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Le théâtre de Sénèque

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Année 1995 139 pp. 5-9
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Le théâtre de Sénèque

Les termes mêmes de ce titre risquent déjà de surprendre et d'indisposer encore certains esprits qui se disent amis de Sénèque. Il faut les comprendre : longtemps en effet, on s'est interrogé sur la paternité des tragédies « sénéquiennes » ; longtemps aussi on a éprouvé une sorte de répulsion à l'idée de devoir envisager que l'un des maîtres de la philosophie stoïcienne ait pu s'abaisser à composer des poèmes dramatiques. D'autres ajoutaient d'ailleurs que l'on imaginait mal comment, en pure logique historique et sociologique, un homme d'État, premier Ministre de Néron, aurait su se soumettre à une tâche indigne et subalterne, à ce petit métier de poète de théâtre pour le populaire ou même pour la cour.

Pour apaiser de si rudes alarmes, les mots n'ont que peu de poids, à moins que l'on ne veuille bien entendre la voix de Mallarmé, quand elle nous dit que le théâtre est d'essence supérieure, ou celle encore d'Alain, quand elle clame que « le théâtre est comme la messe : pour bien en sentir les effets, il faut y revenir souvent » (Éléments de philosophie, VII, 7). Mais délaissons ces arguments qui datent d'un temps récent et heureux, puisque l'on y pouvait encore entendre « célébrer » la messe, en latin, comme une pure dramaturgie liturgique où le verbe se faisait chair, passion et résurrection.

Essayons plutôt d'examiner les faits avec des yeux d'aujourd'hui, d'abord, pour ensuite lire dans le regard de l'Antiquité. Demandons-nous quels sont ces prétendus éléments d'incompatibilité qui voudraient que l'on ne puisse être simultanément philosophe, politicien ou homme politique et poète dramaturge.

Oublions les cas de Voltaire, Rousseau et Diderot qui pourtant ont joué leur rôle sous ces trois palmes.

Laissons glisser jusqu'à nous la mémoire et les ombres encore vives de Sartre et de Camus, hommes politiquement engagés, esprits philosophiquement marqués et cependant remarquables auteurs dramatiques. À notre avis, du reste, il n'est pas interdit de penser que ce qui subsistera avant tout de leur œuvre sera surtout leur apport neuf au théâtre. En cela ils peuvent nous aider certainement à comprendre la carrière de Sénèque.

Mais venons-en au point de vue des Anciens, qui demeure primordial.

Écrire pour le théâtre, à Rome, n'a rien d'infamant, surtout pas aux yeux des politiques les plus engagés. La classe politicienne écrit volontiers pour la scène, des tragédies, de préférence, puisque la comédie se prête mieux à la critique et à au pouvoir. Sans vouloir entrer dans de longs recensements sur ce thème, on se bornera au rappel de quelques titres et de quelques noms d'auteurs illustres au sein d'une courte période : Y Œdipe de César, YAjax d'Auguste et la Médée de Mécène.

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