Al-Ahram Hebdo, Economie |Les Chinois arrivent
  Président Salah Al-Ghamry
 
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 Semaine du 21 à 27 juin 2006, numéro 615

 

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Economie

Commerce . Le premier ministre chinois, Wen Jiabao, a effectué une visite en Egypte pour aborder la question des échanges commerciaux entre les deux pays avec une volonté chinoise de plus d’ouverture des marchés égyptiens, ce qui représente un risque pour les produits locaux.

Les Chinois arrivent

« Made in China » ... Partout où l’on y va, magasins, supermarchés et autres, on retrouve cette phrase. C’est dire que les produits chinois envahissent le marché. Une vérité en quelque sorte mais qui semble nouvelle quand même. Il y a une dizaine d’années, cette présence se limitait aux jouets, montres et crayons, c’est-à-dire des articles simples. Aujourd’hui, ce label se trouve sur des produits sophistiqués, appareils électriques, ordinateurs, même les voitures. La Chine a changé en fait, et en conséquence ses produits sur le marché égyptien. Au départ, c’étaient des rapports d’Etat à Etat. Il y a une trentaine d’années, les produits chinois secteur public étaient vendus par nos propres établissements publics. Le plus célèbre, c’était les pyjamas sobres. Aujourd’hui, le vecteur des rapports égypto-chinois est le privé.

Cette évolution constitue néanmoins un casse-tête pour les industriels égyptiens. Une fois qu’un article chinois parvient en Egypte, cela veut dire que les producteurs égyptiens d’un article similaire doivent lui céder la place. Le marché des ampoules électriques en est un exemple. Selon Ahmad Gad, commerçant, les ampoules chinoises sont de qualité semblable aux égyptiennes, mais, et comme d’habitude, elles sont moins chères. La concurrence tourne donc au profit des Chinois. La situation des marchandises égyptiennes devient pire quand celles chinoises sont de meilleure qualité, comme dans le cas des robinets. D’autant plus que les articles chinois sont nettement supérieurs en termes esthétiques, puisqu’ils imitent les marques les plus chic du monde.

La campagne chinoise de conquête commerciale est déferlante. Les barrières traditionnelles contre les importations ne sont pas souvent efficaces. De plus, le marketing chinois se fait selon toutes sortes de procédés, y compris le porte-à-porte. Quand on entend sonner à la porte et qu’on se trouve nez à nez à une jeune démarcheuse chinoise proposant des produits divers avec beaucoup de conviction, on doit prendre au sérieux le slogan « Attention, les Chinois arrivent ». Appuyée par quelques mots en arabe et d’autres en anglais, la jeune arrive à communiquer le message. Et si la langue fait défaut, il y a celle des signes. Les Chinois ont la capacité de transcender les barrières douanières et de créer un système de livraison qui amène les produits jusqu’aux domiciles des quartiers les plus lointains du Caire, comme Maadi.

C’est donc tout à fait normal que l’Union des industries égyptiennes ait refusé catégoriquement cette semaine un accord de libre-échange entre l’Egypte et la Chine. La délégation chinoise, qui s’est rendue en Egypte cette semaine, a eu recours à des méthodes de promotion qui semblaient convaincantes. Elle a voulu ainsi faire un « cadeau » présidentiel, construire une école à Kafr Al-Messeilha, village natal du président Moubarak. L’Union des industries affirme que seuls 50 pays dans le monde accordent à la Chine le statut d’un pays qui pratique le libre-échange et non pas le protectionnisme. Selon l’Union, ces pays sont du tiers-monde et ont été acquis à la cause chinoise suite aux aides qu’ils ont reçues. Mais pour Le Caire, du moins l’Union des industries, les échanges commerciaux égypto-chinois sont inégaux. En termes quantitatifs, l’Egypte importe des produits chinois pour 2 milliards de dollars, contre des exportations de 211 millions de dollars vers la Chine. En termes qualitatifs, les exportations égyptiennes sont des matières premières, dont le pétrole, le lin et le marbre. Les exportations chinoises sont des produits finis, voire high-tech comme les ordinateurs. Les rapports commerciaux entre les deux pays ressemblent parfaitement aux rapports Nord-Sud. Quelque chose qui irrite Salwa Ahmad Loutfi, propriétaire d’une compagnie import-export. Selon elle, il faut à tout prix travailler les produits avant de les exporter en Chine. Ironie, elle a décidé d’importer des machines chinoises de fabrication du lin afin d’exporter celui-ci en termes de textile et non pas dans sa forme brute.

Les victimes des exportations chinoises tendent à expliquer souvent le succès de ces articles concurrents par leurs prix bas. Mais ce n’est pas toute la vérité. Dans plusieurs secteurs, les Chinois ont aussi pour appui une culture sophistiquée qui n’arrête pas de se répandre en Egypte après avoir conquis l’Europe. Beaucoup d’Egyptiens se sont aujourd’hui familiarisés avec la nourriture chinoise, le yoga, le massage et les arts martiaux. Ainsi par exemple, le succès des Chinois dans le marché des médicaments repose non seulement sur les prix, mais également sur le développement de la médecine alternative chinoise en Egypte, comme le dit Fekri Tadros, importateur de médicaments chinois.

La question illustre les contradictions qu’engendre le principe du libre-échange. Les intérêts des consommateurs, surtout les pauvres, imposent l’ouverture des frontières aux Chinois. Mais les intérêts des producteurs exigent le protectionnisme face à cette conquête. D’autant plus que la faillite des producteurs signifie la suppression de milliers d’emplois. Comment concilier ces intérêts contradictoires ?, une question à résoudre, mais les modalités d’une telle solution restent encore à trouver.

Samer Soliman

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