1 décembre 1998




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Plus l'espérance de vie s'élève, plus les vieux ont l'air juvénile. Une étude nous dit qui sont les «Superyoung». Et comment ils font.

Si jeunes en leur miroir


Myriam Meuwly
Kyle Johnson, un maître du barreau texan, commence par dire son âge avant tout entretien sérieux. Au Texas, le dicton veut qu'on soit mieux servi par un jeune médecin et un vieil avocat. Or, Maître Johnson, 45 ans, fait bien quinze ans de moins, et il connaît la chanson. Plus familier, il y a Isabella Rossellini, dont la glorieuse beauté a longtemps servi d'enseigne à une célèbre marque de produits de beauté. Et ce modèle suédois qui a «vendu» H & M par voie d'affiches aux «ménagères de moins de cinquante ans». Sans parler des Paul, Caroline, Delphine et quelques autres qui, autour de nous et parfois à notre grand dépit, «ne font pas leur âge». Ils font tous partie d'un nouveau groupe social, pour ne pas dire ethnique: les «super jeunes».
C'est du moins par la dénomination évidemment anglo-saxonne de «Superyoung» que David Weeks, un neuro-psychologue de l'Université d'Edimbourg, désigne ceux qui ont l'air – et se sentent – plus jeunes que ne l'indique leur passeport. Il en a fait l'objet d'une vaste étude qui vient d'être publiée*. Au centre de sa recherche, deux questions en miroir: y a-t-il une base scientifique dans l'adage qui veut qu'on ait l'âge de ses artères? Et, peut-on paraître aussi jeune qu'on pense l'être? La réponse à la dernière question, on l'aura compris, est oui – ce qui incidemment dispense l'auteur de répondre à la première.
Le matériel sur lequel a travaillé David Weeks est à l'échelle du monde anglophone, Océanie comprise, sa petite annonce parue dans le New Scientist ayant été largement repérée. Il demandait à toute personne de plus de trente ans croyant être ou paraître plus jeune que son âge, de lui envoyer une photo et de raconter ce qu'il en était. Un échantillon plus restreint de 95 personnes de la région d'Edimbourg était par ailleurs constitué, sur la base des réponses reçues, et complété par un groupe de contrôle permettant aux chercheurs de travailler de manière plus pointue et en double aveugle. Résultat: les femmes «super jeunes» paraissent 9,7 ans de moins que leur âge, et les hommes 12,1.
Il faut se faire une raison: la jeunesse malgré l'âge mûr ne s'acquiert plus par un pacte avec le diable. Exit Faust. Exit Dorian Gray. Elle ne s'achète pas non plus en petits pots, coûtassent-ils la peau des fesses. Pas plus qu'elle ne passe forcément par le bistouri des sorciers de la chirurgie. Quand bien même la concurrence en a fait chuter les prix et que – à l'exception des implants mammaires – elle soit devenue pratique courante.
Non: la jeunesse qui défie le temps est le produit de facteurs complexes. Mieux, proclame David Weeks, certains d'entre eux ne sont pas hors de portée de chacun, moyennant un petit effort.
Bonne nouvelle, les hommes et les femmes «super jeunes» entretiennent des relations amoureuses plus satisfaisantes. Ils jouissent d'une vie sexuelle plus intense et plus érotisée. Il n'est pas rare que, dans l'amour comme dans l'amitié, ils se lient avec des partenaires plus jeunes. Ils s'acceptent aussi bien dans leur genre que dans leur orientation sexuelle. Ils ont en revanche moins d'enfants, voire aucun (1,4 pour les femmes contre 1,8 dans le groupe de contrôle). L'activité physique sportive régulière fait partie de leur hygiène de vie. Ils lisent davantage qu'ils ne regardent la télévision. Ils dorment bien, ont une pression sanguine normale, voire basse, et – indice curieux mais réconfortant pour l'équipe de recherche – «ils ont plutôt tendance à dire la vérité».
Divine surprise, si un bon dix pour cent des cobayes se sont déclarés végétariens, les autres ne crachaient pas sur un steak. Pas plus que dans leur verre, ni sur… le chocolat noir. En revanche, il faut s'y faire, dix-neuf «super jeunes» sur vingt se sont révélés résolument non fumeurs. Voyageurs réguliers, ces bons vivants éclairés font aussi preuve d'une stimulante curiosité: on ne les trouvera pas chez McDo à Paris, ni à l'Holiday Inn de Bali.
On l'aura compris, penser jeune, tout comme se sentir jeune sont deux composantes nécessaires, sinon mesurables, de l'apparence «super jeune». David Weeks donne pour indice irréfutable du sentiment, sinon de l'illusion, que l'âge n'a pas prise sur soi, le fait de constater les signes de vieillissement chez les autres. De même que les (vrais) jeunes se sentent non pas jeunes mais normaux, les «super jeunes» mesurent leur forme en voyant leurs contemporains prendre de la bedaine et préférer leur fauteuil à un week-end extrême.
Reste le facteur génétique. L'auteur ne donne pas de chiffres précis, mais relève que nombre de ses protégés ont, ou ont eu des parents eux-mêmes longtemps actifs. Quant aux signes auxquels on ne coupe pas, cheveux gris précoces ou poches sous les yeux par exemple, ils sont aujourd'hui techniquement maîtrisables. Choisir d'y remédier, asssure Weeks, constitue même un signe positif d'allant juvénile. Les pertes de mémoire, elles, à défaut d'être corrigées par les exercices que préconise le bon docteur, seront traitées avec cette arme absolue qu'est l'humour, ingrédient indispensable à l'alchimie qui conduit au sentiment de bien-être, à défaut d'une éternelle jeunesse.

*Superyoung, The Proven way to stay young forever, Hodder and Stoughton.



Le sexe ne conserve pas comme le sport
«L'activité sexuelle n'est de loin pas la clé d'une existence épanouie, pas plus qu'elle n'assure contre les marques du temps», indique le docteur Maurice Hurni. Pour le sexologue et psychiatre à la consultation conjugale de Pro Familia, à Lausanne, il faut se garder du «terrorisme» qui veut qu'on «baise» à tout prix. C'est donc avec scepticisme qu'il considère, s'agissant de la sexualité, les recettes préconisant la quantité plutôt que la qualité. «La sexualité n'est pas un besoin, c'est un plaisir qui passe par l'érotisation de la relation à l'autre. Il n'y a pas, au contraire du sport, une activité sexuelle qui serait hygiénique, salutaire».
«En revanche, ajoute Maurice Hurni, il est vrai que, dans le cadre de la consultation, on observe comme un signe d'évolution important, l'affirmation, parfois spectaculaire, de la féminité ou de la masculinité, et des manifestations de la séduction chez des êtres préalablement indifférenciés, repliés sur eux-mêmes.»
Toutefois, révèle le psychiatre, l'apparence juvénile cache parfois le drame refoulé de l'abus sexuel. «Il est impressionnant de constater que nombre d'enfants abusés ne grandissent plus. Ils gardent jusqu'à 40, 50 ans le visage de leurs jeunes années, restant comme figés à l'âge où ils ont été abusés, comme paralysés dans leur évolution. A moins qu'il ne s'agisse d'une forme de refus positif d'avancer, par lequel ils diraient: tant que le problème n'est pas résolu, je reste là.» Une piste plus sombre qu'apparemment l'équipe du docteur Weeks n'a ni cherchée, ni su explorer. Et qui pourrait expliquer les pourcentages importants de facteurs de juvénilité «inexpliqués» que le chercheur déplore dans son étude: 38% pour les femmes, et 14% pour les hommes. M. My


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