Al-Ahram Hebdo,Société | Exaltés par le ciel
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 Semaine du 21 à 27 juin 2006, numéro 615

 

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Société

Astronomie. Loin d’être une science connue par les Egyptiens, et souvent confondue avec l’astrologie, elle attire tout de même un petit groupe de passionnés. Curiosité ou foi, ces fidèles se retrouvent régulièrement pour découvrir ensemble les secrets de l’univers.

Exaltés par le ciel

« Comme avec un corps humain pour en découvrir l’anatomie, je dissèque les corps célestes ». C’est avec cette philosophie que Moustapha Mahmoud, scientifique et prédicateur très médiatique, explique sa théorie après avoir créé l’Association de la mosquée Moustapha Mahmoud pour les amateurs d’astronomie, unique en son genre en Egypte. Chaque vendredi après-midi, après la prière du « maghreb » (crépuscule), c’est la ruée vers le troisième étage de la mosquée où se trouve le centre d’observation céleste. Comme d’habitude, la grande lucarne donnant sur le toit est grande ouverte. Elle laisse entrevoir un ciel limpide et c’est l’occasion idéale pour la dizaine d’amateurs d’observer le mouvement des étoiles et d’admirer la lune. A tour de rôle, se tenant derrière un gigantesque télescope, ils explorent le ciel. « C’est toujours comme ça en été, on s’évertue à observer la lune et les étoiles car on vient les après-midi », dit Fatma, une amatrice de 25 ans. Cette dernière, qui a fait des études de commerce et ne possédait aucune notion sur l’astronomie, s’est passionnée pour cette science depuis la dernière éclipse solaire. Elle est la dernière à avoir adhéré à cette association d’amateurs fondée depuis environ 20 ans. Mohamad Soliman, président de l’Institution des recherches astronomiques au Centre d’observation de Hélouan et chef de l’association, est là pour donner toutes les explications, dans les menus détails. C’est ce professeur qui propose à chaque fois le thème à discuter avec ses invités. Cette fois, vu le petit nombre de personnes, période d’examens oblige, il se propose pour répondre aux questions qui préoccupent chacun d’eux. Tout le monde s’assoit autour du Dr Soliman, excepté Fathi, qui a toujours les yeux rivés sur le télescope. « J’ai lu beaucoup de livres sur l’astronomie, mais la lecture ne m’a rapporté que des informations théoriques. En observant ces corps célestes, cela change notre vision et nous donne l’occasion d’exprimer nos sentiments face à la grandeur de l’univers », explique Fathi, étudiant en médecine. Il ajoute qu’une relation spéciale s’est tissée entre la lune et lui, depuis qu’il a adhéré à cette association il y a 5 ans. Outre le vendredi, il passe beaucoup de temps à admirer ce corps céleste de son balcon. Il est capable de connaître les mois qui constituent le calendrier arabe en jetant un simple regard sur sa chère lune. D’après lui, plus on approfondit ses connaissances dans cette science, plus on se détache des choses matérielles. A présent, il possède sa propre philosophie basée sur la puissance de l’univers et la faiblesse de l’homme.

Samir, sculpteur, commence par poser une question qui le préoccupe depuis une semaine : Pourquoi les deux extrémités du croissant sont-elles orientées vers une direction au début du mois lunaire et vers une autre à la fin du mois ? Le professeur Soliman explique que ceci est dû à l’emplacement du soleil par rapport à la lune. Là, le fidèle amateur est convaincu et continue d’écouter les autres questions. Si certains amateurs ne visitent pas régulièrement l’association, Samir est le plus fidèle et il ne rate aucun rendez-vous hebdomadaire depuis 8 ans, raison pour laquelle on l’a surnommé « le maître ». « L’astronomie est l’étude scientifique de l’univers, de sa constitution, de ses lois et de son évolution. Tous, nous devons en avoir entendu, quel que soit le boulot que l’on exerce », dit Samir, en répondant à une question qui tourne autour de la relation entre les arts plastiques et l’astronomie. Il ajoute que cette dernière ne peut pas être dissociée des autres sciences comme la physique, la chimie, la biologie, la philosophie, les mathématiques et l’art.

Dieu est vraiment grand

Ahmad, un jeune pharmacien, ne perd pas son temps et profite pour poser une question sur l’écart des 8 minutes qui existe entre la prière de l’aube et celle du matin (Al-Doha, prière facultative). Selon le Dr Soliman, la raison est qu’avec la distance entre la terre et le soleil, on ne voit pas l’événement qui se produit dans l’univers au même moment qu’il se produit sur terre. D’un autre côté, on découvre le passé des planètes par exemple si un petit corps céleste explose, ceci veut dire que l’explosion a eu lieu depuis des milliers d’années-lumière. Ainsi, Soliman tente souvent de simplifier les réponses à ses « élèves » qui restent bouche bée, les yeux fixés sur lui. Ahmad, 29 ans, a commencé par explorer le ciel, puis il a suivi des programmes à la télé et lu des livres sur l’astronomie jusqu’à ce qu’il apprenne par hasard l’existence de cette association. « Cela remonte à 8 ans, et depuis ce jour-là, j’essaye de ne pas rater ces cours agréables », dit Ahmad. Ce dernier est devenu un bon connaisseur du ciel, il lit la carte céleste. « Sans m’en rendre compte, je marche en ayant les yeux levés vers le ciel. Je connais toutes les constellations », dit-il. Mais il a été très à l’aise à Doubaï car c’est le même ciel. Tout à coup, Ismaïl, le responsable du télescope, interrompt le cours pour demander à l’assistance de venir voir Jupiter. Il a pu voir cette planète très clairement encerclée par ses deux anneaux et avec les trois lunes qui tournent autour d’elle.

« Dieu est vraiment grand », tout le monde répète la même chose en voyant la planète. En fait, prouver la relation entre la foi et la science est l’un des buts essentiels pour lesquels a été fondée cette association. Une tendance d’ailleurs très répandue en Egypte. « S’approcher du ciel et connaître ses astres est une raison suffisante pour croire en Dieu et constater combien il est puissant », explique Soliman qui ajoute que plus de 1 000 versets sur les 6 300 du Coran parlent des astres.

En fait, ces amateurs se considèrent chanceux de fréquenter cette association. Car en Egypte la science de l’astronomie n’a pas tellement de fans. D’après Soliman, ceci est dû à plusieurs raisons, dont le manque d’intérêt. « Ici, on confond entre astronomie et astrologie. Pour la plupart des Egyptiens, l’astronomie c’est l’horoscope, ce qui est faux », dit-il. Le manque de budget pour les recherches scientifiques en général ne laisse pas beaucoup de chance à la recherche et à l’achat d’instruments extrêmement coûteux. « Les gens n’osent pas se diriger vers les centres d’observation, car ils pensent qu’ils sont destinés seulement aux savants. La faute revient aux médias qui pourraient jouer un rôle plus positif en publiant les phénomènes de l’univers au même titre que l’horoscope », ajoute Samir.

De plus, les astronomes, s’ils ne sont pas recrutés comme professeurs, n’auront pas d’autre alternative que de rester dans le centre d’observation en attendant d’annoncer le début ou la fin des mois lunaires, ou travailler à l’Organisme de la météo. Cette situation n’encourage pas les étudiants à étudier cette science.

La voix du muezzin annonce la prière du soir, qui annonce aussi la fin de la séance d’observation.

Hanaa Al-Mekkawi

 




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