Après la plainte pour viols déposée par Florence Porcel contre Patrick Poivre d’Arvor, qui nie les faits, d’autres femmes témoignent, notamment sur Twitter, d’agissements déplacés et à caractère sexuel de la part de l’ancien présentateur du journal télévisé de TF1.

Patrick Poivre d'Arvor a été pendant plus de 20 ans l'une des figures des journaux de TF1
Patrick Poivre d'Arvor a été pendant plus de 20 ans l'une des figures des journaux de TF1 © AFP

À chaque nouvelle affaire de viol ou d’agression sexuelle concernant un homme influent, Twitter devient une chambre d’écho retentissante. Pourtant, le tout premier témoignage contre Patrick Poivre d'Arvor s’est fait loin des réseaux sociaux, dans un livre. C’est celui de Florence Porcel, écrivaine, youtubeuse, ancienne animatrice et vulgarisatrice scientifique. En janvier dernier, elle sort discrètement un roman : "Pandorini", qu’elle décrit comme "l’histoire, banale, d’une jeune fille inexpérimentée qui fait une mauvaise rencontre. Sauf que la rencontre en question est un des hommes les plus célèbres de France."

"Ce livre, c’est mon histoire"

Dans le livre, la narratrice se retrouve sous l’emprise d’un acteur très célèbre, "le Marlon Brando du cinéma français", Jean-Yves Pandorini. La jeune fille est fictive, Pandorini aussi. Et pourtant, sur son compte Instagram, Florence Porcel écrit le 6 janvier dernier : "On ne va pas se mentir : c’est mon histoire."

Dans le récit, aucun indice ne permettait de déceler l'homme dissimulé sous les traits de Pandorini. Jusqu’à ce jeudi, quand Le Parisien dévoile que Florence Porcel a porté plainte pour viols contre l’ancien présentateur du 20h de TF1. Une enquête préliminaire est ouverte et de son côté, PPDA nie ces accusations qu’il estime "absurdes et surtout mensongères" et qui servent, selon lui, à "l'instrumentaliser pour assurer la promotion d'un roman". Son avocat Me François Binet a annoncé qu’il dépose deux plaintes, l’une pour diffamation publique et l’autre pour dénonciation calomnieuse.

"Seule avec lui, j’ai eu peur"

Immédiatement sur Twitter, d'autres femmes témoignent de leur rencontre avec Patrick Poivre d'Arvor. Aucune ne l'accuse des mêmes faits que ceux que dénonce Florence Porcel, mais elle évoquent des situations ambiguës et parfois traumatisantes.

L’une d’entre elles est journaliste. Nathalie* a rencontré PPDA pour la première fois en Afrique du Sud en 2009, lorsqu’elle avait 27 ans. Il y présentait un évènement, et elle était chargée, avec d’autres journalistes, d’écrire ses textes. Elle raconte : "Nous avions une réunion avec lui pour discuter de ces fameux textes, mais _il s’est débrouillé pour me faire monter seule dans sa chambre, avant les autres_. Tout de suite, en trois minutes, il a fait dériver la conversation sur des questions intimes : 'Est-ce que vous êtes célibataire ? Non ? Alors est-ce que vous êtes fidèle ?'" Pour mettre de la distance entre eux, Nathalie raconte qu'elle se rend sur la grande terrasse de sa suite d’hôtel. "Il arrive derrière moi et commence à me caresser le dos." Selon ses dires, il lui demande si elle veut boire quelque chose ; elle accepte, uniquement pour qu’il la laisse tranquille un moment. Par texto, elle presse les autres journalistes d’arriver. "Je me souviens avoir été tellement soulagée quand ils sont arrivés. Seule avec lui, j’ai eu peur."

Dans les jours qui ont suivi, l’homme, sexagénaire à l’époque, ne l’a plus lâchée, selon Nathalie : "C’était une horreur. Il m’envoyait des messages en pleine nuit pour me demander quelle était ma tenue pour dormir, il insistait, c’était extrêmement déplacé." Et puis, elle dit qu'il a fini par arrêter : "Je l’ai rembarré quelques fois et ça s’est tassé comme ça." Quand elle raconte cette histoire autour d’elle, son entourage est unanime : "Ça n’a étonné personne."

Chambre d'hôtel

Peu à peu, les témoignages font émerger des similitudes dans les récits. Sur Twitter, une jeune femme raconte avoir elle aussi été victime d’une stratégie similaire, avant de supprimer son tweet parce qu'elle a reçu des insultes. "C’était en 2005, j’étais maquilleuse et nous avions un stand dans un hôtel sur la Croisette. On m’a demandé de venir en renfort pour maquiller PPDA. À mon arrivée, _on m’informe qu’il tient à ce que je le maquille dans sa chambre_. J’ai refusé." Mais selon cette maquilleuse, devenue aujourd'hui orthophoniste, l’affaire ne s’arrête pas là. Le présentateur l'aurait alors retrouvée sur le stand, où "il laissait traîner ses mains, se penchait vers ma poitrine pour renifler mon parfum"

Textos intimes, tard le soir

Dans ces récits, il y a les gestes et puis il y a les mots. Selon le témoignage de Nathalie, les questions que Patrick Poivre d'Arvor lui a posées reviennent dans d’autres récits, à commencer par le livre de Florence Porcel, "Pandorini".

Dans ce roman, à la mort de l’acteur fictif, une femme – tout aussi fictive - témoigne de l’agression sexuelle qu’il lui a fait subir. Tout commence par ces échanges : "Il a voulu savoir si j’avais un petit ami. J’ai répondu oui, je me suis dit qu’il me laisserait tranquille, mais aussitôt il m’a demandé si j’étais fidèle… J’ai halluciné !". Et plus tard, lors de la première discussion téléphonique entre la narratrice, 19 ans, et Pandorini : "Vous êtes habillée comment, là ? […] Et en dessous ? […] Vous vous caressez souvent ?"

Les appels et textos tardifs, Justine* aussi témoigne en avoir reçus de la part du septuagénaire. En 2015, cette journaliste indépendante l’interviewe. Elle écrit sur Twitter :  "On m’avait briefée : _avec PPDA, il vaut mieux être en jogging qu’en décolleté_." Après l’entrevue, elle raconte qu’il l’invite à diner, elle refuse. Elle dit alors avoir reçu des dizaines d’appels insistants, des questions très intimes. "J’ai laissé courir, avant d’apprendre que le grand homme avait appelé ma rédaction pour leur dire que je n’étais pas professionnelle, qu’il fallait me virer."

Ces témoignages ne font donc pas état d'une situation d'agression sexuelle ni de viol. Nathalie en a parfaitement conscience : "Mon histoire n’est absolument pas comparable à celle vécue par Florence Porcel. _Si je témoigne, c’est pour faire masse autour d’elle, par sororité_."

*Les prénoms ont été modifiés

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