Le basculement dans la résistance 1943



Le S.T.O et ses effets

Le service militaire étant interdit par les conditions de l 'armistice, les jeunes hommes étaient appelés dans les Chantiers de la jeunesse. Celui-ci portait le nom du Chevalier d 'Assas et était établi à Avèze dans le Puy de Dôme, où séjourna Henri Gorce, grand père d 'Emilie Pradel de 3°4, originaire de Lavaur

.Chantiers de jeunesse

Plus près de nous un autre chantier existait à Labruguière.

A partir de 1943 ces chantiers serviront d 'antichambres au STO mais ils seront aussi des viviers pour les maquis de la région. Entre 1942 et 1944 plus de 4000 jeunes Tarnais partirent pour les usines du Grand Reich dans le cadre du Service du Tavail Obligatoire qui remplaçait la Relève, contraints et forcés comme Henri Gorce, parti le 19 juin 1943 et qui ne revint que le 18 juin 1945.

Certificat de déportation

 

Malgré la propagande officielle, ces mesures provoquèrent des réactions violentes de la part de la population tarnaise: à Mazamet, les 11 et 12 mai 1943, la foule s 'opposa au départ des travailleurs du STO, chantant la Marseillaise et l 'Internationale. Les maquis reçurent de nombreux réfractaires au STO.


Les actions :

La résistance peut prendre des formes multiples, comme par exemple le sabotage dans les mines de Carmaux :

"On coupait les tapis de roulement du charbon , les tuyaux de caoutchouc contenant l'air condensé, on faisait sauter la tuyauterie de fer, on provoquait des éboulements de chantier, on abîmait les machines d'extraction et les locomotives électriques en mettant de la limaille de fer dans les engrenages." S.Przenioslo, mineur polonais, FTPF-MOI de Carmaux.

Résister, c 'est aussi informer, défendre les valeurs républicaines, redonner espoir contrairement à la propagande officielle. « Le sursaut tarnais » était l 'organe officiel des Forces Françaises de l 'Intérieur (F.F.I.) dans le Tarn. Cet exemplaire, daté du 31 mai 1944,relate l 'assassinat et l 'enterrement du résistant carmausin Bouloc-Torcatis

.Bouloc-Torcatisle sursaut tarnais

Imprimé clandestinement, ce journal pouvait valoir la déportation à ses auteurs.

Résister peut prendre la forme d 'un tract à l 'humour grinçant sur les circonstances du Noël 1943; c 'est aussi un manifeste d 'espoir.

Noël 1943

« Je ne te demande pas quelle est ta race ou quelle est ta religion, dis-moi seulement quelle est ta souffrance » disait Louis Pasteur.

Le clergé catholique, les pasteurs protestants du Tarn, au nom des valeurs chrétiennes, ont apporté un soutien actif à la Résistance, dont voici divers exemples:

A Montirat (extrême nord du Tarn)l 'Abbé Vedel hébergea des jeunes réfractaires au S.T.O;

A Carmaux le Pasteur Delor abrita des enfants juifs dont les parents avaient été déportés;

Le 20 mai 1944, à la fête de Saint Privat de Carmaux le Chanoine Frayssinet prononça une allocution lors de l 'enterrement d 'un résistant socialiste abattu par la milice, Bouloc-Torcatis: « Il est mort en murmurant: « Vive la France, résistez ! »...

Au séminaire de Pratlong, dans les Monts de Lacaune, l 'Abbé Cugnasse a accueilli des résistants du maquis de Vabre parmi lesquels de nombreux juifs, après le combat du Martinou;

Le Pasteur René Marchand, d 'Espérausses a caché lui aussi des familles juives et des réfractaires au S.T.O;

Le Pasteur Robert Cook a fait de même dans la région de Vabre.


Les maquis

A partir de 1943, sous l 'impulsion de Jean Moulin, envoyé par De Gaulle, la Résistance intérieure se structure, s 'unifie. C 'est la création des Mouvements Unis de Résistance ou M.U.R., dirigés dans le Tarn par le chef de « Combat », Reille-Soult et Charles d 'Aragon, par Sinot et Murat, de « Franc-Tireur ». De Kervanoaël dirige l 'Armée Secrète...

Les chefs des maquis

 

 

Sous le commandement régional de S.Ravanel, les M.U.R. ont divisé le département en 5 secteurs dont voici approximativement les limites:

Carte de la résistance dans le Tarn

 

Nous nous attacherons plus particulièrement aux maquis du sud du Tarn.

Pourquoi certains, au péril de leur vie, sont-ils entrés dans la Résistance?

Qui étaient ces hommes, ces femmes qui se sont engagés au lieu d'attendre le moins mal possible la fin de la tourmente?

Les réponses sont diverses mais au-delà de cette diversité une grande force de caractère et des idéaux communs. Nous avons trouvé quelques réponses parmi ceux qui ont résisté dans le Tarn:

"L'origine de la Résistance dans notre département est due à ces patriotes qui n'acceptèrent pas la défaite et l'humiliation. Ils ont recherché autour d'eux des gens qui pourraient avoir les mêmes idées et voir ce qu'ensemble ils pourraient faire..." (François Girona; "Sûrs de nous-mêmes, fiers de notre passé")

"J'ai vécu la débâcle de 1940 comme une honte pour la France. J'avais à peine 16 ans. J'ai considéré le Pétainisme comme une lâcheté et une compromission ignoble avec le nazisme..." André COMBES, de St Pierre de Trévisy, canton de Vabre. ( cité dans:"Le chargeur n'a que vingt balles".)

"Ma génération de jeunes pasteurs avait été très marquée par les propos du théologien Karl Barth expulsé d'Allemagne par Hitler en 1933; il nous avait dit: "Les nazis, ne les acceptez jamais". Pasteur Robert Cook.( op cité)

"...ces jeunes gens combattaient réellement pour un idéal. Cette volonté de servir non seulement la vie humaine mais la dignité de l'homme les transfigurait et les ennoblissait.Pour cet idéal, sans tapage, et parfois très obscurément plusieurs d'entre eux ont donné leur vie." Dunoyer de Segonzac- Cdt Hugues. (op cité)

"Les gendarmes m'ont dit: "Nathan, c'est un prénom juif. Comment ça se fait que tu n'aies pas encore fait mettre le tampon de ta race sur ta carte d'identité? Tu as encore cinq jours pour le faire mais dans cinq jours comme dans cinq ans tu seras toujours juif." (...) J'insiste, repars et arrive juste après la bataille pour m'engager au Corps Franc Bayard où je suis nommé lieutenant-guitariste par le Cdt Hugues." Francis Lemarque, chanteur de variétés.


La Montagne Noire

Dès la fin de 1943, la Montagne Noire sert de refuge à ceux qui constitueront le Corps Franc de la Montagne Noire,

Montagne Noire
dont voici le chant de combat et d'espoir:

Dans ce grand pays endormi
Serait-ce le vent qui gémit?
Qui sanglote à travers la France
Ce cri sourd de désespérance?
Jusqu'au fond des villages noirs
Monte un suppliciant malaise...
Mais chante,alors,chanson française
Qui se refuse aux désespoirs.

Lourd silence! La Liberté
Rôde en fantôme garrotté.
Dans le froid de l'époque morte
On n'entend que le bruit de portes
Des tombeaux,des camps, des prisons.
Le Barbare veut qu'on se taise.
Mais chante, alors chanson française
De Laprade aux quatre horizons.

 

Ce maquis montre les liens qui existaient entre la Résistance Intérieure (F.F.I.) Extérieure (F.F.L.) et les Alliés, animés par des valeurs communes:

Le Corps Franc de la Montagne Noire fut constitué dans le Tarn en avril 1944 par des Résistants de la région toulousaine et du Tarn et placé hors du cadre hiérarchique clandestin du département selon les instructions de l 'Etat-Major Interallié alors installé à Londres et avec qui il resta constamment en liaison par radio. Ces hommes de toutes professions et classes sociales, de toutes convictions politiques et de toutes croyances, rassemblés par un idéal commun, luttèrent de toutes leurs forces et jusqu'à la mort, pour libérer le territoire de l 'occupation allemande et rétablir les institutions républicaines.

Montagne Noire

Les volontaires, 900 environ, qui rejoignirent ses rangs étaient des hommes jeunes:

  • des patriotes du Tarn et des départements limitrophes,
  • des soldats et cadres de l 'Armée d 'Armistice,
  • des maquisards de la région de Lacaune,
  • La Résistance s 'organisait aussi dans d 'autres lieux du sud tarnais:
  • des réfractaires au STO,
  • des évadés de camps: Israélites, Espagnols,
  • des jeunes des Chantiers de Jeunesse,
  • des Nord Africains des mines de Salsigne,
  • des soldats russes enrôlés de force dans la Wehrmacht.
  • des Alsaciens et Lorrains.

Vabre, village protestant de la vallée du Gijou,
Carte de Vabre

devint un des hauts lieux de la Résistance dans le sud du Tarn, notamment sous l 'impulsion de Guy de Rouville/Pol Roux: protection efficace de la population juive qui s 'y était réfugiée, constitution d 'un maquis qui rassembla des réfractaires au STO, des éclaireurs protestants et juifs, et bien d 'autres qui n 'acceptaient pas ce qu'était devenu leur pays.

Le petit train de Vabre était durant la guerre le moyen de transport essentiel pour cette partie de la montagne du Tarn; il a rendu de grands services à la Résistance; certains s 'en sont souvenus et lui rendent hommage:

Hommage au tortillard
Quand vint le temps des restrictions
Il a sauvé de la famine
Castres avec les provisions
Qu'il transportait plein de combines
Il a aidé nos maquisards
A libérer ce coin de France
Il méritait ce tortillard
La médaille de la Résistance

Yvonne Boyer-Hérail (1963-Extrait de "Le chant des bruyères »

 

Adieux au petit train
Puis vint un jour le grand conflit
Triste cortège de souffrances
Pour les pauvres gens, tous réduits
A chercher leur maigre pitance
Tout au moins de la Croix de guerre
On aurait dû le décorer
Pour avoir transporté
Les précieuses pommes de terre
Quémandées par le citadin
Dans les fermes de la montagne
Parfois du soir jusqu'au matin
On avait battu la campagne

Henri Goutines; Extrait de l'Almanach du Tarn Libre de 1964

 


Le maquis de Vabre

Les dangers menaçant leur communauté étant de plus en plus grands, les Eclaireurs Israélites rejoignent le maquis de Vabre. C ’est un des rares exemples existant en France de maquis juifs.

« C'est à la fin de l'été 1942 qu'à la suite des rafles de Juifs étrangers en zone Sud, nous dûmes prolonger la durée de nos camps d'Eclaireurs israélites afin que les jeunes Eclaireurs israélites de parents étrangers ne soient pas pris en rejoignant leur famille. » Nicole Klein dite Roseau, du maquis de Vabre.(De la chouette...)

Robert GAMZON, (Castor soucieux )responsable des Eclaireurs israélites de France raconte son arrivée à Vabre:

«  Une route contournée serpente dans la montagne. Ma petite moto rouge ronronne allègrement et, tournant après tournant, la vallée se découvre plus profonde et plus large. En bas, le Gijou coule, tantôt paisible, tantôt tumultueux. A mi-pente, de chaque côté de la vallée, des bosquets et des bois. Les sommets forment des courbes arrondies, couvertes de bruyères et de genêts.Les fermes sont nichées dans les creux et les ondulations du terrain, pour se protéger du vent rude qui souffle en hiver. »

Vallée du Gijou

" Les garçons sont habillés à peu près impeccablement en soldats français (les uniformes ont été "récupérés" dans un ancien dépôt militaire). Ils sont armés de fusils américains parachutés. Les casques et les ceinturons ont été collectés un à un chez les fermiers des environs qui les avaient rapportés comme souvenirs de la guerre de 14 ou de 39. Tous les garçons du poste de garde, en tenue particulièrement réglementaire (ça ne vaut pas la garde du Palais de Buckingham, mais on fait ce qu'on peut) ont le brassard tricolore F.F.I. avec la Croix de Lorraine rouge. Les voilà, les "bandits", les hors-la-loi, "ramassis de criminels de droit commun", dont parle la presse de Vichy ! Ils viennent de tous les coins de la terre. Tous sont Juifs; tous étaient dans des centres agricoles E.I.F., ou placés par eux, et même au maquis, je dirai : surtout au maquis, ils essaient de maintenir leur style de vie, leur correction, leur dignité, leur honneur. C'est curieux d'ailleurs, comme tous ces garçons qui parfois ont vécu comme des bêtes traquées, dont beaucoup sont les évadés des camps de concentration du gouvernement de Vichy, les ignobles camps de Gurs ou de Rivesaltes, ont soif de dignité, de discipline consentie."

Traités de sous-hommes par les nazis et voués à être éliminés, des juifs combattirent et formèrent la majorité des hommes de la 2°Compagnie du Maquis de Vabre, dite Compagnie Marc Haguenau du nom d ’un résistant juif, secrétaire des EIF, fusillé par les Allemands à Grenoble début 1944.

Maquis de Vabre

On remarque une femme parmi ces combattants de l ’ombre.


La vie au maquis

Si les femmes ne participaient pas directement aux actions de combat elles n ’en tenaient pas moins un rôle actif dans la résistance. Il fallait cacher, ravitailler, soigner, réconforter les résistants qui étaient aussi des maris, des fils, des frères, des amis... On se mariait même dans le maquis!

Les femmes dans le maquisLes femmes dans le maquis

Odile de Rouville nous a raconté ses nombreux voyages entre Vabre et Castres: une fois pour aller chercher des cartes d ’Etat-Major pour le maquis de son mari, une autre fois pour acheter des gaules qui servirent d ’antennes radio...

Dans la montagne tarnaise les maquisards bénéficiaient du soutien actif de la population même si cela était très dangereux. Une femme raconte:

« Nous avions 50 hommes du maquis dans le bâtiment d ’à côté. Ils venaient écouter la radio. Le soir on pouvait à peine entrer. Il y avait des munitions partout. Si les Allemands étaient venus jusqu’ici, nous savions qu’ils auraient tout brûlé, et nous avec! » cité par A.Armengaud, « Vabre, village d ’Occitanie ».

 

Maquis et population locale

 

Se procurer des armes pour passer à l ’action était un problème difficile à résoudre. François Girona, jeune maquisard du Corps Franc du Sidobre raconte...

"En ce qui concerne les armes, elles étaient des plus rudimentaires. Il s'agissait, en général de vieux fusils de chasse et revolvers de tous calibres. Et aussi des premiers mousquetons repêchés dans l'Agoût servant à l'instruction militaire. (...) En janvier 1944 les chefs du Maquis de Vabre nous avaient redistribué une partie d'armes du parachutage lancé par erreur à Paulinet. Par la suite, l'aviation alliée nous parachuta un armement plus moderne. Chaque maquisard du Groupe Coudert fut équipé d'une mitraillette Sten munie des ses deux chargeurs, ainsi que de la dynamite avec ses détonateur, les grenades complétant notre arsenal."

Parmi les objets exposés au musée, des brassards FFI,

Brassards FFI

des sacs en toile de parachute

Sacs,

des containers des sacs à dos des armes et un poste émetteur

Poste émetteur.

Tous ces objets ont été parachutés par l’aviation alliée; le premier parachutage ayant eu lieu dans la nuit du 24 au 25 juin 1944 , sur le terrain “Virgule” .

“Quelle émotion à guetter dans l’obscurité le bruit du moteur , puis la lueur des feux de l’avion ! Que de craintes jusqu’à l’apparition des blanches corolles et leur atterrissage ! Que de zèle à récupérer les containers dont certains égarés hors limite ou accrochés à la cime des arbres ! Dans la plus grande hâte l’on chargeait les camions à gazogène avant d’effacer les traces trop visibles et se disperser dans la nuit . Encore fallait-il prendre garde de se heurter aux patrouilles allemandes .” J. DESAZARS