Ajouter aux favoris Avertir le modérateur

23.01.2022

Nostalgie de l'immédiat après Guerre froide? Moscou veut que l'Otan revienne à 1997

flamme.pngLe Kremlin devient exigeant.

En plus d'un traité bannissant tout élargissement de l'Alliance atlantique à l'Ukraine mais aussi à la Géorgie, une autre ex-république soviétique, il a réclamé que les Américains et leurs alliés renoncent à organiser des manoeuvres et des déploiements militaires en Europe de l'Est.

Désormais, outre des garanties juridiquement contraignantes sur un arrêt de l'expansion de l'Otan, Moscou demande à l'Alliance atlantique le retour à ses frontières de 1997.

Interrogé spécifiquement sur ce que cela signifiait pour la Roumanie et la Bulgarie, qui ont rejoint l'Otan après 1997, le ministère russe a répondu que Moscou souhaitait que toutes les troupes étrangères, armes et autres matériels militaires soient retirés de ces pays. D'autres pays d'Europe centrale et orientale sont concernés, comme par exemple la Pologne et les pays baltes.

Qui sont les pays membres de l'Otan qui ont rejoint l'Alliance après 1997? En voici la liste: République tchèque, Hongrie et Pologne (1999), Bulgarie, Estonie, Lettonie, Lituanie, Roumanie, Slovaquie, Slovénie (2004), Albanie, Croatie (2009), Monténégro (2017) et Macédoine du nord (2020). Soit 14 pays, proches ou membres de l'URSS d'avant décembre 1991.

Pourquoi 1997? C'est l'année de l'Acte Fondateur sur les Relations, la Coopération et la Sécurité Mutuelles entre l'OTAN et la Fédération de Russie signé à Paris, le  27 mai.

Cet Acte fondateur affirme clairement que les deux parties ne se considèrent pas comme des adversaires et établit des mécanismes de consultation et de coopération. L'Otan s'est alors engagée à ne pas déployer d'armes nucléaires sur le territoire des nouveaux pays membres. Elle précisait par ailleurs qu'elle privilégierait l'intégration et l'interopérabilité des capacités militaires de préférence au stationnement permanent de forces de combat supplémentaires en Europe.

Ce texte novateur instituait en outre un Conseil conjoint permanent Otan-Russie qui a été remplace en mai 2002 par le Conseil Otan-Russie (COR). Les membres du COR se sont réunis à trois reprises en 2016, à trois reprises en 2017, à deux reprises en 2018 et à deux reprises en 2019. La dernière réunion en date s’est tenue le 12 janvier 2022.

L'Acte fondateur fait référence aux "nouveaux membres de l'Otan" et donc ne postule pas une interdiction de l'élargissement et l'arrivée de nouveaux membres. C'est pourquoi le 8 et 9 juillet 1997, lors du 14e sommet de l'Otan, les pays de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord ont formellement invité la Hongrie, la République tchèque et la Pologne à entrer dans l'alliance militaire, ce qui sera fait en 1999. La Slovénie et la Roumanie ont alors également été désignées comme futurs potentiels pays membres de l'Otan. Autant de preuves, aux yeux de Moscou, de l’identité fondamentalement belliqueuse de l’Alliance et autant d'inacceptables intrusions occidentales dans la zone d’influence des nouveaux maîtres du Kremlin.

 

10.12.2021

ROEM ROEM... Rafale et Mirage font du bruit au-dessus de la mer Noire

intercption.jpg

L’aviation russe ( avec des Sukhoï 27) a "intercepté" ​mercredi et jeudi deux patrouilles françaises au-dessus de la mer Noire. Cette soi-disant interception a été qualifiée ​par l’état-major des armées d’"interaction qui s’est faite de manière professionnelle et sans causer de danger".

L’EMA a précisé que lors de chacune des deux missions effectuées "dans l’espace aérien international"​, l’armée de l’Air et de l’Espace tricolore avait déployé un Rafale, un Mirage 2000D et un avion de ravitaillement (photo ci-dessous EMA). Des appareils venant de France.

5_2-eur_mer-noire-2.jpg

Le Mirage 2000 était équipé d’un pod ventral contenant un système ASTAC utilisé pour des missions de renseignement électromagnétique (le ROEM, qui collecte et analyse les signaux radio, radar...). L’ASTAC permet l’établissement de "l’ordre de bataille électronique" ​mais aussi la désignation d’objectifs en temps réel. Un tel équipement n’a rien d’anodin en ces temps de tensions avec Moscou et de rumeurs de déploiement militaire massif aux portes de l’Ukraine.

Le Mirage 2000 équipé de l’ASTAC a volé "pour nourrir l’appréciation autonome de situation" ​et pour au moins une des missions "au profit de l’Otan", a confirmé le porte-parole de l’EMA.

L’aviation française est donc clairement engagée dans le double effort ISR (intelligence, surveillance, reconnaissance) otanien pour évaluer la menace russe. Un effort au sud, au-dessus de l’Ukraine et au large de la Crimée ; un autre au nord, au-dessus des pays baltes et de la Baltique.

Menace supposée ou avérée ?
Depuis des semaines, l’Otan, les États-Unis et les Européens accusent la Russie, qui s’est emparée de la Crime en 2014, de vouloir envahir l’Ukraine. Ce que Moscou dément. Le chef de l'état-major militaire russe, le général Valéri Guerassimov, a balayé jeudi comme un "mensonge" le plan d'invasion de l'Ukraine prêté à Moscou.

Mais le Kremlin reconnaît toutefois que les négociations sur le conflit qui oppose les forces ukrainiennes et les séparatistes depuis sept ans dans la région du Donbass sont dans l’impasse et il a averti que "toute provocation par les autorités ukrainiennes par le biais d’un règlement forcé des problèmes au Donbass sera réprimée ". 

Du côté russe de la frontière, des dizaines de milliers de militaires sont en effet déployées non loin de l’Ukraine, Kiev avançant le chiffre de 120 000 soldats. Une grosse partie de ces effectifs et des équipements l’est depuis le printemps et une précédente période de tensions. Reste que les Américains et les Ukrainiens affirment que d’autres moyens, en particulier terrestres, sont venus renforcer les troupes déjà déployées : de l’artillerie, des chars, des missiles sol-sol, des unités de soutien logistique et médical… Autant de capacités qui permettraient, actuellement, de mener une offensive majeure d’une durée de 7 à 10 jours, selon des sources US qui estiment que l’armée russe sera en mesure de passer à l’attaque dès janvier (photo ci-dessous Russia MoD). 

tanks.jpg

Pour l’heure, alors que les gesticulations diplomatiques et les mises en garde martiales se poursuivent, la vigilance reste de mise. D’où l’intense activité des moyens de renseignement de l’Otan autour de l’Ukraine, pays que Vladimir Poutine a accusé en juillet de vouloir devenir "une tête de pont" ​contre la Russie, alors que les peuples russe et ukrainien "ne forment qu’un seul peuple"​.

Mais la rhétorique russe ne prend guère : 54 % des Ukrainiens soutiennent une adhésion de leur pays à l’Otan alors qu’ils n’étaient que 14 % en 2012.

01.12.2021

La Lettonie prête à accueillir un détachement de forces US mais "en permanence"

1000w_q95.jpg

Artis Pabriks, le ministre letton de la Défense, estime que son pays a besoin d'un coup de main de la communauté internationale pour se défendre. "On aimerait bien avoir en permanence sur notre sol une présence militaire américaine", a-t-il reconnu lundi. Et d'ajouter qu'il souhaite aussi équiper son armée de missiles sol-air, comme "des Patriot". 

Pouvoir compter en permanence sur une force US, c'est l'espoir des dirigeants des trois Etats baltes, proches voisins de la Russie. Estonie, Lettonie et Lituanie disposent chacune d'un bataillon multinational mais leur souhait, c'est bien de voir Washington baser des troupes de façon durable, comme en Allemagne ou en Pologne.

Pour l'heure, la Lettonie peut compter sur le bataillon à dominante canadienne et sur les déploiements épisodiques de forces otaniennes. C'est actuellement le cas avec la tenue de l'exercice Winter Shield 2021.

Cet exercice se tient sur le camp d'Adazi, jusqu'au 4 décembre. Il rassemble des unités lettones (brigade motorisée et garde nationale), lituaniennes et otaniennes dont des Américains du 3e bataillon, du 66e régiment blindé, de la 1ere division d'infanterie. 

lettonie1000w_q95.jpg

Sur la photo, un groupe américain débarque d'un Bradley M1A3 pour s'emparer d'une position adverse (photos US Army, Spc. Michael Baumberger). Le thème de la manoeuvre est la défense de Riga et l'arrêt de la progression d'une force ennemie au nord de la capitale.

Je profite de ce post pour ajouter cet article paru ce matin en page 2 d'Ouest-France (cliquer sur l'image pour l'agrandir). Il traite des accusations lancées par les Russes et les Occidentaux au sujet du renforcement mutuel des moyens militaires autour de l'Ukraine:

russie ukraine$.jpg

 

 

 

24.10.2021

La France et l'OTAN après la guerre froide: un colloque les 19 et 20 novembre

flamme.pngLa Société des Cincinnati de France qui perpétue le souvenir de la fraternité d'armes unissant officiers américains et français lors de la guerre d'indépendance des Etats-Unis, organise avec la Sorbonne Université et le soutien de la Fondation The First Alliance, un colloque historique sur les relations entre la France et l'Alliance Atlantique depuis la fin de la guerre froide de 1989 à nos jours.

Le programme est à consulter ici.

Sorbonne Université accueillera ces débats qui auront lieu à la Maison de la Recherche, amphithéâtre Molinié, 28 rue Serpente, 75006 Paris.  

Ce colloque sera ouvert au grand public sur simple réservation à l'adresse du secrétariat : secretariat@cincinnatidefrance.fr. Le passe sanitaire est requis pour entrer au sein de l'université de la Sorbonne.

21.10.2021

Nom de code Steadfast Noon. Comment l'Otan baptise ses exercices...

fas.jpg

Qu'est-ce qui se cache derrière le nom de code Steadfast Noon? Un exercice Otan qui a commencé lundi, pour une durée d’une semaine, qui se déroule dans le sud de l’Europe (surtout au-dessus de l'Italie) et qui mobilise des aéronefs et du personnel de 14 pays membres (mais pas la France).

Pourquoi Steadfast Noon?

Le nom de code de chaque exercice de l'Otan comporte deux mots.

La première lettre du premier mot indique le commandement otanien  responsable de la programmation de l'exercice:
S pour Grand Quartier général des Puissances alliées en Europe (le SHAPE)
T pour Commandement allié Transformation
B pour Commandement des forces interarmées de Brunssum
N pour Commandement des forces interarmées de Naples

Un exercice STEADFAST est donc géré par le SHAPE (Supreme Headquarters Allied Powers Europe)

La première lettre du second mot précise le domaine concerné:
A pour Air
L pour Land (Terre)
M pour Maritime Operations (Mer)
J pour Joint (Interarmées)
S pour Special Forces (forces spéciales)
C pour Cyberspace Operations
M pour Medical Support...

Brilliant Jump, c'est donc un exercice interarmées mené par le JFC Brunssum (tous les détails sur ces noms de code ici).

Et N? c'est pour Nuclear Operations.

Steadfast Noon, c'est donc un exercice piloté par le SHAPE et qui porte sur la dissuasion nucléaire.

L'Otan explique: "Steadfast Noon est un exercice d’entraînement pour avions de chasse à double capacité et aéronefs classiques, qui bénéficient de l’appui d’avions de surveillance et de ravitaillement. Aucune arme réelle n’est utilisée. Cet exercice aide à faire en sorte que la dissuasion nucléaire de l'OTAN reste sûre, sécurisée et efficace." 

Sur cet exercice et la présence d'armes nucléaires otaniennes en Europe, lire cet article du 20 octobre paru sur le site de FAS: "NATO Nuclear Weapons Exercise Over Southern Europe".

Coïncidence: cet exercice se tient pendant la réunion des ministres de la défense de l'Otan de ce jeudi et de vendredi à Bruxelles. Ils devraient approuver ce jeudi un nouveau plan directeur pour se défendre contre toute attaque russe menée sur plusieurs fronts.

 

 

Publié dans : Otan | Lien permanent | Commentaires : 4 |