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samedi 29 octobre2005

Hrant Dink
Le dialogue comme combat
 

Partisan de l’adhésion de la Turquie et de la « réconciliation arméno-turque » le directeur de l’hebdo arménien d’Istanbul Agos n’en est pas moins poursuivi par la justice de son pays. Explications passionnantes avec les NAM.



Hrant Dink, 52 ans, est l’un des représentants les plus en vue de la nouvelle génération d’intellectuels arméniens d’Istanbul. Rédacteur en chef de l’hebdomadaire Agos, il est connu pour ses relations avec les milieux intellectuels progressistes turcs. Il se bat aussi pour la protection des droits et libertés en Turquie, y compris ceux de la communauté arménienne. Ce qui ne va pas sans risques.
Il est en effet poursuivi pour « insulte à l’identité turque » au motif d’un article publié le 13 février 2004 et intitulé « pour connaître l’Arménie ». Le procureur Turgay Evsen a requis le 7 juillet dernier de un à six ans de prison contre lui, en vertu de l’article 301 du code pénal.
Avec la perspective de l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne, les Arméniens d’Istanbul retrouvent un peu de confiance, songent à se réorganiser, se regrouper autour du Patriarcat, rétablir l’usage de l’arménien et même tenter de faire valoir certain de leurs droits. Un processus lent et pénible qui n’en est encore qu’à ses débuts.

Nouvelles d’Arménie Magazine : Vous êtes le rédacteur en chef du magazine Agos. Qui sont vos abonnés ?
Hrant Dink :Après avoir démarré à 1 800 exemplaires, sous tirons aujourd’hui à 6 000. Nos abonnés vivent dans le monde entier : en diaspora ( environ 2 500 répartis aux USA, en Europe et au Moyen-Orient), en Arménie et en Turquie. Nous avons près de 1 000 abonnés Turcs, essentiellement des intellectuels, des journalistes et peut-être aussi des Arméniens islamisés. Le reste des lecteurs appartient à la communauté arménienne.

NAM : A quels projets politiques correspond votre hebdomadaire ?
H. D. : Nous nous sommes fixés plusieurs objectifs D’abord de défendre les droits de notre communauté face au gouvernement et face à la société auprès de laquelle nous voulons nous faire connaître autrement. A tort, le mot « arménien » était devenu synonyme d’injure. Il était prononcé dés que quelque chose allait mal ou était erroné. La question kurde et l’activité du Hezbollah, tout était pêlemêle de la faute des Arméniens. Nous voulons par ailleurs contribuer à la formation d’une nouvelle classe d’intellectuels arméniens. Près d’une cinquantaine de nouveaux noms de gens proches d’Agos ont ainsi émergé dont Karin Karakach, Jacqueline Tchilig, Markar Issaïan, Sevanna Taouchou, Bechin Dandi du CNN, Lerna Assoullo-Oghlou...Pour l’instant, nous devons passer par la langue turc pour communiquer avec eux car il n’y en a pas d’arménophones. En effet, les Arméniens originaires d’Istanbul ont quitté la ville, et ceux d’Anatolie parlent en majorité le turque, du coup la communauté est devenue de plus en plus turcophone. Or, nous souhaitons que ce groupe de nouveaux arrivants d’Anatolie prenne conscience de son identité nationale. C’est la raison pour laquelle dans Agos le turc prédomine. Nous avons aussi réussi à établir de bonnes relations avec des journalistes et des intellectuels turcs progressistes pour lesquels nous représentons une voie d’accès vers notre communauté, et c’est souvent eux qui, les premiers, défendent nos droits. Enfin, Agos, qui relève de l’opposition et penche vers la gauche, s’intéresse à tous les problèmes du pays et de la communauté. Nous sommes des démocrates, nous luttons contre les injustices commises par l’Etat et contre les erreurs de gérance dans notre propre communauté. C’est pourquoi tout le monde ne nous aime pas. Nous avons de nombreux sympathisants mais il y a aussi des gens qui se sentent blessés par nos prises de position.

NAM : Avez-vous des divergences avec le Patriarcat d’Istanbul ?
H. D. : Peut-être. Pour nous, il n’y a pas de tabou, pas d’institutions qui ne peuvent être critiquées. C’est la démocratie qui l’exige. D’autant que nous ne sommes plus uniquement une nation, mais nous avons un Etat dont la construction exige la démocratie. Et ceux de nos lecteurs qui nous demandent de ne pas nous en prendre au Patriarcat doivent comprendre cela.

NAM : Comment se structure la communauté arménienne d’Istanbul ?
H. D. : Avec ses 17 écoles, 35 églises, son Patriarcat et ses hôpitaux, c’est une communauté vivifiante qui au prix de grands sacrifices, continue de jouer jusqu’à ce jour le rôle du gardien du passé. Et ce malgré d’énormes problèmes économiques et des difficultés suscitées par l’Etat. Elle parvient à mieux se tenir debout, à retrouver confiance en soi, et même à prendre conscience de ses droits et à les revendiquer. Evidemment, comme toutes les communautés de la diaspora, la nôtre a régressé du point de vue de la langue et de la culture. Mais il semble qu’aujourd’hui, quelque chose d’hybride commence à émerger parmi les jeunes, mêlant éléments de la culture locale et internationale. Je suis très optimiste à cet égard. Par ailleurs, l’émigration qui nous frappait de plein fouet depuis dix ans semble s’être ralentie, avec l’émergence d’un mouvement populaire libéral en Turquie. Sur le plan socio-économique, les Arméniens d’Istanbul appartiennent à la classe moyenne. Nous n’avons ni de très riches ni de grands pauvres. La plupart sont artisans, joailliers, commerçants. armi les jeunes, beaucoup entrent à l’université.

NAM : Reste-t-il des Arméniens en Anatolie ?
H. D. : Non. Du moins, il n’y a pas d’Arméniens qui s’acceptent comme tels à l’exception de quelques familles à Kharpert, à Dikranagerd et une quinzaine à Malatia. Le village de Vakef Samandare est arménien et le demeure. On trouve enfin quelques familles à Guessaria. Et puis, bien sûr, il existe des Arméniens islamisés dont on ne connaît pas le nombre. On l’estime entre 1-1,5 millions jusqu’à 3 millions.

NAM : Quelle est votre attitude à l’égard de l’Arménie et des autres communautés de diaspora ?
H. D. : L’Arménie demeure très importante pour nous. Sans elle, notre propre communauté se disloquerait. Nous ressentons le besoin d’entretenir des relations continues avec elle, c’est pourquoi nous désirons beaucoup la normalisation des relations arméno-turques. Pour ce qui est de la diaspora, nous savons à quel point la majorité se préoccupe de nous, malheureusement, il existe aussi une minorité qui nous méprise et qui nous considère comme des Arméniens « turquifiés », des « Arméniens qui parlent le turc ». Certains d’entre eux vont même jusqu’à s’enquérir de ce que nous faisons encore dans ce pays et nous conseillent de le quitter. Ceci nous cause beaucoup de peine.

NAM : Comment définiriez-vous les relations de la communauté arménienne de Turquie avec la société turque ?
H. D. : Pour nous, vivre avec les Turcs en Turquie est devenu une habitude, une bonne habitude. C’est un peu différent en diaspora, où, d’après moi, les Arméniens font plutôt preuve d’une vision maladive des relations arméno-turques. Nous ne pouvons nier que surtout chez les Arméniens de diaspora, il existe un traumatisme sur le sujet. Les Arméniens de Turquie sont plus modérés à cet égard. Comme dans tous les peuples du monde, on trouve de « bons » et de « mauvais » Turcs Moi, je suis en faveur d’un dialogue arméno-turc. C’est important pour notre avenir car à présent nous devons songer à l’Arménie. Il est vrai que nous sommes les citoyens des pays où nous vivons, mais nous sommes également les enfants de l’Arménie. Or elle est appelée, ainsi que Dieu l’a voulu, à vivre coincée en sandwich entre la Turquie d’un côté et l’Azerbaïdjan de l’autre. On doit donc prendre en compte cette position qui affecte sa sécurité. Le dialogue est nécessaire car ce voisinage ne peut être évité. Il n’y a pas d’autre alternative.

NAM : Comment décririez-vous l’environnement politique en Turquie ?
H. D. :On peut définir trois niveaux. Le premier est celui, très enraciné, de l’Etat turc, de l’administration de l’Etat. Le second comprend les autorités politiques du pays, c’est-à-dire le gouvernement, les partis politiques, le Parlement. Le troisième, le public, englobe les universités, les intellectuels, les académiciens, les organisations publiques ou ONG et le peuple. Ces trois strates n’ont pas de positions unamimes, y compris sur des sujets importants. Par exemple, tout le monde n’est pas d’accord sur la question de l’entrée de la Turquie en Europe. Certains courants y sont opposés tous domaines confondus. Même chose sur l’attitude à avoir envers les Arméniens. Aujourd’hui, des intellectuels remettent en question l’histoire. Ils pèsent sur les autorités politiques qui à leur tour influencent l’Etat turc. Il y a un mouvement dans les deux sens. Il est lent, mais il existe bel et bien. Bien sûr, avec les pressions de l’extérieur, la Turquie peut reconnaître le génocide, mais ce n’est pas essentiel. C’est la reconnaissance du peuple qui m’importe. Car seulement là nous assisterons à un véritable changement de mentalité. Souvenez-vous de 1908. A l’époque, sur pressions extérieures, l’Empire ottoman a été contraint d’adopter la constitution. Mais qu’est-il arrivé six mois plus tard ? Les massacres d’Adana. Car cette modification était le résultat de pressions extérieures et non d’un changement de mentalités. Aujourd’hui, c’est la même chose. L’important est que cette reconnaissance résulte d’une prise de conscience du peuple, et nous travaillons dans ce sens.

NAM : Si les pressions extérieures n’avaient pas existé, on n’aurait pas assisté à cette remise en question du passé par les intellectuels et le peuple ?
H. D. :Je ne le nie pas. Les pressions jouent en effet un rôle. Mais elles peuvent avoir un effet positif ou négatif. Revenons à l’Empire ottoman. Jusqu’à quel point les pressions exercées à l’époque par les pays européens sur l’Empire ont-elles été positives ? Finalement, elles ont causé l’élimination d’une nation. De plus, il faut se demander si ces pressions aident les thèses des progressistes ou servent à promouvoir celles des réactionnaires. Certaines rendent notre travail plus difficile à l’intérieur. Je me rappelle qu’avant la reconnaissance du génocide par le Sénat français, les manuels turcs ne comportaient que quelques lignes sur le génocide arménien. Après cette décision, plusieurs pages de mensonges sur les Arméniens et d’insultes ont été insérées dans les manuels. On a commencé à les enseigner aux enfants dès l’école préliminaire. Il faut tout mettre dans la balance et se comporter avec dicernement.

NAM : Au printemps, vous avez été invité avec Etienne Mahdjoubian devant le Parlement turc pour vous exprimer à propos du génocide et des relations arméno-turques. Pourquoi uniquement vous ?
H. D. : Pourquoi nous et pas d’autres ? Il faut le leur demander. Nous nous demandons pour notre part si l’Etat turc veut vraiment se rapprocher de la communauté arménienne pour la mieux connaître et pour connaître la vérité à propos du génocide ? Nous en doutons. Je dois dire que nous n’avons rien vu de tel au Parlement. Ma première remarque a d’ailleurs été : « Pourquoi nous avez-vous invités ? Est-ce pour montrer au monde que vous dialoguez avec les Arméniens ? N’est-ce qu’un grand show ? Si ce n’est que cela vous n’y parviendrez qu’une ou deux fois. A la troisième, vous ne nous trouverez pas.Nous ne nous prêterons pas à ce jeu ». J’ajoute que nous avons été désagréablement surpris par la présence à cette séance d’un troisième Arménien, membre d’un parti de la droite et connu dans notre communauté pour ses conceptions particulières selon lesquelles les Arméniens seraient les esclaves des Turcs. Si j’avais su qu’il était là, je n’aurais pas accepté l’invitation. En tant qu’intellectuels progressistes, nous nous sentons tenus de servir de pont entre notre communauté et l’Etat turc, mais uniquement si le désir de rapprochement est véritable. Après tout, la Turquie est notre pays et nous sommes ses citoyens. Nous voulons que la politique turque soit bien fondée.

NAM : Et pourquoi le timing de l’invitation intervint-il début avril ?
H. D. : C’est une bonne question. Sans doute pour montrer au monde que les Turcs aussi s’occupent de la question du génocide. Il fallait que ce mot de génocide résonne une fois à l’intérieur du Parlement turc. Eh bien nous l’avons dit. Attendons pour voir ce qui va suivre.

NAM : Au Parlement turc vous avez revendiqué pour la communauté arménienne de Turquie le droit de commémorer la mémoire du génocide et vous avez exigé l’ouverture de la frontière entre l’Arménie et la Turquie. N’aviez-vous pas d’autres exigences ? Comment concevez-vous l’ouverture de la frontière arméno-turque ?
H. D. : En ce qui concerne la controverse entre les deux peuples à propos de l’Histoire, la normalisation doit débuter par l’ouverture de la frontière entre l’Arménie et la Turquie, puis des commissions pourront débattre du passé. Au Parlement, nous avons aussi parlé des problèmes de notre communauté, des injustices commises à son égard et nous avons demandé des solutions. D’autre part, nous avons estimé que la politique actuelle turque à l’égard du génocide ne brillait pas par son intelligence. Par exemple, nous trouvons qu’inviter Justin McCarthy au Parlement et le faire s’exprimer contre les faits était stupide. Nous avons librement exprimé nos opinions, sans retenue, sans reculer devant le fait que tenir ces propos pourrait relever de l’opposition.

NAM : Pensez-vous que le fait qu’on débatte cette année comme jamais du génocide s’explique par la problématique de l’entrée de la Turquie en Europe ?
H. D. : Evidemment. C’est lié à cette question ainsi qu’au 90e anniversaire du génocide. Les Européens exigeront que la Turquie se réconcilie avec son Histoire, ainsi qu’avec l’Arménie et les Arméniens.

NAM : Est-là une pression extérieure ?
H. D. : Ce n’est pas uniquement la solution de la question arménienne qui sera soulevée sur le chemin de l’entrée de la Turquie en Europe. Les réponses à d’autres problématiques seront également abordées. Le fait est que l’administration turque jusqu’à aujourd’hui n’a jamais appris à résoudre ses propres problèmes par elle-même. C’est toujours sous pressions extérieures qu’elle le fait. Je vais vous donner un exemple : Cela fait des dizaines d’années que nous portons nos problèmes devant le Parlement et le Premier ministre. Chaque année, notre Patriarche livre des rapports officiels sur ces questions. Cependant, elles n’ont jamais trouvé de solution. En revanche, du moment où la Turquie a emprunté la voie qui doit la mener vers l’Europe, nos problèmes ont trouvé place dans l’agenda. En tant que démocrate et citoyen turc, mon droit absolu est de souhaiter que la solution à mes problèmes émane du peuple, malheureusement ce n’est jamais le cas. Les changements ne sont dus qu’aux pressions extérieures.

NAM : La même question se pose à propos de votre périple européen. Pourquoi les Verts ont-ils choisi le mois d’avril pour organiser votre visite en Europe et votre intervention à leur conférence organisée sous les auspices du Parlement européen ? Encore une fois pourquoi le choix s’est-il uniquement arrêté sur vous parmi tous les courants arméniens s’il était question de rassembler une documentation impartiale sur le génocide ?
H. D. : Encore une fois c’est une question judicieuse que je leur ai aussi posée et j’ai souhaité que des représentants de la diaspora soient également présents, mais ils désiraient entendre les Arméniens de Turquie. Dans ce contexte, des rencontres ont eu lieu à Bruxelles, à Berlin et des parlementaires y ont assisté. Là j’ai senti qu’on était à la recherche de voies pour résoudre le problème et qu’on désirait avoir l’opinion des Arméniens de Turquie. Mais en fait, nous ne représentons pas vraiment cette communauté-là car nos opinions sont un peu plus extrêmes qucelles des autres, généralement plus tempérées. La circonspection étant de règle. Mais je suis heureux que l’on nous ait invités car j’ai mis les Européens face à leurs reponsabilités quant aux événements du passé. La diaspora a mal interprété mon attitude comme si, en soulignant la responsabilité européenne, je réduisais celle des Turcs. Ce n’est pas le cas. J’ai pour habitude de critiquer les Européens quand je leur parle, de critiquer les Arméniens quand je m’adresse à eux et de critiquer les Turcs quand ils sont face à moi. C’est mon devoir d’intellectuel. Nous sommes là pour secouer les mentalités, seule possibilité pour que des solutions jaillissent. A l’Union européenne, j’ai déclaré : « Vous êtes responsables et vous devez donner des compensations aux Arméniens. Elles doivent prendre la forme d’un droit politique auquel vous devez absolument donner corps en acceptant un jour l’Arménie dans l’Union européenne ». Arrêtez-vous sur cette idée, je vous en prie. Je conseille aux Arméniens de la diaspora de travailler sur cette question. A présent vous travaillez sur la reconnaissance du génocide, cela représente le passé, alors que cette dernière question représente l’avenir de l’Arménie, du monde arménien. Il existe un droit international qui s’appelle le droit positif. C’est un droit juridique dont l’usage concerne les peuples à l’égard desquels de graves erreurs ont été commises dans le passé. Et le peuple arménien est l’un de ceuxlà. Aujourd’hui, l’Europe est une bonne idée. La Turquie devient membre de l’Union européenne, et l’Arménie ainsi que les autres pays du Caucase la suivent. Ou encore, ces derniers deviennent voisins de l’Union européenne.

NAM : Pensez-vous que le peuple turc parviendra à reconnaître le génocide ? S’arrêtera-t-il là ou parviendra-t-il à envisager la question des compensations ?
H. D. : Moi, je ne m’occupe pas de ces questions. Exiger la reconnaissance du génocide, demander des compensations, des territoires, tout cela ne m’intéresse pas. Ce qui m’interpelle c’est comment allons-nous vivre à nouveau côte à côte ? En sécurité ? C’est la question essentielle. Je travaille dans ce sens. Pour le reste, tout le monde se conduit comme il pense devoir le faire. Mais je dois dire que l’Arménien n’a pas le droit de manquer de jugement.

NAM : Qu’avez-vous ressenti en participant à la conférence des Verts européens dans la mesure où ils travaillent depuis plusieurs années au niveau de l’U.E. pour détacher la question de la reconnaissance du génocide de celle de l’entrée de la Turquie en Europe ? Et ce alors que le principal organisateur de cette conférence était le représentant Turc des Verts d’Allemagne
H. D. : Que puis-je dire ? Le temps passera et vous connaîtrez mieux Hrant Dink et Etienne Mahdjoubian. Vous saurez qu’ils ne peuvent servir ni d’otages, ni d’outils. D’ailleurs ce n’est pas sans risques que nous nous exprimons comme nous le faisons. Vous croyez que les Verts ont de la sympathie envers la Turquie et les Turcs, mais un jour vous comprendrez qu’ils en ont plus encore envers les Arméniens.

NAM : Il y a trois ans une action en justice pour insultes a été intentée contre vous à Ourfa parce que vous aviez déclaré que vous n’étiez pas turc, mais un Arménien citoyen de Turquie. Plus récemment, une seconde affaire a été intentée contre vous à Sisli, Istanbul (*) Où en êtes-vous actuellement ?
H. D. : La seconde affaire à propos de mon article est arrivé à terme. Le jugement sera probablement rendu le 13 septembre. Le procureur de l’Etat a requis une peine allant de 1 à 6 ans de prison. Le premier procès, celui d’Ourfa suit son cours.

NAM : Ces deux affaires sont déjà anciennes. Pour quelle raison la procédure judiciaire a-t-elle autant tardé ?
H. D. : Dans ce pays les interrogatoires débutent et durent très longtemps. Le procès d’Ourfa a commencé il y a trois ans. L’autre concernait mon article sur Sabiyya Gyökçun, la fille adoptée par Ataturk, que je déclarais être Arménienne. Dans ce cas précis les pressions contre moi sont venues d’en haut. Il est aussi très probable que mon allocution à l’occasion du 90e anniversaire du génocide ait joué un rôle. Tout s’est accumulé et a créé cette situation. Mais je ne doute pas que je serai relaxé, car si on me condamne, ce sera une grande injustice. Je n’ai jamais eu l’intention d’insulter les Turcs et mes paroles ne représentent pas une insulte non plus.

NAM : Croyez-vous que ces procès soient liés aux relations arménoturques ?
H. D. : C’est possible, mais il serait plus juste d’affirmer qu’ils peuvent avoir un rapport avec la question de l’entrée de la Turquie en Europe. Un nombre important de personnes y sont opposés. On les retrouve dans l’administration, les autorités politiques, les partis. Cette classe désire créer des remous en me faisant condamner afin de créer une atmosphère négative dans l’Union européenne à l’égard de la Turquie. Je répète, il n’y a rien d’insultant dans mes écrits. Sur demande de la cour, trois conférenciers d’université ont analysé mon article et ont déclaré qu’il n’y avait nulle insulte.

NAM : Où en est aujourd’hui la question de l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne après le refus de la constitution européenne par la France et la Hollande ?
H. D. : Cela devient de plus en plus difficile mais dès le début c’était difficile. Malgré tout, je pense que le processus de l’entrée de la Turquie en Europe ne doit pas s’arrêter, car c’est dans l’intérêt de la Turquie, pour sa démocratisation. On ne sait quand elle aura lieu. Cela dépendra des efforts de ce pays, de sa sincérité, de sa mentalité. Malgré l’attitude de la France et de la Hollande, nous ne devons pas cesser notre lutte. Nous devons continuer à nous battre pour que le processus d’adhésion ne soit pas stoppé. Et que le processus de démocratisation puisse continuer



Notes : faire comprendre à la diaspora arménienne qu’une fois qu’elle se serait réconciliée avec la partie turque de son identité, elle pourrait trouver de nouvelles réponses à ses questions auprès de l’Arménie indépendante ». Le 16 avril 2005, la cour de Sisli avait déjà reçu 9 plaintes contre lui pour cet article, et le second procès débutait le 7 juillet. Le 13 juillet, Reporters sans frontières en France critiquait le procès et déclarait « le refus du gouvernement turc de toute discussion publique du génocide de 1915 contre les Arméniens continuait de représenter une « barrière pour la liberté d’expression en Turquie »

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