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Gallica accueille Numdam, la bibliothèque numérique des revues de mathématiques

21 avril 2011

Initiée de longue date, la coopération numérique entre MathDoc et la BnF franchit aujourd’hui une nouvelle étape avec la mise à disposition, dans Gallica, des notices issues de Numdam (Numérisation des documents anciens de mathématiques) : cette bibliothèque numérique permet l’accès à quelques 43 000 articles issus de 29 séries d’actes de séminaires et de 32 revues françaises et européennes.

La collection comporte la première revue établie de mathématiques au monde, parue en France de 1810 à 1832, les Annales de Gergonne, ainsi que des titres de tout premier plan comme les Annales de l’École normale supérieure, Compositio Mathematica ou encore les Publications mathématiques de l’IHES (Institut des hautes études scientifiques).

Annales de mathématiques pures et appliquées, dites Annales de Gergonne (1810-1832)

De nombreux textes fondateurs sont proposés aux mathématiciens, à l’image de l’article de Vladimir Arnold “Sur la géométrie différentielle des groupes de Lie de dimension infinie et ses applications à l’hydrodynamique des fluides parfaits” paru en 1966 dans les Annales de l’Institut Fourier et qui contribue à fonder la théorie de l’”effet papillon“. Notons également l’article de Jacques Hadamard “Sur la distribution des zéros de la fonction ζ(s) et ses conséquences arithmétiques“, paru en 1896 dans le Bulletin de la société mathématique de France, qui contient la démonstration du théorème des nombres premiers. Enfin, signalons la présence, parmi les articles de Numdam, des travaux d’Alexander Grothendiek, fondateur de la théorie des schémas (Publications mathématiques de l’IHES, séminaire Bourbaki, etc.).

Cet ensemble vient opportunément compléter le fonds actuellement en ligne dans Gallica dans le domaine des mathématiques.

Si l’essentiel du contenu diffusé par Numdam provient de volumes imprimés numérisés de la première à la dernière page en haute définition, la production courante (nativement numérique) d’un certain nombre d’éditeurs est également versée dans l’archive. Elle devient accessible à l’issue d’un délai variable (le “créneau mobile“, généralement fixé à cinq ans). Plus de 95% des textes sont librement accessibles.

Pour faciliter la navigation dans les collections (et permettre ainsi de suivre les différentes étapes d’un raisonnement), les articles traités par Numdam bénéficient quand cela est possible d’enrichissements bibliographiques significatifs : liens vers les analyses issues des bases de données MathSciNet ou Zentralblatt Math ; affichage des références bibliographiques citées par l’auteur avec lien vers le texte intégral correspondant quand il a pu être localisé ; affichage des pages liminaires lorsqu’elles ont un intérêt scientifique. Les textes intégraux sont disponibles en PDF et en DjVu (un format très compact et complet, optimisé pour la diffusion sur Internet des textes numérisés).

Le projet Numdam est une inspiration, et l’une des briques fondatrices, du projet EuDML, la bibliothèque européenne numérique de mathématiques, actuellement en cours de développement dans le cadre du programme pour la Compétitivité et l’innovation de la commission européenne.

Billet rédigé par Hélène Falavard, ingénieur documentaliste à la Cellule de Coordination Documentaire Nationale pour les Mathématiques (MathDoc)

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Les corpus

Les photographies de l’agence Meurisse

12 avril 2011

Spécialisée dans le reportage photographique, l’agence Meurisse doit son nom à Louis Meurisse, photographe belge qui la fonde en 1909. Active en son nom propre jusqu’en 1937, elle s’associe ensuite à deux autres agences, les agences Rol et Mondial Photo Presse, pour former l’agence SAFARA (Service des Agences Françaises d’Actualité et de Reportage Associées). Réunis, les fonds photographiques de ces trois agences forment une collection considérable qui s’enrichit jusqu’en 1945. Ils sont ensuite détenus par la firme Monde et Caméra, puis par la société Sciences-Film. En 1961, la Bibliothèque nationale s’en porte acquéreur et le fonds, composé de plaques, d’albums, de tirages et de répertoires, est depuis conservé au département des Estampes et de la photographie.

Deauville : baigneuse : [photographie de presse] / Agence Meurisse, 1928 ; 1 photographie négative  sur verre ; 13 x 18 cm

Au sein de cet ensemble de 205 000 clichés, le fonds de l’agence Meurisse représente près de 33 000 vues, couvrant également les champs politique, artistique, scientifique ou sportif de l’actualité française et internationale des années 1909 à 1937. Chacun de ces clichés est aujourd’hui catalogué pièce à pièce dans le catalogue en ligne de la BnF, et, numérisé, est aussi accessible sur Gallica.

Manifestation de locataires à Clichy : [photographie de presse] / Agence Meurisse, 1927 ; 1 photographie négative sur verre ; 13 x 18 cm

Il n’est qu’à voir l’extraordinaire diversité des sujets traités pour se convaincre de la richesse de cet ensemble. Aviateurs, boxeurs ou nageurs y côtoient des soldats, des députés ou des hommes politiques ; expositions horticoles ou industrielles, objets, faits divers, courses hippiques, visites présidentielles et princières, scènes de plage à Deauville… dressent un tableau de la vie quotidienne, mondaine et politique.

Le Bourget : arrivée des avions légers : Rouyer (portrait à 3 m) : [photographie de presse] / Agence Meurisse, 1928, 1 photographie négative sur verre ; 13 x 18 cm

À cet ensemble documentaire incomparable vient s’ajouter celui de l’agence Rol, fondée en 1904, qui fait lui-aussi l’objet d’une numérisation exhaustive et dont près de 24 000 vues sont d’ores et déjà visibles sur Gallica. L’agence Mondial Photo-Presse n’est pas en reste, dont les années de production 1932 et 1933, accessibles dans le catalogue, vont être versées sous peu dans Gallica. La conversion informatique des répertoires manuscrits de cette agence pour les années 1933 à 1937 est actuellement en cours et mènera à la numérisation des clichés correspondants. Enfin, un travail de définition d’ensembles thématiques – le Tour de France, le procès Landru… – est mené en parallèle et permettra des recherches croisées dans les différents fonds d’agences de Monde et Caméra.

Jude Talbot - Département des Estampes et de la photographie

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Les corpus

La thérapeutique par les plantes à travers les âges (I)

6 avril 2011

Les Plantes médicinales indigènes et exotiques, leurs usages thérapeutiques, pharmaceutiques et industriels, par MM. Dujardin-Beaumetz,… E. Egasse,…
Source: Bibliothèque nationale de France

Les premiers textes médicaux qui nous soient parvenus, textes chinois, égyptiens et mésopotamiens, montrent qu’il existait déjà un savoir thérapeutique il y a 3000 à 4000 ans et des remèdes minéraux, animaux et surtout végétaux étaient utilisés : par exemple, les Egyptiens connaissaient les propriétés sédatives du Pavot, et les Assyriens savaient employer la Belladone contre les spasmes.

A travers les médecines grecque, latine, arabe, héritières des civilisations anciennes, la connaissance des plantes médicinales et des remèdes végétaux n’arrête pas de s’enrichir. Pour preuve, les manuscrits de Dioscoride au Ier siècle après J.-C. inventorient plus de 500 espèces de plantes dans son célèbre De materia medica. Cet ouvrage  a fait autorité en Europe et a constitué la base des études médico-botaniques pendant plus de 1500 ans.

Au Moyen Age, la phytothérapie,  « la médecine par les plantes », du grec phuton (plante) et therapeuein (soigner), se dégage difficilement de la magie et de la sorcellerie,  vers lesquelles se dirigent les malades, pour endiguer les terribles épidémies de l’époque. Des plantes comme la jusquiame noire, la belladone ou la mandragore étaient considérées comme des plantes diaboliques.
Pendant la Renaissance, lorsque les textes anciens sont redécouverts, augmentés, compilés, la connaissance des remèdes végétaux se précise. Le XVIe siècle voit la publication de grands traités des médecins botanistes (Leonhart Fuchs ou Jean Ruel, entre autres) qui tiendront lieu de référence jusqu’à fin du XVIIIe siècle. Olivier de Serres qui reforme l’agriculture française sous Henri IV et constitue un jardin médical, parle dans son Théâtre d’agriculture (1600) des eaux distillées de certains bourgeons, qui présentent des propriétés particulières parfois très distinctes de celles obtenues à partir de plantes à l’état adulte.

Macer Floridus de Viribus herbarum famosissimus medicus et medicorum speculum
Source: Bibliothèque nationale de France

Au XVIIIe siècle les événements se précipitent en ce qui concerne la connaissance botanique des plantes, avec les classifications de Linné (1735) et de Jussieu, quelques années plus tard. L’homéopathie, du grec homoios (semblable) et pathos (souffrance), apparaît à la fin du XVIIIe siècle, grâce à Samuel Hahnemann (1755-1843) bien que ses sources remontent à la tradition hippocratique. Son Organon de l’art de guérir (1810) pose les fondements de la doctrine homéopathique et connaîtra six éditions différentes. Les plantes représentent seulement une partie de la thérapeutique homéopathique, qui emploie aussi des substances animales et minérales.

Des chimistes ont fait faire à la phytothérapie un pas de géant au XIXe siècle par la découverte des principes actifs des plantes (notion envisagée dès le XVIe siècle par Paracelse), en particulier des alcaloïdes et des hétérosides. La rencontre des biologistes et des chimistes font du XIXe siècle un grand siècle scientifique, le véritable point de départ de la thérapeutique scientifique.

De nos jours, des travaux de chimie et de pharmacologie permettent de mieux connaître les principes actifs, l’activité thérapeutique et les mécanismes d’action biochimique des plantes.

Cette première partie du billet présente une approche historique de la médecine par les plantes. Une deuxième partie sera orientée vers l’utilisation pratique de ces remèdes par nos ancêtres.


Flore médicale et iconographie végétale, peintes par Mme E. Panckoucke et Turpin… décrites par MM. Chambéret, [...], Fermond, Poiret et Ach. Richard… Troisième édition
Source: Bibliothèque nationale de France

Alina Cantau – Département Sciences et techniques

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Zoom sur la Jubilothèque

31 mars 2011

Nouvelle interface et importante livraison du Bulletin de la Société géologique de France

Alimentée par les fonds anciens des bibliothèques de l’Université Pierre et Marie Curie (Paris 6), la Jubilothèque, partenaire de Gallica, met en ligne, depuis 2007, une sélection de documents scientifiques numérisés et organisés en collections thématiques : collections scientifiques (histoire de la géologie, géologie régionale, physique-chimie, thèses de la Faculté des sciences de Paris, publications de la Société géologique de France) et fonds spécifiques (fonds Giard et fonds Charcot).

Fonds Charcot

Fonds Charcot

Sa nouvelle interface améliore la navigation dans les résultats de recherche, qui sont contextualisés à la fois dans le document et dans la collection thématique ; un historique de recherche et un porte-documents sont désormais mis à disposition.

Avec plus de 1000 documents (soit plus de 200 000 pages) numérisés en mode texte à quelques exceptions près, la Jubilothèque ne cesse de s’enrichir.

Toucas, Aristide. Mémoire sur les terrains crétacés des environs du Beausset (Var). Mémoires de la Société géologique de France, 1873, 2ème série, tome IX, mémoire n° 4

Extr. des Mémoires de la Société géologique de France (1873)

Les dernières mises en ligne concernent les cinquante premières années du Bulletin de la Société géologique de France (1830-1880), qu’introduit Eric Buffetaut (CNRS - Laboratoire de géologie de l’Ecole Normale Supérieure) :

La publication du Bulletin de la Société géologique de France débute dès 1830, année de la fondation de la société. Dès la réunion constitutive de celle-ci, le 17 Mars 1830, la création du Bulletin est décidée : il sera “distribué gratuitement à chaque membre”. Publié annuellement au format in-8° jusqu’à la fin des années 1950, le Bulletin introduit des illustrations sous forme de figures et de planches dès le tome II (1831-1832). Le premier article publié dans la nouvelle revue est un texte de Dufrésnoy sur le terrain de craie dans le Sud de la France. Dès ses premiers numéros, le Bulletin se signale par la diversité des sujets abordés, couvrant toutes les branches de la géologie telle qu’on la pratique à cette époque, et par son caractère international. Même si les articles portant sur la France y sont naturellement les plus nombreux, la géologie de nombreuses autres régions du monde y est abordée. On trouve parmi les auteurs publiant dans le Bulletin tous les grands noms de la géologie française du XIXème siècle et nombre de géologues étrangers bien connus.

Bulletin de la Société géologique de France (1905)

Bulletin de la Société géologique de France (1905)

La Jubilothèque poursuivra, en 2011, la mise en ligne des fascicules du Bulletin parus jusqu’en 1940, grâce au précieux concours de la Société géologique de France ; elle contribuera également au  programme de numérisation concertée autour des espaces géologiques coloniaux : l’ensemble viendra compléter les documents déjà disponibles dans Gallica.

Billet rédigé par Frédérique Flamerie de la Chapelle, responsable de la Jubilothèque, bibliothèque numérique d’ouvrages anciens de l’Université Pierre et Marie Curie (Paris 6).

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Neuf grands maîtres de l’estampe

29 mars 2011

“Tous ces aventuriers, à demi enfoncés dans l’impossible…

… et tenant à peine par le talon à la vie réelle, vont et viennent dans les légendes, perdus vers le soir dans des forêts inextricables, cassant les ronces et les épines, comme le chevalier de la mort d’Albert Durer, sous le pas de leur lourd cheval, suivis de leur lévrier efflanqué, regardés entre deux branches par des larves, et accostant dans l’ombre tantôt quelque noir charbonnier assis près d’un feu, qui est Satan entassant dans un chaudron les âmes des trépassés”. Par ces mots, Victor Hugo évoque l’une des très célèbres gravures d’Albert Dürer, Le chevalier, la mort et le diable :

Le chevalier, la mort et le diable / AD 1513 [A. Dürer, 1513], burin

Conservé à la Réserve des Estampes, l’œuvre gravé de Dürer fait l’objet d’une numérisation intégrale. Il est d’ores et déjà possible d’admirer en ligne ses burins, au même titre que nombre d’estampes de grands maîtres des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles : les œuvres de Martin Schongauer, les gravures de Marcantonio Raimondi, les eaux-fortes de Jacques Bellange sont venus enrichir récemment les fonds numérisés de la BnF. Suivront très bientôt les paysages tourmentés de Hercules Seghers et les scènes de genre de François Boucher.

Les trois saintes, Jacques Bellange, entre 1595 et 1616, eau-forte

“L’effroi des rêves tourmentés”

Le XIXe siècle n’est pas en reste, qui se trouve mis en valeur à travers trois artistes majeurs. Ce sont d’abord les lithographies et eaux-fortes d’Odilon Redon, dont l’onirisme se décline pour Huysmans dans L’art moderne, en “des planches agitées, des visions hallucinées inconcevables, des batailles d’ossements, des figures étranges, des faces et poires tapées et en cônes, des têtes avec des crânes sans cervelets, des mentons fuyants, des front bas, se joignant directement aux nez, puis des yeux immenses, des yeux fous, jaillissant de visages humains, déformés, comme dans des verres de bouteille, par le cauchemar”. Alors qu’a débuté il y a peu, en partenariat avec la BnF, une exposition exceptionnelle sur cet artiste inclassable, 245 de ses estampes sont aujourd’hui accessibles sur Gallica.

“L’oeil, comme un ballon se dirige vers l’INFINI”, Odilon Redon, 1882, lithographie sur Chine appliqué sur vélin

Camille Pissarro est quant à lui à l’honneur à travers plus de 200 eaux-fortes, dont certaines ont été présentées lors de la très belle exposition “L’estampe impressionniste” au musée des Beaux-Arts de Caen, l’été dernier ; Félix Vallotton est pour sa part représenté par 260 de ses bois, lithographies et eaux-fortes, dont certains sont parus dans la célèbre revue L’Assiette au beurre.

“Ah! bougre de salaud, tu m’as appelé vache!…” [Crimes et châtiments. XXII], Félix Vallotton, L’Assiette au Beurre (Paris), 1901, lithographie 3 couleurs (noir, rouge et vert)

Ce n’est là que le début d’un programme de mise en ligne des oeuvres des grands maître de l’estampe conservées au département des Estampes et de la photographie, programme qui se poursuivra dans les années à venir.

Jude Talbot - Département des Estampes et de la photographie

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Saint-Simon et les saint-simoniens

24 mars 2011

[Illustration : Avec un St Simonisme en Don Quichotte et son compère Sancho prédicateur (fragment)
ARS FOL-JO-1333 (1)]

Le saint-simonisme est un mouvement de pensée réformateur influent du XIXe siècle. Il propose une réorganisation et une méthode de transformation totale de la société en jetant les bases d’une utopie industrielle conçue en opposition à l’ordre social issu de l’Ancien Régime. Il s’agit de bâtir le bonheur de l’humanité sur le progrès de l’industrie et de la science. Pour cela il faut rompre avec l’ancienne théologie féodale afin d’entrer dans un âge nouveau qui serait l’âge industriel de la science. Soutenue par une foi en l’Homme et en la technique, le saint-simonisme se propose donc de créer les conditions inédites d’une société nouvelle, fraternelle et pacifique.

[Illustration : Portrait de Claude-Henri de Rouvroy, comte de Saint-Simon ARS FE-ICONO-4]

A l’origine de ce mouvement de pensée post-révolutionnaire, un homme : Claude-Henri de Rouvroy, Comte de Saint-Simon (1760-1825). Disciple de d’Alembert, le comte de Saint-Simon est très fortement marqué par l’esprit de l’Encyclopédie tout en étant d’emblée impliqué dans l’ère industrielle naissante. La pensée de Saint-Simon évolue donc dans une période charnière de l’Histoire travaillée à la fois par la rupture entre un ordre révolu jugé inéquitable et la possibilité d’un changement aussi structurel que positif de la société. En réaction aux massacres de la Terreur puis au militarisme napoléonien, Saint-Simon prédit une société pacifiée par les sciences et la technologie, contrôlée par les industriels et les savants.

Ainsi, en 1803, il publie « Lettres d’un habitant de Genève à ses contemporains », dans laquelle il fait l’éloge de la science dès lors considérée comme une nouvelle religion. Les contours de sa doctrine se précisent en 1816 et 1817 lorsqu’il rédige « L’industrie », qui évoque le concept de « politique positive », le caractère « positif » désignant l’état de maturité d’une science sociale qui aurait bénéficié de tous les apports des autres sciences déjà constituées. Toujours en 1817, Saint-Simon se dote d’un nouveau secrétaire particulier âgé d’à peine vingt ans avec lequel il collaborera activement jusqu’à leur rupture en 1824. Ce jeune intellectuel n’est autre qu’Auguste Comte. Avec Saint-Simon, il rédige de nombreux ouvrages philosophiques et articles de presse puis théorise souvent les idées de ce dernier dans ses « Cours de philosophie positive ». En 1825, l’année de sa mort, Saint-Simon achève son testament idéologique dans « Le Nouveau christianisme », qui avant d’influencer bien plus tard la doctrine socialiste, produit un mouvement idéologique et religieux appelé le saint-simonisme. Les adeptes de ce mouvement qui connaît son véritable essor à l’occasion de la Révolution de 1830, vénèrent Saint-Simon comme un prophète.

[Illustration Collier saint-simonien en acier, bronze, laiton et cuivre : détail intérieur du pendentif

Arsenal FE-ICONO-35]

Religiosité, prédications, phalanstère de Ménilmontant, « papisme » de certains disciples comme Prosper Enfantin, vestes que l’on se boutonne dans le dos en signe de fraternité… On ne retient souvent des saint-simoniens que le ridicule sectaire, mais ce serait nier la part de ces mêmes saint-simoniens dans la plupart des réalisations industrielles majeures du XIXe siècle : la création du Canal de Suez et le développement du réseau ferré français notamment, censés réunir l’Orient et l’Occident.

Au-delà de l’aspect anecdotique, l’objectif déclaré de ces disciples veut que les institutions permettent « l’amélioration du sort moral physique et intellectuel de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre » (confère « Nouveau christianisme »). Pour ce faire un seul mot d’ordre « A chacun selon sa capacité, à chaque capacité selon ses oeuvres ». L’émancipation complète de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre et le classement selon la capacité et les œuvres sont les deux thèmes majeurs qui font du saint-simonisme une des premières idéologies de la méritocratie française.

Ouvrage capital rédigé entre 1828 et 1830, « L’Exposition de la doctrine saint-simonienne » comprend les comptes rendus des conférences organisées rue Taranne à Paris par Bazard qui formait avec Enfantin une sorte de duumvirat officialisé dès Noël 1829. On y retrouve toutes les analyses les plus profondes du système saint-simonien et de cette « Loi historique » que Saint-Simon avait décrite : la société humaine dans son développement présenterait une succession d’états organiques (la constitution du polythéisme grec et celle de l’Eglise chrétienne) qui alterneraient avec des états critiques (la dissolution de ces forces provoquée par une montée de l’individualisme). Pour Saint-Simon, cette téléologie historique devrait aboutir à l’ultime finalité de l’abolition de l’exploitation de l’homme par l’homme. A noter qu’un tel programme, soutenu par la possibilité d’une société meilleure et équitable, serait tout entier conditionné par le progrès de l’instruction des travailleurs pacifiques. L’ultime état organique de la loi historique serait alors marqué par une réorganisation du globe en une société industrielle ordonnée selon le mérite de chacun et non plus selon les privilèges héréditaires d’une minorité.

On reproche souvent à la pensée saint-simonienne de manquer de clarté, de cohérence et de ne pas parvenir à s’ériger en système. Néanmoins, de Thomas Carlyle à Friedrich Engels, beaucoup ont vu dans ce mouvement le point de départ de la plupart des idées du socialisme à venir. Plus étonnant encore, ce mouvement de pensée célébré par de nombreux marxistes allait nourrir les théories de nombreux réformateurs capitalistes.

Céline Raux – Département Droit, économie, politique

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Quarante ans de publications pasteuriennes sur Gallica

21 mars 2011

En 1886, Louis Pasteur sort d’une longue période de recherches, puis de luttes, pour imposer au monde scientifique ses découvertes sur la vaccination contre la rage.  Âgé, fatigué et malade, il délègue à ses proches collaborateurs, Emile Duclaux et Emile Roux, le soin de créer l’Institut qui portera bientôt son nom. La nécessité d’un périodique qui en publierait les travaux est dans l’esprit de tous, mais les ressources dont dispose le tout nouvel institut ne sont pas suffisantes. Emile Duclaux prend alors l’initiative de la future revue, dont il devient à la fois le bailleur de fonds, le metteur en page et le directeur de publication.

Le premier numéro paraît en janvier 1887, avec pour sous-titre revue de microbiologie. Patronné par Louis Pasteur, il s’associe le concours d’un comité de rédaction composé de MM. Chamberland, Grancher, Nocard, Roux et Straus.

Mis à part sa lettre sur la rage et son discours pour l’inauguration de l’Institut, Louis Pasteur ne publiera qu’un seul article dans les Annales, son état de santé ayant mis un frein considérable à son activité d’écriture. Les Annales deviennent cependant la revue officielle de son institution dès 1888 et contribuent à consolider la communauté des pasteuriens.

Première revue spécialisée dans le domaine de la microbiologie en France, les Annales de l’Institut Pasteur ouvrent leurs colonnes aux travaux menés en Russie, en Belgique, en Suisse, en Italie et en Roumanie ; à quelques exceptions près, les textes de la revue restent exclusivement rédigés en langue française jusqu’en 1968.

Annales
Annales de l’Institut Pasteur ; rein de lapin 1901, tome 1

Si, pendant cinquante ans, les Annales publient des travaux originaux, des lettres à la rédaction, des prises de positions controversées et novatrices, une période difficile s’amorce à partir de 1908 alors que le succès de revues concurrentes se confirme, notamment celui du Bulletin de la société de pathologie exotique.

Proposant dans un premier temps quarante ans de publications pasteuriennes, Gallica poursuivra en 2011, grâce à l’étroite collaboration de la médiathèque de l’Institut Pasteur, la numérisation et la mise en ligne du titre jusque 1995 ; cet ensemble sera complété par d’autres séries pasteuriennes d’importance, notamment les revues créées par les Instituts Pasteurs d’Outre-mer :

  • Archives de l’Institut Pasteur de Tunis : 1906-1920 ; 1923-1940
  • Archives des Instituts de l’Afrique du Nord : 1921-1923
  • Archives de l’Institut Pasteur d’Algérie : 1923-1940
  • Archives de l’Institut Hellénique : 1923 ; 1928
  • Archives des Instituts Pasteur d’Indochine : 1925-1941
  • Archives de l’Institut Pasteur du Maroc : 1932-1944

Extraits remaniés de Sandra Legout, The “Annales de l’Institut Pasteur”, 1887-2007: a glimpse into history, Research in microbiology, 2008, vol. 159, no1, pp. 23-26 (avec l’aimable autorisation de l’auteur).

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Ergonomie et services web, Nouvelles fonctionnalités, On en parle...

Adoptez un livre sur Gallica !

17 mars 2011

Votre nom sur Gallica pendant 10 ans…
L’Association des amis de la Bibliothèque nationale de France (AaBnF), qui contribue par ses dons et ses actions à l’enrichissement des collections de la Bibliothèque, lance l’opération « Adoptez un livre ». Annoncée à l’occasion du Salon du livre de Paris 2011, cette opération permet aux internautes de soutenir la numérisation du patrimoine écrit de la BnF.
Le donateur est invité à choisir, sur le site de l’Association les ouvrages qu’il souhaite voir numériser.
Quatre thèmes ont été retenus pour l’ouverture : les femmes, panorama du XIXe siècle, les livres de sciences naturelles, les grandes entreprises françaises. Il s’agira toujours d’ouvrages numérisés à partir d’originaux.
Le coût de la numérisation sera indiqué pour chaque ouvrage. Le donateur recevra un récépissé de déduction fiscale de 66% pour un particulier et de 60% pour une entreprise, dans le cadre de la législation en vigueur.
En signe de reconnaissance, le nom du donateur figurera pendant 10 ans à côté de l’ouvrage numérisé, sur Gallica.

Votre nom sur Gallica !

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Romanciers populaires du XIXe : Ernest Capendu (1826-1868)

3 mars 2011

Le Capitaine La Chesnaye, par Ernest Capendu...
Le Capitaine La Chesnaye, par Ernest Capendu…
Source: Bibliothèque nationale de France

Un beau matin de 1785, Herbois et Renneville se rendent à Versailles, au milieu de jeunes gens de diverses origines dont certains se nomment Ney, Tallien, Murat, Saint-Just, Fouché, Bonaparte, Talma, Danton, etc. Ainsi débute le premier volet d’un cycle de quatre romans (L’Hôtel de Niorres, Le Roi des gabiers, Le Tambour de la 32e demi-brigade et Bibi-Tapin, publiés en 1861 et 1862. Son auteur, Ernest Capendu, est né en 1826 dans une famille aisée de la capitale. Il fuit Paris en 1849 lors d’une épidémie de cholera, gagne Marseille, Oran et visite l’Algérie, le Maroc et la Syrie. On retrouve les traces de son voyage dans plusieurs ouvrages (La Popote ou Les Colonnes d’Hercule). Auteur de pièces de théâtre, notamment en collaboration avec Xavier de Montépin, il a surtout écrit en à peine une décennie une soixantaine de romans. Son premier succès est un roman de mœurs, Le Pré Catelan, mais Capendu va se diversifier, abordant surtout le roman historique (Le Capitaine La Chesnaye), le roman fantastique et ésotérique (Le Chevalier du poulailler), le roman maritime (Marcof le malouin), le roman de mœurs, le roman militaire (La Vivandière de la 17e légère), etc. Le romancier ajoute à des aventures échevelées quelques touches d’érotisme, parfois de sadisme, introduit un brin d’occultisme et saupoudre le tout d’exotisme. Une partie de ces récits sont liés entre eux par nombre de correspondances, et s’organisent souvent sous forme de cycles. Le plus célèbre est sans conteste celui qui s’amorce avec L’Hôtel de Niorres.

Dans un article de la revue Europe (juin 1974), Roger Ripoll fait une brillante analyse de la « méthode Capendu ». Si ce dernier émaille sa narration de personnages historiques il n’est cependant pas dans le même registre qu’Alexandre Dumas qui voulait raconter l’Histoire de France par le roman. Ici prime la trame fictionnelle, l’Histoire n’étant qu’un arrière plan qui ancre le récit dans le réel. Plusieurs intrigues se chevauchent, de nombreux personnages se croisent sans toujours se connaître, de nouvelles interrogations surgissent alors que d’anciens mystères ne sont pas encore résolus. Cette discontinuité virtuose du récit donne un rythme effréné au roman et l’information parcellaire délivrée au lecteur l’apparente aux structures du roman policier alors en train de naître. Capendu a créé également un personnage, Camparini, qui écrase tous les autres, deus ex machina du roman, diable incarné comme on en avait pas vu depuis longtemps. Ce roman, célèbre en son temps (cinq rééditions avant 1900) n’est malheureusement plus disponible depuis 1932 et mériterait d’être redécouvert. Le lecteur d’aujourd’hui se plongerait probablement avec délices dans les machinations de ce génie du mal qui peut s’écrier sans honte ni remord : « J’aime le sang, […] j’aime le meurtre, j’aime le pillage, le désordre, l’anarchie ! Ce qu’il me faut pour vivre et respirer à l’aise, c’est une atmosphère chargée de toutes ces effluves magnétiques que dégagent les plus mauvaises passions humaines. »
Roger Musnik - Direction des Collections, département Littérature et Art

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Images de la forêt, forêt d’images !

2 mars 2011

2011 a été déclarée année internationale des Forêts par l’Assemblée Générale des Nations Unies, cet événement est l’occasion de découvrir un aperçu de documents variés et originaux allant du Moyen-âge jusqu’au début de l’époque contemporaine et disponibles sur Gallica et dans la Banque d’Images.

La forêt devient très tôt un objet d’illustration dans les enluminures, au-delà des aspects mystérieux et imaginaires, elle constitue également une ressource utile qu’il convient de maîtriser, d’exploiter ou de réduire. Une constante qui aujourd’hui pose des questions. En effet, la disparition des forêts primaires et la déforestation s’étend à un rythme accéléré : 13 millions d’hectares par an selon le dernier rapport de l’organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation sur la situation des Forêts du Monde 2011.

C’est à un voyage dans ces forêts que des passionnés ont  décrites et illustrées à travers  le temps que nous vous convions, avec quelques pièces choisies parmi les trésors de notre patrimoine.

Du Moyen-Age à la Renaissance : la forêt source de vie, réserve de chasse et de bois, lieux de rencontres et de légendes

- Le Rustican ou Livre des profits champêtres et ruraux. - Poitiers - folio, pagination   Folio 144  - vers 1480

- Les pays de la terre - Livre des Propriétés des Choses. De proprietatibus rerum
folio, pagination   Folio 227 v  - auteur(s)   Atelier du Maître de Boèce  (1410 ?..-1415 ?)

- Evrart de Conty, chevauchant dans une forêt, rencontre Diane. 1496?-1498?
partie de Les Echecs amoureux
. - Cognac - folio, pagination   Folio 168v

- Greffe portant doulx fruict pour les humains - Manuscrit  -  1530?
partie de   Chants royaux sur la Conception couronnés au Puy de Rouen
folio, pagination   Folio 91v

La forêt aux  époques moderne et contemporaine : aménagement du territoire,  enjeux économique et stratégique

- Plan des forests de St Arnould et de Louye divisées par triages avec le détail de la qualité et de laage des Bois. Les triages formées par les chemins qui traversent lesdits forests / Dressé par G. Doderlein – 1734

Plan des forests de St Arnould et de Louye divisées par triages avec le détail de la qualité et de laage des Bois. Les triages formées par les chemins qui traversent lesdits forests / Dressé par G. Doderlein
Plan des forests de St Arnould et de Louye divisées par triages avec le détail de la qualité et de laage des Bois. Les triages formées par les chemins qui traversent lesdits forests / Dressé par G. Doderlein
Source: Bibliothèque nationale de France


- Le plan de la forêt de Compiègne ou sont marquées toutes les routes Avec les environs de la ville de Compiegne Nouvellement dressé sur les lieux / par Jean Baptiste Liébaux – 1700

- Carte de la forest d’Ermenonville ou sont marquées les nouvelles routes, carrefours, et chemins faits pour la commodité des chasses, levée sur les lieux / par N. de la Vigne – 1743

- Le Congo français illustré : géographie, ethnographie et voyages / par F. Alexis-M. G. [Gochet], 1892

Louis-Henri Boussenard, médecin, écrivain voyageur et aventurier nous laisse un exemple de témoignage sur l’incroyable forêt tropicale qu’il découvre au XIXe siècle: “Ceux-là seul qui ont évolué dans l’atmosphère suffocante saturée de vapeur d’eau qui s’étend sous les voûtes impénétrables de la forêt vierge, et plane lourdement sur les rivières encaissées d’arbres géants, pourront savoir avec quelle ivresse le voyageur aspire cet air vivifiant.” (”Les chasseurs de caoutchouc“, Journal des Voyages illustrés, Paris, 1893, p.48).

Ces voyages sont à poursuivre sur Gallica et dans la Banque d’Images.

Yannick Grandcolas - direction des Collections, département Philosophie, histoire, sciences de l’Homme

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