Violences sexuelles PPDA accusé de viols par Florence Porcel : que sait-on de l’affaire ?

L’écrivaine Florence Porcel a porté plainte contre Patrick Poivre d’Arvor, ex-présentateur phare du JT de TF1. Elle l’accuse de viols entre 2004 et 2009. Lui nie les faits et annonce son intention de porter plainte à son tour.

Par Alexandra Milhat - 19 févr. 2021 à 18:00 | mis à jour le 24 févr. 2021 à 18:01 - Temps de lecture :
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Florence Porcel accuse Patrick Poivre d'Arvor de viols. Le parquet de Nanterre a ouvert une enquête. Photo: Martin BUREAU/AFP

La parole continue de se libérer. Et cette fois, il s’agit d’accusations de viols contre Patrick Poivre d’Arvor, icône du petit écran français depuis trois décennies.

Sa victime présumée : l’écrivaine Florence Porcel, dont la plainte a été rendue publique ce jeudi soir. Une enquête a été ouverte par le parquet de Nanterre. Lui nie les faits et annonce son intention de porter plainte à son tour. Retour sur cette affaire.

Qui est Florence Porcel ?

Florence Porcel est âgée de 37 ans. L’écrivaine, qui a publié cinq livres, dont « Pandorini » en 2021 - qui fait implicitement référence à cette affaire -, s’est fait connaître grâce à ses vidéos Youtube dans lesquelles elle vulgarise de thématiques scientifiques. Sur son site internet, la jeune femme se décrit aussi actrice et animatrice. Elle a officié en effet sur France Inter en tant que chroniqueuse scientifique et co-animatrice de l’émission « Le quiz de la tête au carré », entre 2013 et 2014. Auparavant, elle était également animatrice sur France 5.

Florence Porcel est très présente et suivie sur les réseaux sociaux, notamment sur Twitter. Son nom est aussi devenu familier en 2019, lorsqu’elle a témoigné dans l’affaire de la « Ligue du LOL » , dans laquelle des journalistes influents, blogueurs, publicitaires ou communicants ont été accusés de harcèlement à connotation sexuelle à l’encontre de nombreuses victimes, entre 2000 et 2010.

« Tout a commencé en 2010. J‘étais assez présente sur les réseaux sociaux à l’époque et ils ont décidé de s’en prendre à moi, je ne sais pas trop pourquoi. J’ai eu le droit à un photomontage pornographique très dégradant. C’était leur méthode », avait-elle témoigné auprès de France Info. « Ils sont même allés jusqu’à se rendre sur mon lieu de travail. Ils étaient cinq et m’ont entourée physiquement. C’était extrêmement intimidant. Ça m’a traumatisée », racontait-elle.

Quelles sont les accusations portées contre PPDA ?

Les faits se seraient déroulés entre 2004 et 2009 lorsque Florence Porcel était encore étudiante à la Sorbonne, comme l’a révélé jeudi Le Parisien.

Sa première rencontre avec PPDA, de 36 ans son aîné, remonte à l’automne 2004. À l’époque, la jeune femme est très admirative des écrits publiés par le journaliste. Elle lui envoie une lettre, dans laquelle elle lui confie son émotion à la dernière lecture de son roman, et lui demande des conseils professionnels sur ses écrits.

Quelques jours plus tard, Patrick Poivre d’Arvor l'aurait appelé, lui posant plusieurs questions intimes, dont « une description de son apparence physique, des questions franches et embarrassantes sur sa vie intime » et sur sa virginité, précise Le Parisien, avant de l'inviter dès le lendemain à assister au JT du 20 heures dans les locaux de TF1.

Après le JT, la jeune femme relate avoir été conviée dans le bureau de la vedette, dans lequel elle se serait rendue. Il l'aurait agressée sexuellement, alors qu'elle était encore vierge. Sous le choc et paralysée, elle dit ne pas être parvenue à réagir pour fuir. Elle assure que le rapport sexuel n’était pas consenti. Après le viol, Patrick Poivre d’Arvor lui aurait dit : « Est-ce que vous réalisez que vous êtes devenue une femme ? ».

L’autre viol aurait eu lieu en 2009, après une période de relations consenties. Florence Porcel sollicite de nouveau PPDA pour une interview dans le cadre du mémoire de son master. À cette période, il n’est plus présentateur de JT de TF1 mais continue d’être à la tête d’émissions littéraires. Le jour du rendez-vous dans le bureau de ce dernier, celui-ci aurait refusé de répondre aux questions professionnelles posées par l’étudiante. Il l’aurait immobilisée dans un coin à l’abri des regards et l'aurait contrainte à une fellation non protégée.

Où en est l'enquête ?

L’écrivaine dit avoir voulu porter plainte en 2009 mais craignait d’être décrédibilisée face à la solide réputation de Patrick Poivre d'Arvor et son influence dans le monde médiatique.

Elle a finalement franchi le pas cette année. Ce jeudi, le parquet de Nanterre a annoncé avoir ouvert une enquête préliminaire contre PPDA, dans le cadre de la plainte déposée par Florence Porcel pour « viols ». Confiée à la Brigade de répression de la délinquance à la personne (BRDP) de la police judiciaire parisienne, l'enquête «en est à ses tout débuts», selon le parquet.

À ce stade, ni la plaignante ni le journaliste n'ont été entendus par les policiers et aucun juge d'instruction n'a été désigné.

Quelle est la défense de Patrick Poivre d’Arvor ?

Le journaliste et romancier nie les faits. Selon son avocat , qui a réagi dès jeudi soir, il «récuse fermement» les accusations «absurdes et mensongères» de viol portées à son encontre par Florence Porcel.

PPDA se dit «révolté par la manière dont on cherche à l’instrumentaliser pour assurer la promotion d’un roman», a poursuivi Me François Binet dans son communiqué, précisant que l’ancien présentateur était prêt à être entendu par les enquêteurs, et comptait déposer plainte pour «dénonciation calomnieuse» contre Florence Porcel.

D’autres témoignages accablants

Ce vendredi, plusieurs autres témoins ont accepté de répondre, pour la plupart anonymement, au Parisien. PPDA y est qualifié de « gros dragueur bien lourd ». De nombreuses journalistes relatent les comportements très insistants et pressants de ce dernier. « Il connaît tout Paris et bénéficie toujours de puissants soutiens dans les médias, dans le milieu de l‘édition et parmi les politiques grâce à ses amitiés créées à l’Élysée sous Mitterrand puis sous Chirac… » déplore une reporter de TF1.

Lorsque des femmes se présentaient au bureau de PPDA, celles-ci étaient surnommées « le McDo de Patrick » par ses deux assistantes. À la rédaction de TF1, les journalistes alertaient également les nouvelles venues : « Fais gaffe, ne monte jamais seule dans l‘ascenseur avec PPDA ».