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18.12.2021

Les systèmes d'armes létales autonomes? La Conférence d’examen de la Convention sur Certaines Armes Classiques en reparlera dans 5 ans

flamme.pngFaudra-t-il attendre 5 ans pour reparler d'un encadrement des "robots tueurs" puisque c'est le rythme auquel se tiennent les Conférences d’examen de la CCAC (Conférence d’examen de la Convention sur Certaines Armes Classiques)?

Effectivement, et comme craint (lire mon post précédent sur ce sujet), faute de consensus pour lancer une négociation sur l'avenir des "robots tueurs", les 125 Etats réunis à Genève ont renvoyé le dossier devant les experts (qui en 4 ans n'ont pas pu se mettre d'accord), au grand dépit de ceux qui voulaient des résultats tangibles. 

Ces experts se réuniront toutefois pendant dix jours en 2022. Mais comme l'a bien dit le délégué suisse, "au rythme actuel d'avancement, le développement technologique risque de dépasser nos délibérations".

La déclaration finale de la conférence d'examen de la Convention des Nations unies sur l'emploi de certaines armes classiques (CCAC), qui s'est tenue au bord du Léman depuis lundi, n'aborde le sujet des Systèmes d'armes létales autonomes (SALA) qu'en termes assez généraux.

Pour l'ONG Stop Killer Robots, "une opportunité historique de réglementer les robots tueurs échoue alors qu'une poignée d'États bloquent la majorité". On lira ici son communiqué de presse qui épingle certaines grandes puissances: "Après une semaine de suppression de contenu de fond, il est clair qu'une minorité d'États, dont les États-Unis et la Russie, investissant déjà massivement dans le développement d'armes autonomes, s'est engagé à utiliser la règle du consensus de la CCW pour tenir en otage la majorité des États".

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Je profite de ce post pour signaler un livre que je viens de terminer. Il s'agit de Demain est déjà hier écrit par Daniel Ethan (le pseudo d'un officier des transmissions). Ce livre est paru chez Publishroom Factory (235 pages, 20€). C'est un livre de science fiction qui se déroule en 2050, après une grande recomposition de l'ordre mondial qui est déjà menacé par la Chine et sa super intelligence artificielle baptisée Domination éternelle.

Le narrateur est un officier de l'armée de Terre française et plus précisément de la force Titan à dominante robotique, équipée de parc de robots spécialisés:
- robots utilitaires gérés par des opérateurs (reconnaissance, soutien, dépollution),
- robots de contact pour le contrôle des forces et la conception de la manoeuvre, pilotés par des opérateurs depuis la France,
- robots polymorphes pour les opérations sensibles et spéciales (autonomes mais sous supervision humaine constante),
- robots champions: sortes d'enveloppes robotiques servant les pilotes qui sont à bord, ils constituent la force numéro Un de l'armée Titan. Il en existe deux sortes. D'abord les TITANS avec un opérateur embarqué. Puis les robots champions proprement dit. Chaque nation dispose de deux exemplaires de ce dernier type de robot qui constitue l'arme ultime ayant remplacé la dissuasion nucléaire.

C'est un livre dense, à lire avec concentration. L'histoire se termine en 2052 avec l'offensive mondiale contre la Chine. En deux ans bien des choses ont lieu. Elles sont à découvrir.

 

 

Publié dans : Monde, ONU | Lien permanent | Commentaires : 2 |

16.12.2021

Robots tueurs. Pas de consensus pour encadrer les systèmes d'armes létales autonomes

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La 6e conférence d'examen de la Convention des Nations unies sur l'emploi de certaines armes classiques (CCAC, lancée en 1980) se tient à Genève depuis le 13 décembre et jusqu'au 17. Cette Convention des Nations Unies a pour but d'interdire ou de limiter l'emploi d'armes pouvant infliger des souffrances inutiles ou injustifiables aux combattants ou frapper sans discrimination les civils. Parmi ces armes figurent les IED (engins explosifs artisanaux), les mines antipersonnel, les drones et, plus particulièrement, les SALA, les systèmes d'armes létales autonomes, aussi surnommés "robots tueurs" (photo ci-dessus Ralf Schlesener).  Un sujet sur lequel la CCAC planche depuis 2013.

L'enjeu est simple: peut-on laisser des armes choisir leurs cibles et les attaquer sans véritable contrôle humain? Si non, quelle réglementation imposer? Depuis 8 ans, la réponse se fait attendre... Certes plusieurs dizaines de pays membres de la CCAC souhaitent l'interdiction totale des SALA mais le développement rapide de ces systèmes d’armes les a pris de vitesse. "La tentative d’interdire s’est donc muée en une tentative de réglementer", comme le résume Richard Robert dans un article récent intitulé "La prolifération des armes autonomes est-elle inévitable ?".

Cette 6e conférence a été précédée d'une réunion du Groupe d'experts gouvernementaux sur ces fameux et controversés systèmes d'armes létales autonomes (photo ci-dessous d'un robot de déminage russe Uran-6). La première réunion officielle de ce Groupe d'experts, dont le mandat va prendre fin, a eu lieu en 2017. En quatre ans, ils n'ont pas réussi à trouver de consensus sur la nécessité ou non de réguler l'usage futur de ces armes autonomes. Et leur réunion de la semaine dernière ne leur a pas permis de s'entendre sur d'éventuelles recommandations.

Ce sera donc aux délégués des nations d'essayer de trouver, d'ici vendredi, un terrain d'entente pour ne pas passer par pertes et profits les 8 années de discussions. Mais c'est un espoir auquel ne se raccrochent pas les ONG, 

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Ainsi, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) demande depuis 2015 aux États de s'accorder sur les limites à imposer aux systèmes d'armes autonomes "pour assurer la protection des civils, le respect du droit international humanitaire et l'acceptabilité éthique de ces systèmes". Le CICR défend le principe de règles juridiquement contraignantes qui interdisent les systèmes d'armes autonomes imprévisibles ou qui ciblent des personnes.

"Une minorité d'États bloque actuellement les efforts visant à entamer des négociations", dénonce pour sa part Clare Conboy, de la campagne Stop Killer Robots, une coalition mondiale de plus de 180 ONG.

Un avis partagé par Human Rights Watch qui ne se fait guère d'illusions, du fait de "l'opposition de plusieurs puissances militaires, en particulier l'Inde, la Russie et les États-Unis". Human Rights Watch et l’International Human Rights Clinic de la faculté de droit de Harvard, ont d'ailleurs publié un rapport de 23 pages intitulé "Crunch Time on Killer Robots: Why New Law Is Needed and How It Can Be Achieved" ("Urgence au sujet des robots tueurs : Nécessité d’une nouvelle loi et comment y parvenir").

Ces ONG demandent l’adoption d’un nouvel instrument contraignant qui porterait sur:
- les systèmes d’armes létales autonomes qui, de par leur nature, choisissent et visent des cibles sans intervention effective d’un être humain, comme les systèmes complexes qui reposent sur des algorithmes d’apprentissage automatique qui produisent des effets imprévisibles ou inexplicables,
- les systèmes d’armes qui reposent sur des profils biométriques et d’autres données recueillies par des capteurs qui identifient, sélectionnent et attaquent des personnes ou des catégories de personnes.

Et la France?
Elle pense que les risques existent mais qu'ils peuvent être gérés. D'où les conclusions du rapport de 47 pages dévoilé le 27 avril dernier. "La France confirme qu’elle ne développera et n’emploiera pas" de SALA, écrivaient les dix-huit membres civils et militaires du comité d’éthique du ministère des Armées mais ce comité se dit favorable au développement d’armes intermédiaires, appelées "systèmes d’armes létaux intégrant de l’autonomie" (SALIA). Le "i" fait toute la différence.  En clair, le comité d’éthique ouvre la voie à des armes ou des "robots" qui pourront certes tuer, mais seront "incapables d’agir seuls, sans contrôle humain, de modifier leurs règles d’engagement et de prendre des initiatives létales" (photo ci-dessous prise à Coëtquidan par Joël Le Gall).

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Pas de consensus
Le problème, c'est que la Convention CCAC fonctionne par consensus. Tout accord devra englober tous les 125 Etats membres et surtout "toutes les principales puissances militaires" dont la Russie, l'Inde, les USA...

Traditionnellement, les Russes ne souhaitent pas se lier les mains d'avance et poursuivent le développement de plusieurs gammes de robots de combat dont certains ont été testés en Syrie. 

Pour leur part, les Américains veulent un texte non contraignant (photo ci-dessous US Army prise en octobre dernier lors des essais d'un véhicule autonome). Ils acceptent, comme l'assure la DARPA (agence d'innovation du Pentagone), de garantir des "niveaux appropriés de jugement humain". En revanche ils entendent bien rester compétitif en matière d'intelligence artificielle dans le domaine militaire pour ne pas se laisser distancer par leurs rivaux, comme en témoigne le rapport de la National Security Commission on Artificial Intelligence. Le programme US "Army’s Robotic Combat Vehicle (RCV)" envisage qu'à terme, un seul opérateur pourra gérer une flotte de RCV, voire que ces véhicules disposeront d'un mode autonome.

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Quant à l’Australie, la Chine, la Corée du Sud, Israël et la Turquie, ces pays ont lancé des programmes de recherche et de développement de SALA sans attendre la mise en place d'une règlementation contraignante assurant que tous les systèmes d’armes autonomes ne seront utilisés que s’ils sont effectivement sous un "contrôle humain significatif" ("meaningful human control").

Course aux SALA
Il y a tout à craindre que le 17 décembre, aucun consensus ne soit trouvé. La question qui se posera alors sera celle de la poursuite même des discussions sur ce sujet dans le cadre de la CCAC.

"On peut lancer un processus indépendant, à l’instar de celui qui a permis d’aboutir aux traités interdisant les mines antipersonnel et les armes à sous-munitions, ou recourir à l’Assemblée générale des Nations Unies, où a été négocié le traité interdisant les armes nucléaires", se rassure HRW.

Mais le temps déjà perdu et celui qu'il faudra pour relancer un processus de contrôle ne bénéficieront qu'aux pays prêts à s'équiper en armes autonomes dotées d'algorithmes d’apprentissage automatique, voire d'une intelligence artificielle. Ce qui conduira à une course aux armes robotisées.

 

 

08.12.2021

Mali: 7 Casques bleus togolais tués ce mercredi (actualisé)

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Une attaque contre un convoi onusien a fait sept tués et trois blessés, selon la Minusma. Les victimes sont des soldats togolais. Leur blindé a été détruit par une charge explosive d'une quarantaine de kilos.

L'attaque contre le convoi a eu lieu dans la région de Bandiagara. C'est dans cette région qu'a eu lieu l'attaque contre un bus, le 4 décembre, attaque qui avait fait 38 morts parmi les civils.

Par ailleurs, on a appris le décès, mardi, d'un Casque bleu égyptien de la Minusma qui a succombé à ses blessures à Dakar où il recevait des soins depuis deux semaines. Le 22 novembre, son véhicule avait heurté un engin explosif improvisé à 11 km du camp de la mission onusienne à Tessalit, dans le nord du pays.

L'attaque de ce jour s'ajoute à une liste déjà longue d'attaques récentes visant les forces internationales dont la Minusma.

Le 3 décembre, un convoi de la MINUSMA ralliant Kidal à Gao a été attaqué par des éléments non-identifiés. Un contractuel civil avait  été tué, un autre évacué. Voir mon post ici. Le convoi a été la cible de tirs à une centaine de kilomètres au nord-est de Bourem. 

Le 4 décembre, c'est une attaque au mortier qui a visé le camp des Casques bleus de Kidal, sans faire de dégâts. Le même jour, une attaque a également visé le camp d’Ansongo, au sud de Gao.

Le lendemain, 5 décembre, les emprises militaires de Gao ont été été visées par des tirs de mortiers. Selon la Minusma, "ce sont des tirs de mortier lancés essentiellement du nord du camp" et qui ont laissé "quelques impacts avec des traces à l'intérieur", sans faire de victimes.

Le 6 décembre, c’est la base multinationale de Ménaka (sud-est) qui a essuyé des tirs de roquettes. 

Le 10, c'est une attaque au mortier qui a visé le camp des Casques bleus à Aguelhok dans la région de Kidal sans faire de victimes ni de dégâts matériels.

 

04.12.2021

Encore un convoi de la Minusma attaqué, faisant un mort et un blessé parmi les personnels civils

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Des hommes armés ont attaqué vendredi au Mali un convoi de l'Onu, tuant un travailleur contractuel civil et en blessant un autre, a annoncé la Minusma (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali). Le convoi, parti de Kidal (Nord) pour rejoindre Gao, a été la cible de tirs à une centaine de kilomètres au nord-est de Bourem (photos Minusma).

Ce décès porte à 257 le nombre de morts de la Minusma depuis son déploiement en avril 2013.

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Camps et convois onusiens sont régulièrement pris à partie par les groupes armés terroristes, comme en témoignent les données des rapports trimestriels du secrétaire général de l'Onu (voir ci-dessous), données qui ne précisent pas toutefois les cibles des attaques: 

Date du rapport

Nombre d’attaques

Morts

Blessés

1er octobre 2021

31

0

30

1er juin 2021

14

4

50

26 mars 2021

39

7

48

28 décembre 2020

20

1

11

29 septembre 2020

31

2

40

2 juin 2020

26

0

24

Ceci étant dit, en 2021, des convois onusiens ont été attaqués le 13 janvier (3 morts et 4 blessés), le 15 janvier (1 mort et 1 blessé), le 30 juin (1 tué), le 2 octobre (1 mort et 4 blessés)...

Insécurité routière.
Toujours vendredi, dans la région de Mopti, au moins 31 personnes ont été tuées lorsque le bus qui les transportait a été la cible de tirs. Le bus a été attaqué par des hommes armés non identifiés lors de son trajet entre le village de Songho et le marché de Bandiagara. 

16.11.2021

Mali: le site de Tessalit a été transféré aux forces maliennes

flamme.pngDans un communiqué diffusé ce mardi matin, l'EMA a annoncé le transfert de l'emprise de Tessalit (Mali), transfert qui intervient après celui de Kidal et avant celui de Tombouctou.

Selon l'EMA, "l'emprise occupée par la force Barkhane à Tessalit a été transférée le 13 novembre aux Forces armées maliennes (FAMa). Les derniers soldats français ont quitté le site le 15 novembre. Ce transfert a été progressif, maîtrisé et étroitement coordonné avec les FAMa et avec la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), dont un contingent de plusieurs centaines de militaires est déployé en permanence à Tessalit".

"Ce transfert s’inscrit dans le cadre du partenariat de combat qui lie les forces françaises et les forces maliennes", précise l'état-major français. "Ainsi, les unités maliennes et françaises se sont entraînées ensemble pendant plusieurs semaines pour partager leurs savoir-faire et préparer la pleine prise en compte de l’emprise par une compagnie renforcée des FAMa. Différentes procédures de réassurance ont notamment pu être mises en œuvre".

"Cette nouvelle étape dans l’adaptation du dispositif militaire français dans la bande sahélo-saharienne a été conduite dans de très bonnes conditions de dialogue avec les forces partenaires. Elle n’a pas rencontré de difficultés particulières", précise l'EMA.

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Ce transfert a nécessité une manoeuvre logistique d'importance pilotée par le groupement tactique Logistique Dragon, avec plusieurs convois routiers qui ont permis de vider le site et de rapatrier sur le hub de Gao (photo ci-dessus) les équipements à reconditionner, céder ou encore renvoyer en métropole.

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Ce hub dont l'aménagement vient de se terminer après d'importants travaux de terrassement, couvre 55 000 m2. Les travaux ont été réalisés par des détachements des 19e RG et 31e RG, dans des conditions éprouvantes (chaleur, poussière, veines rocheuses...).