ont écrit dans le sillage du rapport au Club de Rome sur Les Limites à la Croissance, et tous suivent à peu près la même logique. Il faut comprendre cette logique – et il faut la relativiser. Il faut la relativiser, car ce groupe de prétendus autoritaires n’en est pas un. Ce n’est pas une école. Aucun mouvement politique ne se réclame de leurs théories. Leur importance se trouve ailleurs. D’un côté, pour les adversaires de l’écologie politique, l’écoautoritarisme sert de repoussoir. Certains ont prétendu voir dans l’écoautoritarisme la tendance dangereuse inhérente à toute forme d’écologie politique. D’autre part, pour les défenseurs d’une théorie politique verte, le courant écoautoritaire constitue un point de passage obligatoire pour tester leurs propres convictions démocratiques. C’est en se débattant avec l’écoautoritarisme que la démocratie écologique précise sa propre vision de la politique.

20Commençons par la logique de l’écoautoritarisme. Tout part d’un constat : l’humanité dépasse dans de nombreux domaines la capacité de charge des écosystèmes planétaires ; elle épuise en même temps ses stocks de ressources non renouvelables. Devant nous se dresse un avenir de pénuries et de détériorations générales de nos conditions de vie. La démocratie libérale est incapable de relever le défi environnemental. Ses citoyens sont habitués à l’autonomie – en un sens absolument non gorzien, c’est-à-dire, à la liberté de produire et de consommer comme ils veulent. Les médias nourrissent leurs désirs. Leurs représentants politiques se maintiennent au pouvoir en servant ce mode de vie, en œuvrant toujours pour plus de croissance. Pourtant, cette croissance mine les conditions de reproduction de la vie sur Terre. Le temps presse. L’urgence joue un rôle essentiel dans cette analyse. Nous n’avons plus le luxe de nous appuyer sur les moyens politiques, quels que soient leurs autres atouts, qui prennent des décennies pour atteindre leurs résultats. Il faut une autorité forte pour faire la loi, pour changer les incitations en faveur de comportements respectueux des conditions d’une vie décente pour tout le monde.

21William Ophuls arrive à cette conclusion avec le moins de détours. « La rareté écologique… semble engendrer une pression irrésistible en faveur de systèmes politiques qui, selon les critères contemporains, sont franchement autoritaires. Car il n’y a pas, semble-t-il, d’autre manière de mettre un frein à la surexploitation compétitive des ressources et d’assurer la gestion compétente des affaires d’une société complexe tout en respectant l’impératif d’un état stationnaire. Le Léviathan peut être atténué, mais pas évité » (1977). Ophuls s’appuie sur le raisonnement de Garrett Hardin dans son analyse de la tragédie des biens communs. La solution à la situation où les biens communs sont surexploités par des individus poursuivant leurs intérêts privés est trouvée dans sa formule célèbre : « La coercition mutuelle, mutuellement convenue » (Hardin, 1968). De même pour Heilbroner, des crises se profilent qui menacent la survie même des sociétés ; » seuls des gouvernements susceptibles de se faire obéir plus efficacement que dans un système démocratique » réussiront probablement à y faire face (Heilbroner, 1974) à la base, le raisonnement des écoautoritaires est hobbesien (Mills, 1996). Chaque individu est essentiellement motivé par son intérêt privé à promouvoir une exploitation illimitée du monde autour de lui pour assouvir ses propres désirs. Mais collectivement, cette poursuite mène à la ruine de tout le monde ; elle aboutit à la destruction des conditions de la vie commune.

22Or, le nouveau Léviathan aura besoin de compétences techniques poussées. La compréhension de beaucoup de problèmes écologiques – avec leurs interactions complexes, leurs cycles longs – exige une formation scientifique. Le grand public n’aura jamais les connaissances nécessaires pour apprécier les phénomènes naturels qui font l’objet des études écologiques scientifiques. Par conséquent, le public ne comprendra pas non plus la nécessité des mesures prises pour préserver la santé écologique de la planète. De là à conclure que les citoyens ne pourront pas jouer le rôle de contrôleur de pouvoir qu’ils assument normalement dans les démocraties libérales. La gouvernance écologique mondiale exige donc « une classe de mandarins écologiques qui maîtrise les savoirs ésotériques nécessaires à son bon fonctionnement. » (Ophuls, 1977) La société stationnaire sera donc non seulement « plus autoritaire et moins démocratique que les sociétés industrielles d’aujourd’hui… mais aussi plus oligarchique ; seuls ceux détenant des compétences écologiques nécessaires à une prise de décision prudente auront l’autorisation de participer pleinement aux processus politiques » (Ophuls, 1977). Suivant un raisonnement similaire, Hans Jonas a conclu qu’une élite écologiquement éclairée serait probablement nécessaire pour faire prendre de nouvelles responsabilités à la population. Il évoque même l’opportunité, dans son Principe Responsabilité, d’une « tyrannie bienveillante et bien informée » (1979 – 1990).

23Si les principales expressions de l’écoautoritarisme remontent aux années 70, il n’en reste pas moins que, de temps à autre, un auteur est de nouveau séduit par cette logique. En 1998, Laura Westra a publié Living in Integrity: A Global Ethic to Restore a Fragmented Earth. Pessimiste à l’égard des capacités des gouvernements libéraux à résister aux intérêts économiques et aux pressions créées par les « préférences démocratiques ignorantes » [uneducated], elle a préconisé un régime qui, comme un « sage » de type aristotélicien, imposerait des règles « d’en haut » [a « top down » régime] pour la protection de la communauté dans la durée (Westra, 1998). De même, David Shearman et Joseph Smith, dans leur livre The Climate Challenge and Failure of Democracy recommandent un régime technocratique et autoritaire, calqué sur celui du Singapour, pour « favoriser des résultats environnementaux vitaux dans l’intérêt de l’avenir de l’humanité » (Shearman & Smith, 2007).

24En citant pareilles conclusions, les défenseurs du statu quo libéral ont beau jeu de dénoncer l’écologie politique comme un danger pour la démocratie. Toute réflexion sur les limites de la croissance, toute prétention qu’une perspective écologique met en question la durabilité de nos institutions modernes doit être enterrée. Pour ces fins politiques, l’écoautoritarisme sert de repoussoir idéal. Le livre de Luc Ferry, Le nouvel ordre écologique (1992), est un classique du genre. Faisant des amalgames extravagants entre certains discours des Verts, l’écologie profonde américaine, l’idéologie nazie, et les réflexions métaphysico-politiques de Hans Jonas (entre maints autres), Ferry essaie de noircir la réputation de toute forme d’écologie politique qui se présenterait comme projet de société.

25Pourtant, parmi ceux qui doutent de la capacité des États actuels à prévenir la catastrophe environnementale, la pensée écoautoritaire a une tout autre fonction. Elle nous met au défi d’identifier les erreurs dans la logique écoautoritaire et d’esquisser des formes démocratiques susceptibles d’éviter ses travers. Beaucoup de théoriciens de l’écologie politique reconnaissent l’existence de la pensée écoautoritaire, mais la rejettent aussitôt en faveur d’autres visions de la démocratie. De leurs visions il sera question plus loin.

26On peut, bien sûr, rejeter l’écoautoritarisme a priori au nom des droits humains ou d’un engagement démocratique inébranlable. Mais si le respect de ces principes finit par nous condamner à l’effondrement de notre civilisation, cette défense a priori sera, disons-le, moins convaincante. Du point de vue de ceux qui insistent sur l’originalité de la pensée écologique, une critique environnementale de l’écoautoritarisme s’impose. Cette critique se résume ainsi : il y a fort peu de politique chez les penseurs écoautoritaires et cette naïveté politique risque de compromettre tous les avantages environnementaux qu’ils attribuent à un pouvoir écoautoritaire hypothétique. La politique, c’est l’art de traduire dans les faits, au sein d’une communauté forcément diverse et en évolution constante, certaines priorités et valeurs nécessaires à la communauté entière, tout en tenant compte de la capacité humaine pour l’innovation, pour la résistance, et pour la ruse. L’écoautoritarisme nous invite à imaginer qu’un gouvernement sans opposition, sans obligation d’écouter les voix contradictoires de la société civile, réussirait à imposer vite les mesures de sobriété nécessaire à une société respectueuse des limites écologiques de la planète.

27L’expérience et la théorie démocratique démontrent le contraire. Le bilan environnemental des régimes autoritaires est souvent exécrable ; en général, les régimes démocratiques font beaucoup mieux (même si eux aussi sont loin du compte). Même la Chine – parfois mise en avant aujourd’hui comme modèle d’un régime qui met en œuvre une politique environnementale conséquente (Shahar, 2015) – se trouve contrainte de s’appuyer sur une société civile contestataire pour répondre à la dégradation flagrante de son environnement.

28Or penser l’écologie politiquement c’est anticiper les problèmes de corruption, d’ignorance, d’imprévisibilité, de truquage, d’effets secondaires inattendus, de marchés noirs, de mouvements irrationnels auxquels toute forme d’organisation politique est constamment en proie et d’établir des institutions capables d’y remédier le mieux possible. Il y a une défense épistémique de la démocratie (Landemore, 2013). Le contrôle démocratique du pouvoir est une garantie contre la tyrannie, mais pas seulement. Il est aussi le meilleur moyen d’assurer qu’une boucle de « feedback » entre les gouvernés et les gouvernants fonctionne bien, de sorte que la société puisse profiter de toutes les informations disponibles pour répondre à ses problèmes en évolution. En fait, face à ce type de critique, mêmes Ophuls et Heilbroner, ont atténué leurs propos autoritaires [2], n’en déplaise à ceux qui veulent utiliser l’écoautoritarisme comme repoussoir. La meilleure réponse à l’écoautoritarisme, c’est qu’il n’atteindrait pas ces objectifs écologiques, pour des raisons de fond.

L’écologie institutionnaliste

29Chez les institutionnalistes, un rejet explicite de l’écoautoritarisme s’accompagne d’une déclaration de fidélité aux valeurs démocratiques d’égalité, de participation, et de contrôle du pouvoir. Les institutionnalistes sont ceux qui font le pari que les démocraties représentatives telles que nous les connaissons peuvent être transformées en « démocraties écologiques » par l’adjonction de nouvelles institutions et procédures, et par les effets que l’on peut en attendre. Ces réformes auraient pour but d’infléchir le fonctionnement de nos démocraties dans le sens d’une bien meilleure prise en compte de la finitude de notre planète. Ce qui distingue ce courant, c’est qu’il se positionne entre deux autres interprétations de la démocratie contemporaine : l’une voulant réduire la démocratie à sa forme représentative, l’autre mettant l’accent sur la mobilisation conflictuelle et extra-institutionnelle du peuple.

30À la différence des écoautoritaires, les penseurs institutionnalistes constituent un vrai courant. Ils sont souvent en dialogue entre eux et leurs critiques mutuelles expriment un souci commun : celui de concevoir des structures décisionnelles les plus aptes à répondre aux défis environnementaux. Nous nous limitons à une typologie des stratégies institutionnelles, en ordre croissant selon l’envergure des réformes envisagées. Et dans chaque cas, nous signalons quelques points de débat potentiel.

La constitutionnalisation des droits environnementaux

31La première stratégie consiste en un renforcement du statut des valeurs environnementales en leur donnant une place spécifique dans l’ordre constitutionnel. Tim Hayward prétend que les États qui constitutionnalisent les droits environnementaux augmentent par-là l’importance de la protection de l’environnement chez eux et donnent un signal aux autres nations de leur détermination à respecter les normes universelles du bien-être environnemental (Hayward, 2000). De même pour Michael Mason, la reconnaissance internationale de droits environnementaux crée d’importants outils pour la protection de l’environnement et pour la participation des citoyens à la prise de décision publique dans de nombreux domaines (Mason, 1999). À travers le monde, au moins soixante États, dont la France, garantissent à leurs citoyens un droit fondamental à un environnement sain. Le recours à une stratégie constitutionnelle suppose déjà que les structures législatives ordinaires ne suffisent pas à générer des lois suffisamment respectueuses de l’environnement. Potentiellement, on ouvre aux citoyens et aux organisations non gouvernementales environnementales une voie judiciaire qui les aide à renforcer la responsabilité des entreprises et de l’État dans le domaine de l’environnement. En même temps, il faut reconnaître que les déclarations de droits représentent souvent plus des aspirations que des réalités politiques.

Un porte-parole pour les générations futures

32Une deuxième stratégie institutionnelle consiste dans l’invention de nouvelles institutions, plus ou moins indépendantes du parlement, dont la fonction spécifique est de veiller au respect des normes de durabilité à tous les niveaux de l’État. C’est le cas du plus célèbre de ces institutions, le « ombudsman pour les générations futures », expérimenté par Israël et par la Hongrie dans la première décennie des années deux mille. Il s’agit de créer un poste en dehors des structures hiérarchiques du gouvernement, avec l’autorité de parler au nom des générations futures, de promouvoir (dans le cas israélien) des lois s’y rapportant, et de traiter des plaintes quant au non-respect des normes de la soutenabilité (Shoham, Lamay, 2006 ; Tremmel, 2006 : 6-8 ; Göpel, Arhelger, 2010 : 7). L’ombudsman hongrois peut se vanter d’avoir remporté certaines victoires sur la politique court-termiste de son pays. Il a réussi à renflouer les caisses d’une banque génétique pour les plantes cultivées lorsque cette banque a été menacée par des coupes budgétaires ; il est intervenu pour prévenir la construction d’une centrale électrique au milieu de la région vinicole du Tokay (Füllöp, 2014 : 75).

33Ces exemples montrent une chose : un défenseur des générations futures est presque par définition un gêneur. Défendre les intérêts futurs implique de soumettre les intérêts présents à de nouvelles contraintes. Dans un système représentatif, le gouvernement acceptera ce type de médiateur seulement si sa légitimité et son pouvoir sont strictement limités. Un ombudsman est nommé, et non élu ; il n’a pas de statut constitutionnel ; il n’a pas de rôle direct dans le processus législatif. D’où une certaine fragilité de son autorité. L’ombudsman israélien n’a pas osé utiliser ses plus lourdes armes juridiques, de peur de froisser les parlementaires (Shoham, Lamay, 2006, p. 248). En 2012, le gouvernement de Viktor Orban a aboli le poste d’ombudsman indépendant pour les générations futures. Ces expériences suggèrent que cette institution, bien qu’utile, n’a ni la capacité de se protéger contre le pouvoir représentatif classique, ni l’autorité de réorienter ses priorités économiques.

Nouvelles formes de représentation écologique

34Une autre possibilité avancée a été de changer les rapports de force au sein du système parlementaire lui-même. Il s’agirait soit d’ajouter un nouveau type de représentant au parlement, soit de changer les règles du fonctionnement parlementaire pour favoriser des décisions tenant compte du long terme. Nombreuses sont les propositions qui vont dans ce sens dans la littérature de l’écologie démocratique (Kavka & Warren, 1983 ; Dobson, 1996 ; Ekeli, 2005 ; Ball, 2006 ; Wells, 2014 ; Gardiner, 2014 ; Agius, 2006, Ekeli, 2009 ; Read, 2012). Deux exemples peuvent illustrer cette approche. Andrew Dobson a proposé qu’un certain nombre de sièges parlementaires soit réservé pour des députés élus selon le système suivant. Chaque électeur disposerait d’une seule voix, et il devrait choisir de voter, soit pour un représentant normal, soit pour un représentant des générations futures. Pour distribuer les sièges réservés, un nouveau type de compétition électorale se formerait spontanément. Des partis ayant différentes perspectives sur l’avenir proposeraient des programmes différents pour la protection des générations futures. Il se produirait donc une compétition pluraliste autour des questions du long-terme, de sorte que le long-terme puisse davantage peser dans l’adoption des lois. En même temps, le modèle représentatif du contrôle électoral du pouvoir serait respecté. Kristian Ekeli a imaginé un autre système qui modifie les règles du jeu parlementaire. Il propose qu’une minorité de députés – disons un tiers – puisse déclarer qu’un projet de loi touche aux intérêts des générations futures. Cette déclaration entrainerait un report du vote ou même l’organisation d’un référendum sur la question (Ekeli, 2009).

35Face à pareilles propositions, d’autres penseurs de l’écologie démocratique restent dubitatifs (Vogel, 1996 ; Haila & Dyke, 2006). L’espoir de combiner représentation et souci de l’environnement bute en premier lieu sur les présuppositions pluralistes de la démocratie représentative. Pour réserver des places à ces nouveaux représentants, il faudrait d’abord décider qui parle, vraiment, pour les générations futures. Cette question serait au plus haut sujette à controverses, voire impossible à résoudre. Par ailleurs, les incitations créées par les rythmes électoraux continueront à exercer une pression court-termiste sur tous les députés. Voulant se faire réélire, même les représentants des générations futures auront à prouver leur efficacité dans un délai de quatre ou cinq ans. Qu’ils puissent garder leur orientation futuriste dans ces conditions reste à démontrer. Quant à l’idée de recourir à des règles sous-majoritaires, on peut redouter que ces règles ne soient détournées régulièrement au profit d’autres objectifs politiques. Les minorités de tous bords – qu’elles s’intéressent aux générations futures ou non – s’en serviront pour extorquer des concessions à la majorité (Whiteside, 2013). De telles stratégies partisanes n’en feraient qu’une bouchée des vertus futuristes de ces députés.

Une démocratie écologique délibérative

36Pour limiter les effets négatifs de ces travers de la vie démocratique, une quatrième forme d’institutionnalisation est pensable, fondée sur la théorie de la démocratie délibérative. En effet, il ne serait pas exagéré de dire que, dans le monde anglophone surtout, la démocratie délibérative est devenue l’approche privilégiée des théoriciens de l’écologie politique. John Dryzek, Robyn Eckersley, Robert Bartlett, Graham Smith, Douglas Torgerson et maints autres – y compris nous-mêmes – s’en réclament. Le but d’une approche délibérative est de construire des institutions favorisant un dialogue inclusif et égalitaire entre citoyens, qui aboutit à des décisions rationnelles et justes pour tous les concernés. Pour ses défenseurs, une démocratie délibérative serait plus à même de tenir compte des effets secondaires de nos interactions avec la nature plus attentive aux questions du long-terme, plus apte à insister sur la précaution comme norme s’appliquant à nos choix technologiques (Eckersley, 2004 : 115-117). Le challenge de cette approche est double. Primo, il faut concevoir des arènes de décision démocratique d’où l’influence de l’opinion manipulée, des stratégies partisanes et des lobbys serait réduite. Secundo, il faut imaginer comment accorder des pouvoirs à ces arènes, de sorte qu’elles puissent exercer une influence réelle dans le fonctionnement de la démocratie.

37Encore une fois, deux exemples devraient suffire. Le premier consiste dans le recours à ce qu’on appelle parfois des « mini-publics » : un microcosme de la communauté est constitué moyennant le tirage au sort ; les citoyens choisis reçoivent ensuite une brève formation dans le sujet du débat ; ils peuvent questionner des experts ; et ils délibèrent entre eux sur les meilleures décisions à prendre. Le tirage au sort fait que le choix des participants ne peut pas être dicté par les intérêts organisés extérieurs. La période de formation et d’interaction avec d’autres acteurs et experts élève les débats au-dessus de la seule opinion. Le temps donné à la délibération favorise une décision pondérée qui tient compte de la diversité de valeurs au sein de la communauté. Ce type de chambre microcosmique a été expérimenté à travers le monde, notamment au Danemark, mais aussi en France, et par le théoricien de la démocratie James Fishkin (Andersen & Jäger, 1999 ; Fishkin, 2009).

38 Le deuxième exemple nous oblige à imaginer ce qu’aucun pays démocratique n’a essayé jusqu’ici : la création, à côté des deux chambres représentatives au niveau national, d’une nouvelle chambre délibérative qui aurait pour fonction spécifique la protection des générations présentes et suivantes. Des propositions allant dans ce sens deviennent de plus en plus courantes (Bourg, 2011 ; Dryzek & Niemeyer, 2008 ; Read, 2012 ; Latour, 2005). Plusieurs caractéristiques sont récurrentes dans ces projets différents. Il s’agit souvent de faire un appel systématique aux acteurs qui sont déjà le plus expérimentés et les plus engagés sur le terrain de la protection de l’environnement, les ONGE. On propose d’utiliser le tirage au sort dans le processus de sélection des participants, qu’ils soient personnalités qualifiées ou citoyens ordinaires. Et on insiste sur la nécessité de mettre en débat une grande diversité de disciplines scientifiques et de discours évaluatifs. Cette chambre disposerait de vrais pouvoirs, par exemple, d’un veto suspensif par rapport aux projets de loi émanant des autres chambres, ou éventuellement, le pouvoir de proposer des lois que les autres chambres auraient à débattre dans un délai défini. Concernant la France, cette proposition a été enrichie récemment : l’accent a été mis sur les enjeux de long-terme, ou plus exactement l’incidence de nos décisions sur les enjeux de long-terme (Bourg, 2017), objet de cette chambre ; sur la possibilité qu’elle aurait de faire remonter les expérimentations de modes de production et de vie nouveaux, en cours sur les territoires, pour en extraire des projets de loi possibles (Bourg, 2017). Par ailleurs, il n’y a pas à attendre d’une troisième chambre une efficacité immédiate. Elle montera en puissance avec la montée en puissance des problèmes eux-mêmes, avec leur devenir sensible pour les populations, processus qui a désormais commencé.

39La simple mention de réformes de cette envergure soulève des questions épineuses. Comment trouver le bon équilibre entre expertise et participation citoyenne ? Quels pouvoirs permettraient à cette assemblée de peser dans la politique d’un gouvernement élu, sans pour autant agir comme un dictateur éclairé ? Si la politique démocratique actuelle favorise le court terme, d’où viendra alors la volonté de réformer les institutions dans ce sens ? Ou encore, ne peut-on pas prétendre qu’une institution délibérative sera forcément injuste, parce qu’elle favorisera ceux qui maîtrisent les méthodes argumentatives dites rationnelles vis-à-vis de ceux qui les maîtrisent moins bien ? Dans un monde pluraliste, n’est-il pas naïf d’imaginer que le dialogue débouche sur un accord ?

Au-delà des institutions, une démocratie écologique agonistique ?

40Ces questions nous poussent à regarder au-delà des institutions, vers une sphère publique mouvementée et sans doute conflictuelle. « La nature est un champ de bataille », selon la formule de Razmig Keucheyan (2014). Il n’y aura jamais de consensus sur les grands enjeux environnementaux, parce que « le souci de l’environnement » recouvre un grand nombre d’aspirations contradictoires : sécurité (alimentaire, sanitaire, etc.) et protection d’une nature sauvage, forcément plus dangereuse ; égalité devant les bases biophysiques de la vie humaine et liberté d’utiliser ses bases selon son bon vouloir. Et ainsi de suite. Aucune perspective, si rationnelle soit-elle, ne permet de hiérarchiser toutes ces valeurs (Humphrey, 2014). Pour les théoriciens contemporains de la démocratie agonistique, aucun ordre institutionnel ne permet de faire la part des choses ; la communauté est traversée par des conflits de valeurs indéracinables (Mouffe, 1999 : 752). Il faut garder à l’esprit que le progrès social a souvent été le fruit de confrontations : grèves, occupations de sites, manifestations, et perturbations de la vie quotidienne confortable des autres. La démocratie n’est pas « un espace public unifié » comme dans la théorie de la démocratie délibérative ; elle est une « prolifération d’espaces publics radicalement nouveaux et différents » (Laclau, Mouffe, 1985 : 106). On doit concevoir la démocratie comme « l’arène » où s’affrontent des valeurs irréductiblement différentes. C’est dans cet esprit que Keucheyan appelle à « politiciser la crise » ; il faut mobiliser les personnes défavorisées par l’ordre capitaliste-Étatique actuel, afin qu’elles se battent pour « la justice environnementale ».

41Démocrate délibératif que nous sommes, nous ne pouvons pas nous empêcher d’observer que parler de « justice », c’est déjà miser sur quelque chose qui relie les intérêts des nantis et des démunis. Même un argument en faveur du conflit repose, au fond, sur l’espoir de trouver une sorte d’équilibre où les intérêts de tous sont bien pris en compte, de façon égalitaire, sans intimidation et manipulation des règles du jeu. Pour ceux qui prônent une démocratie agonistique et écologique, deux grandes questions se posent. 1) Comment une perspective « agonistique » peut-elle se réclamer de l’écologie, alors que, par définition, l’agonisme ne privilégie aucune revendication particulière ? Dans cette perspective, l’exploitation illimitée de la nature a autant de validité normative que toute revendication écologique. 2) Pourquoi penser que la confrontation joue en faveur des intérêts écologiques ? Nous avons tendance à penser le contraire. Normalement, les forces anti-environnementales ont le dessus dans les rapports de force politiques et économiques. Ce sont elles qui ont les moyens organisationnels et financiers d’agir dans la durée. Les premières victimes de la dégradation environnementale, par contre, ont du mal à se mobiliser, et ce, à cause des particularités des problèmes écologiques : ils agissent sur des populations dispersées, ils sont souvent invisibles ou cumulatifs avec des effets à retardement. Ce sont autant de facteurs démobilisateurs.

42Penser l’écologie politiquement, c’est précisément se pencher sur le défi inédit du gouvernement des problèmes qui, de par leur nature même, mettent à mal les présuppositions familières de nos institutions politiques, sociales et économiques. Les transitions nécessaires pour relever ce défi sont le sujet de tout ce dossier.

L’écologie catastrophiste (apocalypse/effondrement)

43On l’a abondamment constaté, le catastrophisme est partout. Et à l’heure où nous publions ce papier, nous avons infiniment plus de raisons, précises et étayées, à une échelle jusqu’alors inconnue, de redouter la catastrophe qu’à toute autre époque de l’histoire humaine. L’état écologique du monde a désormais pris un tour angoissant. Rejeter d’un revers de main la catastrophe est au mieux une manifestation d’ignorance, au pire de stupidité épaisse. Mais tout est dans l’abord des problèmes, l’angle choisi. Les catastrophistes dont il s’agit ici ne sont pas ceux pour qui la catastrophe constitue un horizon possible, mais ceux pour qui elle est l’objet premier d’intérêt et d’études. N’oublions pas non plus que l’idée de catastrophe accompagne la pensée écologique depuis les origines. Et n’oublions pas non plus qu’elle est récurrente au sein de l’histoire.

44Cela posé, les approches de la catastrophe sont elles-mêmes nombreuses. Il y a en premier lieu l’approche apocalyptique, mal nommée d’ailleurs, visant la fin de l’humanité. En second lieu, il y a l’idée d’effondrement qui renvoie à la fin d’un monde, et dans le passé à la fin de nombreuses sociétés, et non à la fin du monde. La fin d’un monde globalisé, étant allé jusqu’au bout de son délire, peut toutefois s’approcher de la fin du monde. Quoi qu’il en soit, la fin d’un monde devrait donner lieu à un long processus, avec des rythmes et une brutalité très variable selon les lieux, comme ce fut le cas pour Rome. Enfin, on peut se focaliser soit sur l’évitement de la catastrophe, soit sur les reconstructions qu’elle rend possibles.

45Rappelons en premier lieu le rôle joué par le rapport Meadows de 1972, qui a crédité l’idée d’un horizon catastrophique possible, à quelques décennies de distance. Mais si l’on en croit l’étude approfondie d’Hicham-Stéfane Afeissa, La Fin du monde et de l’humanité. Essai de généalogie du discours écologique (2014), le motif catastrophiste, et même apocalyptique, a des origines plus anciennes. Selon l’auteur, le discours de l’écologie politique des années 1970 doit sa forme discursive, ses structures de pensée, au discours apocalyptique inspiré de la réalité et de la menace nucléaires. Et au premier chef les réflexions de Günther Anders, mais aussi celles de Jaspers ou Schell. Mais plus profondément, ce discours s’alimente à des schèmes de pensée plus anciens, ceux-là même de la théologie chrétienne, ceux construits pour l’interprétation de l’apocalypse biblique. Il ne s’agit pas de réduire ces discours à un schème purement imaginaire, mais au contraire de débusquer le recours à des schèmes imaginaires pour penser un réel menaçant et rude à appréhender.

46Avec Jean-Pierre Dupuy (2002), s’inspirant de Hans Jonas, le problème n’est plus de penser l’apocalypse mais les mécanismes qui nous y conduisent et les formes d’évitement possible. La démarche de Dupuy le conduit à interroger la croyance et ses soubassements métaphysiques, l’impossibilité où nous sommes d’adhérer aux représentations catastrophistes touchant le futur, proviendraient-elles des savoirs physiques et scientifiques les plus assurés possible. La solution préconisée – mais en est-ce une ? – est de faire comme si la catastrophe était certaine, à un epsilon près, et de mettre à profit le peu qui nous en sépare encore pour tenter de l’éviter. Tel est le catastrophisme éclairé.

47Enzo Lesourt (2018) réinterroge la philosophie politique et y discerne la tentative reconduite à chaque grande époque de répondre à la question et au défi de faire durer la Cité. La question est celle de l’excédent, excédent d’énergie, dans la suite de La Part maudite de Bataille, le concept d’énergie permettant de penser à la fois l’énergie au sens physique et au sens social, celui de l’énergie thumotique, du thumos des Grecs. Avant même l’apparition de la philosophie, les sociétés orales ont dû élaborer leur propre stratégie de traitement de l’excédent et de durée. Il reviendra à la philosophie politique classique d’exprimer la stratégie de traitement de l’excédent et de la colère propres aux sociétés traditionnelles. Les guerres de religion mettront un terme définitif au monde traditionnel et déboucheront sur un traitement nouveau de l’excédent, au travers de l’accumulation de la richesse matérielle. Il en résulte désormais les menaces inouïes qui remettent en cause l’habitabilité de la Terre. Lesourt se tourne alors du côté de l’écologie politique arcadienne pour y puiser les éléments d’une nouvelle stratégie de la durée.

48Luc Semal (2012) interroge quant à lui les relations de la catastrophe à la démocratie et montre, au travers de l’étude de villes en transition, comment la catastrophe peut constituer une incitation à imaginer un avenir nouveau, et donc un moteur démocratique, contrairement à la doxa qui prévalait en la matière.

49L’effondrement des sociétés peut aussi constituer par lui-même un objet d’études, l’objet de la collapsologie. Nous évoquerons à ce sujet en premier lieu le modèle HANDY devenue célèbre à ce sujet, essai de modélisation du devenir des sociétés en lien avec leur niveau d’inégalités (Motesharrei, 2014). Cette étude repart du modèle proies – prédateurs bien connu des biologistes, censé recouvrir la relation riches (élites) – pauvres (travailleurs), mais l’enrichit en tenant compte des capacités techniques humaines. Sur ces bases sont distingués trois idéaux-types de société : égalitaire, sans élites ; équitable ; inégalitaires avec accaparement des richesses. Il en résulte quatre trajectoires différentes : l’équilibre population et environnement ; des oscillations précédant l’équilibre ; une alternance de périodes de croissance et d’effondrements ; une croissance forte débouchant sur un effondrement irréversible. L’essentiel étant qu’apparaissent avec ce modèle les liens unissant degrés d’inégalité et relation à l’environnement, les inégalités conduisant immanquablement à un effondrement, et ce même en cas de consommation faible. A contrario, seules les sociétés égalitaires échappent à l’effondrement. Outre ce modèle, dans leur livre, Pablo Servigne et Raphaël Stevens (2015), ont rédigé l’étude « prospective » la plus complète sur la question de l’effondrement, Comment tout peut s’effondrer. Pablo Servigne, accompagné de Gauthier Chapelle (2017), a poursuivi ses investigations en montrant en quoi un effondrement ne signifie pas que déferlement de violence, mais peut aussi favoriser de puissants comportements d’entre-aide. Évoquons également l’étude historique et anthropologique de Jared Diamond, Collapse (2005), où il a cherché à dégager les facteurs récurrents des effondrements sociaux environnementaux passés, et a mis en évidence le temps long, historiquement parlant, des effondrements. Une idée que défend également Michael Greer (voir entretien ici même) et qu’avait aussi développée James Kunstler dans The Long Emergency (2005).

50Ajoutons à ces évocations que l’effondrement est parfois présupposé par certaines reconstructions des sociétés, thématiquement et consciemment ou non. Il est en effet difficile d’imaginer le moindre avenir au municipalisme libertaire tel que le conçoit Murray Bookchin sans effondrement préalable des grands États. La chose semble sous-entendue par William Ophuls lorsqu’il manifeste son désir de petits États, démocratiques mi-jeffersoniens, mi-rousseauistes (2011).

51Enfin, tout en sortant du périmètre de l’écologie politique, évoquons le tour désormais apocalyptique de toute une littérature scientifique qu’il s’agisse de l’apparition de vagues géantes et d’une montée de plusieurs mètres en quelques décennies du niveau des mers au cours du siècle, de l’« anéantissement » des vertébrés sauvages, du basculement des écosystèmes ou du devenir inhabitable d’une partie de l’Asie du Sud, etc.

52Ce que la, ou plutôt les catastrophes seront reste une inconnue majeure. Il est difficile de faire mieux que d’éviter les caricatures. Nous sommes d’ailleurs probablement déjà entrés dans une dynamique lente d’effondrement, avec une explosion des inégalités tant sociales que territoriales, une fragmentation du paysage de l’information qui défie le fonctionnement des démocraties. Sans une telle fragmentation, sans par exemple Fox News, il est en effet difficile de comprendre l’élection de Trump par ceux dont il dessert le plus les intérêts élémentaires. Partout, les institutions chancellent, les populismes et le rejet des mécanismes démocratiques gagnent, sur fond d’apparition de démocratures, çà et là. Des pénuries diverses s’annoncent désormais et le climat semble s’emballer. Etc. Mentionnons, pour en terminer avec ce tableau, l’inadéquation de la notion classique de « risque » face aux événements qui se profilent. Nous renvoyons le lecteur à la notion de « dommages transcendantaux » (Bourg, 2013) pour désigner les dégradations à venir touchant l’habitabilité même du système-Terre, et non plus telle ou telle dégradation circonscrite dans le temps et l’espace.

L’écologie grassroots

53Dès les années 1970, différents auteurs ont opposé à l’idée d’une transformation politique de la société, non nécessairement par le haut, mais affectant d’emblée sa totalité, celle d’une transformation résolument par le bas, par petites touches ou taches. L’idée est bien sûr de se changer soi-même, d’adopter un mode de vie en rupture avec le mode industriel, et ce non de façon individualiste et isolée, mais d’emblée sociale, fût-ce à une très petite échelle. La permaculture s’est d’emblée pensée comme une « réponse à la fois éthique et pragmatique, philosophique et technique » (Holmgren, 2002 – 2014) à une situation inédite, à un horizon de pénurie en termes de ressources, à commencer initialement par le pétrole, et d’effondrement économique. Mais c’est une réponse qui associe espèces animales et végétales (Mollison B. et Holmgren D., 1978), pour une mise en œuvre immédiate, dans des poches laissées pour compte, sans attendre quelque révolution politique et globale. Le mouvement des villes en transition (Hopkins, 2008) a suivi un peu la même trajectoire, avec la même inspiration permaculturelle. La perspective politique, à l’échelle locale toutefois, est plus prononcée, ne serait-ce que parce que le lien avec les autorités territoriales est encouragé. Le mouvement des écovillages relève d’une inspiration voisine.

54L’écologie profonde d’Arne Næss présente une autre configuration. Il s’agit bien aussi d’une entrée en politique, le but étant un changement de la société, de ses techniques et de son économie, mais avec pour point d’appui une approche résolument éthique de la question naturelle. Le point de départ est en quelque sorte double, d’un côté la volonté d’un dépassement moral de l’anthropocentrisme, au bénéfice d’un biocentrisme initialement non hiérarchisé, puis hiérarchisé ; et de l’autre, une écosophie tirant son inspiration, en matière de conception de la société et de transformation sociale, de la connaissance scientifique des écosystèmes. Il y a bien ici comme un projet alternatif à celui de l’écologie arcadienne. Le domaine circonscrit est identique, avec à l’arrière-plan l’héritage de la pensée écologique, mais la façon de l’aborder est opposée : on va ici de la critique de l’anthropocentrisme vers celle des techniques, et non l’inverse comme pour l’écologie arcadienne.

L’écologie constructiviste

55Il est difficile de ne pas aborder l’œuvre de Bruno Latour pour autant qu’il, et ses disciples, revendiquent quelque filiation avec l’écologie politique [3]. Et pourtant, nous sommes transportés dans un univers conceptuel franchement différent de tous les courants évoqués ici, tout du moins avant le tournant récent intervenu à l’intérieur même de Face à Gaïa (2015), entre les premières conférences et les suivantes. Ici nous ne nous occuperons que des Politiques de la nature (1999). Latour y défend l’hypothèse de l’émergence d’un système, associant un continuum social d’êtres humains et non humains – reliés de façon inextricable par de multiples objets dits hybrides, parce qu’empruntant aux uns et aux autres –, un système voué à résorber de façon polémique de plus en plus d’entités externes, relevant de ce qu’on appelait autrefois la nature.

56Aux oppositions traditionnelles société et nature, politique et science, se substitue chez Latour un collectif dynamique, en croissance perpétuelle, mu par les technosciences et la création incessante d’objets chevelus nouveaux. À la société fait place une manière de mégamachine, à prétention universaliste, à l’aune d’un marché désormais mondial, en expansion constante, s’accroissant sans cesse au détriment d’un tiers extérieur.

57Il y a là une forme inédite d’esprit objectif, mais sans essence pour en guider le développement ni sans aucun achèvement possible, sans fin de l’histoire envisageable. Il n’est aucune extériorité transcendante à ce collectif, aucune nature qui pourrait lui imprimer du dehors quelque ordre, ni trancher par le haut les conflits qui l’animent (p. 53). Le collectif ne constitue pas non plus une pure construction sociale, affirmée à la faveur du déni de toute extériorité (p. 51). Il existe bien un dehors pour Latour, mais il est en quelque sorte voué à être résorbé par l’avancée des sciences et leur cortège d’« objets chevelus » – parce que défiant les anciennes distinctions –, voué à être phagocyté par un collectif en expansion constante. Le collectif-monde est promis à un accroissement continu, sous la pression même du mouvement inhérent aux technosciences ; elles ne cessent de capturer des réalités extérieures ou des natures nouvelles, et indissolublement de produire des réalités intérieures tout aussi nouvelles (p. 60-61). Des réalités qu’il convient sans cesse d’intégrer au monde commun, de façon polémique.

58Cette mégamachine est à deux temps, elle ne cesse d’assimiler par création d’hybrides, feu la nature, qui a désormais perdu toute verticalité et toute velléité normative ; cette expansion continue suscite un mouvement interne tout aussi permanent de réagencement et de hiérarchisation. Le travail de composition du vivre ensemble est en effet permanent. Ce processus débouche in fine sur un collectif ultime, universel et universaliste, à l’aune de l’économie-monde d’aujourd’hui et du maillage technoscientifique global de la planète.

59Cette tendance à la globalisation est indéniable et on ne saurait reprocher à Latour de la mettre en lumière. Est en revanche sujette à critique la façon totalement dédramatisée, sans aspérités et sans enjeux, dont il l’aborde [4]. Le collectif en question délaisse sur ses marges dans une misère relative 5 milliards d’êtres humains et soumet encore des milliards de non humais animaux à des traitements industriels cruels. Il n’en est dit mot, mais surtout ce genre de constat ne semble en rien pouvoir embrayer avec l’herméneutique stratosphérique latourienne. Les approches propres à la sociologie critique ne semblent pas pouvoir recevoir la moindre place, en ce double sens : aucune norme transcendante, de justice, n’est compatible avec l’humanisme expérimental ; par ailleurs, aucune lecture en termes de rapports de force ne saurait y avoir droit de cité. Le collectif latourien, tel qu’il est élaboré dans Les Politiques de la nature et pour autant qu’on anticipe quelque peu, semble même pouvoir constituer le support sociologique d’un destin de chancre cosmique pour le genre humain.

60Quoi qu’il en soit, et en dépit de ce qu’il revendique, la posture latourienne me semble au rebours d’une approche écologique. L’interrogation sur les techniques et la critique de l’anthropocentrisme sont bien présentes, mais elles conduisent à des résultats au rebours de ceux de l’écologie politique. Il n’est en effet rien de plus étranger au collectif que l’idée de confrontation à quelque limite que ce soit ; l’expansion indéfinie lui appartient par essence. Et cette expansion, quand bien même elle ne cesse d’intégrer des non humains, n’en est pas moins mue par le travail très anthropocentré des laboratoires. Certes les non humains sont des « actants », ils nous résistent et nous surprennent, mais ils n’en résistent pas moins à nos assauts et non d’eux-mêmes. Plus encore, le sens du tragique qui aura tant marqué la pensée écologique avec son obsession de l’effondrement, voire de l’apocalypse, sont ici totalement absents, au même titre qu’une attention, fût-ce minimale, à l’injustice et aux inégalités. Il en ira différemment avec le cru Latour post-COP 21.

L’écologie anarchiste

61Il est encore un courant important, celui de l’écologie anarchiste qui puise ses racines au xixe siècle comme l’a notamment montré Serge Audier, avec au premier chef le géographe Élisée Reclus. La figure dominante de la seconde moitié du xxe a été l’américain Murray Bookchin avec sa proposition d’une écologie sociale, débouchant sur une réorganisation de la société autour du municipalisme libertaire. L’angle propre à ce courant est le refus de la domination, tant celle que les êtres humains exercent les uns à l’encontre des autres, qu’à l’égard de la nature. Au-delà de Bookchin et de Reclus, mentionnons des auteurs plus contemporains comme Alan Carter, et sa critique de l’État, ou encore Takis Fostopoulos. Un développement concernant ce courant sera ultérieurement ajouté (développement à venir).

62* * *

63L’écologie politique a de loin devancé ce qu’on appelle le développement durable. Ce dernier a même été construit pour lui faire pièce. L’envolée des flux de matières et, dans une moindre mesure ceux d’énergie, d’un côté, celle des inégalités de l’autre, sanctionnent l’échec du développement durable. Notons toutefois que ce qu’on nomme la durabilité forte, dans la définition que lui donne Bryan Norton, recueille l’héritage de la pensée écologique : scepticisme vis-à-vis des techniques et contestation de l’anthropocentrisme.

64Revenons au contexte de l’écologie politique dont nous étions partis en introduction. Plus d’un demi-siècle après, il est à la fois identique et très sensiblement différent. Identique en ce que le credo niais dans la toute-puissance des techniques et la volonté de ne changer le système qu’à la marge, sont plus forts qu’ils ne l’ont jamais été, avec l’association entre l’idéologie transhumaniste et l’organisation néolibérale du monde. Différent en ce que nous sommes entrés dans l’Anthropocène, avons franchi quatre des neuf limites planétaires (Rosckström, 2009, et Steffen, 2015), consommons 1,7 planète avec franchissement annuel des capacités productives de la Terre le 2 août en 2017, au lieu du 24 décembre en 1970, avec une population humaine qui a doublé entre temps. Ce qui n’empêche nullement les thuriféraires du progrès d’entonner la chanson du « bon Anthropocène ». Le temps des échéances s’est par ailleurs terriblement raccourci. Nous n’avons plus, comme les Meadows à l’époque, un demi-siècle devant nous. Les menaces concernent les générations présentes et les suivantes, et non plus les générations futures. L’idée même d’une sorte de complot, si l’on suit Latour (2017), n’est même plus absurde. Compte tenu de la dérive inégalitaire que nous connaissons, des connaissances que possèdent des élites cyniques quant à la situation de la planète (que l’on songe à l’affaire Exxon et à la preuve que les dirigeants possédaient les meilleures connaissances disponibles sur le changement climatique dès les années 1970), des millions de dollars qu’elles consacrent à convaincre les foules du contraire, notamment aux USA, il est difficile de ne pas s’interroger sur leur volonté d’abandonner à leur sort lesdites foules ? Comme l’écrit désormais un tout autre Latour : « tout se passe comme si une partie importante des classes dirigeantes (ce qu’on appelle aujourd’hui de façon trop vague les « élites ») était arrivée à la conclusion qu’il n’y aurait plus assez de place sur Terre pour elles et pour le reste de ses habitants ».

Notes

  • [1]
    Texte (Une seconde nature II) de 1989 cité par Thierry Paquot dans l’article du Dictionnaire de la pensée écologique (Puf, 2015) dédié à Charbonneau.
  • [2]
    Ophuls a reconnu « le bilan catastrophique » des régimes « administratifs » du vingtième siècle ; il a déclaré en 1992 que « nous avons besoin d’un gouvernement efficace qui oblige l’humanité à vivre selon ses moyens écologiques mais qui ne nécessite pas la fondation d’un Léviathan écologique » (Ophuls & Boyan, 1992). Dans la réédition de 1991 de Inquiry into the Human Prospect, Heilbroner reconnaît avoir « manqué de prendre pleinement la mesure des difficultés auxquelles doit faire face toute tentative de gérer une économie planifiée et centralisée. » (1991)
  • [3]
    Je reprends ici des éléments de D. Bourg, 2015, « Bruno Latour ou les errements des objets hybrides », Jahrbuch Technik philosophie, Ding und System, Diaphanes, Zürich-Berlin, pp. 31-41
  • [4]
    Latour est même allé jusqu’à développer le thème selon lequel nous devions « aimer nos monstres », voir par exemple : Latour B., 2011, « Love Your Monsters : why We Must Care for Our Technologies As We Do Our Children », Breakthrough Journal, no 2, pp. 21-28.
Français

Cet article, après avoir restitué succinctement le contexte historique de l’écologie politique, en avoir rappelé les racines, propose une typologie des écologies politiques. Le premier courant apparaît dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’écologie malthusienne. Une place particulière est attribuée à l’écologie arcadienne à laquelle on a tendance à réduire l’ensemble de l’écologie politique. Les autres courants sont les suivants, les écologies : autoritaire, institutionnaliste, catastrophiste, grassroots, constructiviste et anarchiste.

Mots-clés

  • écologie politique
  • typologie
  • démographie
  • institution
  • bien-être
  • critique des techniques
  • autoritarisme
  • catastrophisme
  • grassroots
  • constructivisme et anarchisme
English

Political ecologies a typology attempt

This article, after having returned the historical context of political ecology, to have recalled the roots, proposes a typology of political ecologies. The first current seen at the end of the Second World War, the Malthusian ecology. A special place attributed to Arcadian ecology to which the political ecology is reduced. The other currents are the following, ecologies: authoritarian, institutionalist, catastrophist, grassroots, constructivist and anarchist.

Keywords

  • political ecology
  • typology
  • demography
  • institution
  • well-being
  • criticism of techniques
  • authoritarianism
  • catastrophism
  • grassroots
  • constructivism and anarchism
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Dominique Bourg
Professeur à l’Université de Lausanne en Suisse
Kerry Whiteside
Professeur à Franklin and Marshall College, Lancaster, Pennsylvanie
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Mis en ligne sur Cairn.info le 17/04/2018
https://doi.org/10.3917/lpe.001.0001
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