Mon steel manque de finesse

J’ai du mal à supporter le style des autres (si, si, ils ont du style, c’est même eux qui me l’ont dit, alors t’as qu’à voir). Mais à toi, ami lecteur qui ne fais bien évidemment pas partie des autres sus-mentionnés, je peux bien te l’avouer, je ne suis ni polystyle, ni péristyle. Je suis profondément antistyle. Quand j’entends le mot « style », je sors mon flingue (comme on disait au temps du steel).

Le style, en latin, désignait le stylet, cet outil qui servait à écrire (en grec, ça voulait dire « colonne », mais tu connais les Romains, z’ont jamais été doués pour la traduction…). Avoir du style, c’est avoir une plume (entre les doigts), une manière d’écrire très personnelle. En d’autres termes, c’est être un(e) auteur(e) ; sauf que lorsqu’il s’agit d’écriture, d’architecture ou de cinéma, le style est en réalité l’ennemi de la créativité.

Admettons-le. Les grands ont  du style : les Stephen King, les Frank Ghery, les Quentin Tarantino. Ils ont tous inventé une recette, qu’ils perfectionnent à chaque nouvelle œuvre, pour notre plus grand bonheur. D’ailleurs, les anglophones disent « for our entertainment ».

Mais au dessus, il y a les dieux : les Joyce, les Le Corbusier, les Kubrick. Ceux-là travaillent sans livre de cuisine. À chaque nouveau repas, ils inventent une nouvelle recette.

Les grands s’enrichissent de leur vivant, parce que leur public leur fait confiance. Ils sont prévisibles.

Les dieux, c’est différent. Ils sont imprévisibles. Ils vivent souvent des histoires d’amour avec leurs publics mais tu sais comment finissent les histoires d’amour (en général). Et encore, quand ils ont la chance d’en vivre une.

Enfin, bien-sûr, il y a le reste, nous autres, ami lecteur qui te demandes pourquoi je tiens à te plonger dans le bouillon de ma médiocrité quotidienne, tous les écriveurs, les architecteurs, et autres créateurs en puissance qui appliquent une recette, sans même l’avoir vraiment mise au point.

Certes, le sarcasme est l’apanage des frustrés. Mais la prétention est celui des vaniteux. Le rôle d’un traducteur n’est pas de travailler son style, mais de maîtriser les conventions stylistiques du contexte dans lequel sa traduction évolue. Restons humbles.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Recevez les nouveaux articles par courriel.

Joignez-vous à 309 followers