Al-Ahram Hebdo, Enquête |Du mieux malgré les dissonances
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 21 à 27 juin 2006, numéro 615

 

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Enquête

Compétitivité . Selon un rapport égyptien publié la semaine dernière, certains indicateurs macroéconomiques améliorent le classement international de l’Egypte. Mais des ministres critiquent les insuffisances de leur propre politique.

Du mieux malgré les dissonances

« Il est vrai que l’Egypte a fait certains progrès par rapport à l’année précédente. Mais il faut arrêter de mesurer nos progrès par la méthode du verre à moitié plein ». Ce ne sont pas les propos d’un ardent opposant à la libéralisation, mais ceux de Mahmoud Mohieddine, ministre de l’Investissement, lors de la publication du 3e rapport égyptien sur la compétitivité, — basé sur les données du rapport sur la compétitivité mondiale publié par le Forum économique de Davos — révélé lors d’une conférence tenue la semaine dernière. « Si l’on compare la situation actuelle de l’économie égyptienne à celle des années précédentes, bien sûr que l’on trouvera qu’elle est meilleure. Si on la compare à d’autres pays, on est hors course », a-t-il avoué.

En revanche, les données internationales ont fait l’éloge du pays qui a réalisé de grandes avancées au niveau macroéconomique, comme il est de coutume de la part des rapports internationaux publiés depuis l’arrivée du gouvernement Nazif, en juillet 2004. Ainsi l’Egypte a troqué sa 62e place de 2004 contre une 53e place en 2005 sur un total de 117 pays dans l’indice de la croissance. « Encore mieux, selon l’indice macroéconomique, le pays est passé du 81e au 50e rang », s’est félicité Samir Radwan, l’auteur principal du rapport égyptien.

Selon le rapport, le seul indice macroéconomique où l’Egypte est encore très en retard est celui du climat des affaires, où elle est classée à la 74e place. Même si le gouvernement égyptien a fait de gros efforts pour assouplir les législations, y compris la promulgation d’une loi sur la baisse des impôts sur les bénéfices, d’autres domaines n’ont connu aucune progression, notamment le développement humain et la capacité d’innovation. Ce qui révèle bien les priorités du gouvernement.

Plus inquiétant encore est l’indice de la santé et des ressources humaines, qui met l’Egypte à la 79e place. Alors qu’elle se voit octroyer une 71e place selon l’indice de la promotion de l’innovation.

 

Manque d’ambition

A la grande surprise des assistants, dont la majorité étaient des hommes d’affaires, les 5 ministres invités à faire le commentaire du rapport ont tous adopté des tons fort critiques. Des critiques largement tournées vers le gouvernement lui-même, accusé de ne pas avoir appliqué les politiques ardemment défendues par la jeune garde du Parti National Démocrate (PND, au pouvoir). Et c’est Mohieddine qui le premier a ouvert les hostilités, après un éloge empoisonné du rapport. « Nous sommes en train d’appliquer et de répéter des politiques déjà essayées et dont on souffre toujours », a déploré le ministre, qui a notamment reproché aux auteurs du rapport leur manque d’ambition. Selon lui, leur objectif doit être plus grand, par exemple placer l’Egypte parmi les 15 ou 20 premiers du classement. « Souvent on compare notre économie à celles des pays en développement comme l’Afrique du Sud, la Malaisie, l’Inde ou des pays de l’Amérique latine. Or, ces pays nous ont devancés. Il faut chercher à être parmi les pays les plus avancés, les plus démocratisés, qui ont une liberté totale d’expression et qui ne souffre pas d’analphabétisme. Il faut chercher à avoir les meilleurs indicateurs économiques, les meilleurs soins médicaux, les meilleurs moyens de transport. Il faut chercher à être les meilleurs et se donner un délai pour y parvenir », a poursuivi le ministre, sans toutefois avancer un plan quelconque du gouvernement pour arriver à ces objectifs. Les autres ministres présents ont adopté le même ton et ont tenu des propos dignes de l’opposition.

Rachid Mohamad Rachid par exemple, ministre de l’Industrie et du Commerce extérieur, a appelé à développer l’infrastructure en Egypte, dénonçant son état lamentable et son influence négative sur l’industrialisation. Par ailleurs, il a appelé à prendre au sérieux les indices du développement humain.

Quant à Hani Hilal, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, il a fustigé sans ambages le système éducatif. « On parle toujours du développement de l’éducation ; ce ne sont que des paroles en l’air. Nous n’avons pas besoin de développement de l’éducation, mais d’un changement total du système éducatif », a martelé Hilal, qui a rejeté la faute du manque de modernisation de l’éducation à la mentalité des fonctionnaires et de la société en général. « On a besoin de décisions rapides et de grands bonds en avant. Nous avons les capacités pour entreprendre, mais le problème reste la manière de penser », a reconnu Hani Hilal, qui non seulement n’a pas présenté un plan aussi radical qu’il le réclame pour la modernisation de l’éducation, mais qui aussi a demandé aux auteurs du rapport d’être plus précis et de donner des indicateurs au gouvernement pour qu’il les suive.

 

Corruption du service public

L’enseignement a en fait été dans la ligne de mire de la quasi-totalité des interlocuteurs lors de la conférence. « Nous sommes parmi les pays les plus en retard en matière d’éducation. Notre système est archaïque par rapport au reste du monde et la société n’a pas confiance dans l’institution éducative. La faute n’incombe pas seulement aux ministres de l’Education, mais à tout le gouvernement », a averti Hossam Badrawi, directeur du Conseil égyptien de la compétitivité et membre du PND. Ahmad Darwich, ministre du Développement administratif, a pour sa part dénoncé la corruption des employés du service public comme étant l’un des facteurs qui affectent la compétitivité, même si l’Egypte a fait un bond de la 79e à la 67e place, selon l’indice de corruption, l’un des indices mesurant la compétitivité. « L’Egypte a réalisé une avancée en matière de lois sur la corruption, a combattu le phénomène dans les mises aux enchères et la nomination aux postes gouvernementaux. Le problème réside surtout dans les pots-de-vin versés aux fonctionnaires », a avoué Ahmad Darwich, qui a par ailleurs appelé le Conseil de la compétitivité à établir ses propres statistiques, indépendamment de celles présentées par le gouvernement.

Les commentaires des ministres, bien qu’en grande partie fondés, ont surpris les assistants. Hossam Badrawi, membre du PND qui s’est avoué étonné, tente une explication : « Que les membres du gouvernement critiquent avec ce ton leurs propres politiques me paraît étrange. A qui s’adressent-ils en ces termes ? ». Comme le résume un des invités à l’événement, ces critiques-là ne doivent-elles pas plutôt être discutées lors des réunions du Conseil des ministres ? Même s’il est plus facile de poser des questions que d’y répondre.

Marwa Hussein 

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