1 décembre 1998




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EUROPE. Le conseiller fédéral Moritz Leuenberger s'est rendu
à Bruxelles lundi soir pour négocier d'ultimes aménagements au «compromis de Kloten» sur le transit alpin.

Les deux délégations prévoyaient de discuter tard dans la nuit, avec une probabilité limitée d'aboutir. Corrigée légèrement à la hausse, l'offre suisse exacte restait confidentielle. Récit de la journée


L'Europe et la Suisse marchandent un compromis final sur les transports


Roland Krimm, Bruxelles
Moritz Leuenberger aura des petits yeux à son retour à Berne ce matin. Le conseiller fédéral a passé une bonne partie de la nuit à Bruxelles pour négocier, avec les ministres des Transports des Quinze, les ultimes aménagements au «compromis de Kloten» sur le transit alpin. Le grand marchandage s'est déroulé à l'abri des regards dans une salle du Conseil des ministres de l'Union européenne, un bâtiment austère au cœur de la capitale belge. Aucun élément n'avait filtré à l'heure de mettre sous presse. Mais Moritz Leuenberger, «très réaliste», n'excluait pas un échec.
Les événements se sont précipité en fin d'après-midi. Les Quinze ont décidé de négocier au finish sur l'eurovignette – la fiscalité routière au sein même de l'Union – et les bilatérales avec la Suisse. Le ministre autrichien des Transports, dont le pays préside les Quinze jusqu'à la fin décembre, annonçait la nouvelle sur le coup de 17 heures. «La nuit sera longue, nous avons décidé de tenter de ficeler un paquet», lançait Caspar Einem devant quelques dizaines de journalistes. Avec, tout de même, un bémol: «Nous n'en sommes pas encore à un accord mais nous avons des raisons suffisantes de croire que les négociations peuvent se poursuivre jusqu'au succès ou capoter».
Quelques minutes plus tard, dans une salle voisine, le nouveau ministre allemand affichait le même optimisme prudent. «Nous avions le choix entre le verre à moitié vide et le verre à moitié plein», expliquait Franz Müntefering. «Nous avons choisi le verre à moitié plein». Le ministre allemand estimait qu'un accord était possible, le Conseil fédéral ayant signalé dans l'après-midi qu'il était disposé à lâcher du lest sur certains points. «Avec les nouveaux chiffres (proposés par la Suisse), il y a une chance (de conclure), mais pas de garantie», jugeait Franz Müntefering.
Si le ministre allemand a confirmé implicitement que la nouvelle coalition rouge-verte au pouvoir à Bonn était plus sensible aux thèses suisses - «la situation des Alpes est particulière», a-t-il reconnu -, le flou persistait sur les intentions de l'Italie, autre pays déterminant pour l'aboutissement, ou l'échec, des négociations. Tiziano Treu, le nouveau ministre des Transports de la Péninsule, a fui les journalistes tout au long de la journée. Les diplomates italiens ne se sont pas montrés non plus. Ce qui explique sans doute la prudence de Moritz Leuenberger.
Le conseiller fédéral est arrivé peu avant 21 heures dans le bâtiment du Conseil où il devait rencontrer les Quinze. Il était entouré d'une délégation forte d'une dizaine de personnes, dont Max Friedli, le patron de l'Office fédéral des transports. Se déclarant «pas particulièrement optimiste», Moritz Leuenberger a confié qu'un échec n'était pas exclu. «J'accepterais aussi que les négociations échouent», a-t-il admis.
La partie, il est vrai, était loin d'être gagnée. Une solution sur l'eurovignette, passage obligé pour un accord avec la Suisse, semblait possible. «Pour cette partie du paquet, nous sommes très proches d'un accord», assurait Caspar Einem. L'Autriche a proposé dans la journée un nouveau compromis. Elle s'y réserve le droit de contingenter les camions au col du Brenner si l'avalanche de poids lourds (voir l'infographie ci-contre) ne diminue pas avec l'ouverture des routes suisses aux 40 tonnes d'ici à 2005.
Vienne exige que la Suisse «récupère» dans un délai de six ans la moitié des quelque 450 000 poids lourds transitant chaque année par le Brenner pour contourner la limite de 28 tonnes en vigueur chez son voisin. Seulement voilà, ces restrictions quantitatives ne sont pas du goût de ses partenaires, Italie en tête. Ils y voient un obstacle à la libre circulation des marchandises.
«Améliorations substantielles»
De quoi compliquer encore un peu plus les négociations entre Moritz Leuenberger et les Quinze. Neil Kinnock, le commissaire européen aux Transports, jouait les intermédiaires. Les deux responsables s'étaient déjà entretenus par téléphone dans l'après-midi. Avec succès semble-t-il, Caspar Einem estimant que «les discussions ont permis d'apporter des améliorations substantielles à l'offre suisse». On n'en saura guère plus. Seule la ministre néerlandaise a levé un petit coin du voile. Les négociations devaient porter, selon Tineke Netelenbos, sur les contingents pour les 40 tonnes et les camions circulant à vide pendant la période transitoire précédant l'échéance de 2005. Et, qui sait, sur la taxe poids lourds dont le «compromis de Kloten» fixe le montant à 325 francs. Pour l'Allemagne et l'Italie, c'était encore trop. Du moins, jusqu'à hier soir.


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