AbonnésFaits divers

Procès de l’attentat avorté de Villejuif : peine maximale requise contre Sid-Ahmed Ghlam

Le paquet national antiterroriste a réclamé ce lundi la réclusion criminelle à perpétuité contre le principal accusé de ce projet d’attentat contre deux églises en 2015. Un homme qui, selon l’accusation, est aussi «le seul responsable» de la mort d’Aurélie Chatelain.

 Sid-Ahmed Ghlam (ici  le 5 octobre) a accueilli ces réquisitions avec le même détachement qu’il arbore depuis le début de son procès.
Sid-Ahmed Ghlam (ici le 5 octobre) a accueilli ces réquisitions avec le même détachement qu’il arbore depuis le début de son procès. AFP/Benoît Peyrucq

« Aucune autre peine que le maximum n'est envisageable. » A l'issue d'un réquisitoire dense de cinq heures et demie, le parquet national antiterroriste (PNAT) a, sans surprise, réclamé la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une période de sûreté de 22 ans contre Sid-Ahmed Ghlam. Accusé d'avoir voulu commettre, au nom de Daech, un carnage dans une église de Villejuif (Val-de-Marne) et d'avoir tué une professeure de fitness au printemps 2015, l'étudiant algérien de 29 ans a accueilli ces réquisitions avec le même détachement que celui qu'il arbore depuis le début de son procès devant la Cour d'assises spéciale.

Les deux avocates générales qui se sont succédé sont longuement revenues sur les lourdes charges qui pèsent sur ce jeune homme distant, dont l'enquête a prouvé qu'il était de longue date ancré dans l'idéologie djihadiste.

«Il a préparé froidement ce qui était prévu pour être un carnage»

Le 19 avril 2015, Sid-Ahmed Ghlam s'est levé tôt. Il a pris le soin de couper toutes ses lignes et de quitter discrètement son domicile. Dans son véhicule, il a chargé l'imposant arsenal récupéré auprès de ses coaccusés. « Il a préparé minutieusement, froidement ce qui était prévu pour être un carnage », insiste l'avocate générale.

Après avoir effectué des recherches et des repérages, il s'est choisi comme cibles deux églises de Villejuif, et ce en accord avec ses commanditaires en Syrie. Ces donneurs d'ordres qu'il a rencontrés sur zone — Samir Nouad et Abdelnasser Benyoucef — sont deux vétérans du djihad, le second étant même soupçonné d'avoir piloté la cellule des opérations extérieures de l'Etat islamique : jugés par défaut car présumés morts, ils ont eux aussi fait l'objet de réquisitions de perpétuité.

« La seule chose qui pouvait l'empêcher ce matin-là de « tuer un max » comme il l'a précisé, détaille le PNAT, c'est l'imprévu. » L'imprévu, ce 19 avril 2015, avait un joli visage et un nom : Aurélie Châtelain, 32 ans. Maman d'une petite fille à l'époque âgée de 4 ans et demi, cette jeune femme originaire du Nord était venue suivre un stage de Pilates en région parisienne. Elle a succombé à une balle de pistolet automatique tiré par l'une des armes de Sid-Ahmed Ghlam, qui conteste cet assassinat quand tout converge vers lui.

Les proches d'Aurélie Châtelain restent sans réponse

Aux yeux de l'accusation, l'étudiant est bel et bien « le seul responsable de la mort d'Aurélie Châtelain ». A l'audience, l'accusé a une nouvelle fois mis en cause un mystérieux complice — « Abou Hamza » — qu'il a tardivement identifié comme Samy Amimour, l'un des futurs terroristes du Bataclan. « Abou Hamza ? Un fantôme né dans l'esprit calculateur et lâche de Sid-Ahmed Ghlam », balaie l'accusation qui souligne qu'aucun indice matériel n'évoque la présence d'un deuxième assaillant sur la scène de crime.

Les dénégations de l'accusé n'ont pas permis aux proches d'Aurélie Châtelain, présents tous les jours à l'audience avec beaucoup de dignité, d'avoir les réponses qu'ils attendaient. « Les circonstances de sa mort, seul Sid-Ahmed Ghlam les connaît. Le jour du témoignage des parties civiles, il a osé leur dire sa compassion et osé prétendre s'associer à leur douleur, s'indigne l'avocate générale. Ce n'est pas de la maladresse. Les mots sont choisis pour faire mal. »

Les mobiles de cet assassinat resteront donc au stade des hypothèses : voler son véhicule? Éliminer un témoin potentiel? « C'est profondément humain de vouloir trouver un sens mais, de raison, il n'y en a aucune, poursuit la magistrate. C'est ça les ressorts du terrorisme : frapper n'importe qui et n'importe quand pour provoquer la terreur. La mort d'Aurélie Châtelain n'avait aucune raison d'être. Elle ne prend sens qu'en étant la première, et heureusement la seule, victime de cet attentat. »

«Seule cette blessure involontaire l'a contraint à interrompre son périple meurtrier»

L'accusation ne croit pas l'accusé plus crédible lorsqu'il raconte avoir volontairement renoncé à son projet en se tirant volontairement dans la cuisse. « Seule cette blessure involontaire l'a contraint à interrompre son périple meurtrier », martèle le ministère public, persuadé qu'il s'agit d'un tir accidentel, comme le privilégient d'ailleurs les experts.

Newsletter Un tour de l'actualité pour commencer la journée
L'essentiel du matin
Toutes les newsletters

En débutant son exposé, l'avocate générale avait souligné que ce dossier comportait la particularité de réunir les trois dimensions du djihad : le combat, par l'intermédiaire de Samir Nouad et Abdelnasser Benyoucef « dont le parcours se confond avec l'histoire du terrorisme islamiste » ; la terreur, le projet de Sid-Ahmed Ghlam s'inscrivant dans la funeste liste des actions téléguidées depuis la zone syro-irakienne en 2015 ; et enfin le soutien, « une dimension fondamentale sur laquelle reposent les deux autres ». Sur ce dernier point, les réquisitions sont également lourdes à l'encontre des sept accusés suspectés, à des degrés divers, de lui avoir fourni son arsenal : de 5 ans avec sursis à 30 ans de prison.

Verdict jeudi.

 
-->