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Le destin d'un Capitaine, le Film

Archiviste de sa mémoire, le capitaine classe les photos de ses guerres perdues. Il sait aujourd’hui que « c’est toujours dans le dos des soldats que se jouent les guerres menées au front. » Et s’il devait résumer, au seuil de sa vie, ce qu’il ressent, cela tiendrait en un seul mot : l’abandon.
 
Une mémoire déracinée

Parmi les tribus d’Indiens d’Amérique qui donnèrent tant de fil à retordre aux colons européens de l’Amérique du Nord, les Sioux, les Iroquois et les Pieds-noirs figurent parmi les plus connues. D’où vient que la troisième de ces dénominations ait servi, un siècle plus tard, à désigner les Français d’origine européenne implantés depuis un siècle en Afrique du Nord ainsi que les Juifs sépharades qui y étaient enracinés, eux, bien avant l’arrivée de l’Islam ?

« Pied noir » Ce terme de va prendre un sens péjoratif pour les « Français de France » mais devenir un signe de reconnaissance pour les Français d’Algérie.

Plusieurs hypothèses prétendent éclairer l’origine de ce qualificatif.

Selon les uns, « Pieds noirs » ferait allusion aux bottines noires que portaient les premiers immigrants débarquant des bateaux en provenance d’Europe. Les indigènes, eux, portaient des babouches. Pour d’autres, elle se réfère aux pieds noircis par le charbon, dans les soutes des navires qui les amenaient et qui étaient propulsés concurremment par la voile et par la vapeur. Pour d’autres encore, elle évoque leurs jambes souillées par la boue des marécages qu’ils assainissaient, ou par les grappes de raisin qu’ils piétinaient dans les pressoirs pour en faire du vin.

Ce qui est sûr, c’est que, jusqu’à leur exode de 1962, les Français d’Afrique du Nord ne se sont pas désignés eux-mêmes par cette appellation exotique.

Le vocable a dû son succès médiatique à la distance qu’il permettait de prendre avec la communauté ainsi désignée. Il introduit subrepticement la différence : « Ils ne sont pas comme nous » ou même: « Sont-ils seulement Français ? »

L’image du « Pied-noir » devenant progressivement, à contrario, le symbole de l’identité communautaire. La communauté européenne d’Algérie résultat du brassage de populations les plus variées: Alsaciennes, Rhénanes, Espagnoles, Belges, Suisses, Italiennes, Maltaises, etc. La dominante en était méditerranéenne. Les habitants des Baléares, en particulier les « Mahonnais » de Minorque, furent dès le début de la colonisation, entre l830 et l849, parmi les premiers à rejoindre l’Algérie. Ces flux d’immigrés venus de tous les pays voisins de la France étaient le fruit d’une politique poursuivie sans discontinuité de Louis-Philippe à la Troisième République.

Les différents régimes qui se succédèrent eurent comme objectif permanent de créer en Algérie la seule colonie de peuplement, avec le Québec, que la France n’ait jamais créée. Parmi d’autres motifs, tels qu’assurer la sécurité et la liberté du commerce en Méditerranée contre les corsaires barbaresques, il fallait sécuriser la Métropole contre le retour d’un «blocus continental», organisé par l’Angleterre, le même que celui qui avait saigné à blanc le Premier Empire.

Il fallait donc prendre pied de l’autre côté de l’arrière-cour méditerranéenne. Or les Français, à l’époque en majorité paysans et sédentaires, sont un peuple plutôt casanier. Seuls les habitants des régions les plus pauvres, Lozère, Haute Saône, Corse etc., se laissèrent tenter par le mirage de l’émigration vers les colonies.

Les villages de colonisation jalonnaient les axes de communication. Leurs plans, dressés par le Génie militaire, en faisaient des points d’appui supposés aptes à résister aux attaques. Leur écartement était conçu pour leur permettre de donner l’alerte en cas d’agression. Tous les moyens furent donc bons pour les peupler. Les militaires furent encouragés à devenir des «soldats laboureurs» ; des révolutionnaires de 1848 y furent déportés ; les bagnards en fin de peine y furent assignés à résidence ; des orphelins pauvres y furent expédiés manu militari, des sergents recruteurs parfois rémunérés «à la pièce», furent envoyés au-delà des frontières pour inciter les candidats à l’émigration vers l’Amérique à lui préférer l’Algérie.

Dès la génération suivante, sous l’influence des « hussards noirs de la République » : les enseignants selon Jules Ferry, ce kaléidoscope humain a atteint, petit à petit, son homogénéité du côté européen.

Seules les grandes religions continuèrent à dresser des barrières entre communautés. A cela il faut ajouter que 20 % seulement des européens parlaient correctement l’arabe et que les mariages mixtes furent peu nombreux ; Aux immigrants d’origine européenne, vint s’adjoindre une communauté juive de très vieille souche, souvent berbère, installée bien avant la conquête arabe. En 1830, elle avait accueilli les Français en libérateurs. Les décrets proposés par Adolphe Crémieux accordèrent aux Juifs la pleine citoyenneté qu’ils réclamaient depuis la conquête. La même offre fut présentée aux enfants d’étrangers nés en Algérie et aux musulmans. Peu parmi ces derniers, la saisirent car son acceptation impliquait l’adoption du Code civil napoléonien, ce qui entraînait le renoncement à tout statut local, coranique ou coutumier comportant la polygamie, la discrimination des femmes dans les héritages, etc… un tel renoncement étant assimilé, par les Oulémas, à une apostasie. Elle fut encore étendue, par la suite, en particulier à l’intention de certaines catégories comme les anciens combattants, par la loi du 4 février 1919.

 

 

« Pour le pays, pour la patrie, mourir bien loin ! »*

* le chant des Africains, hymne Pied Noir

Le 7 octobre 1870, Gambetta, ministre de l’Intérieur et ministre de la Guerre, futur fondateur de la IIIe République, s’évada en ballon du Paris assiégé par les Prussiens pour rejoindre, à Tours, les autres membres du gouvernement de Défense nationale qui succédait au pouvoir mis en place par Napoléon III, fait prisonnier à Sedan. Les extensions de citoyenneté française, offertes par les décrets Crémieux signés à Tours le 24 octobre de la même année, avaient pour objectif d’élargir le recrutement, en permettant l’enrôlement des soldats d’outre mer.

Les unités algériennes, turcos, spahis etc. avaient en effet payé un lourd tribut aux combats défensifs qui précédè-rent, en Alsace, le siège de Metz. Accroître le nombre des citoyens français dénombrés en Algérie ne pouvait que faciliter la relève des effectifs de ces unités venues d’Outre-mer.

Ce ne fut là que la première des grandes guerres engageant le sort de la France et dans lesquelles les unités nord-africaines furent mises à contribution.

Une idée reçue particulièrement injuste voudrait que l’Armée d’Afrique ait été composée quasi-exclusivement d’indigènes et que ceux-ci aient servi de «chair à canon» sous les ordres d’officiers métropolitains ou pieds-noirs qui, de loin, les observaient à la jumelle montant à l’assaut. Il faut donc rappeler que, dans l’ensemble de la population européenne d’Afrique du Nord, le taux d’engagement volontaire ou d’appel sous les drapeaux a atteint en 1943-45 le pourcentage jamais dépassé nulle part, même en 1917 en France métropolitaine, d’environ 17 % de la population civile.

Les « Pieds-noirs » ont représenté pratiquement la moitié des effectifs engagés en Italie, puis dans la 1èreArmée française (Rhin et Danube). L’autre moitié était composée de coloniaux issus de tout l’Empire français, de Corses et de Métropolitains ayant rejoint l’Afrique du Nord à travers l’Espagne. Que ce petit peuple d’un million d’habitants a perdu plus d’hommes durant la campagne d’Italie et la Libération de la France que n’en eut l’armée française toute entière durant les huit années de guerre d’Algérie.

Le taux de tués face à l’ennemi durant les offensive alliées de 1943 à 1945, a été de 8 % chez les Pieds-noirs et de 6 % dans les rangs des combattants coloniaux. Contrastant avec ces sacrifices, aucune mobilisation ne fut décrétée en Métropole après les deux débarquements de 1944.

Quand, une dizaine d’années plus tard, le gouvernement Guy Mollet décida d’envoyer le contingent en Algérie, les « Pieds-noirs » menacés dans leur existence, pensèrent donc qu’il ne s’agissait là que d’un juste retour.

 
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