« Bien à vous » ou « cordialement » ?

Faut bien l’avouer, on ne prend plus le temps de se poser la question du sens de la politesse. À qui le dites vous ma bonne dame !

Contrairement à ce que laisse entendre le petit guide des formules de politesse du quotidien Le Parisien [note du traducteur ton serviteur : avant d'être corrigé, sans doute suite à l’immense au succès relatif de mon billet] on prie quelqu’un d’agréer l’expression de ses sentiments, et non de ses salutations, ces dernières étant, de par leur nature même, déjà exprimées. Une salutation est en soi une expression corporelle qu’il n’est nul besoin d’exprimer à nouveau, s’pas ? Ce à quoi Berthelée Riflard me répond invariablement qu’à l’heure d’Internet, ce genre de considération est quelque peu dépassée, s’pas ?

Elle a raison bien-sûr. Ces formules à rallonge, même dans un courriel très formel, sont de plus en plus perçues comme lourdes et peuvent, dans certains cas, être abandonnées au profit d’une formule plus courte, qui souligne une volonté d’efficacité et d’opportunisme au sens anglais business du terme (loin de moi la pensée que les « opportunités » de notre français moderne puissent comporter quelque connotation négative…).

Comme l’expliquait dans une tribune de Libé  Marie-Joseph Bertini, une maître(sse?) de conférence de l’université de Nice,  les formules de politesse sont « en prise directe avec les reconfigurations et les recompositions de notre société ». Elles tendent à officialiser une horizontalisation [sic.] et une déhiérarchisation [resic.] des rapports sociaux que l’usage des réseaux sociaux amplifie. (En termes de mode, cela signifie qu’à part les avocats et les comptables*, plus personne ne porte de cravate. Et je ne me risquerai pas sur le terrain verglacé de la mode féminine…).

D’où une profusion de formules plus courtes dans les correspondances, comme « cordialement » ou « bien à vous ». Alors, que choisir ? Entre les deux, mon cœur balance-eu…

Au cours de la recherche (brève, je l’avoue) que j’ai effectuée afin de produire le texte magnifique que tu as sous les yeux, visiteur ponctuel de ce blog, je suis tombé sur un billet pitoyable portant sur l’usage de « bien à vous ». Son auteur, un tantinet aigri, affirmait que cette formule « est du dernier bourgeois, c’est-à-dire de la dernière hypocrisie. »

Ce genre de déclaration fasciste intolérante tyrannique totalitaire autoritaire prescriptive est absurde car le sens n’existe qu’au moment de la lecture. Pour que sens il y ait, il faut un émetteur et un récepteur, c’est-à-dire un « je » et un « vous » (ou un « tu » car on peut aussi se permettre un « bien à toi »). Il faut aussi un principe coopératif au sens où Grice l’a défini,  c’est-à-dire une volonté de communiquer. Il faut que « vous » donne un sens au « bien à vous » de « je ». Il faut que le récepteur interprète le message de l’émetteur. Sans cela, point de sens.

Or, comme me le soutient Berthelée (qui, elle, sait de quoi elle parle), un « bien à vous » chaleureux est préférable à un froid « cordialement » si l’on éprouve quelque sentiment pour la personne à qui l’on s’adresse (et si « l’entente cordiale » avait impliqué une autre nation que le Royaume-Uni, elle se serait probablement appelée « l’entente amicale », mais là on rentre dans un débat d’ordre culturel).

Autre information trouvée au cours de cette même recherche palpitante, « bien à vous » serait un calque de l’anglais « sincerely yours ». C’est du moins ce qu’énonce la linguiste Anne Vervier sur son blog intitulé « Rédaction claire », avant d’expliquer que « c’est une formule beaucoup plus utilisée par les francophones de Belgique que par les Français ». Si je pouvais, je préciserais « du sud » parce que crois-moi ami lecteur marseillais, dans ch’Nord, on s’gêne pas pour l’employer (ça et aussi « Unne boinne jornée à mes gins, hin! »).

Pour répondre à la question qui sous-tend ce blog (quelle tension ! quel suspense !) il n’existe pas de meilleure formule (rôôôh… c’est nul comme chute). Il y a des formules et… des contextes. Le rôle de la politesse est de faciliter la communication qui s’établit entre deux ou plusieurs personnes. Le choix de la formule revient à l’émetteur. Il faut que « je » évalue le caractère de la relation qu’il ou elle entretient, ou veut entretenir avec « vous ». Et s’il semble évident à certains qu’un chaleureux « bien à vous » soit hypocrite (voire « du dernier bourgeois »), ce n’est certainement pas mon cas.

Sur ce, ami(e) lecteur(-trice) chéri(e) de ce blog, je te souhaite une belle journée !

*qui, m’a-t-on dit, se risqueraient de plus en plus à porter des chaussettes de couleur mais je décline toute responsabilité quand à l’échec de ton entretien d’embauche, ami lecteur qui croyait que le casual chic était de mise chez CBRE.

2 Commentaires

  1. Merci pour ce bel article plein d’humour et de clins d’œil ! J’avoue ne jamais utiliser « bien à vous », mais plutôt « cordialement » ou « meilleures salutations ». Il est vrai que les longues formules du style « Veuillez recevoir l’expression… » ne sont vraiment pas adaptées aux correspondances électroniques, qui se veulent concises, claires et souvent droites au but ! Mais je vais l’employer pour la première fois ici, pour voir comment ça fait.

    Bien à vous,

    Nadia

    PS : Ah oui, j’aime bien… Peut-être l’emploierai-je avec des clients de longue date, fidèles, pour lesquels je ressens un certain dévouement…

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