Le Traducteur putatif

L’ennemi no1 du traducteur, ce n’est pas ce client qui « oublie » occasionnellement d’honorer ses factures. Ce ne sont pas non plus ces agences qui paient mal et ne se soucient guère de la qualité. Encore moins est-ce le délai, toujours trop court, auquel le traducteur est régulièrement soumis.

L’ennemi no1 du traducteur, c’est le traducteur putatif.

À cette catégorie appartiennent tous les amateurs qui pensent avoir suffisamment de connaissances linguistiques pour pouvoir prétendre au titre de traducteur ou de traductrice (est-il possible de posséder suffisamment de connaissances ?)

À quoi reconnait-on le traducteur putatif ?

1. Le traducteur putatif est « bilingue » :

Il t’a fallu des années d’apprentissage pour maîtriser le russe, ami lecteur slaviste. Voilà dix ans que tu vis à Moscou et tu commences seulement à apprécier les nuances de cette merveilleuse  langue. Mais plus tu approfondis tes connaissances, plus tu discernes l’ampleur de ce fossé (de cette gorge, de ce canyon, que dis-je ce canyon, c’est une vallée glacière !) qui sépare la langue de Pouchkine de celle de Molière ; et que devront nécessairement enjamber tous tes ouvrages de traduction.

Le traducteur putatif, quant-à lui, n’y voit qu’un ruisseau, qu’il franchit d’un pas allègre grâce à son prétendu « bilinguisme ».

2. Le traducteur putatif travaille « pour son plaisir » :

Pour moi et toi qui ne sommes pas doués, la traduction est un travail long et difficile et nous estimons tous deux, ami lecteur et cher collègue, que ce travail mérite salaire. Pour le traducteur putatif, pas question d’argent : traduire n’est pas un travail, c’est un hobby, une activité qu’il pratique de temps à autre, à ses heures perdues. Ce faisant, il estime que ce petit service qu’il rend à la société, ne mérite pas de véritable salaire et il n’aura donc pas l’outrecuidance de le faire pour de l’argent.

Ou alors – « mais c’est bien parce que vous insistez ! » – il le fera pour des cacahuètes.

3. Le traducteur putatif ne connait pas la « trahison » :

Je ne te ferai pas le coup des «  belles infidèles », ami lecteur et traductologue. Voilà quinze ans que tu traduis et pourtant, le spectre de la trahison plane sur chacun de tes travaux. Soit tu as trahi ton lecteur, soit tu as trahi ton auteur. Soit tu as trahi le message à délivrer, soit tu as trahi le style du texte source. Soit tu trahis les valeurs de ta propre culture, soit ce sont celles de la culture du texte source. C’est agaçant, je comprends très bien ce que tu ressens.

Le traducteur putatif, pour sa part, ne connaît ni le doute, ni l’angoisse, puisqu’il sait que sa traduction est la plus juste et – bien-entendu ! – la meilleure.

Où trouve-t-on le traducteur putatif ?

Sur Wikimerda, le site no1 de la traduction putative, mais aussi sur d’autres supports : les journaux et médias en ligne, certains blogs et sites d’informations où des personnes de bonne volonté prétendent pouvoir nous fournir des traductions de textes pointus.

Tu m’objecteras qu’il est toujours plus facile de repérer la faille dans l’œuf du poussin (ne me parle pas de poutre, ami lecteur amateur de dictons : aux yeux d’un architecte, elles sont toujours surdimensionnées). Je te répondrai que l’on peut repeindre des craquelures et boucher des fissures ; mais sur Internet, il est des vallées glaciaires dont il vaut mieux ne pas s’approcher.

 


3 Commentaires

  1. Peter McCavana · · Réponse

    Bonjour,

    Je suis ENTIEREMENT d’accord avec tous ce que vous dîtes à propos du traducteur putatif !!

    Je suis traducteur-interprète indépendant diplômé, francais –> anglais, specialisé en architecture (ainsi que les domaines y associés).
    NB : Titulaire d’un diplôme de projeteur en architecture / technicien de la construction, j’ai travaillé pendant les années 1970 dans des cabinets d’architecture et dans une école de techniques de la construction en Irlande, puis dans les années 1980 comme projeteur-technicien dans un bureau d’études en France.
    Je suis traducteur-interprète à plein temps depuis 1988.

    Entre autres, j’ai été l’interprète de Norman Foster, de William Alsop et de Jean Nouvel, et j’ai traduit de très nombreux documents pour divers cabinets d’architecture français, dont Jean Nouvel, Mikou Studio et Jacques Ferrier.

    Peut-être que cela serait mutuellement bénéfique pour nous d’être en relation, pour échanger des infos, des contacts, des “tuyaux” et des questions de terminologie…
    Si cela vous intéresse, merci de prendre contact avec moi, plutôt par e-mail direct.

    Cordialement,

    ——————————————————————————–
    Peter McCavana
    Traducteur-Interprète Indépendant (Français-Anglais)
    Spécialités :
    Architecture – BTP – Génie Civil – Immobilier – Transports
    - Urbanisme – Environnement
    Les Asturies, Allée Albeniz, 13008 Marseille
    Tel Bureau : +33 4 91 72 40 10
    Tel Portable : +33 6 68 65 83 31
    e-mail : cavana.peter@gmail.com

  2. La bonne nouvelle, c’est que votre post sur les Piles Intermédiaires m’a permis de découvrir votre blog (dans lequel je vais me plonger, avec délices je sens, dès que je termine ma traduction en cours). Sus à Wikimerda! Merci, grâce à vous, je me sens moins seule!

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