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vol. 69 Etre marginal en Méditerranée (XVIème - XXIème siècles)

Sous la direction de Robert Escallier

sommaire détaillé

  • Hmaid BEN AZIZA  :  Exclus et exclusion
    Notion très familière de nos jours parce qu?au c?ur des interrogations des politiques, des analystes et des décideurs, l?exclusion n?a pas de définition unique et surtout elle a évolué au cours de ces deux derniers siècles.  D?abord liée au XIX° siècle au paupérisme, elle est actuellement associée aux notions de précarité, d?inégalité et de justice. Aujourd?hui considérée comme le stade suivant la précarité elle est le stade extrême de l?inégalité.
  • Pierre-Yves Beaurepaire  :  Sociabilité des Lumières et exclusion dans les ports méditerranéens au XVIIIe siècle : l?exemple de la Franc-maçonnerie
    Fraternité cosmopolite mais soucieuse de reconnaissance publique et de distinction sociale, la Franc-maçonnerie du XVIII e siècle est amené très tôt à définir des normes d?inclusion et d?exclusion. Dialoguant avec la société profane et avec le pouvoir, elle met en place des protocoles d?identification des visiteurs et des candidats à l?initiation et élève des seuils de plus en plus difficiles à franchir pour la petite bourgeoisie. C?est ce laboratoire et cet observatoire de la société des Lumières que les aventuriers tentent d?infiltrer, en se jouant des normes et en présentant des profils aussi flatteurs que faux.
  • Zouhour Messili ? Ben Aziza  :  Langage et exclusion. La langue des cités en France.
    Les cités de banlieues ou certains quartiers de grandes villes en France, apparaissent comme de véritables ghettos et de nombreux jeunes de ces cités se sentent exclus. Des valeurs et des comportements culturels originaux y apparaissent créant une nouvelle identité qui s?exprime à travers la « langue des cités » sorte d?argot contemporain. Ce langage est pour ces jeunes un moyen de s?opposer à l?ordre établi et à l?autre qui les excluent.
  • Alain Romey  :  Rôle du wahabisme et du réformisme de la Nahda en Algérie dans le processus d?exclusion et de marginalisation du soufisme
    L?auteur ayant participé à des rituels soufis se propose d?analyser pourquoi et comment le soufisme dans l?islam, et plus particulièrement en Algérie, a été marginalisé par le wahhabisme et le réformisme de la nahda durant le XIX° et le XX° siècle.
  • Hassan EL HANNABI  :  De l?exclusion et des exclus à travers les récits de voyage au XIXe siècle
    Au XIX° siècle, surtout après la prise d?Alger, des voyageurs visitent la Tunisie et publient leurs récits de voyage. Ces récits sont le plus souvent une simple description du pays, mais on y relève aussi des remarques sur la condition de vie des habitants et sur l?exclusion dont souffre une partie de la population. Cette étude est réalisée à partir de six récits de voyageurs, les trois plus importants étant l??uvre de deux allemands et du Suisse Henry Dunant fondateur de la Croix Rouge Internationale.
  • Abdesslem Ben Hamida  :  Marginalité et nouvelles solidarités urbaines en Tunisie à l?époque coloniale
    En étudiant l'histoire du syndicalisme tunisien à l'époque coloniale, on est amené à constater la rapidité avec laquelle la solidarité syndicale s'est développée au sein de groupes en marge des sociétés urbaines. Les nouveaux arrivés dans la ville de condition modeste semblent plus prédisposés que d'autres à adhérer aux nouvelles structures issues du Nord de la Méditerranée (le parti, le syndicat, la société de bienfaisance etc.) . Faut-il y voir un souci d'échapper à une exclusion qu'ils vivent ou qui les guettent ?  Ce travail traite du cas des dockers de Tunis à l'origine de la première Confédération Générale Tunisienne du Travail (C.G.T.T.) en 1924 , puis de celui des Kerkenniens de Sfax lors de la constitution des syndicats autonomes du Sud en 1944.
  • Khalifa Chater  :  Changements politiques et exclusion lors de la décolonisation : le cas du Makhzen en Tunisie (1954-1959)
    La colonisation en Tunisie a entraîné un transfert de souveraineté. Il s?agissait de maintenir l?Etat Makhzen asservi et d?utiliser son personnel comme auxiliaire. A l?indépendance, ces élites traditionnelles perçues comme associées à la colonisation et coupées des mouvements de résistance , ont été exclues du nouveau pouvoir et marginalisées voire même ostracisées.  Ce retour à un statut d?homme ordinaire fut difficile et pour certains une véritable « descente aux enfers ».
  • Zeïneb Mejri  :  « Les indésirables » bédouins dans la région de Tunis entre 1930 et 1956
    Entre 1930 et 1956, la ville de Tunis a connu un fort accroissement de sa population. L?exode rural, le plus souvent causé par la misère dans les campagnes, est une des causes de l?afflux des populations. Les bédouins nomades sont parmi les catégories  les plus marginales de ces individus, et les plus rejetées par les urbains et les autorités qui mettent tout en ?uvre pour les contrôler et surtout tenter de les refouler en les renvoyant dans leur région d?origine.
  • Jean-Charles Scagnetti  :  Une marginalité singulière : les migrants algériens lors des retours au pays (1973-1983)
    Cet article s?intéresse à la genèse d?un phénomène de marginalisation particulier, propre aux pays d?émigration. Il se propose de mettre en lumière la construction consciente et inconsciente d?une catégorie à part en Algérie : les émigrés. Tour à tour enviés et dénigrés, ces derniers sont les victimes d?un processus de marginalisation qui culmine dans les années 1980 lors du retour de jeunes « beurs » au pays.
  • Robert Escallier  :  Marges et marginalités socio-spatiales dans la ville marocaine
    La société urbaine marocaine a connu au cours des trente dernières années de profondes transformations. Ont-elles été capables de faire évoluer le Maroc urbain vers plus de justice sociale et réduire sensiblement les situations de marginalité sociale et spatiale ? Les enquêtes sur les niveaux de vie des familles, sur les niveaux de pauvreté, montrent l?amélioration sensible des conditions d?existence matérielle des citadins. Cependant les observations de géographes, de sociologues ou d?urbanistes au quotidien de la cité donnent une vision plus noire de la réalité sociale. La diminution du poids des marginaux dans la ville ne serait-elle en partie qu?un artefact statistique ?
  • Maria Ghazali  :  Marginalisation et exclusion des minorités religieuses en Espagne : Juifs et Maures en Castille à la fin du Moyen-Age
    Avec l'expulsion des Juifs en 1492, puis celle des Morisques en 1609, l'Espagne exclut ses minorités ethniques et religieuses. Le processus de marginalisation commence véritablement quand les Chrétiens « re-conquièrent » le pays contre les Musulmans (Reconquista ) , et le changement de politique dans la péninsule se fait après la victoire de Las Navas de Tolosa (1212). Cette marginalisation des minorités religieuses s?exprime dans les textes de lois présentés dans ce papier.
  • Anne Brogini  :  Marginalités et contrôle social dans le port de Malte à l?époque moderne (XVIe ? XVIIe siècles)
    Au début de l?époque moderne, la pauvreté et la marginalité sont extrêmement développées dans le port de Malte. Quantité d?inactifs ruraux ou étrangers, attirés par les activités maritimes de l?île, viennent grossir les rangs des déviants propres à tous les milieux portuaires méditerranéens (prostituées, aventuriers, criminels, forçats, esclaves de galères...). Les autorités politiques et religieuses, que sont l?Ordre de Malte et le Saint-Office, s?efforcent de juguler cette menace sociale et identitaire par diverses politiques de répression et d?assistance et par des tentatives, menées particulièrement au XVII e siècle, de resocialiser pauvres, exclus et marginaux.
  • Valérie Piétri  :  Modernité et déclassement social. Barcilon de Mauvans, interprète de la dérogeance de noblesse
    Au début du XVIII e siècle, circule en Provence un manuscrit curieux produit par un personnage énigmatique. Joseph Scipion de Barcilon de Mauvans présente une vision de la noblesse qui met l?accent sur la supériorité de la vieille noblesse et dénonce la corruption de l?argent et les innovations sociales. Sa position sur la question de la dérogeance est radicale : il s?agit d?un refus de juger la qualité nobiliaire en fonction de la fortune, un refus de l?exclusion de la noblesse pauvre qui repose sur une remise en question des évolutions de la société moderne. En quelque sorte, une réponse à son propre sentiment d?exclusion.
  • Fayçal El Ghoul  :  Enfermer et interdire les fous à Paris au XVIIIe siècle : une forme d?exclusion ?
    Le problème des fous en France à l?époque moderne est étudié sous deux aspects, d?abord dans les rapports des familles à leurs proches malades puis dans l?organisation politique du traitement de ce problème. La police et l?enfermement des fous se situent dans le cadre d?un Etat de plus en plus centralisé, qui exerce un contrôle rigoureux sur l?ensemble de la société dont tous les marginaux et les fous. L?instrument de cette politique est appelée le « Grand Renfermement ».
  • Stéphane Mourlane  :  Les anarchistes italiens dans les Alpes-Maritimes et le Var à la fin du XIXe siècle : le choix de la marginalité ?
    L?engagement politique peut être un facteur d?intégration mais aussi de marginalisation et d?exclusion pour certaines catégories de migrants. Les Italiens qui choisissent, au XIXe siècle, de s?engager dans les rangs de l?anarchisme en font l?expérience. L?idéologie défendue ou encore les modalités d?organisation du mouvement participent d?un processus de marginalisation. Le recours à l?action terroriste accentue le phénomène et suscite de nombreuses expulsions. Si les départements des Alpes-Maritimes et du Var ne sont pas touchés par la violence politique des anarchistes, les migrants italiens sont victimes des craintes qu?elle suscite dans l?opinion et auprès des autorités. Dans ces conditions, leur activité se déploie dans le cadre d?une marginalité à la fois choisie et attribuée.
  • Ralph Schor  :  Des marginaux de luxe : les rastaquouères sur la Côte d?Azur au début du XXe siècle
    Le mot rastaquouère était employé dans la France de la Belle Epoque pour qualifier des jeunes gens ambitieux qui désirant vivre de manière oisive et luxueuse, réalisaient leur projet en séduisant de riches héritières. La Côte d?Azur était un lieu privilégié pour exercer leurs talents. La société au sein de laquelle ils évoluaient réprouvait ces comportements, et ils étaient à peine tolérés voire marginalisés. L?étude se fonde sur les parcours de deux jeunes hommes Léon de Miléant et Paul Vérola.
  • Riadh Ben Khalifa  :  Les étrangers et le problème des cartes d?identité dans l?arrondissement de Nice (1940-1944) : le cas d?une juive allemande*
    Entre 1940 et 1944, le régime de l?Etat français s?en prit avec détermination aux Juifs et aux étrangers. L?arrondissement de Nice, de par sa nature de zone libre, occupée plus tard simultanément par les Italiens et les Allemands, connut une particularité en matière d?application des lois qui exclurent les éléments «  indésirables  » de la communauté nationale. Nous avons analysé, dans ce cadre, la question de la résistance des victimes de ces lois «  oppressives  » en prenant l?exemple d?une juive allemande qui débarqua dans l?arrondissement de Nice à la fin de 1940.
  • Yvan Gastaut  :  Les bidonvilles, lieux d?exclusion et de marginalité en France durant les trente glorieuses
    En France durant les années 1950, la prospérité économique liée à la reconstruction de l?après-guerre a entraîné l?arrivée d?un grand nombre d?émigrés.  Ces flux de migrants sont venus s?ajouter à une population en mal de logement et les étrangers n?ont eu d?autre alternative qu?une installation dans des baraques en périphérie des grandes villes. Ces bidonvilles sont devenus un lieu spécifique de la marginalité. Les pouvoirs publics ont du réagir à ce problème mais il a fallu attendre les années 1970 pour que soit éradiqué le dernier bidonville.