2 décembre 1998




EDITORIAUX
LA UNE
LE FAIT DU JOUR
INTERNATIONAL
SUISSE
OPINIONS
REGIONS
SOCIETE
ECONOMIE
CULTURE
SPORT
COMMUNICATION

Bernard Pichon: «Les P'tits loups ont droit aux questions essentielles»
 
Vu par Isabelle Guisan
 
ARCHIVES





Le Temps
29, route de l'Aéroport
CH-1215 Genève
tel. (+41 22) 799.58.58
fax. (+41 22) 799.58.59
e-mail info@letemps.ch
www.letemps.ch
COMMUNICATION





RADIO. Peu d'auditeurs se rendent compte que le rendez-vous «Salut les P'tits Loups», vers midi sur La Première, est une émission préenregistrée. L'animateur, qui publie un ouvrage réunissant les questions le plus souvent posées, s'explique

Bernard Pichon: «Les P'tits loups ont droit aux questions essentielles»


Ariane Racine
Quand en 1995, Bernard Pichon quitte l'émission «La ligne de cœur» juste avant plus soif, le confesseur des nuits romandes a un désir en tête: faire de la radio «le jour, léger, informatif, avec des enfants qui posent des questions sur le monde». Une bonne fée qui passait par là l'entend, l'exauce et le dépose sur une plage radiophonique diurne, au milieu d'une bande d'enfants curieux. A l'antenne, ces jeunes auditeurs sont appelés «petit loup» et «petite louve» par la voix tout sourire de Bernard Pichon. Sa douceur polie, un brin joueuse, a le don d'agacer les uns et d'attendrir les autres. Beaucoup d'autres, puisque cette émission ne semble pas prête de s'arrêter.
Elle a déjà rebondi sous forme de chronique signée par son animateur dans le journal Le Matin, dans l'émission enfants de la TSR «Bus et compagnie» et même, par le biais d'interviews d'enfants réalisées par Bernard Pichon, dans «Vivement dimanche prochain» sur France 2. L'animateur est aussi écrivain à ses heures: après un roman intitulé «Le jour de beauté», il prépare un livre d'enquête. Il devrait, selon lui, créer la surprise comme «un caprice de grand-mère indigne». En attendant, «L'abécédaire des P'tits loups» paraît aujourd'hui en Suisse romande, très exactement à l'heure des cadeaux de Noël.

Le Temps: Une moyenne de 16 enfants par semaine s'exprime dans «Salut les P'tits Loups». L'émission dure vingt minutes, le temps de parole des enfants est très court. Vous arrive-t-il de reprendre une conversation hors émission?
Bernard Pichon: Jamais, ni avant, ni après. Même en préenregistrement, je joue le jeu du direct. Le résultat s'entend. Ce n'est pas mon rôle de creuser hors antenne. Je ne suis pas un assistant social. Je suis comme une infirmière qui finit son service à minuit. Elle se laisse relayer par sa collègue, même si un malade la réclame.

– Ce qui ne vous empêche pas de devenir parfois très insistant. Comme le jour où, parlant des méfaits du tabac avec un enfant, vous avez demandé à parler à sa mère. Et vous avez fait promettre à cette femme timide et fumeuse, «devant tous les auditeurs de La Première», de renoncer à la cigarette pour sa santé et celle de son enfant. Un peu fort, non?
– C'était un petit clin d'œil à ces émissions de télévision où des célébrités promettent de ne plus fumer. Cette femme avait envie d'arrêter et n'y arrivait pas. J'ai pensé l'aider. C'est sans doute un abus de pouvoir, mais au rythme où je travaille, dans les conditions du direct, je fais forcément des erreurs. Je ne vais pas me dépiter pour cela. Parfois je m'en rends compte, souvent ce sont ceux qui m'écoutent qui me le font remarquer. J'ai parlé de «ta vraie maman» en posant à un enfant adopté une question sur sa mère biologique, alors que j'ai moi-même adopté un de mes enfants! J'ai parlé à des enfants de leur père en comprenant par leur silence qu'il n'était plus là. J'ai dit à un enfant «tu as des chances d'attraper cette maladie», alors que j'aurais dû parler de risques.

– Pourquoi avoir développé le concept dans un livre?
– A la radio, les réponses sont trop rapides. Le livre comble un manque en revenant sur les questions les plus fréquemment posées dans «Salut les P'tits Loups»: les dauphins, les étoiles, la pluie, les nuages, les koalas, Tintin ou Walt Disney.

– Pourquoi ce choix de sujets très mièvres?
– J'aimerais faire un livre sur des sujets différents comme les pipis au lit, le divorce, ou «maman va avoir un deuxième bébé». Seulement des questions de ce genre, je n'en reçois que trois par mois. Je serais prêt à en parler. J'ai beaucoup d'admiration pour des chanteurs comme Jacky Lager qui sortent du glossaire traditionnellement dévolu aux enfants: il parle des caresses que l'on choisit, de la perte d'un frère ou d'une sœur. Henri Dès ne ferait pas cela.

– «Salut Les P'tits Loups» prend, à l'antenne, toutes les apparences du direct. Mais L'émission n'est-elle pourtant pas largement préfabriquée?
– Oui, parce que nous perdions trop de temps avec le direct pour animer vingt minutes. La formule du direct différé nous permet
de faire une émission au rythme plus soutenu et des intervenants choisis.

– Tout à l'heure, dans l'émission, vous avez repris un garçon de 10 ans qui parlant de l'Equateur, disait que c'est une ligne invisible et qu'il est donc impossible de «s'encoubler dedans». Etes-vous un gardien du langage?
– Oui, j'ai complété son «s'encoubler» avec «trébucher». Le bon mot pour la bonne chose, c'est mon dada de journaliste. En animant l'émission «La ligne de cœur», je me suis rendu compte que beaucoup d'affects malheureux venaient d'un emploi maladroit des mots. Les gens confondaient émotion et sentiments, foi et croyance, joie et plaisir, vanité et orgueil. Je me réfugiais derrière mon rôle de clarificateur de langage. Il est important de donner aux enfants le sens du mot juste. Souvent, je reformule les explications des spécialistes qui interviennent dans «Salut les P'tits Loups». On dit que je bêtifie, que je prends les gens pour des imbéciles. Je me mets simplement à la place des enfants.

– Vos commentaires ont souvent une dimension morale…
– Disons plutôt éthique. Je ne comprends pas au nom de quel laxisme culturel on fait l'économie sur les questions essentielles. Je sens un vide dramatique chez les adultes et les enfants. Ils vont bientôt dire que Noël est la Fête du Père Noël. Tout en précisant que je me place dans une tradition judéo-chrétienne, je donne des précisions à l'antenne. J'évite de mêler zen, bouddhisme, christianisme en disant c'est le même Dieu. Si on présente aux enfants un melting pot, ils ne peuvent plus choisir.

«L'abécédaire des P'tits Loups», par Bernard Pichon.
Edition «Le Matin-La Première».


Haut de page