Abou Moussab Al-Zarqaoui, l’émule de Ben Laden

16 mai 2004 – 16:13

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Terrorisme | Terroristes 

Un autre chef de groupe terroriste émerge au sein de la nébuleuse islamiste : selon un document saisi à Bagdad le 23 janvier, Abou Moussab Al-Zarqaoui a revendiqué pas moins de 25 attentats commis au cours de ces derniers mois, dont celui qui a visé le siège irakien de l’ONU en août 2003 et les chiites lors de la fête de l’Achoura à Nasiriyya.

Même si les actions de son groupe se concentrent essentiellement en Irak, Zarqaoui aurait également commandité les attentats contre deux synagogues et le consulat britannique en Turquie et son nom a été cité dans l’enquête concernant celui de Madrid du 11 mars.

Derniers faits en date : des attaques contre les infrastructures pétrolières irakiennes en avril et la décapitation du jeune homme d’affaires américain, Nicolas Berg en passant par une tentative d’attentat chimique à Amman, en Jordanie, dont le bilan aurait pu être terrible.

De son vrai nom Ahmad Fadil Nazzal al-Khalayala, Zarqaoui n’est pas un novice du terrorisme. Né en octobre 1966 à Zarqa, une ville peuplée de réfugiés Palestiniens en Jordanie, il part en Afghanistan pour rejoindre les camps des volontaires arabes qui se battent contre l’Armée rouge à la fin des années 80. De retour en Jordanie en 1992, il est arrêté puis condamné à 15 ans de prison pour ses liens avec les islamistes radicaux, hostiles à la monarchie hachémite.

Libéré en 1999 à la faveur d’une amnistie générale, Zarqaoui reprend ses activités terroristes. En effet, il est soupçonné d’avoir planifié des attentats pour le passage à l’an 2000. Deux d’entre eux devaient viser des lieux symboliques et touristiques : le lieu où Jésus fût baptisé et la tombe de Moïse au mont Nébo.

Entre 1999 et 2001, il s’installe à Peshawar, au Pakistan, afin de recruter des volontaires pour attaquer la monarchie jordanienne coupable, à ses yeux, de ne pas être fidèle à l’islam. Fin 2000, il finit par constituer un groupe, Jund al-Shams (soldats du Levant) et crée à Herat, à l’ouest de l’Afghanistan, un camp d’entraînement où le maniement des explosifs et de produits chimiques et bactériologiques est au programme.

Même si l’organisation terroriste d’Oussama Ben Laden finance son groupe, ce dernier ne reçoit pas d’ordre d’Al Qaida.[1] Il fera allégeance au chef saoudien quelques mois plus tard si l’on en croit un document intercepté à Bagdad le 23 janvier dernier.[2] Jund al-Shams apparaît donc comme une franchise d’Al Qaida et Zarqaoui essaie d’implanter des cellules terroristes en Europe.

L’intervention des Etats-Unis contre Al Qaida et les talibans en riposte aux attaques du 11 septembre 2001 va mettre un terme à son séjour afghan. Grièvement blessé à une jambe lors d’un bombardement américain, il s’enfuie en Iran pour ensuite rejoindre ensuite le kurdistan irakien et le groupe terroriste Ansar al-Islam lié au réseau de Ben Laden.

L’arrestation en avril 2002 à Düsseldorf de Shadi Abdullah apportera des renseignements importants sur le mouvement de Zarqaoui. Comme son chef, Abdullah est jordanien. Membre de la cellule “Al-Thaouhid”, il devait, à la demande de Zarqaoui, alors en Iran, réaliser des attentats anti-juifs en Allemagne et récolter des fonds pour l’organisation par des quêtes dans les mosquées.

Toujours en 2002, Zarqaoui fait parler de lui pour avoir commandité l’assassinat du diplomate américain Laurence Foley à Amman le 28 octobre. La justice jordanienne le condamnera à mort par contumace en avril 2004. Mais le nom de Zarqaoui apparaît au grand jour, en février 2003, quand le secrétaire d’Etat américain, Colin Powell évoque la présence du terroriste à Bagdad entre mai et juin 2002, en tentant d’établir une éventuelle connexion avec le régime de Saddam Hussein.

De l’avis de spécialistes des affaires de terrorisme, une liaison entre le dictateur irakien et le groupe Ansar al-Islam auquel Zarqaoui s’était allié n’était pas évidente, même si Saddam Hussein ne pouvait pas voir d’un mauvais oeil l’activisme de ce groupe terroriste au sein de la région autonome kurde.

Lors du déclenchement de la guerre en Irak, Zarqaoui quitte le camp d’Ansar al-Islam qui sera une cible de l’aviation américaine. Depuis la fin des combats, le jordanien multiplie les attentats qui visent aussi bien des cibles civiles que militaires, essentiellement américaine. Outre la cellule démantelée par la police allemande à Düsseldorf, d’autres structures comparables ont subi le même sort en France et en Grande Bretagne.

La radicalité de Zarqaoui, sa barbarie et sa détermination à semer la terreur par tous les moyens au Proche-Orient et en Europe font de lui un homme extrêmement dangereux. Washington a mis un prix à sa capture : 10 millions de dollars.

Notes :

[1] Rapport du Trésor américain, cité par le Wall Street Journal

[2] Irak : Abu Mus’ab al-Zarqawi, le stratège du jihad - Les pages d’actualité de Michel Tatu de la Fondation pour la recherche stratégique - 23 février 2004

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Cet article a été publié le 16 mai 2004 par le site “Les Dossiers de l’Actualité”

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