La première vie de Nicolas Hulot

Par Elise Karlin, publié le 13/12/2006 - mis à jour le 14/12/2006 10:33

 

Rien ne le prédestinait à jouer les vedettes dans cette entrée en campagne de la présidentielle 2007. Du jeune casse-cou au célèbre animateur d'Ushuaïa, retour sur un parcours tumultueux, et parfois douloureux

 

Elle a de grands yeux en amande et un sourire plein de promesses... Parce qu'il n'a jamais su refuser quelques instants de douceur dans ce monde de brutes, Nicolas Hulot va rater le scoop de sa vie. 26 mars 1978. Le jeune photoreporter de 22 ans trouve le temps long: voilà quarante-six jours qu'il planque sans interruption devant l'immeuble du baron Empain, enlevé le 23 janvier.

Diaporama

La première vie de Nicolas Hulot
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Quarante-six jours tapi au fond d'une Lancia garée avenue Foch, à Paris, et dans laquelle il s'est installé la télé. Quarante-six jours nourri et blanchi par son pote Antoine, qui passe régulièrement lui porter un tee-shirt propre ou une pizza. Ce soir-là, il se sent seul. Mais, alors que Nicolas Hulot trompe la froidure d'une nuit de printemps dans les bras de sa belle, Jean-Edouard Empain est abandonné par ses ravisseurs près d'une bouche de métro de la banlieue parisienne. Avec l'argent qu'il a dans sa poche, il s'achète un ticket, quitte la rame à Opéra et se réfugie dans une cabine publique, d'où il appelle sa femme. Elle n'alerte pas la police. Seule, la baronne Empain sort de chez elle, passe devant la Lancia que Nicolas Hulot a désertée à peine un quart d'heure plus tôt, s'engouffre dans sa voiture pour aller chercher son mari. Lorsque le journaliste réintègre ses pénates mobiles, l'affaire est terminée.

La photo d'actualité, dur métier! C'est sur les plages bretonnes de Saint-Lunaire (Ille-et-Vilaine) que le jeune homme a découvert le bonheur de l'instantané - à l'époque, ce fou de moto a envie d'un nouvel engin, et il n'a pas assez d'argent pour se l'offrir. Plagiste? Nicolas Hulot a donné. Sur la Côte d'Azur, il a ramassé les mégots et les papiers gras, aligné les matelas, planté les parasols. Un été à trimer, juste pour défier les lois de la gravité sur la Honda 250 cm3 de ses rêves... Deux ans plus tard, c'est le modèle 450 qui attise sa convoitise. Moniteur de voile? Il a déjà failli en noyer, des gamins affolés dans leur coquille de noix, sourds aux recommandations inaudibles qui leur parviennent par bribes d'un mégaphone fatigué. Tracter les bateaux jusqu'à l'eau? L'affaire est rentable. Debout dès l'aube, il peut même accepter en soirée un second gagne-pain, serveur dans un petit bistrot. Rapidement épuisé par ces nuits trop brèves, Nicolas Hulot termine une course le nez dans l'eau, pris de sommeil au volant d'un remorqueur lancé à pleine vitesse.

Chômage technique. Ce hâbleur des bords de mer, fin connaisseur des mœurs balnéaires, sent venir l'heure du portrait de famille avec sable. Il emprunte de quoi se payer un Olympus et un carnet à souche, «Nicolas Hulot, photoreporter». Arpente le rivage, mitraille les gamins, les mamans, les chiens, les mamies droites dans leur transat, sans oublier de laisser le ticket: «Passez après-demain, vos photos seront prêtes!» C'est le début de la gloire. Il rate un mariage mais prospère en hélicoptère: la clientèle s'arrache ses résidences vues du ciel. Nicolas Hulot rembourse son Olympus, s'offre une Triumph. Il aspire à d'autres épopées, mais sa mère exige qu'il passe son bac - «On verra après».

Depuis la mort du père, Monique Hulot élève seule les trois enfants, Gonzague, Béatrice et Nicolas. Ex-mère au foyer, devenue visiteuse médicale par nécessité, elle a pris l'habitude de gérer sa nichée à l'économie: à la maison, on accommode les restes et on termine son assiette. L'opulence, pourtant, Monique Hulot en a connu la suavité, avant de découvrir l'amertume d'en être privée, elle qui est née Mézan de Malartic: sa famille a compté parmi les plus riches de France, jusqu'à ce que son grand-père, maître de forges enrichi dans la construction des premiers barrages hydroélectriques, perde au jeu son dernier fusil de chasse. Jeune fille rangée, fort bien élevée, Mlle Mézan pratique la messe le dimanche et la chasse avec la réserve qui sied aux gens de son rang, fussent-ils ruinés.

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Commentaires (1)

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nestor

nestor - 28/08/2008 23:35:26

bonjour. je ne sais pas si c' est bien que je le signale ,mais on a qu' une vie ,et mon grand pere est assez age ,mais je souhaite lui rendre hommage pour son geste de l'epoque avenue foch . reste dans l'anonymat depuis son intervention pour le baron il etait au 15 avenue foch quand il voit les ravisseurs de ce monsieur. bref depuis cette epoque les choses ont bien change et c' est bien dommage ,maintenant place a l'individualisme ... moi ce que j' aurai souhaite pour mon grand pere c' est juste un" merci" ,car franchement il en vaut vraiment la peine . voila c' est tout bonsoir

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