English
 
 
 
 
Egalité des genres et développement


Préc. Actualités 2 de 3 Suivant
Message de M. Koïchiro Matsuura, directeur général de l'UNESCO, à l'occasion de la Journée internationale de la femme (8 mars 2004)
La Journée internationale de la femme est l'occasion de réfléchir à l'apport spécifique des femmes, aux problèmes particuliers qu'elles rencontrent et aux perspectives qui s'ouvrent à elles dans le monde entier...
Message de M. Koïchiro Matsuura, directeur général de l'UNESCO, à l'occasion de la Journée internationale de la femme (8 mars 2004)Les femmes et le SIDA

Il s'agit à la fois de célébrer un progrès et de rappeler le chemin qui reste à parcourir. Pour le 8 mars de cette année, le système des Nations Unies a décidé d'attirer l'attention sur les nombreux aspects du problème des femmes face au sida, qui est également le thème de mobilisation de la campagne mondiale contre le sida en 2004-2005. Le sida sape et menace de nombreux progrès de l'humanité, et notamment les efforts faits pour améliorer la condition et le bien-être de la femme partout dans le monde. Je saisis cette occasion pour inviter tous nos partenaires à renouveler l'engagement pris à Beijing en 1995 en faveur de l'autonomisation des femmes, condition indispensable au développement et à la construction d'un avenir délivré du VIH/sida.

Toutes les contaminations par le VIH, qu'elles touchent les femmes ou les hommes, sont également préoccupantes. Cependant, l'augmentation spectaculaire du pourcentage de femmes enregistrée récemment parmi les adultes infectés par le VIH l'est plus particulièrement. En 1997, les femmes représentaient 41 % de l'ensemble des adultes infectés. A peine quatre ans plus tard, ce chiffre était passé à 49,8 % et atteignait 50 % en 2003. Ce rythme de progression de l'infection est particulièrement inquiétant chez les jeunes femmes vivant en Afrique subsaharienne, où 67 % des personnes infectées qui ont entre 15 et 24 ans sont des femmes. A l'échelle mondiale, sur le chiffre estimé de 14.000 nouveaux cas d'infection par jour en 2003, près de 50 % étaient des femmes. Et rien n'indique que cette tendance est en train de s'inverser.

Le tableau est plus sombre encore si l'on examine les conséquences de l'épidémie sur la santé, les conditions de vie, les perspectives, le statut et la dignité des femmes et des filles dans bien des régions du monde. Qu'elles soient d'emblée tenues à l'écart de l'école ou qu'elles en soient retirées pour s'occuper de membres de la famille malades ou à cause de la pauvreté que le sida répand dans son sillage, des millions de filles sont privées de leur droit à l'éducation.
Victimes d'une discrimination et d'une stigmatisation sociales, les femmes infectées sont souvent rejetées par leur famille et leur communauté et condamnées à la pauvreté et à l'exploitation avant la mort qui les attend au bout du compte. Lorsqu'un traitement est disponible, la priorité est généralement donnée aux hommes sur les femmes. Seule exception éventuelle, les femmes enceintes ont parfois accès à un traitement, mais qui peut être limité à la durée de la grossesse.

Le VIH/sida est une catastrophe non seulement pour les personnes touchées et leurs familles mais aussi pour des communautés entières. Certains pays sont même au bord d'une faillite totale du fait de cette épidémie. Plus l'infection progresse parmi les femmes, qui sont le pilier des familles et des communautés, plus le risque d'effondrement social s'accroît.

En ce jour où nous célébrons donc ce que les femmes ont réalisé et appelons l'attention du monde sur leur sort pénible, nous devons tirer les leçons des choix qui ont été faits pour apporter des réponses véritablement sensibles à leur situation dans la lutte contre le VIH/sida. L'une des leçons essentielles est que, actuellement, les efforts de prévention du VIH et de protection contre celui-ci passent à côté des femmes et des jeunes filles et que les choses en resteront là tant que l'on n'aura pas abordé les causes réelles de leur infection. En effet, si les femmes sont infectées, c'est surtout en raison de leur grande vulnérabilité sociale. Ce qui facilite la diffusion rapide du VIH/sida, c'est que les femmes n'ont ni droit ni pouvoir sur les revenus du foyer, sur les biens, sur les choix de vie, voire sur leur propre corps.

Il faut donc prendre en compte les nombreux aspects socioculturels de la vulnérabilité des femmes et placer ces considérations au coeur de nos politiques et de nos actions. C'est particulièrement important dans le domaine de l'éducation préventive, l'un des domaines d'action privilégiés de l'UNESCO. Nous estimons que l'éducation préventive doit faire partie de l'expérience d'apprentissage scolaire et extrascolaire de tout jeune. Elle doit bel et bien constituer une expérience libératrice pour les femmes comme pour les hommes pendant toute leur vie. Pour qu'elle ait un impact maximal, il faut qu'elle soit associée à l'accès aux informations et ressources qui contribuent à réduire les risques d'infection par le VIH.

De surcroît, l'extension générale de l'éducation - qu'elle soit formelle, non formelle ou informelle - donne aux femmes et aux hommes la possibilité de mieux vivre et de réduire les risques auxquels ils s'exposent. Les femmes instruites sont mieux équipées pour exiger et obtenir d'exercer certains droits, et donc pour être libres de ne pas être infectées par le VIH. Dans nombre des pays les plus touchés, ce sont les femmes instruites qui ont été à l'avant-garde de la mobilisation des communautés contre le VIH/sida. De la sorte, la réalisation des objectifs de l'Education pour tous, notamment des engagements qui concernent plus spécialement l'égalité entre les sexes, apporte une contribution essentielle à la prévention du VIH. En définitive, l'autonomisation par l'éducation contribue à établir des relations sûres et durables fondées sur l'égalité entre les sexes, le respect mutuel et le consentement.

Cependant, nous ne devons pas postuler que l'éducation en elle-même est sans risque. Les manuels et autres matériels didactiques, par exemple, peuvent encourager ou renforcer des stéréotypes sociaux négatifs qui influent sur le comportement des jeunes. Les écoles et autres établissements d'enseignement peuvent eux-mêmes être des lieux de violence et de discrimination. Si donc l'éducation est sans doute notre meilleur "vaccin social" contre le VIH/sida, nous ne pouvons partir du principe qu'elle est sans danger.

Le VIH/sida est le fléau le plus dévastateur des temps modernes. C'est une tragédie humaine pour toutes ses victimes, tant pour les personnes infectées que pour celles qui sont touchées par la maladie, la discrimination et la mort. Du fait de son impact sur les femmes, le VIH/sida aggrave l'inégalité et entrave le progrès vers l'universalité des droits. En luttant contre le VIH/sida, nous pouvons donc contribuer à élaborer un monde de dignité humaine pour les hommes comme pour les femmes. Face à ce défi, l'UNESCO est bien décidée à assumer pleinement son rôle.


Koïchiro Matsuura




Auteur(s) UNESCO

 
  Recherche
  Ressources
Qui est qui
Actualités
Projets
Publications
Sites web:
  • UNESCO
  • OIG / ONG
  • Instituts de recherche
  •