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ENTRETIEN. Coronavirus : « Dans les pandémies comme celle-ci, il n’y a jamais qu’une seule vague »

D’autres vagues de l’épidémie du covid-19 pourraient survenir, selon Matthieu Revest, professeur à l’Université de Rennes 1 et spécialiste des maladies infectieuses émergentes au CHU de Rennes. Mais la fin du pic pourrait être pour bientôt.

Matthieu Revest : « En première vague, ce sont les patients les plus fragiles qui sont touchés. La deuxième, moins importante, est constituée de patients qui ont échappé à la première. »
Matthieu Revest : « En première vague, ce sont les patients les plus fragiles qui sont touchés. La deuxième, moins importante, est constituée de patients qui ont échappé à la première. » | OUEST-FRANCE – PHILIPPE RENAULT
  • Matthieu Revest : « En première vague, ce sont les patients les plus fragiles qui sont touchés. La deuxième, moins importante, est constituée de patients qui ont échappé à la première. »
    Matthieu Revest : « En première vague, ce sont les patients les plus fragiles qui sont touchés. La deuxième, moins importante, est constituée de patients qui ont échappé à la première. » | OUEST-FRANCE – PHILIPPE RENAULT

Matthieu Revest est professeur à l’Université de Rennes 1, infectiologue, responsable médical pour les maladies infectieuses émergentes pour le service de maladies infectieuses et réanimation médicale du CHU de Rennes. Il fait le point sur l’épidémie du Covid-19. Un entretien réalisé par l’université de Rennes 1, le mercredi 26 mars dernier.

Une adolescente de 16 ans est décédée du Covid-19. Faut-il s’inquiéter ?

Que des jeunes soient touchés par des formes graves, cela a toujours existé pour toutes les maladies infectieuses, mais de manière excessivement marginale. La probabilité de faire une forme grave si on est jeune et en bonne santé est vraiment très faible. Si c’est arrivé et peut arriver encore, c’est parce que cette épidémie touche tellement de malades que, même si la probabilité d’un cas tel que celui-ci est infinitésimale, elle n’est pas nulle malheureusement.

Il ne faut pas que ces cas très marginaux cachent la réalité : ce sont les personnes fragiles qui risquent le plus d’aller en réanimation, et de façon beaucoup plus compliquée que des patients jeunes. Pour protéger ces personnes fragiles, qu’on soit à risque ou non, il faut se confiner.

Faut-il craindre une deuxième vague ?

Dans les pandémies comme celle-ci, il n’y a jamais qu’une seule vague. On l’a constaté pour la grippe H1N1 : on a observé des cas de grippe plus nombreux les années suivantes. Il y a une première vague, elle passe et puis la maladie revient : le virus s’est introduit dans la population, il peut circuler et revenir à certaines périodes.

En première vague, ce sont les patients les plus fragiles qui sont touchés. La deuxième, moins importante, est constituée de patients qui ont échappé à la première parce qu’ils étaient plus solides mais qui, à force d’être exposés au virus, peuvent tomber malades.

D’où l’énorme importance des travaux de recherche qu’on est en train de mener sur le plan thérapeutique et sur des vaccins, par des équipes françaises entre autres, pour pouvoir se préparer. L’objectif est d’une part de savoir quels médicaments on peut donner, et d’autre part de trouver un vaccin qui permettrait d’éviter les vagues successives et ultérieures.

Arrivée au CHU de Rennes de 12 patients hospitalisés en réanimation en provenance d’Ile-de-France, ce mercredi 1er avril. | OUEST-FRANCE – PHILIPPE RENAULT

A-t-on des informations sur l’immunité conférée par ce virus ? Peut-on l’attraper plusieurs fois, ou non ?

Non, nous ne sommes pas certains aujourd’hui que la maladie soit immunisante et qu’on ne pourrait pas l’attraper une deuxième fois. Nous pensons qu’elle peut être immunisante car, habituellement, dans ce type d’infection, les maladies le sont. Mais personne n’a encore de certitude scientifique.

Ce qu’on peut penser, c’est qu’on soit immunisé un certain temps après la maladie, ce qui nous permettra une levée de confinement. Mais la question c’est : cette immunité dure-t-elle six mois, un an, à vie ?

La meilleure manière de nous prémunir contre les résurgences à venir serait donc de trouver un vaccin ?

Oui ! D’autant que chercher un vaccin pour ce virus-là nous donnera de l’avance si, comme c’est presque certain, un autre coronavirus de cette famille émerge dans le futur, pour préparer un prototype vaccinal. Il est probable que, comme c’est le cas pour les vaccins antigrippaux, un vaccin contre les coronavirus ait une composante commune, et qu’on n’ait besoin que d’en modifier une toute petite partie pour lutter contre un coronavirus spécifique.

Arrivée au CHU de Rennes de 12 patients hospitalisés en réanimation en provenance d’Ile-de-France, ce mercredi 1er avril. | OUEST-FRANCE – PHILIPPE RENAULT

A-t-on une idée du nombre de cas réels en France ? Sait-on l’évaluer ? On parle d’un multiplicateur de 27, 47, voire beaucoup plus, entre le nombre de cas diagnostiqués et le nombre de cas total…

Ce sont des projections issues de modèles mathématiques, qu’on ne peut pas encore paramétrer de manière suffisamment précise. Actuellement, on ne sait pas évaluer le nombre de cas réels en France. Cela deviendra possible par des études sérologiques après coup, pour voir qui dans la population a acquis le virus, que les personnes aient présenté ou non des symptômes. L’étude sérologique détecte en effet dans le sang les anticorps fabriqués par l’organisme en réponse au virus.

Ce qui est certain, c’est qu’il existe une proportion importante de patients qui font soit des formes asymptomatiques, soit des formes très peu symptomatiques et qui passent complètement inaperçues. Ceux-là ne sont pas testés ni comptabilisés aujourd’hui. Le nombre de cas est donc largement minoré et, moralité, le taux de létalité ou de gravité est largement majoré.

Quelle est la suite de cette épidémie ? Un pic ? Une décrue ?

Tout dépend des mesures de confinement et de la manière dont elles sont tenues. Ces mesures sont là pour empêcher et décaler le pic d’épidémie, l’écrêter et l’étaler pour qu’il soit moins important. Sans le confinement, on est certain que tout le mois de mars et le début avril auraient été une période d’hyper-épidémie dans la population. Là on peut espérer que le pic s’étale dans le temps.

Ma grande question comme je vous l’ai dit porte sur la saisonnalité de l’épidémie. Pourra-t-elle revenir au prochain hiver ? On n’en sait rien encore mais c’est tout à fait possible.

Quoi qu’il en soit, on ne peut pas espérer une décrue du pic actuel avant ce début avril 2020. Il est normal que jusqu’au début avril l’épidémie continue de progresser, du fait de l’incubation (14 jours au maximum). On peut espérer qu’à partir du début avril, on voie les courbes diminuer.

Matthieu Revest, professeur à Rennes 1 et médecin infectiologue au CHU de Rennes. | OUEST-FRANCE – PHILIPPE RENAULT

Si l’on compare à ce qui s’est passé à Wuhan, en Chine, nous avons en France mis le confinement en place plus tard. Allons-nous avoir un écrêtage plus tardif ?

C’est possible, mais je pense que le confinement a été décidé au moment où il devait être mis en place en France. Il n’aurait pas fallu que les mesures de confinement soient plus dangereuses que l’épidémie elle-même. Avant, il n’y avait pas vraiment de légitimité aux yeux de la population, on l’a bien vu aux premières réactions des gens après les annonces. Peut-être qu’on aurait pu discuter de mesures de confinement sectorisées dans l’Est, par exemple, mais dans les autres régions il n’y avait pas encore de nécessité : en Bretagne, nous n’étions pas dans la même situation que Wuhan au début de l’épidémie, où on observait une explosion continue du nombre de cas.

Je pense que les mesures ont été prises de manière assez anticipée : on peut espérer qu’elles fonctionnent, clairement.

Qu’est-ce qui pourra autoriser un arrêt des mesures de confinement ?

Elles ne seront en aucun cas levées très vite. Il faudra nous laisser suffisamment de temps : on ne lève pas un confinement dès que la courbe du nombre de nouveaux cas s’infléchit. Il va falloir que le nombre de cas s’effondre complètement, pendant longtemps, au moins 15 jours, le temps de l’incubation complète, pour qu’on soit sûr qu’il y ait un arrêt de la circulation du virus.

Il sera normal que le confinement continue même quand il n’y aura plus de nouveaux cas, pour éviter une résurgence trop rapide de l’épidémie. Si par contre on ne voit pas un infléchissement de la courbe épidémique, eh bien il faudra le maintenir.

Y a-t-il eu des traitements expérimentaux réalisés au CHU de Rennes ?

On a essayé à peu près toutes les molécules potentiellement candidates, avec des résultats difficiles à interpréter de manière scientifique pour l’instant. Une étude récente pointe l’inefficacité d’un traitement antiviral utilisé habituellement contre le VIH, mais il a été employé sur des cas graves et probablement trop tard.

Il faudrait traiter le plus tôt possible pour avoir une efficacité : comme la forme inflammatoire est bien sûr déclenchée par la première phase, virale, plus celle-ci sera faible, plus on peut espérer que la forme inflammatoire ne survienne pas.

Donc, dans les prochaines recommandations, on aura probablement l’argumentaire de commencer les traitements tôt… Bien sûr pas pour tous les malades ! Je rappelle que dans 85 % des cas les formes sont parfaitement bénignes et n’ont pas besoin de traitement.

Retrouvez l’entretien complet avec le professeur Matthieu Revest sur le site de l’université de Rennes 1. Cette page regroupera d’autres entretiens, ainsi que les autres sujets « Recherche » de l’Université de Rennes 1 en lien avec le coronavirus.

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