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Cyberculture (Pierre Levy)

[compte-rendu]

Fait partie d'un numéro thématique : La propriété intellectuelle

Miège Bernard. Cyberculture (Pierre Levy). In: Réseaux, volume 16, n°88-89, 1998. La propriété intellectuelle. pp. 224-225.

www.persee.fr/doc/reso_0751-7971_1998_num_16_88_3243

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Le dernier ouvrage de Pierre LEVY se présente comme un « Rapport au Conseil de l'Europe ». Ce serait cependant une erreur de le lire comme s'il s'agissait seulement d'un rapport officiel ou de n'y voir qu'une tentative de prévision des formes de la cyberculture. Cyberculture ne se comprend qu'en référence à l'ouvrage majeur de l'auteur, U intelligence collective, paru quatre ans auparavant dont il poursuit, complète et parfois rectifie l'objectif affiché : élaborer une anthropologie du cyberspace (qualifié d'ailleurs de cyberespace dans l'ouvrage récent). Le plus souvent Cyberculture, qui s'adresse moins à des spécialistes qu'à des décideurs ou à des professionnels engagés dans l'action, est plus informatif voire didactique ; et ceux qui auraient eu du mal à suivre Pierre LEVY dans sa présentation des quatre espaces ou dans son projet de société fondée sur l'in- tellectualité, le savoir et l'immatériel, sont désormais placés devant des situations concrètes expérimentales, sans avoir à se déterminer ouvertement pour le projet social utopique qui est la perspective tracée par L intelligence collective. C'est pourquoi l'auteur se montre généralement moins affirmatif et plus nuancé, voire relativisté. Ainsi reprenant sans le dire une proposition célèbre de Melvin KRANZBERG, il considère maintenant que la technologie n'est pas déterminante mais seulement conditionnante. « Une technique n'est ni bonne ni mauvaise (cela dépend des contextes, des usages et des points de vue), ni neutre (puisqu'elle est conditionnante ou contraignante, puisqu'elle ouvre ici et ferme ailleurs

tail des possibles). Il ne s'agit pas d'évaluer ses « impacts » mais de repérer les irréversibilités ou tel de ses usages nous engagerait, les occasions qu'elle nous permettrait de saisir, de formuler les projets qui exploiteraient les virtualités dont elle est porteuse et de décider ce que nous en ferons. » (p. 28). Il nous apparaît que cette proposition cadre mal avec, par exemple, la dénonciation sans appel des techniques dites molaires (parmi lesquelles tous les médias de masse) qui est essentielle à son rejet de l'« espace des marchandises » et au fondement de l'« espace du savoir ». Ainsi surtout de la proposition centrale de Cyberculture d'un programme sans but ni contenu : «... le mouvement social et culturel qui porte le cyberespace, un mouvement puissant et de plus en plus massif, ne converge pas sur un contenu particulier, mais sur une forme de communication non médiatique, interactive, communautaire, transversale, rhizomatique. Ni l'interconnexion généralisée, ni l'appétit de communautés virtuelles, ni l'exaltation de l'intelligence collective ne constituent les éléments d'un programme politique ou culturel au sens classique du terme... En somme, le programe de cyberculture est l'universel sans totalité (c'est-à-dire sans risque de domination et de manipulation, les communautés virtuelles ayant ce pouvoir de dissoudre en permanence leurs " micrototalités dynamiques émergentes ", B.M.)... Le mouvement continu d'interconnexion en vue d'une communication interactive de tous avec tous est en lui-même un indice fort que la totalisation n'aura pas lieu, que les sources seront toujours plus hétérogènes, que les dispositifs mutagènes et les lignes de fuite vont se multiplier. » (pp. 157-159). En tout cas, on ne peut pas voir dans ce nouveau programme plus qu'une inflexion par rapport au projet de « quatrième espace anthropologique » annoncé dans L' intelligence collective, et qui «... s'il se déploie un jour, accueillera des formes d'auto-organisation et de sociabilité tendues vers la production de subjectivités. Des intellectuels collectifs y momadiseront en quête de qualités, de modalités d'être inédites. Ce ne sera pas

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