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Bass Magazine n°5 - Mike PORCARO par Olivier CAUVIN  (mars/avril 1996)

 

 

 

   

 

 

 

 

Le nouveau TOTO est là, il s'appelle "TAMBU", mais il a failli s'appeler "TURNING POINT" du nom d'un morceau écrit par Mike. Révélations sur la fabrication de cet album de la renaissance du groupe ainsi que sur le milieu des musiciens de studios de Los Angeles. Chaud devant !

 

 

 

 

Mike, toujours pas de solo de basse dans ce nouvel album ?

 

 

Non, tu sais, je suis un musicien de la rue, je n'ai jamais vraiment étudié la basse, je devais être batteur, nous avons tous commencé par la batterie dans la famille PORCARO. Je me suis mis à la basse un peu par accident un été quand il m'a fallu choisir un autre instrument. Je devais avoir 12 ou 13 ans. Au lycée, il y avait une contrebasse, j'ai commencé d'en jouer et j'ai fini dans l'orchestre. Le week-end, je jouais dans des boums, des mariages, des anniversaires et je me suis rapidement retrouvé quasiment "pro". Mais je n'ai jamais été accro à la technique ! J'ai approché la basse à la façon d'un batteur, pour jouer le groove, point. Je crois que la première fois que j'ai joué de la basse électrique, c'était en rendant visite à de la famille et ils m'ont passé le morceau d'Aretha FRANKLIN "I've Never Loved A Man The Way That I Loved You", c'est sur le même album que "Respect". J'ai carrément flippé sur la basse et j'ai supplié mon père de m'en acheter une électrique. Je ne suis pas un soliste, j'aimerais bien être une bête, mais c'est dur en vieillissant ! C'est de la motivation qu'il me faut, mais avec un batteur comme Simon PHILLIPS dans le groupe dont l'approche est radicalement différente de celle de Jeff, je pense que ça pourrait venir. Mais pas de solo de basse. Jamais ! Si tu entends un solo de basse, c'est que Steve LUKATHER en jouera !! (Rires)

 

 

 

 

Il y a quelques compositions de ta plume dans ce disque...

 

 

Oui, une qui s'appelle "Turning Point". Je joue aussi les claviers sur le morceau, j'en avais fait une démo chez moi et le groupe a tellement aimé le groove et le fait que les claviers étaient moitié séquencés moitié joués qu'ils m'ont dit d'amener la bande telle quelle. Ils ont ensuite joué leur partie. Le groove genre SHAFT et le couplet sont de moi. Steve a rajouté le refrain. J'aime bien ça, je ne suis pas un compositeur mais je suis assez bon pour coécrire.

 

 

 

 

Explique moi comment on arrive à écrire à plusieurs !

 

 

Je ne sais pas, c'est une question impossible ! C'est très spontané, surtout dans un groupe comme TOTO où nous avons grandi ensemble, le degré de communication est incroyable. Je connais David PAICH et Steve LUKATHER depuis 25 ans ! Avec Simon, nous avons écrit ensemble un instrumental. Il était chez moi dans mon studio à jouer du clavier sans arriver à quelque chose de convaincant, alors j'ai pris ma basse et j'ai terminé le couplet pour lui, puis Luke a amené sa part. Le morceau s'appelle "Dave's Gone Skiing", avec Simon ça devient un truc incroyable. Une période du groupe est terminée, une nouvelle commence. C'est ainsi que nous ressentons les choses.

 

 

 

 

Vous allez vraiment continuer avec cette formule ?

 

 

Oui, nous le pensons tous. Nous étions extrêmement intéressés de voir ce que donnerait la participation de Simon en studio. Je crois que beaucoup de gens vont adorer ses grooves ; tout le monde le connaît pour ses plans flashy, mais je peux te dire que s'il veut assurer le groove, il est aussi monstrueux que les autres grands batteurs avec qui j'ai travaillé. Je n'ai aucun problème avec lui, tout a fonctionné comme sur des roulettes. Si ce disque marche bien, nous serons encore là quelques années.

 

 

 

 

Le disque est du genre très groove bluesy, sexy, j'adore ça, mais c'est très différent de "KINGDOM OF DESIRE" ?

 

 

"KINGDOM OF DESIRE" était notre premier album sans chanteur attitré, nous avions utilisé tellement de chanteurs solistes que nous ne pouvions accepter l'idée d'en apporter un cinquième !! (rires) Nous avons eu beaucoup de chance que le public reste avec nous malgré tout. Nous nous sommes donc retrouvés tous les 4, Jeff, Dave, Luke et moi et avons décidé de maintenir le groupe à 4 personnes en écrivant en sorte que Luke puisse chanter dans un registre normal. C'était le premier album dans cette direction, ça a été un album de guitare puisque Luke a été le point de mire. Nous n'avions jamais sorti de disques aussi heavy avec autant de guitares, ça coïncidait avec ce que Luke et nous autres voulions composer. Mais chaque album que nous sortons est différent du prédécesseur, ce nouveau est sans doute plus facile pour la radio. Nos fans ont aimé "KINGDOM OF DESIRE" mais certains le trouvaient un peu trop dur, ils venaient me dire après les concerts qu'ils aimeraient bien entendre du TOTO plus traditionnel. Alors nous nous sommes dit que nous devions faire plaisir à ceux qui nous soutiennent et là encore ça coïncidait avec ce que nous avions commencé à écrire. Je trouve que c'est un super album avec de bonnes chansons, facile à écouter. Nous avons travaillé avec Elliot SCHEINER que Jeff nous conseillait d'appeler depuis de nombreuses années, il le connaissait depuis l'époque STEELY DAN. Et là, voila le premier disque sans Jeff et avec Elliot SCHEINER ; la boucle est bouclée. Les timbres de la basse et de la batterie sont phénoménaux, Elliot est l'un des vieux maîtres, il a environ 30 ans de métier. Je crois que l'un des premiers groupes avec qui il a travaillé est BLUE CHER pour leur "SUMMERTIME BLUES", enregistré dans un hangar sur un quai à New York parce qu'ils étaient tellement bruyants que personne ne voulait d'eux dans un studio normal ! Je crois qu'avec Elliot nous avons trouvé un partenaire à long terme, son style colle parfaitement avec nous.

 

 

 

 

Comment as tu enregistré ta basse ?

 

 

A travers une boîte de direct à lampes fabriqués par un artisan local de L.A. du nom d'Anthony DEMARIA ou bien une Tubeworks. Elles ont des sons très clairs et très chauds. Evidemment, je joue beaucoup de ma basse F. Je l'adore, je trouve qu'elle "aboie" véritablement. J'ai aussi une basse Status, toutes 2 de 5 cordes. La Status possède une manche en carbone, c'est un instrument au son bien chaud, riche, c'est elle que vous entendez en majorité sur le disque. Elle est idéale pour les tournées car elle est indestructible, mais j'ai été surpris de constater à quel point elle sonnait bien aussi pour l'enregistrement. Sur les 2 basses, les micros sont d'origine et je monte des cordes qui vont de 040 au sol à 125 au si. Je change de tension de cordes de temps en temps, j'en mets de plus grosses. J'aime varier c'est comme avec l'action de mes cordes : pendant 2 mois elle sera haute pour que je n'entende plus ce bruit de frettes, puis je l'abaisserai parce que dans les longues tournées je souffre de crampes dans les mains et les doigts à force de trop étendre les tendons. Tu sais, du fait que je suis contrebassiste au départ, je ne souffre pas de tendinite, mais mes doigts se contractent et j'aime bien "rentrer" dans l'instrument même si ça ne se voit pas trop. Je me donne tellement sur scène que j'en attrape des crampes jusque dans les jambes et je transpire comme une bête même sans me démener. Jeff était pareil, nous n'aimons pas la chaleur. C'est vraiment une histoire de concentration, j'essaie aussi de garder mes yeux ouverts, de sourire et d'avoir un peu d'interaction avec le public, car je pars en transe quand je joue. Quelquefois, j'ouvre les yeux et je vois Luke et des choristes qui m'entourent, hilares, sur scène attendant de voir combien de temps je vais mettre avant de réaliser qu'ils sont là ! J'ai cette capacité à me synchroniser et me concentrer sur le groove. Je me met en phase avec ce que je ressens. Jeff et moi ressentions la même chose. C'est aussi là que ça colle avec Simon. Tout ce que j'ai, c'est mon feeling, c'est mon point fort ! Je ne vais donc pas me laisser dicter ce que je dois faire, ce que doit être le groove par un nouveau venu. (rires) Dans le groupe, c'est moi qui dis comment doit être le groove, c'est mon job, tout le monde le sait et j'aime ça. La relation basse batterie est quasiment un mariage. Simon sait qu'il peut compter sur moi, que le temps fort sera toujours là où il doit être. Parfois, c'est le rôle du batteur, mais là c'est le mien, surtout au point où on en est... Le groove chez TOTO, c'est Jeff et moi, maintenant c'est Simon et moi.

 

 

 

 

Vous avez enregistré la basse et la batterie live ?

 

 

Oui, la majorité des morceaux ont été mis en boîte de cette façon. En fait, il y a même 3 titres que nous avons trackés avec Simon à la batterie, moi à la basse et Luke au piano, car Dave a été absent quelques jours, et c'étaient les morceaux de Luke. Il y a eu très peu d'overdubs, du moins en ce qui me concerne à part quelques endroits où j'ai rectifié une note approximative ou à cause d'un bruit de barrette. Au début de "Baby He's Your Man", j'ai joué avec un chiffon autour de ma main gauche pour obtenir ce son étouffé dans l'esprit Motown.

 

 

 

 

Tu prends ta basse en mono ou stéréo ?

 

 

En mono. Nous prenons la basse en direct mais aussi le son d'un ampli par un micro. J'utilise des amplis Trace la plupart du temps, mais sur plusieurs titres de cet album, mon ami Paul JAMIESON, qui a été le drum tech de Jeff pendant des années, m'a prêté une superbe tête d'ampli Ampeg B-18 des années 60 que j'ai branchée sur les enceintes Trace 15" qui datent d'une quinzaine d'années. J'ai probablement le meilleur son de basse de tous les albums de TOTO !

 

 

 

 

Tu possèdes un feeling bien particulier à la basse 5 cordes ?

 

 

Je suis un des premiers sur Los Angeles à avoir joué de cet instrument, ça remonte à 77/78. Autant la 6 cordes m'attire très moyennement, autant je me sens à l'aise à la 5. Sans me vanter, je pense être à l'origine de l'engouement pour cet instrument sur la côte ouest ; il me semblait que c'était vraiment une nécessité pour lutter contre les synthés basse qui commençaient à faire leur apparition à cette époque ; ça m'a d'ailleurs permis de faire un paquet de séances !

 

 

 

 

Justement, en dehors de celles avec Steve PERRY l'année dernière, as tu fait d'autres séances récemment ?

 

 

Tu sais, je reste le plus possible à la maison à m'occuper de mes enfants. J'ai 2 fils de 3 ans et demi et 2 ans, et à cause de ce qui m'est arrivé ces dernières années, la perte de Jeff, j'a préféré m'occuper de ma famille. Je suis plus tellement intéressé par les séances. Dieu merci, TOTO remporte assez de succès pour m'éviter d'en faire même si je suis loin de rouler sur l'or. Ces dernières années, sur 15 séances que je faisais, une seulement était intéressante, le reste n'était que de la musique au kilomètre. J'ai fait ça pendant 20 ans, j'en ai 40 maintenant et je suis content de ne plus avoir à m'occuper de toutes ces tractations, cette concurrence. Je ne joue que pour des amis.

 

 

 

 

C'est indiscret de te demander combien tu prends pour une séance ?

 

 

Non, pas du tout, ça ne me dérange pas d'en parler, car Jeff et moi étions toujours les moins chers en séance. Nous avons grandi dans une famille de musiciens où on est payé pour ce qu'on fait en supplément. Nous touchions la double scale (= double tarif syndical) alors que certains musiciens demandaient 1500 ou 2000 dollars par jour ! Cela nous a toujours paru démesuré ! Jeff et moi n'avons jamais eu ce genre d'ego ultra développé. Nous trouvions que si des gens nous payaient 2 fois plus qu'il n'est l'usage, alors c'était déjà beaucoup de chance et ces gens étaient très généreux. Je n'ai jamais apprécié l'état d'esprit qui veut que "OK, je vais faire cette séance, mais tu vas raquer !", ce n'est pas mon truc ! Une journée en double scale représente 800 ou 900 dollars, multiplie ça par 5 ou 6 jours tout au long de l'année, pendant des années, je te garantis que ça représente un niveau de vie extrêmement confortable ! Plein de batteurs faisaient la gueule à Jeff, l'accusant de les casser, du genre : "Tu dois demander tant par séance, nous le faisons tous, sinon tu nous fais passer pour des pas beaux !" et l'attitude de Jeff et la mienne était "F... you !, Effectivement vous n'êtes pas beau !" Jeff était le meilleur, tu le sais !? Si un jeune type l'appelait : "Jeff, tu es mon batteur préféré, j'adorerais t'avoir sur mon premier album mais mon budget n'est que de quelques milliers de dollars..." Jeff acceptait et souvent gratuitement !! Cela représentait autant, voir plus à ses yeux, de jouer avec un jeune gars, pas encore attaqué par le système, que de jouer avec tous les grands noms.

 

 

 

 

Est ce que tu as des projets de production de ton côté comme le groupe THE STRAND que Jeff avait produit en 1982 ?

 

 

Je me suis occupé d'un projet japonais il y a quelques années. Mais je ne sais plus maintenant si  j'en aurais encore envie. C'est rigolo la production, mais ça peut être vraiment insupportable de baby-sitter un artiste ou un groupe caractériels en studio... J'adorerais en tout cas produire le groupe de mon père, le quartet où il joue de la batterie avec mon oncle Emil RICHARDS au vibraphone. J'aimerais leur avoir un deal avec une maison de disques. Tu vois, ces gens ont 60 ans passés, mais ils ont toujours le feu sacré en eux et ils jouent monstrueusement bien !

 

 

 

 

Où en est le projet des frères PORCARO ?

 

 

En stand-by et au tout début. Nous en parlons sans arrêt avec Steve PORCARO. Nous avons commencé à travailler sur 3 ou 4 morceaux, mais d'un seul coup TOTO revient en force et comme c'est là qu'est ma carrière depuis bientôt 13 ans, je lui donne entière priorité. Dès que la tournée européenne se termine, nous nous y attellerons, ce sera la chose la plus importante au monde pour lui et moi. Nous aimerions y inclure Jeff en reprenant des morceaux anciens inédits et en extirpant la batterie que nous manipulerons via des logiciels du genre Sound Tools. Nous reconstruirons le morceau par-dessus cette partie de batterie, mais cela ne se fera sans doute que sur un titre ; les gens nous pressent de faire tout l'album de cette façon, mais nous pensons que cela serait trop morbide.

 

 

 

 

Pourquoi ne pas inclure des inédits de TOTO ?

 

 

Parce que c'est TOTO ! Les archives de TOTO sont gavées ! Nous mettions une trentaine de morceaux en boîte pour en choisir 12 ou 13, imagine ce qui reste ! Peut-être figure t'il dedans notre plus grand tube ? Tu savais que "Africa" ne devait pas figurer dans "TOTO IV" ? Dans les années à venir, nous sortirons des coffrets avec des inédits, nous avons largement de quoi publier 4 albums de morceaux studio de TOTO. Mais pour le moment, c'est encore trop proche émotionnellement pour que nous nous penchions sur le sujet ; nous le ferons parce que nous le voulons et que les fans le veulent aussi.

 

 

 

 

Luke et tes frères l'ont fait, mais toi : as tu un projet pédagogique comme une vidéo ou un livre en préparation ?

 

 

Moi ? Non, je ne me prends pas assez au sérieux, je ne crois pas avoir un truc si particulier que les jeunes bassistes trouvent exceptionnel, c'est bon pour John PATITUCCI, ça, pas pour Mike PORCARO. Si les gens m'apprécient, ils m'écouteront sur disque, comme je l'ai dit : je ne m'occupe que du groove, je suis un musicien de la rue...



 

 

 

 

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