1 décembre 1998




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GENEVE. La présidente de la Cour correctionnelle a rejeté la demande de renvoi des débats plaidée par la défense du parrain présumé.

Les inspecteurs genevois ainsi que les témoins protégés vont déposer ce mardi à la barre. D'autres incidents seront soulevés à cette occasion


Mikhaïlov affronte aujourd'hui les témoins de l'accusation


Fati Mansour
Le procès de Sergueï Mikhaïlov aura bel et bien lieu. La demande de renvoi des débats, pour cause de médiatisation outrancière et de démesure policière, a été rejetée par la présidente de la Cour correctionnelle. Cette dernière a estimé que le droit du public à l'information n'était pas moins digne que le droit d'un accusé à bénéficier d'un procès équitable. Cela d'autant plus que la presse s'est fait l'écho d'avis divergents et n'a pas appelé à une condamnation du prévenu.
C'est vêtu d'un complet noir que le plus célèbre détenu du canton a fait son entrée lundi matin dans une salle comble. Après avoir murmuré un timide «bonjour» à l'adresse de tous, Sergueï Mikhaïlov a pris place sur le banc des accusés aux côtés de son interprète privé. Souriant et décontracté, le parrain présumé de la mafia moscovite est resté très attentif aux débats. Il n'a toutefois pas eu l'occasion de s'exprimer durant cette première journée d'audience. Dans le carton des pièces à conviction, posé à quelques centimètres de lui, on ne distingue pas d'armes. Seulement des dossiers, des feuilles jaunies et un sac usé.
«Une douce plaisanterie»
Les feux de la discorde ont été ouverts par Me Pascal Maurer, l'un des quatre défenseurs de «Mikhas». L'avocat s'est d'abord appliqué à dénoncer la campagne médiatique entourant ce procès. Le Temps a gagné dans sa bouche le sobriquet «d'organe du Parquet». Pour la défense, les journalistes ont dépassé les bornes en se transformant en dénonciateurs et en témoins. D'observateurs critiques, ils se sont mués en accusateurs et en juges. Une dérive alimentée, selon Me Maurer, par les déclarations de magistrats et de fonctionnaires et cela en violation de la présomption d'innocence. Cette déferlante ne peut être sans conséquences sur l'état d'esprit des jurés et donc sur le droit à un procès équitable, a soutenu la défense.
Pareil pour les mesures de sécurité exceptionnelles prises à l'occasion de cette première en matière de crime organisé. Contrôles tous azimuts, tireurs d'élite sur les toits, certes invisibles, escorte rapprochée pour l'accusé, tout cela ne serait que le fruit d'une vaste exagération. Mise en scène dont Mikhaïlov serait la victime et les jurés les otages. Le renvoi du procès permettrait d'attendre que les conséquences néfastes de «ce conditionnement sans précédent» s'effacent, ajoute Me Maurer. Car en l'état, conclut l'avocat, l'égalité des armes, pourtant prévue par la loi, ne ressemble qu'à une douce plaisanterie.
Pas de déséquilibre
«Il est désobligeant de mettre ainsi en doute l'impartialité de jurés qui viennent de prêter le serment de juger sans peur et sans préjugés», a rétorqué le procureur Jean-Louis Crochet. Tout en précisant au passage que le Parquet genevois n'était pas actionnaire de la presse nationale. Le magistrat a enfin souligné qu'un équilibre devait être trouvé entre la liberté de la presse et les droits d'un accusé. Equilibre qui peut être rompu si un journal appelle à un verdict de culpabilité. Ce qui n'a pas été le cas dans cette affaire.
La présidente Antoinette Stalder a tranché dans le sens de ces dernières considérations. Il est normal qu'un procès de cette ampleur suscite autant d'intérêt de la part des médias, relève sa décision. Aucun élément ne démontre que cette campagne a été orchestrée par l'autorité, certains articles soulevant même les faiblesses du dossier. Enfin, le fonctionnement régulier de l'institution du jury ne pourrait plus être garanti si toute influence extérieure devait conduire au renvoi des débats. Quant au service d'ordre, dont la nature a tout de même été qualifiée d'un peu «déconcertante» par la Cour, celui-ci relève de la compétence du Conseil d'Etat et ne devrait pas avoir d'incidence sur le jury.
Le premier incident étant clos, l'après-midi a été consacré au développement de tous les possibles vices jalonnant cette longue procédure. En invoquant la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme, le bâtonnier bruxellois Xavier Magnée a fait une demande en nullité et sollicité le renvoi de la cause au Parquet afin que soit prononcé un non-lieu. Rien de moins. Malgré que ce concept de nullité soit inconnu de la procédure pénale genevoise, la présidente Stalder a tenu à préciser qu'aucune violation des droits de l'accusé n'entachait ce dossier.
Ces longues joutes oratoires ont fini par lasser une assistance de plus en plus clairsemée. L'un des membres du jury, composé de quatre hommes et deux femmes, a eu bien de la peine à garder les paupières ouvertes et l'oreille attentive. Avec l'audience d'aujourd'hui, le débat entre dans le vif du sujet. L'appartenance ou non de Mikhaïlov à une organisation criminelle. Les inspecteurs de la Sûreté genevoise seront les premiers à défiler à la barre. Les témoins à charge, bénéficiant d'un programme de protection, doivent être entendus dans l'après-midi.



Sergueï Mikhaïlov, dit Mikhas. Une carrière résumée selon les sources de police
Mikhaïlov, Sergueï Anatolievitch
Né le 7 février 1958 à Moscou, dans une famille modeste du quartier de Solntsevo (sud de la capitale).
Formation: serveur, maître d'hôtel.
Affiliation: Chef de la brigade du Komsomol (Jeunesse communiste) du restaurant Sebastopol.
1984: Condamné à 3 ans de camp avec sursis pour escroquerie à l'assurance. 6 mois de préventive. Perd son emploi.
Dès 1984: Constitue avec Victor Averine, Evgueni Lioustarnov et d'autres une bande sportive dont les activités deviennent rapidement criminelles: le groupe de Solntsevo, dit aussi Solntsevskaïa.
Dès 1988: Selon la police russe: actif dans le racket organisé, prête à des repris de justice, organise les services de sécurité des entreprises pour mieux connaître leurs activités.
1989: Arrêté sur dénonciation pour extorsion de fonds. 19 mois de préventive, puis libéré. Seul son associé «Silvestre» est condamné à 4 ans de réclusion. La bande se scinde en deux: la Solntsevskaïa et l'Orekhovskaïa.
1990: La bande de Solntsevo possède ou contrôle plus d'une vingtaine d'entreprises moscovites. Selon la police russe: plusieurs comptes en banque bien alimentés en Europe occidentale.
1993: Nouvelle arrestation. Soupçonné de participation au meurtre de Valeri Vlassov, directeur de casino. Relâché grâce à l'intervention d'un haut responsable de l'Intérieur.
Fin 1993: Quitte la Russie pour la Hongrie où il est accueilli par son ami Semion Mogilevitch, parrain ukrainien d'Europe centrale. Après un mariage blanc avec une ressortissante israélienne, gagne Israël. Puis le Costa Rica dont il devient consul honoraire.
1994: Selon la police russe, le groupe Solntsevskaïa contrôle 30% des structures économiques de la capitale. Ses liens avec les mafias de provinces sont importants. La bande dispose de plus de 1000 hommes armés et répartis en brigades. Elle est active dans tout le spectre d'activités criminelles.
Les meurtres non ÉlucidÉs de deux grands parrains de la capitale russe, Otari Kvantrichvili en avril 1994 et Sylvestre en septembre 1994, laissent la succession ouverte. Selon le FBI, Mikhaïlov entre en contact plus étroit avec Viatcheslav Ivankov, dit le Japonais, parrain des parrains russes établi à Brooklyn, puis reprend ses distances.
Dès 1994: Fréquente régulièrement l'Autriche, dont il a fait sa base arrière. En déplacement constant.
Juin 1995: caissier personnel de Mikhaïlov, Denissov est assassiné.
De plus en plus présent en Belgique, Mikhaïlov décide de s'établir en Suisse. Dès le mois de mai, il loue une villa à Borex. Sa famille emménage en septembre.
Été 1996: Mikhaïlov achète la villa de Borex grâce à un prête-nom.
15 octobre 1996: Arrestation à Cointrin
30 novembre 1998: Début du procès à Genève.
E. H.


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