Enquête sur le paranormal en région (2/4) - "La science ne peut pas tout expliquer"

  • Des phénomènes, que la science ne peut toujours pas expliquer, divisent la communauté des chercheurs.
    Des phénomènes, que la science ne peut toujours pas expliquer, divisent la communauté des chercheurs. PIXABAY
  • Thomas Rabeyron, maître de conférence en psychologie clinique à l'université de Nantes.
    Thomas Rabeyron, maître de conférence en psychologie clinique à l'université de Nantes. D.R.
  • Thomas Rabeyron
    Thomas Rabeyron DR
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Thomas Rabeyron, maître de conférence en psychologie clinique à l'université de Nantes, étudie les expériences exceptionnelles et prône une plus grande ouverture de la communauté scientifique sur la question du "paranormal". Entretien.  

Deuxième volet de l'enquête sur le paranormal en région publiée le dimanche 25 septembre dans Midi Libre, rencontre avec le maître de conférence Thomas Rabeyron autour de ses travaux sur les expériences inexpliquées. 

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Le mur érigé entre le monde du scientifique et de l’irrationnel serait-il en train de se fissurer ?

Longtemps marginalisée, l’étude des expériences “inexpliquées” trouve davantage sa place dans les milieux académiques depuis une quinzaine d’années grâce aux progrès de la psychologie cognitive et des neurosciences. Nous ne sommes pas encore en mesure de tout expliquer, mais des débuts de réponses existent.

"Le paranormal, c’est très commun"

Les scientifiques continuent pourtant de s’affronter…

Les controverses ne sont pas nouvelles, mais des progrès ont été faits. Des recherches en conditions expérimentales, contrôlées et menées avec rigueur, existent. Sauf que les résultats obtenus dérangent, car nous ne disposons pas de modèles pour les expliquer. Faut-il pour autant considérer que ces phénomènes n’existent pas ?

Il me paraît important de conserver une ouverture d’esprit, ainsi qu’une très grande rigueur. Mais il faut accepter une dose d’incertitude concernant nos connaissances actuelles. En bref, la science doit accepter de ne pas tout expliquer à l’heure actuelle.

Thomas Rabeyron
Thomas Rabeyron DR

Où en est la recherche ?

La parapsychologie scientifique (l’étude des interactions en apparence inexpliquées entre le psychisme d’un sujet et son environnement, NDLR) et la psychologie anomalistique (l’étude des anomalies psychologiques, NDLR) ont fait des avancées importantes ces dernières années. Elles s’intéressent aux cas pour lesquels les disciplines dites classiques ne parviennent pas à apporter d’explications. À l’heure actuelle, environ 200 scientifiques travaillent sur ce sujet au sein d’unités universitaires.

"Ces expériences permettent de mieux comprendre le cerveau humain"

Vous en faites partie ?

J’étudie ce que l’on appelle les expériences exceptionnelles. Phénomène de mort imminente, “sorties” hors du corps, apparitions, perceptions psi… Cette appellation regroupe une dizaine d’expériences durant lesquelles se produit une interaction avec l’environnement que le sujet ne parvient pas à expliquer. De mon point de vue, l’étude de ces expériences nous permet de mieux comprendre le fonctionnement du cerveau humain. La question n’est pas de savoir si les esprits ou les fantômes existent. Ils existent dans le vécu subjectif de certaines personnes. Il n’y a donc pas de raison de ne pas s’y intéresser comme psychologue.

On ne sort pas indemne de ce genre d’expériences...

Nous avons ouvert depuis 2009 avec mon collègue Renaud Evrard le Centre d’information, de recherche et de consultation sur les expériences exceptionnelles (Circee). Nous recevons environ 300 cas par an. Pour un certain nombre, le recours au paranormal apparaît comme une forme de “dysfonctionnement” du cerveau, véritable machine à trouver du sens. C’est aussi un moyen de se rassurer face à un événement douloureux.

Mais il arrive que les personnes qui viennent nous voir ne souffrent d’aucune pathologie. Ce sont des personnes comme vous et moi, à qui il arrive un quelque chose qu’elles ne sont pas en mesure d’expliquer. Certaines ont des formations scientifiques et sont d’autant plus troublées. En réalité, le paranormal est assez commun dans notre culture. Mais le fait que notre société ne donne que peu d’espace à la compréhension de ces expériences les rend parfois traumatisantes.

MORGANE MASSON et NICOLAS ZARROUK
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