2 décembre 1998




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QUÉBEC. Le Parti québécois, au pouvoir, a remporté lundi une victoire en demi-teinte, qui doit être avant tout mise sur le compte de son excellente gestion du déficit budgétaire

Pour le reste du Canada, cette victoire n'en constitue pas moins une déception. Elle met surtout la balle dans le camp du premier ministre Jean Chrétien, déjà confronté au mécontentement d'autres provinces


La victoire des indépendantistes embarrasse le premier ministre canadien


Alain Borgognon, Montréal
Les sondages avaient prévu une éclatante victoire des indépendantistes lors des élections générales de lundi au Québec. Ils se sont trompés. L'échiquier politique québécois est resté le même qu'avant le scrutin, le premier ministre Lucien Bouchard et le Parti québécois remportant 75 des 124 sièges en jeu. Les lumières de la soirée électorale éteintes, une certaine déception se lit sur les visages des souverainistes les plus convaincus; ils vont former un gouvernement majoritaire, mais ce scrutin ne permet pas la relance aisée du mouvement vers l'indépendance que beaucoup d'entre eux anticipaient ces derniers jours.
Déficit zéro dans douze mois
Avec un premier recul, les résultats de lundi sont presque unanimement interprétés comme un désir populaire de voir le gouvernement québécois continuer de mettre de l'ordre dans les finances de la province. Dans douze mois, le budget québécois devrait atteindre le déficit zéro, une étape à franchir avant une réduction du fardeau fiscal des contribuables, un fardeau qui est actuellement le plus lourd de l'Amérique du Nord.
La réélection des indépendantistes au Québec reste malgré tout une grosse déception dans le reste du Canada. Il y a seulement deux mois, l'espoir de voir les libéraux et leur nouveau chef, Jean Charest, remporter ce scrutin était très vivant; on allait jusqu'à dire qu'il allait «éradiquer les indépendantistes»! C'est pourquoi les commentaires des leaders politiques du gouvernement fédéral et des autres provinces sont plutôt froids après la victoire de Lucien Bouchard et des troupes indépendantistes.
Le premier ministre du Canada, Jean Chrétien, a déclaré qu'il protégera «notre pays, notre maison et notre famille avec la dernière des énergies» si les souverainistes tiennent un autre référendum sur la séparation du Québec. Au Nouveau-Brunswick voisin, le leader du gouvernement a dit «respecter la victoire de Lucien Bouchard, mais ce dernier ne pourra pas continuellement fixer des calendriers de négociation au plan fédéral». En Ontario, la province la plus puissante du pays, le premier ministre Mike Harris s'est simplement dit d'avis que «les Québécois ont montré leur soutien à un gouvernement qui a eu la volonté de prendre des décisions difficiles en matière d'équilibre budgétaire». Pour le leader de la droite canadienne, Preston Manning, cette élection est un «signal d'alarme» qui devrait réveiller Ottawa; les conservateurs et les socialistes lui ont emboîté le pas pour affirmer que «la balle est maintenant dans le camp de Jean Chrétien», lequel doit proposer des améliorations au système fédéral canadien.
Une année qui s'annonce difficile
Des observateurs chevronnés se demandent d'ailleurs si le gouvernement libéral canadien n'est pas le vrai perdant des élections québécoises de lundi. Car non seulement Jean Chrétien doit maintenant continuer d'affronter les revendications du Québec, mais il va également être très critiqué par les autorités de l'Ontario, qui sont très à droite, tout comme par celles de la Colombie-Britannique, qui sont de centre gauche. Deux provinces mécontentes d'Ottawa et dont les citoyens se rendront aux urnes d'ici à un an. Ces douze prochains mois risquent donc d'être turbulents pour Jean Chrétien, un premier ministre fédéral vieillissant et qui pourrait être invité par ses propres troupes à laisser sa place à quelqu'un d'autre pour entamer le prochain millénaire.


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