6 décembre 1998




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La Poste, service public obligatoire


Bernard Wuthrich
Un pays au relief aussi montagneux que la Suisse, découpé par de nombreuses vallées éloignées des grands centres, n'a pas d'autre solution: s'il veut garantir à l'ensemble de sa population des prestations identiques, ce qui est quand même la moindre des choses, il est obligé de conserver un service public de base. C'est particulièrement évident pour la correspondance postale. Quel opérateur privé, en effet, se risquerait à concurrencer La Poste sur le terrain accidenté du val d'Anniviers ou du val Verzasca? Aucun.
Cet exemple suffit à justifier le rôle de service public que l'on a conservé à La Poste lors de la séparation, il y a tout juste une année, de notre bonne vieille entreprise des PTT en deux entités distinctes. Et cette notion reste plus essentielle pour La Poste que pour les télécommunications, car aucune innovation technique ne pourra offrir à la livraison des lettres et des colis une solution de rechange telle que la téléphonie mobile en est une pour le téléphone classique.
Et les courriers électroniques, rétorquerez-vous? Bien sûr, l'avènement d'Internet et de son réseau e-mail remplace dans une certaine mesure l'envoi de lettres. Bien sûr, cela permet aussi de plus en plus, et La Poste s'y est lancée tout comme les banques, d'effectuer ses paiements en tapotant sur son clavier, sans quitter son domicile. Mais c'est moins dans les régions montagneuses que dans les zones urbaines que l'on assiste à ce genre de développements techniques. Et c'est peut-être, d'ailleurs, dans les agglomérations que l'extension des possibilités de communications électroniques risque le plus de concurrencer les offices de poste.
Reto Braun, nouveau patron de La Poste, ne remet pas en question cette idée de service public sur l'ensemble du territoire. Il ne le pourrait d'ailleurs pas, puisque ce principe est ancré dans la législation postale. Reste à voir comment il doit se concrétiser sur le terrain. Est-il absolument nécessaire de maintenir 3600 offices de poste? Probablement pas à n'importe quel prix.
Ce qu'il ne faut pas perdre de vue, c'est que La Poste est désormais condamnée à voler de ses propres ailes. Elle ne peut plus compter sur les juteux bénéfices que lui versait, du temps béni des PTT, le secteur des télécommunications. Elle doit donc financer ses activités non rentables par les ressources dégagées par d'autres prestations. Or, la livraison du courrier dans les régions retirées n'est pas une activité rentable et le maintien d'un large réseau de points de vente ne peut se justifier que s'il répond à une demande de la clientèle. Dans ces conditions, le réexamen du réseau ne peut pas être contesté, à condition, bien sûr, que l'on ne touche pas à la qualité de la desserte nationale.
A ce propos, La Poste devra également veiller à ce que ses structures dirigeantes reflètent cette volonté de desserte nationale. Ce n'est plus le cas aujourd'hui: depuis que Reto Braun a succédé à Jean-Noël Rey, la direction générale est devenue une «Konzernleitung» exclusivement alémanique où l'on se donne du «Herr Doktor» à tout propos. La sensibilité latine doit rapidement y retrouver sa place.


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