Al-Ahram Hebdo, Visages |L’homme aux dons polyvalents
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 Semaine du 21 à 27 juin 2006, numéro 615

 

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Visages

Emadeddine Adib, célèbre homme des médias qui a fondé sa carrière sur l’ambition et l’efficacité, est aussi le producteur de deux bijoux du cinéma contemporain, Halim et l’Immeuble Yacoubian, qui feront l’événement cet été dans les salles.

L’homme aux dons polyvalents

Animé du désir de garantir le succès escompté aux deux films qu’il a produits, Halim et l’Immeuble Yacoubian, Emadeddine Adib débordait d’énergie dans les locaux du Festival de Cannes, où ils étaient projetés dans le Marché du film. « De toute évidence, c’est le talent certain du regretté Ahmad Zaki qui nous a frayé la voie vers cette manifestation grandiose. Je lui avais promis avant sa mort d’achever le film et de le présenter à Cannes. Son vœu ainsi exaucé, qu’il repose alors en paix », affirme-t-il avec satisfaction.

Emadeddine Adib est connu pour avoir plusieurs cordes à son arc. Il cumule avec dextérité les tâches de journaliste, d’animateur, d’homme d’affaires, de propriétaire d’une société de médias et récemment de producteur. Il nourrit un sens inné de la culture. C’est à partir de là que s’agence sa vie. Issu d’une famille bien cultivée, il fut initié très tôt au goût de la lecture. « Je n’ai pas baigné dans un milieu de préciosité, mais la culture y était toujours omniprésente : mes parents étaient cultivés au point qu’ils étaient soucieux de notre ouverture d’esprit, mon frère et moi », avoue-t-il. Fils aîné du scénariste Abdel-Hay Adib, le petit Emad passe son enfance entre l’école et le domicile familial, dans le centre-ville cairote, où il passait son temps libre à bouquiner sans réprimande. « J’ai passé une enfance assez simple et ordinaire mais heureuse, se souvient-il. Je n’ai jamais subi de violence physique. L’absence d’obstacles m’a permis de m’épanouir et de développer plus tard, d’un pas sûr, ma carrière de journaliste ».

Depuis son enfance, il cultivait un penchant naturel pour les salons artistiques et intellectuels qu’organisait son père. Naguib Mahfouz, Faten Hamama, Mohamad Abdel-Wahab et Soad Hosni y participaient. Ayant noté la passion de son fils pour les langues étrangères, notamment l’anglais, le père de Emad l’a envoyé étudier au Victoria College où il a pu développer ses connaissances sur diverses cultures. Epris de la culture et des médias, il participe activement à presque toutes les activités et manifestations culturelles de l’Université. « Je voulais prendre part au déroulement des événements et ne pas me contenter d’en observer les conséquences. La politique est comme les médias, un domaine vaste pour façonner l’esprit libre et créatif, c’est pourquoi j’adore la politique ». En poursuivant ses études, il suit de près la vie parlementaire, tout en refusant d’adhérer à un parti en particulier. Déjà dès sa deuxième année d’études en journalisme, à l’Université du Caire, il fait une interview purement politique de Naguib Mahfouz, qui bâtit sa renommée d’excellent journaliste.

Mais, c’est l’entretien qu’il a effectué avec l’ancien président égyptien Anouar Sadate, au lendemain de la guerre du 6 Octobre 1973, qui inscrit désormais son nom parmi les journalistes les plus virtuoses.

« Cette rencontre a eu un grand succès car c’était la première fois qu’un étudiant universitaire effectue un entretien avec le chef de l’Etat. C’était mon premier grand pas vers la célébrité et la distinction en tant que journaliste », se souvient-il sur un ton plein de fierté. Cet entretien lui a ouvert les colonnes du quotidien Al-Ahram, où il fut affecté à la rubrique de la politique étrangère sous la supervision de Salaheddine Hafez. Cependant, le destin lui réservait d’autres coups de chance. Lorsque son chef de service prend congé, il s’infiltre dans la délégation chargée d’accueillir le secrétaire général de l’Onu, et obtient de haute main une interview avec ce dernier.

« J’ai pu vaincre ma timidité. Le journal a apprécié l’exclusivité de cette interview, et m’a accordé ma première prime d’excellence : 10 livres que j’ai investies dans un cadeau pour ma mère », avoue-t-il.

Après ce succès, il fut chargé de couvrir les nouvelles de la présidence, en plus de son travail au quotidien londonien publié en Egypte, Al-Charq Al-Awsat. Un poste qu’il n’a pas assumé pour longtemps.

Cependant, sa réaction fut violente au lendemain de la visite de Sadate pour Tel-Aviv et la signature du traité de paix entre l’Egypte et Israël. Il démissionne du journal Al-Ahram pour marquer son opposition à l’idée de faire la paix avec l’ennemi.

« J’ai quitté mon travail à Al-Ahram sans justifier mon acte, ni accuser le gouvernement ou le vilipender, car je crois toujours au droit du dirigeant de prendre les décisions qui traduisent sa philosophie politique et diplomatique. Cependant, je ne pouvais assurer ma fonction dans un journal national dont la ligne éditoriale était en contradiction avec mes convictions politiques. J’ai donc opté pour le travail pour d’autres journaux arabes, sans quitter l’Egypte », explique-t-il.

En 1982, poussé par son aspiration à plus d’indépendance médiatique, Emad fonde le bureau du quotidien Al-Charq Al-Awsat à Washington dont il est devenu le rédacteur en chef. Il mène aussi de front des études de journalisme à Berlin, obtient une agrégation en sciences politiques de l’Université américaine de Georges Town Il et décroche aussi un diplôme économique de Londres. Mais pour réaliser son dessein de devenir l’un des grands et célèbres hommes des médias en Egypte, il démissionne d’Al-Charq Al-Awsat et rentre en Egypte en 1990 pour fonder le quotidien saoudien Al-Alam Al-Yom (Le Monde aujourd’hui) et le magazine Koll al-nass (Tout le monde).

« Je suis chanceux d’avoir la constance suffisante pour réaliser ce qui me paraît parfois irréalisable, c’est une habitude qui s’est muée en talent ou plutôt hobby, s’explique-t-il. Cette quête continuelle de nouvelles victoires et réussites me comble de satisfaction mais m’attire souvent fatigue et soucis car la vie n’est pas toujours rose ! ».

Son franc-parler et sa détermination sourdent de ses propos qui flattent l’ouïe. D’une obésité assez claire, il a décidé depuis son enfance d’aimer sa stature tout en la considérant comme l’une de ses propres caractéristiques distinctives.

« Je ne me suis jamais senti indigné par ma stature. Je la considère comme une caractéristique intime et propre. souligne-t-il. Certainement, j’ai envie de suivre un régime alimentaire pour perdre du poids, mais mon rythme de travail ne me le permet pas. J’ai toujours peur que le régime n’altère mon énergie. Ce qui ne m’intéresse pas ».

Cette stature qu’il a sertie comme une prééminence a singularisé ses apparitions sur les écrans arabes en tant qu’animateur des émissions de TV, Al-Hawa Show sur la chaîne Orbit. Il y a fait beaucoup d’exclusivités en s’entretenant avec de nombreuses personnalités arabes telles que les chefs d’Etat Bouteflika, Yasser Arafat, Rafiq Hariri, le roi Hussein, ainsi qu’avec des personnalités étrangères telles que Madeleine Albright et Lionel Jospin. Par ailleurs, son interview avec l’ancien premier ministre israélien Benyamin Netanyahu fut l’un de ses succès notoires.

« Cette émission, qui a été regardée par plus de 100 millions citoyens arabes, a été nourrie par toute la colère qui les traversait et que j’ai pu transmettre à mon interviewé », se souvient-il.

Emadeddine Adib a présenté également le portrait de plus de 200 personnalités du monde arabe dans une émission intitulée Moqabala chakhsiya (Rencontre privée) toujours sur la chaîne Orbit. C’est ainsi qu’il a pu effectuer le plus grand entretien jamais réalisé avec le président égyptien Hosni Moubarak, d’une durée totale de sept heures, et qui a été diffusé en 2005 en trois parties.

Sa principale préoccupation est de transmettre de la chaleur humaine et de dévoiler les réalités dans ses émissions. Pour ce faire, il décante les moments les plus précieux et marquants de la vie de ses invités, dans un style alliant simplicité et objectivité. D’où sa désignation sous le surnom de Larry King égyptien.

Au début des années 1990, il opère un grand tournant dans sa carrière. Il fonde la société Good News Group avec ses deux frères, le réalisateur Emad et le cadet Amr, animateur également sur Orbit.

Aujourd’hui, ce groupe compte sept sociétés de production médiatique, de cinéma, de publicité et de presse. Mais ce nouveau succès n’était pas gratuit. Des rumeurs circulaient sur lui. Certains ont prétendu qu’il est allé à l’encontre des consignes des médecins pour convaincre son ami Ahmad Zaki de jouer Halim afin de redorer le blason de sa société de production. « Ces attaques m’ont vraiment touché. J’étais lié d’amitié depuis mon enfance avec Ahmad Zaki. J’ai refusé d’insérer ses funérailles dans les plans du film pour ne pas confondre le métier et les sentiments intimes », déclare-t-il. Membre de différentes associations culturelles, intellectuelles, de business ou de défense de liberté de la presse, il garde le talent de consacrer le temps nécessaire à chacune de ses multiples occupations. Il est également auteur de plusieurs livres et écrivain de plus de quatre colonnes hebdomadaires dans différentes publications. Outre sa consécration Homme de l’année média en 1992, il s’est prévalu du titre de Meilleur journaliste arabe pendant quatre années consécutives, de 1996 à 2000. Il n’omet pas de consacrer du temps à sa famille. « Je suis père de quatre enfants : Mohamad, 19 ans, et Ahmad, 9 ans, en plus de Jala et Névine, filles de ma femme. Nous vivons une vie familiale vraiment idéale, basée sur l’amour, le respect et l’amitié. Ils sont la source de ma joie, car la paternité est à mon avis le sentiment de responsabilité le plus réjouissant ».

Il est vraiment fier de ce qu’il a accompli. Certains disent néanmoins qu’il est un dictateur dans son travail. Cela ne le gêne pas. « Je suis un être humain. Peut-être que je ne lésine pas sur les reproches quand il s’agit d’un travail mal fait, sans toutefois porter atteinte à la dignité de mes subordonnés ». Après 48 ans de carrière, il cherche encore d’autres réussites, c’est là une source de vie et d’énergie pour lui.

Yasser Moheb 

Jalons

1972 : Etudes de journalisme à l’Université du Caire.

1979 : Démission du quotidien Al-Ahram pour poursuivre les études aux Etats-Unis.

1985 : Rédacteur en chef du quotidien Al-Alam Al-Yom.

1990 : Fondation de la société Good News Group.

2005 : Production des deux films Halim et L’Immeuble Yacoubian.

 




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