Découvrez l'application L'Express

Rassurer

Coronavirus chinois : les raisons pour lesquelles il ne faut pas paniquer

Par Victor Garcia avec Stéphanie Benz,
Une femme porte un masque de protection contre le nouveau coronavirus dans un magasin décoré pour le Nouvel An chinois à Bangkok le 24 janvier 2020

Une femme porte un masque de protection contre le nouveau coronavirus dans un magasin décoré pour le Nouvel An chinois à Bangkok le 24 janvier 2020

afp.com/Mladen ANTONOV

Les incertitudes sur le nouveau coronavirus appellent à la prudence, mais les premières analyses semblent rassurantes.

10 000 personnes contaminées, plus de 200 morts. Le nouveau coronavirus (2019-nCoV) venu de Chine inquiète. Suffisamment pour que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) déclare l'urgence internationale, une mesure visant principalement à favoriser la collecte des données scientifiques et à stimuler les recherches sur des traitements ou vaccins. En Chine, de nombreux vols sont annulés, des zones entières sont placées sous quarantaines et des hôpitaux construits en urgence. Dans les autres pays touchés, les autorités n'hésitent pas non plus à prendre de grandes précautions.  

LIRE AUSSI >> Entre départ et "plan B", la frustration des étudiants français en Chine 

Ce nouveau virus est-il à ce point dangereux, l'est-il plus que la grippe saisonnière ? La peur qu'il génère est-elle justifiée ? L'Express a interrogé les chercheurs français lors des conférences de presse de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et de l'Institut Pasteur, ce vendredi 31 janvier. 

Contagieux, mais pas tellement plus que la grippe

Pour calculer la contagiosité d'une maladie, les scientifiques utilisent une formule mathématique appelée R0. Cette dernière permet de calculer le nombre moyen qu'une personne contaminée peut infecter. "Les dernières estimations situent le R0 du nouveau coronavirus autour de 2,2 [une personne infectée en contamine 2,2 autres en moyenne, NDRL], explique Yazdan Yazdanpanah, directeur de l'Institut immunologie, inflammation, infectiologie et microbiologie à l'Inserm et chef du service maladies infectieuses à l'hôpital Bichat AP-HP (Paris).  

LIRE AUSSI >> Comment les scientifiques modélisent la propagation du virus 

"2019-nCoV est donc beaucoup moins contagieux que la rougeole, dont le R0 est situé autour de 15 et probablement un peu plus que le coronavirus syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) ou que la grippe saisonnière, dont les R0 sont proches de 2", souligne-t-il. 

Une mortalité qui pourrait être revue à la baisse

"Les chiffres varient entre 2 et 3% de mortalité, poursuit Yazdan Yazdanpanah. Cela est inférieur au taux du SRAS, qui était de 10%, ou du coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS), qui est de 30%, mais supérieur à celui de la grippe saisonnière", dont le taux de mortalité est d'environ 0,3% et qui tue 10 000 personnes chaque année en France. Pour autant, ce chiffre doit être pris avec des pincettes. En effet, le pourcentage de mortalité s'obtient en comparant le nombre de morts (200) au nombre de personnes infectées (10 000). Mais ce dernier chiffre peut grandement varier. En l'espèce, il repose sur les cas formellement identifiés, le plus souvent ceux qui souffraient de symptômes sévères. En prenant les personnes dont les symptômes sont moins graves, il est probable que le total soit plus important. 

LIRE AUSSI >> Ces questions qui restent en suspens 

C'est ce que suggèrent divers modèles mathématiques, dont ceux de chercheurs de l'Université de Hong Kong (HKU). Selon eux, il y avait plus de 44 000 personnes infectées au 27 janvier et il y en aura probablement le double le 2 février. Si ces calculs s'avèrent exacts, il y aurait 66 000 cas aujourd'hui. Dès lors, le taux de mortalité tomberait entre 0,3 et 0,4%, comme la grippe saisonnière. "Ces modèles mathématiques me semblent pertinents, estime le docteur Vincent Enouf, responsable adjoint du Centre National de Référence Virus respiratoires à l'Institut Pasteur. Mais le chercheur se refuse à en déduire un taux de mortalité. L'Inserm et l'institut Pasteur rappellent que les incertitudes sont trop nombreuses et que le nombre de décès pourrait très bien grimper dans le futur, ce qui augmenterait le taux de mortalité. Yazdan Yazdanpanah se montre lui aussi prudent : "les recherches en cours permettront d'affiner les résultats", promet-il. 

Les enfants épargnés

L'information la plus rassurante à ce jour est que le nouveau coronavirus semble épargner les enfants. "Nous savons que les coronavirus affectent peu les enfants et celui-là n'échappe pas à la règle", souligne Yazdan Yazdanpanah. Et quand ils sont infectés, leurs symptômes sont bénins, comme en témoigne une étude publiée dans la revue The Lancet. En revanche, 2019-nCoV se révèle plus dangereux quand il s'attaque aux personnes âgées ou celles souffrant déjà de pathologies respiratoires comme des infections pulmonaires. Comme la grippe. 

Peu de mutations

Dès le mois de janvier, les scientifiques chinois ont déposé des séquences du génome du virus sur le site du GISAID. D'autres chercheurs internationaux les ont imités quelques jours plus tard et il existe désormais une cinquantaine de séquences consultables gratuitement. Selon l'Institut Pasteur - qui a publié deux séquences complètes - les différents virus analysés sont semblables. En d'autres termes, le coronavirus 2019-nCoV n'a pas beaucoup muté. "Les mutations n'augmentent pas forcément l'efficacité d'un virus, elles peuvent aussi les diminuer", rappelle Yazdan Yazdanpanah. Néanmoins, cette stabilité génomique reste une bonne nouvelle puisqu'elle devrait faciliter le développer de traitements ou de vaccins. 

Aucun traitement disponible mais...

Malgré ces données rassurantes, les chercheurs restent prudents. Trop ? Interrogés sur ce point, les spécialistes de l'Inserm s'en défendent. "Je fais partie des gens rassurants, lance Yazdan Yazdanpanah. Mais il y a encore beaucoup de choses que nous ignorons : nous apprenons tous les jours !". 

Les chercheurs rappellent aussi qu'il n'existe pas encore de traitement. Et si des vaccins et des médicaments sont actuellement en phase de test, aucun n'est validé. La capacité du virus à se transmettre avant qu'un patient n'exprime des symptômes reste également un mystère. Tout comme la question de potentiels porteurs sains, qui transportent le virus sans en développer aucun symptôme et pourraient donc passer sous les radars des autorités sanitaires et des quarantaines. 

LIRE AUSSI >> La France dans la course aux vaccins 

Pour toutes ces raisons, les chercheurs continuent d'alerter les populations et les autorités publiques, afin d'éviter le moindre faux pas. Reste que la peur provoquée par ce nouveau virus ne semble pas toujours justifiée, surtout pas quand elle se transforme en racisme antichinois, en paranoïa ou en théorie du complot

Retour vers le haut de page
--> 'use strict';