De la défaite aux débuts de l'action 1940-1942


Le 17 juin 1940, le maréchal Pétain annonce l'armistice, signé le 22 juin à Rethondes. Le 18 juin, le général De Gaulle lance un appel à la résistance.

Appel du 18 juinDe Gaulle ? la BBC

Il n'a que peu d'échos immédiats dans le Tarn, comme ailleurs. L 'esprit de résistance existe cependant. En juillet 1940, Augustin Malroux, maire de Blaye les Mines et député socialiste du Tarn, fait partie des 82 députés qui refusent de voter les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain.

Augustin Malroux

Pour cet ancien instituteur les valeurs républicaines doivent être défendues quelques soient les circonstances. On peut considérer qu'il s'agit là d'un des premiers actes de Résistance des Tarnais. Mais, de 1940 à 1942, ceux qui résistent sont peu nombreux, incompris et isolés.

En 1942, dans le Tarn, divers événements concourent à faire basculer l 'opinion :

  • Les camps de Saint Sulpice et Brens sont devenus des camps de concentration accueillant de nombreux réprouvés avant leur déportation en Allemagne.
  • Au mépris des droits élémentaires de l 'homme, des réfugiés juifs sont arrêtés en août à Lacaune puis déportés, cet acte provoquant l 'indignation de nombreux Tarnais.
  • En novembre 1942 la zone sud est occupée par l 'armée allemande après le débarquement allié en Afrique du Nord. Le Tarn reçoit des troupes allemandes, les régiments français installés dans le Tarn sont dissous mais des armes sont cachées par les militaires.
  • Début 1943, le STO qui a succédé à la Relève est de plus en plus contesté. Les conditions de vie deviennent de plus en plus difficiles.
  • A Stalingrad les Soviétiques épuisent les Allemands et la situation militaire se retourne..

 


Un refuge pour les juifs

Résister peut prendre des formes diverses, aider les persécutés est une des plus belles actions:

Le Tarn apparaît comme un département-refuge pour les Juifs. En 1942 environ 1400 s'y trouvaient, dont 685 Français. S'ils sont diversement accueillis à Lautrec où s'est installé un chantier rural, les réfugiés juifs le sont avec beaucoup de sympathie dans la montagne tarnaise, en particulier dans le village de Vabre, la population majoritairement protestante, où on les intègre très bien:

"Vabre, village d'accueil. C'est le mot exact, car depuis 1939 tous les habitants ont ouvert leurs maisons et leur coeur à tous les "émigrés" traqués ou réprouvés...

C'est donc chez l'habitant que l'accueil a eu lieu. Il y eut d'abord de nombreux juifs étrangers ou français souvent proches des métiers du textile et du "Sentier" parisien, ils avaient entendu parler de ce village aux industriels ouverts. Pendant plus de cinq années, 79 juifs ont vécu à Vabre, ce chef-lieu de canton qui n'avait à l'époque que 1300 habitants tout au plus dans l'agglomération... En 1944, ils ont tous pu rentrer chez eux." Guy de Rouville-Pol Roux.

 

Grâce au dévouement et à la protection de la population locale, des adolescentes juives étrangères, menacées de déportation, ont été transportées par le petit train puis cachées dans la montagne près de Vabre, la jasse de Renne, avant d 'être conduites en Suisse. Elles ont toutes survécues à la guerre.

La jasse de Renne

"[...] C'est en août 1942, que Gamzon est venu me parler de ces adolescentes juives étrangères. Elles avaient été transférées de Lauzé dans le Massif Central à une maison dans la Montagne Noire, puis à Lautrec où il était dangereux de les garder. J'ai pensé au chalet de Renne que Guy de Rouville avait loué pour des camps Eclaireurs Unionistes, au dessus de Vabre. J'en ai parlé à Robert Cook. Il a été d'accord. Les adolescentes sont arrivées par le "petit train" accompagnées d'une cheftaine en uniforme. Chacune avait son petit baluchon, aucune ne parlait français correctement. Heureusement, je connaissais le chemin jusqu'à Renne.

Le camp a duré environ du 20 août au 15 septembre. Je n'en suis plus sûre parce que, naturellement, nous n'écrivions rien. [...] Ces adolescentes étaient très effrayées, la plupart du temps elles restaient entre elles, au fond d'une pièce, sans sortir. Pour que leur identité d'éclaireuses protestantes soit plausible, Robert Cook montait le samedi pour apprendre à celles qui savaient un peu le français, les cantiques du culte du lendemain où on les descendaient. On disait qu'elles étaient alsaciennes, en fait elles parlaient yiddish.

Le brigadier de gendarmerie venait visiter le camp, c'était dans son travail. Il a dit : "Je ne leur demande pas leurs cartes d'identité, elles n'ont pas 18 ans"." Hélène Rulland, dite Cham.

Dans la mesure du possible les réfugiés juifs sont aidés par la population tarnaise au milieu de laquelle ils vivent:

Témoignage de Mademoiselle Laroche - ancienne assistante sociale -- dont le frère a disparu dans les camps de la mort à Mauthausen en 1945:

Mademoiselle Laroche dont les parents habitaient à Lautrec, Place centrale, au dessus d'un magasin de chaussures, était, pendant la guerre, pensionnaire au collège de Castres. Ses parents hébergèrent pour un ou deux jours de nombreux juifs en attente de papiers d'identité. Seul un juif français Jacques Sneed est resté plus longtemps dans la famille. Sa présence était très risquée pour lui et pour les Laroche et pour qu'il prenne un peu l'air dans un petit jardin séparé par une ruelle, Mademoiselle Laroche faisait le guet en attendant que Jacques Sneed sorte par la cave. Lorsqu'il a eu ses papiers il a rejoint le maquis de Vabre en utilisant le vélo au père de Mademoiselle Laroche qui permettait des déplacements. Comme tous les enfants français de ces familles, Mademoiselle Laroche comprenait la situation sans en connaître exactement les détails. Comme elle venait à Castres au collège elle faisait office de facteur dans de nombreux cas en ayant conscience de l'importance et de la gravité de ses actes. Témoignage recueilli par Monique Julien.


Les rafles

En août 1942, alors que la zone sud n 'est pas encore occupée par les Allemands, une grande rafle de juifs est organisée par les autorités françaises:

« Pendant la seconde guerre mondiale, 648 juifs dont 520 adultes et 128 enfants ont été assignés à résidence à Lacaune. Le 26 août 1942, 89 d'entre eux, dont 22 enfants ont été raflés et livrés à la Gestapo en zone occupée à Drancy par le gouvernement de l'Etat français pour être déportés vers le camp d'Auschwitz.

Le 20 février 1943, 29 juifs ont connu le même sort et ont été déportés vers le camp de Maïdanek, il n'y eu aucun survivant. » nous apprend le mémorial de Lacaune.

L 'arrestation des juifs dans des conditions terribles provoqua une profonde indignation parmi la population de Lacaune :

"Aujourd'hui à Lacaune il y eut un drôle de remue-ménage, on a fait partir une bonne partie des juifs; il est arrivé dans la nuit une cinquantaine de gendarmes et de policiers avec des camions et je crois qu'ils ont pris les juifs allemands et autrichiens; il y en a qui s'étaient cachés dans les meules de paille. Ce qu'il y avait d'affreux, c'était qu'on séparait les familles, on a pris des femmes et on laissait des gosses tout petits, les femmes pleuraient, les gosses encore davantage, tu aurais vu, cela faisait pitié..." écrivait Mlle X., Lacaune à M.B.à Neris les Bains (Allier)

Le mouvement de résistance « Combat» dénonce l'infamie en diffusant ce tract à Albi:

TARNAIS!

Le Gouvernement de Vichy est passé à l'action. L'esclave, qui ne sait que trembler devant son maître, a voulu montrer sa force. Il s'est attaqué aux hôtes infortunés d'une France qui passait pour généreuse; il a traqué comme des fauves des hommes, des femmes et des enfants réfugiés sur notre territoire; plusieurs communes du Tarn ont été le théâtre de scènes d'épouvante. Le Gouvernement des traîtres est entré dans la voie de la bestialité. Que le pays juge!

On a séparé des épouses des maris; on arraché les enfants des bras de leurs mères; on est venu chercher des malades sur leur lit d'hôpital.

Pour expier le crime d'être juifs, ces êtres humains ont été livrés aux bourreaux et aux tortionnaires qui les attendent au-delà du Rhin. Nous avons vu passer avec horreur des enfants dont on a déchiré les pièces d'Etat-civil pour qu'ils ne puissent plus désormais être retrouvés. Nous avons vu à Lacaune, des femmes se suicider plutôt que d'accepter le sort infâme auquel les destine le Gouvernement moralisateur du Maréchal Pétain.

Tout cela se passe sur notre sol. (...)

Nous avons le devoir d'élever notre voix !

Nous le faisons après Monseigneur Saliège, l'héroïque archevêque de Toulouse, qui, le premier a fait entendre le cri de la conscience chrétienne devant l'infamie nouvelle d'une force asservie! Vers lui, vers Monseigneur Théas, évêque de Montauban, qui s'est montré digne d'un si grand exemple, l'hommage de tous les hommes libres de France est monté spontanément.

Nous sommes avec tous ceux qui pleurent! Nous accueillons tous ceux qui fuient! Nous protestons, au nom de l'Evangile comme au nom des Droits de l'Homme, au nom de toutes les valeurs de Justice et de Liberté dont est fait l'âme de la France, nous protestons avec ceux qui ont eu le courage de rompre un silence oppressant.(...)

Tous les moyens possibles devront être employés pour soustraire les fugitifs aux recherches de la police.

Chaque fois que l'occasion se présentera, on devra leur donner asile en lieux sûr et faciliter leur évasion. (...)

LES CLEMENTINES SANS PEPINS, poème lu par M.Alexandre Oller lors de l ’inauguration du Mémorial juif de Lacaune en 1999.

 

Clémentine

 

Vous l’avez deviné : Clémentine était juive. Française de naissance Mais juive.Juive française Française, mais juive.Elle ne le savait pas. Comment dire ces choses-là ?Dans la chambre étanche de Clémentine Dans sa chambre hermétique Celle qui l’attendait Là-bas Au terminus de son agonie Là - bas Le gaz ne lui a presque rien fait. Il n ’a fait que l’achever.

 

J’ai connu une Clémentine autrefois Nous jouions ensemble dans la cour de l’école communale. Deux gendarmes sont entrés Français Suivis de deux soldats Allemands. Ils ont salué l’instituteur Correctement Ont emmené Clémentine Huit ans. Elle n’a pas pleuré Elle n’a pas crié Le gendarme avait dit

" TU VAS VOIR TA MAMAN »

Clémentine

 

Clémentine était peut-être une de ces petites filles arrêtées à Lacaune puis déportées et gazées à Auschwitz ou Maïdanek...