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Le destin d'un Capitaine, le Film

Archiviste de sa mémoire, le capitaine classe les photos de ses guerres perdues. Il sait aujourd’hui que « c’est toujours dans le dos des soldats que se jouent les guerres menées au front. » Et s’il devait résumer, au seuil de sa vie, ce qu’il ressent, cela tiendrait en un seul mot : l’abandon.
 
Ils disent

HELENE OUDINOT « Tant  que les villages n’ont  pas  été ralliés,  on peut dire qu’on a vécu derrière des barbelés à la SAS. il a fallu être gardé jour et nuit pendant un an et demi au moins. Tout dépendait des ordres des “fellagas“ à l’époque ».« S’il y a eu des violences, je pense que - d’après ce que j’ai  entendu dire,  car personnellement, je ne les ai pas vues — lorsque les soldats trou-vaient un des leurs égorgé, les testicules dans la bouche, ils devenaient fous. Et tout ce qui leur tombait sous la main. ils avaient envie de se venger. C’est ce que je ressens, moi ».« À Béni Douala, les SAS n’étaient pas faites pour le “renseignement“, au contraire, on aurait cassé le boulot »

 

DOCTEUR FERNAND GUISEPPI « J’avais été marqué par la défaite de 1940. En  arrivant  en  Algérie,  je  suis  toujours  un Français un peu meurtri. Et depuis ça conti-nue »...« Je  prends  conscience  que  cette  guerre, ce  n’est  pas  de  mettre  des  postes  avec des  drapeaux  bien  réguliers  qui  était important,  c’est  de  conquérir  les  gens  et de leur apporter la sécurité ».    « Nous faisons une activité que le FLN ne peut pas faire et ne peut pas critiquer. Et le jeu de la médecine se joue aussi toujours à trois. Il se jouait entre le malade qui avait envie de se faire soigner, la SAS et le FLN qui l’interdisait… plus ou moins ».« Pour le Putsch, je pense qu’ils avaient trop attendu ou que, d’autre part, ce n’étaient pas des révolutionnaires, c’était des militaires. Ils ont fait un truc… Ils ont dit, — au fond leur pensée me semble assez simple — : « On va dire que l’armée n’est pas d’accord et puis voila et ça suffira. »

 

REBAI BELAID « Ils  ont  voulu  prendre  le  capitaine  vivant.  Je  suis resté une heure à me battre avec eux, une heure tout seul…  Il  me  restait  une  moitié  de  chargeur  sur  les huit. J’étais plein  de sang, je restais par  terre…  On s’insultait  entre  nous.  Ils  m’insultaient,  moi  je  les insultais. »

 

DANIEL DE FUNES « Parmi les appelés, il y avait du racisme, mais comme  maintenant,  partout.  Vous  rentrez dans n’importe quel coin de Paris ou de ban-lieue  et  c’est les  mêmes. Vous  reprenez  tout ça, vous leur mettez une tenue sur le dos, un flingue dans les mains et ça fait des dégâts »« Au  bataillon  de  Beni  douala,  il  y  avait  des geôles, des cellules, une salle d’interrogatoire. C’est là qu’ils interrogeaient  les pauvres  gars qui leur tombaient dans les pattes. J’ai fait partie de cet Office de Renseignement, puisqu’il leur fallait quelqu’un qui sache écrire et dessiner, pour dessiner les plans, calquer sur des cartes les endroits des caches, des embuscades. J’ai vu un type attaché, ligoté entre deux poteaux, à qui on a mis des électrodes à certains endroits du corps. Moi j’ai dit : « Non, je n’y vais plus, c’est tout ». J’ai été voir le colonel et j’ai dit : « Moi, je ne veux plus participer à ça, c’est dégueulasse » ; il m’a dit que c’était nécessaire ».

JANINE BROMBERGER «  Georges  Oudinot  était  un  personnage  tonitruant. C’était  un  grognard.  En  parlant  aux  kabyles,  il  ne disait  pas  par  exemple  :  «  Ta  femme  »,  il  disait  : « Alors ta bourgeoise, qu’est-ce qu’elle fait ? » et il leur parlait  comme  ça  et  ça  les  faisait  rire  les  kabyles, ça  les  amusait  beaucoup.  Et,  en  même  temps,  elle fonctionnait formidablement la SAS »« On  peut  leur  dire  ceci,  cela,  aux  arabes,  jusqu’au jour  où  ils  te  disent :  « Est-ce  que  la  France  va rester ? ». C‘est la seule question, à partir de de Gaulle, à laquelle on ne peut pas répondre. C’est ça l’ambiguïté de l’histoire ! A partir du moment où on ne peut pas leur dire : « Non, on reste ! », eh bien ça commence à flotter, c’est tout. Il y en a un qui a dit à Oudinot un jour : « Il faut se rallier combien de fois pour être rallié »« Le problème, c’est qu’ils se sentaient arabes et musulmans  mais ils voulaient continuer à vivre avec une présence française.  il y avait quand même deux cent mille arabes dans l’armée française »« Ce qu’il fallait, c’était leur donner des possibilités de ne pas avoir l’air d’être le pau  vre type du coin, mais d’être des citoyens comme nous ».

 

JEANNE CORDIER « J’avais 19 ans. Je suis restée deux ans à la SAS de 1959 à 1961. Les gosses, quand je suis partie, m’ont écrit, et une m’a écrit : « Depuis que tu es partie, Mademoiselle Jeanne, je pleure comme le soleil en hiver » Vous ne croyez que ce n’était pas beau ça ! des gosses qui ne savaient ni lire ni écrire.  Moi  je  trouve  que c’est  merveilleux. Mais que sont-elles devenues ces petites, maintenant, je n’en sais rien ».

 
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